lundi 7 octobre 2013

Dix jours au pays des ancêtres !

Retour, ce jeudi 3 octobre, d'un trajet d'une semaine et demie en voiture sur les routes de France (Bretagne, Normandie, La Rochelle/Île de Ré) avec mon épouse. Ce voyage, impossible quand les enfants étaient petits, reporté plus tard par la maladie, je l'espérais depuis longtemps. Comme d'autres sans doute, je voulais explorer un peu le pays de mes ancêtres - la France; la région de mes ancêtres - la Normandie; la ville de mes ancêtres - Rouen.

Il y avait toujours eu, au fond de moi, cette vague notion d'un lien profond entre les générations contemporaines et les anciens du vieux pays, et qu'il suffirait d'y retourner, de fouler le sol normand, d'aller à la rencontre de ces lointains « cousins » pour en ressentir toute la force.

J'ai encore la conviction de la réalité et de l'importance de cette connexion, mais la « révélation » anticipée ne s'est pas produite. Au-delà d'être les touristes dont les Français reconnaissent le plus aisément l'accent, et d'une certaine histoire commune qu'ils n'ont guère mieux apprise que nous, le « lien » m'a semblé un peu ténu à prime abord. Il est là, cependant, à condition de rester attentif. Les indices nous effleurent ça et là, s'additionnant au fil des jours.

Jacques Cartier et St-Malo

« À St-Malo beau port de mer », (comme dans la chanson de mon enfance), on trouve vite la trace de Jacques Cartier, hardi marinier malouin qui a « découvert » le Canada pour le roi François 1er en 1534, et qui y a navigué trois fois jusqu'en 1542. Le « Manoir de Limoëlou » qu'il a possédé et habité entre 1541 et 1557, année de sa mort, a été transformé en musée à la mémoire de Cartier et restauré aux frais d'un homme d'affaires montréalais, David Macdonald Stewart. La maison appartient maintenant à la municipalité de St-Malo.

               La maison de Jacques Cartier, à St-Malo

Ses voyages, racontés en film ainsi que par un guide fort bien renseigné, marquent le début de notre histoire, et de nos liens avec la Bretagne du 16e siècle, alors fraîchement unie à la France. J'en ai rapporté le livre Voyages au Canada, écrit par Jacques Cartier lui-même et publié (en français de l'époque) aux Éditions Lux, dans la collection « Mémoire des Amériques », en l'an 2000. Ses récits sont fascinants et ouvrent sur les premiers balbutiements de l'Amérique française un chapitre trop peu connu.

Poutine québécoise




De retour à l'intérieur des remparts de St-Malo, en cet après-midi du 25 septembre, surgit devant nous un imposant drapeau du Québec et une affiche proclamant qu'on sert au restaurant La buvette des bains de la « poutine québécoise traditionnelle », « plat de frites parsemé de fromage arrosé de sauce brune ». Se développent donc ici, tourisme aidant, des liens « culinaires » entre casse-croûte du bassin du St-Laurent et ceux de Bretagne...

Les plages du débarquement

Le surlendemain, durant notre séjour aux environs de Caen, nous complétons le tour des plages du débarquement du 6 juin 1944, amorcé la veille à Utah Beach et Sainte-Mère-Église. Nous gardons pour la fin la plage Juno, le lieu d'abordage des unités canadiennes, parce qu'elle ne fait pas partie des visites guidées offertes par le Mémorial de Caen. J'ai toujours considéré la Deuxième Guerre mondiale comme l'une des rares guerres justes de l'histoire et toujours vu en Hitler l'incarnation ultime du mal. J'ai donc une grande admiration pour ces militaires qui ont payé de leur vie le combat contre l'horreur nazie.

Du sang d'ici, versé en Normandie



                     Le cimetière canadien à Reviers, près de la plage Juno

En dépit de la crise de la conscription, de nombreux soldats québécois ont pris part à la campagne de Normandie et ceux qui y sont morts sont enterrés dans le joli cimetière canadien près du village de Reviers. Que ce cimetière soit si difficile à trouver constitue une honte ! Je me suis arrêté devant la tombe du soldat Letarte, du Régiment de la Chaudière, mort à 24 ans. Puis du soldat L. Pelletier, même régiment, alors âgé de 25 ans. Il y avait aussi des membres des Fusiliers Mont-Royal, et d'autres unités. Tués dans leur jeunesse pour libérer la France de l'occupant allemand.




