mercredi 8 avril 2015

Francophonie: sonner l'alarme à Gatineau… et à Ottawa

Le Commissariat fédéral aux langues officielles a des moyens qui échappent au commun des mortels, du moins au commun des mortels qui doit limiter ses recherches à l'Internet en cherchant à étudier l'évolution des données linguistiques dans une région donnée. Va pour les recensements de 2011 et 2006, et à la limite celui de 2001, mais pour les données de 1996 et des recensements plus anciens, les ressources sur le Web sont trop souvent incomplètes ou absentes…

Alors quand le Commissariat rend public deux études comme celles d'aujourd'hui (8 avril) sur les tendances linguistiques depuis 1981 dans la région d'Ottawa/Est ontarien et Gatineau/Outaouais, il nous permet de brosser un tableau assez précis de la situation du français et de l'anglais dans une région où les deux grandes solitudes se retrouvent face à face, au Québec et en Ontario, et de voir comment cette situation a changé au cours des 30 dernières années.

Impossible d'analyser le tout en quelques heures, à chaud, mais il est possible d'en tirer quelques conclusions en attendant de décortiquer davantage les nombreux tableaux que contiennent ces deux documents (un pour Ottawa, l'autre pour Gatineau). Les médias (Le Droit, Radio-Canada, TFO) ont immédiatement titré, dès la fin de l'après-midi, sur le recul du français, en particulier à Ottawa mais aussi à Gatineau. Ce n'était ni surprenant, ni erroné.

Pour aujourd'hui, cependant, je tiens à attirer l'attention des intéressés sur l'évolution de l'anglais dans la ville de Gatineau. La régression du français à Ottawa, qui se manifeste le plus dramatiquement dans les chiffres sur la langue d'usage (la langue la plus souvent parlée à la maison), était appréhendée. En 1981, pour la division de recensement d'Ottawa (pas tout à fait la même chose que la ville), on dénombrait 15,5% de francophones selon la langue d'usage. En 2011, c'est seulement 10,7%. Et en analysant les données par groupe d'âge, on s'aperçoit que cette chute va s'accélérer, parce que les francophones sont sous-représentés chez les jeunes (moins de 34 ans) et surreprésentés chez les plus de 45 ans. La relève sera nettement moins abondante… J'y reviendrai.

Mais cette évolution ne surprend qu'à moitié parce qu'on s'attend qu'une majorité de 80% et plus d'anglophones exerce un effet assimilateur sur la minorité francophone déclinante. On devrait voir le même phénomène sur la rive québécoise, où une majorité de près de 80% de francophones serait censée avoir un effet d'attraction décisif pour les minorités anglophones et allophones. Mais ce n'est pas le cas. À Gatineau comme à Ottawa, le français (ici la langue majoritaire) est en régression alors que l'anglais ne l'est pas et que les minorités d'autres groupes linguistiques viennent maintenir ou augmenter la proportion d'anglophones.

En regardant les chiffres depuis 1981, et en particulier depuis 1991, on s'aperçoit que la minorité anglophone de Gatineau se comporte comme une extension de la majorité de langue anglaise d'Ottawa, et non comme une minorité anglo-québécoise en voie d'intégration. Depuis 20 ans, la proportion d'anglophones selon la langue maternelle à Gatineau a augmenté de 12% à 13% alors que la proportion de francophones a diminué de 83,7% à 78,4%. Mais quand on regarde les chiffres de la langue la plus souvent parlée à la maison la proportion d'anglophones passe de 13,2% en 1991 à 14,6% en 2011. De l'autre côté de la rivière, pour 15% de francophones selon la langue maternelle, il n'en reste que 10,7% selon la langue la plus parlée à la maison (soit un taux d'assimilation d'environ 30%).

