samedi 17 septembre 2016

Se sentir «chez soi» à Ottawa?

Encart publicitaire dans Le Devoir du 17 septembre 2016

Aujourd'hui, samedi 17 septembre, quand j'ai ouvert mon exemplaire du Devoir, j'ai vite aperçu un encart publicitaire coloré de la ville d'Ottawa… de toute évidence adressé aux francophones du Québec soue le titre Qu'il fait bon chez soi… À l'intérieur on nous invite à faire des «découvertes automnales dans votre capitale»…

Cet encart est l'oeuvre de Tourisme Ottawa avec l'aide de deux commanditaires, le gouvernement ontarien et... le Casino du Lac-Leamy, à Gatineau (propriété du gouvernement québécois). Il y a donc des dollars du trésor public québécois - peut-être pas beaucoup mais enfin c'est le principe - dans ce dépliant publicitaire qui nous dit que nous sommes «chez nous» à Ottawa, dans «notre» capitale… Au moins a-t-on eu la décence de ne pas écrire «votre capitale nationale»…

Personnellement, je me sens chez moi à Ottawa parce que c'est ma ville natale. J'y suis né, c'est là que j'ai grandi, fait mes études et entrepris ma carrière journalistique au quotidien Le Droit. Mais jamais, au grand jamais, ne m'a-t-on fait sentir que j'y étais chez moi comme francophone. Ni comme Franco-Ontarien, et encore moins comme Québécois.

Il y a à Ottawa beaucoup de francophiles chez les non-francophones, et plein de bilingues et plurilingues chez les anglophones et allophones. Pourtant, la majorité anglaise semble osciller entre tiédeur et hostilité dès que l'on évoque un statut bilingue pour la ville, ou les droits des francophones. Le maire Jim Watson, qui se dit francophile, connaît bien son électorat. Ce n'est pas par hasard qu'il s'obstine à refuser au français une égalité officielle…

On en a eu la preuve encore hier (vendredi 16 septembre) dans un sondage d'une station de radio anglaise de la capitale, 1310 News. Commentant la déclaration du député fédéral Denis Paradis, qui disait vouloir reprendre les démarches du député Mauril Bélanger (décédé récemment) en faveur du bilinguisme officiel à la ville d'Ottawa, la station demandait aux lecteurs de sa page Facebook de s'exprimer sur la question au moyen d'un sondage.

Trois options étaient proposées aux répondants, à partir de la question suivante: «Pensez-vous qu'Ottawa devrait être officiellement bilingue?» On pouvait cocher «oui», «non» ou un «oui» conditionnel à l'octroi d'un statut bilingue à Gatineau, ville soeur sur l'autre rive de l'Outaouais. Les répondants avaient aussi l'option d'ajouter un commentaire personnel sur la page Facebook de 1310 News (bit.ly/2cFX5Hx), ce que plusieurs ont fait.

Après une journée complète, un peu plus de 160 personnes s'étaient donné la peine d'indiquer leurs préférences ou de commenter. Selon ma compilation, sur les quelque 120 répondants indiquant clairement un choix entre les trois options, il y avait plus de 90 «non», une dizaine de «oui» (dont la moitié semblaient être des francophones), et environ 15 «oui» à condition que Gatineau devienne elle aussi une ville bilingue. Si vous croyez déceler une tendance, vous n'avez rien vu…

Il faut, pour se rendre compte de l'hostilité de nombreux anglophones de la capitale, lire les commentaires qu'ils ont laissés. Si l'on n'est pas ici en présence d'une frange ultra francophobe, si cet échantillon non scientifique ressemble le moindrement à ce qui bouillonne sous la surface dans les grands courants de l'opinion, alors, comme on dirait, «ça va mal à shoppe»… On a affaire ici à des répondants mal informés, souvent en colère, avec une haine à peine dissimulée de la langue française et surtout, du Québec…

En voici quelques-uns… Vous pouvez les lire dans l'anglais original sur la page Facebook de la station de radio:

* Cette boulechitte bilingue n'a causé que des problèmes au Canada. Si vous voulez le bilinguisme, allez au Québec. Leur idée du bilinguisme, c'est le français seulement.

* Nous avons plus d'Asiatiques que de francophones au Canada (sic). Peut-être devrions-nous changer les affiches pour être plus accommodants… (bien sûr ces Asiatiques parlent tous la même langue…)

* Quand le Québec respectera les anglophones et deviendra officiellement bilingue, alors Ottawa suivra…

* Il faut forcer le Québec à être bilingue…

* Je suis née francophone et je parlais l'anglais à l'âge de 4 ans. J'en suis reconnaissant…

* En Ontario, les francophones sont servis en français. Cela fait partie du respect qu'on leur montre. Vous ne verrez pas ça au Québec… Croyez-moi…

* Des affiches bilingues à Gatineau? Non. Des affiches unilingues françaises sur la colline parlementaire? Oui…

* Vous n'avez aucune idée à quel point ils peuvent être injustes envers les anglophones au Québec…

* Bilingue, en français, ça veut dire seulement en français…

* Arrêtez d'abord de traiter les Anglo-Québécois comme des ordures de second ordre…

* Si vous voulez du français, déménagez au Québec…

* J'en ai plein le dos de cette merde idiote de bilinguisme…

* Arrêtez de nous enfoncer le français dans la gorge…

J'ajouterai en conclusion que je n'ai vu aucun commentaire proposant une défense d'un éventuel statut bilingue pour Ottawa et un seul commentaire d'une Gatinoise pour affirmer que les anglophones y étaient fort bien traités. Et j'ajoute qu'elle a bien raison. Apparemment personne ne sait que le Québec reste la province la plus bilingue du pays, avec des services en anglais à peu près partout, des hôpitaux anglophones, trois universités de langue anglaise, etc. etc. On avale depuis des décennies, sans les questionner, les propos orduriers dans les médias anglophones au sujet du français et du Québec.



Alors, chez lecteurs et lectrices du Devoir et tout autre Québécois ou Québécoise qui aurait vu cet encart publicitaire d'Ottawa, sachez que vous risquez d'être mieux accueilli dans notre capitale nationale, Québec, que dans la capitale fédérale. Ottawa, ma ville natale, est bien belle, et on y trouve des gens bien sympathiques. Mais derrière les images édulcorées des publicitaires, une colère haineuse couve au sein de la majorité anglaise d'Ottawa. Et elle monte occasionnellement à la surface…





1 commentaire:

  1. au Québec quand on met l'apostrophe sur le commerce au mauvais endroit, ça devient un scandale national. Pas de police de la langue à Ottawa, pas vrai ? J'ai pensé ainsi .

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