Sur la plage Juno et au centre Juno Beach, mais surtout dans ce joli cimetière perdu où s'alignent parfaitement 4 000 tombes fleuries, j'ai ressenti ce puissant lien tout récent, cimenté par le sang de jeunes et valeureux combattants, dont quelques-uns, n'eut été l'abomination nazie, seraient peut-être encore vivants en 2013. Les jeunes générations auraient avantage à visiter ces lieux de recueillement et à en tirer les leçons qui s'imposent, alors qu'aujourd'hui encore, se dresse le spectre des extrême-droites de tout acabit, des néo-nazis aux intégristes religieux.

Le hockey...

Alors que nous revenions à Caen, fourbus après cette visite des plages Omaha, Gold et Juno, et toujours émus par ce que nous y avions vu, mon épouse et moi avons décidé de ne pas chercher ce soir-là de table du guide Michelin, et de nous rabattre sur une petite crêperie, La Fromenterie, située à côté de l'hôtel Les Quatrans, en plein coeur de la ville. On y a vite reconnu nos origines à l'accent, et le jeune serveur ne pouvait rater pareille occasion de nous parler de son sport préféré, le hockey sur glace, qu'il pratique d'ailleurs, et de son rêve d'aller voir jouer les Canadiens de Montréal... Décidément, il n'y a pas que Jacques Cartier et le débarquement qui nous lie à nos cousins français, le hockey s'en mêle aussi...

Honfleur et Samuel de Champlain




Le matin suivant, nous sommes à Honfleur. N'ayant pas vraiment fait tous mes devoirs, je suis un peu surpris d'arriver devant une immense plaque à la mémoire de Samuel de Champlain, dans le vieux port de cette ville médiévale. On y a inscrit : « Avec des navires et des équipages du port de Honfleur, il (Samuel de Champlain) explora l'Acadie et le Canada de 1603 à 1607. Parti du même port en 1608, il fonda la ville de Québec. » Cette plaque a été érigée en 2008 (400e anniversaire de Québec) près d'une autre plaque, plus ancienne, qui remonte au 19e siècle. Nous voilà donc de retour aux origines de la colonie, et j'essaie d'imaginer les départs des bateaux de Champlain en 1608, 1613 et 1617. Un nouvel ancrage identitaire...

Rouen, l'incontournable

À notre prochain arrêt, Rouen, le lien est encore plus direct pour moi. Mon ancêtre Allard a quitté cette ville au 17e siècle pour s'installer près de la ville de Québec. Et voilà que ma fille Catherine est désormais fiancée à un Rouennais. Double association à la capitale de Haute-Normandie. Nous y rencontrons la soeur de notre futur gendre, Coralie, qui travaille à quelques pas de la grande cathédrale Notre-Dame de Rouen. Cela servira à nous rappeler que des Français n'ont pas émigré à la seule époque d'avant 1760, et que certains continuent à s'installer chez nous au 21e siècle. Et que cela élargit nos familles ! Et qu'ils sont toujours les bienvenus !




Par ailleurs, à l'église Saint-Maclou de Rouen, quelques plaques ornent les murs pour souligner l'origine normande des ancêtres des familles Perron, Boivin et Poulin d'Amérique. D'autres que moi effectuent peut-être à l'occasion des pèlerinages en Normandie...

Au hasard des rencontres

De Rouen, nous redescendons vers La Rochelle en passant par Chartres et en s'arrêtant pour la nuit à Angers, capitale de l'Anjou. Attablés au restaurant « Le Théâtre », Place du Ralliement à Angers, une dame à la table voisine, encore une fois reconnaissant l'accent nord-américain, amorce la conversation pour nous expliquer les liens touristiques et commerciaux (par le sel de mer) entre le Québec et sa ville portuaire de Guérande, en Bretagne, au nord-ouest de Nantes.