À Ottawa, les francophones se font assimiler. À Gatineau, les anglophones assimilent! Au-delà de l'effet de l'anglais langue de travail dans le secteur privé comme dans la fonction publique fédérale, il faut sans doute voir, notamment dans les secteurs de nouveaux projets domiciliaires (Hull, Aylmer), les conséquences d'un marketing agressif des constructeurs auprès des Ontariens. Et avec la construction de gros projets de condos au centre-ville du secteur Hull, car sera du pareil au même. Des noms anglais au besoin, et une insistance sur la proximité du centre-ville d'Ottawa… une recette parfaite pour vous-savez-quoi…

La situation est déjà dramatique à Ottawa où les anciens quartiers francophones ont été démantelés et les anciennes communautés de langue française dispersées… mais il est temps de sonner l'alarme à Gatineau, en espérant que quelqu'un prenne des mesures pour sauvegarder le caractère français de la ville et de l'ensemble de l'Outaouais urbain. Peut-être pourra-t-on compter sur quelques membres du conseil municipal, quoique personne ne semble s'inquiéter de quoi que ce soit par les temps qui courent.

On ne peut certainement pas compter sur l'intervention de nos députés à l'Assemblée nationale, qui n'ont à peu près jamais publiquement levé le petit doigt pour défendre les droits des francophones en Outaouais, mais qui appuient vite sur la gâchette dès que la minorité anglophone s'agite un peu. Le député André Fortin a bien montré ses couleurs en prêtant serment comme député en «bilingue»… et la ministre Stéphanie Vallée vient d'indiquer que cela ne la dérange pas du tout qu'un jugement où toutes les parties sont francophones ait été rendu en anglais… Et les députés fédéraux du NPD n'ont guère fait plus…

Je n'ai pas fini de décortiquer les deux rapports du Commissaire Graham Fraser… on y reviendra sûrement au cours des prochains jours…






1 commentaire:


  1. La Minister Madeleine Meilleur des Francophone Affairs en Ontario se contredit!!!


    Dans The Ottawa Citizen du Monday, January 07, 2008, elle dit :

    « Ontario francophones threatened, Meilleur says »
    « Les francophones d’Ontario sont en péril, dit la ministre!!! »

    http://www.canada.com/ottawacitizen/news/story.html?id=5f4d16bc-7e0d-4434-8651-9d76e9739969

    Dans l'édition 2005 des Profils statistiques sur les francophones en Ontario, du 27 septembre 2005, elle conclut :

    « Soyez assurés, je suis très optimiste. J'ai la ferme conviction, plus que jamais, que l'avenir appartient aux francophones de l'Ontario. »

    http://www.ofa.gov.on.ca/francais/stats.html

    Vous trouverez, ci-dessous une lettre que je lui ai adressée en octobre 2005.

    Laurent Desbois

    Ex-franco-Ontarien,
    fier Québécois depuis trente ans
    et canadian… par la force des choses et temporairement …. sur papiers seulement!
    ------------------------------------------------------------

    L'honorable Madeleine Meilleur
    Ministre de la Culture et ministre déléguée aux Affaires francophones

    Objet : L'Édition 2005 des Profils statistiques sur les francophones en Ontario du 27 septembre 2005

    http://www.ofa.gov.on.ca/francais/stats.html

    Les jeunes francophones représentent environ 3,6 % de l'ensemble des jeunes ontariens. Les francophones de 65 ans et plus en Ontario représentent 5,6 % de la population provinciale. Ceci représente une réduction de 36% de la population totale entre ces deux groupes d’âge.

    La population francophone de l'Ontario a connu une augmentation de 1,2 % entre 1996 et 2001. Vous commentez : « C'est un pas dans la bonne direction! ». Comment pouvez-vous conclure ainsi, lorsque durant cette même période, la population totale de l’Ontario a augmenté de 6,1%, soit cinq fois plus rapidement?

    Le taux de conversation du français à la maison continue de diminuer, soit de 58,7% à 56,5% entre 1996 et 2001. Je vous souligne qu’il était de 61% en 1991. (en 2006, c'est le cas chez seulement 55 % de la population francophone).


    Madame la ministre, vous concluez votre discours comme suit : « Soyez assurés, je suis très optimiste. J'ai la ferme conviction, plus que jamais, que l'avenir appartient aux francophones de l'Ontario. ».

    Pouvez-vous m’indiquer quels résultats dans ce rapport vous portent à conclure ainsi?

    Merci de votre attention,

    Laurent Desbois
    Ex franco-Ontarien
    Longueuil (Québec)

    1 octobre 2005

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