La dame, Mme Virginie Rubat, qui est accompagnée de sa mère, est directrice de l'office de tourisme de Guérande; une experte sur sa région dont elle nous parle abondamment. Si on avait le temps, on ferait sans doute le détour. Après une heure trop vite passée, elle nous laisse des brochures et des échantillons du sel de Guérande. J'en retiens qu'une visite en France ne sert pas seulement à approfondir les liens existants, mais aussi à en créer de nouveaux. Il en existe plusieurs de ces connexions dont on ne soupçonne pas l'existence et que seule une présence en terre française nous permet de découvrir...

La Rochelle, port vers l'Amérique française

Enfin s'ouvre devant nous la région de La Rochelle et de l'Île de Ré, où il fait une température estivale en ce début d'octobre. C'est la région d'origine de l'ancêtre Gaudreau de la mère de mon épouse, originaire du village de « La Flotte » sur l'Île de Ré. Pour ma conjointe, c'est la suite d'un pèlerinage amorcé par sa défunte mère il y a une vingtaine d'années.



                   Le fleurdelisé près de la Tour de la chaîne, à La Rochelle


Une balade à pied dans le vieux port de La Rochelle s'impose. C'était le principal port vers l'Amérique française au 17e siècle. D'ailleurs, entre les deux tours qui gardent l'entrée du port, la Tour Saint-Nicolas et la Tour de la chaîne, on voit un drapeau qui n'est pas celui de France. En effet, c'est le fleurdelisé québécois, signe que la Tour de la chaîne est maintenant le domicile de l'exposition « La Rochelle-Québec: embarquements pour la Nouvelle-France ». Une exposition intéressante qui permet à mon épouse, Ginette, de retracer le départ d'un ancêtre Gaudreau arrivé à Québec en 1667.

Il s'ennuie du Plateau Mont-Royal...

À l'excellent resto « Le Saveur-Vivre » de La Rochelle, en soirée, le propriétaire saisit l'occasion d'un accent qu'il reconnaît pour nous parler d'un séjour qu'il a déjà fait dans le Plateau Mont-Royal, à Montréal, et de son intention, à l'époque, d'y ouvrir un restaurant... Finalement, il a opté pour La Rochelle, mais il a conservé beaucoup d'affection pour les Québécois et pour la ville de Montréal. On commence à mieux comprendre, de localité en localité, de rencontre en rencontre, à quel point la découverte semble devenir, de nos jours, de plus en plus bidirectionnelle entre la France et le Québec.

Ma « terre sacrée », c'est ici !

Nous voilà revenus à Gatineau. Après dix jours en France que j'aurai toujours précieusement en mémoire, je n'ai pas de réponse précise à ma quête identitaire. Il y a au moins une dizaine d'années, alors que j'écoutais une entrevue sur les ondes de la radio de CBC, l'ancien animateur Peter Gzowski avait parlé de ses racines polonaises et de sa première visite au patelin de ses parents en Pologne, l'ancienne mère-patrie. Ce fut pour lui une révélation, de sentir spontanément que c'était là sa « terre sacrée » même s'il n'y avait jamais mis les pieds auparavant. Chacun, disait-il, a sa « terre sacrée » quelque part...

Cette notion m'avait frappée. Peut-être croyais-je que j'aurais la même révélation en mettant les pieds en Normandie. Ce ne fut pas le cas. Les racines anciennes ont toujours leur importance identitaire. De cela je suis plus que jamais convaincu. Il y a toujours en nous un héritage de la vieille France, dont l'élément le plus important est sans doute cette langue que nous persistons, tant bien que mal, à défendre dans un océan anglo-américain. Mais ma « terre sacrée », j'en ai désormais la certitude, se trouve ici, dans le prolongement du Saint-Laurent, sur les rives de l'Outaouais...



2 commentaires:

  1. J'ai bien aimé votre récit. Il m'a permis de voir l'origine de la plaque des Boivins à Rouen. Merci.

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