mercredi 30 juillet 2014

«Mais au bout du chemin dis-moi c'qui va rester…»

«Mais au bout du chemin dis-moi c'qui va rester…», chantent les Cowboys fringants dans Les étoiles filantes. Plus on vieillit - et j'ai 68 ans aujourd'hui, 30 juillet 2014 - plus cette interrogation s'impose. Notre regard balaie d'un long trait toutes ces années depuis l'enfance, sépare le bon grain de l'ivraie, repère des faits saillants que notre mémoire sélective a sauvegardés, puis ressasse sans cesse un bilan que chaque nouveau jour risque de modifier… «Dis-moi c'qui va rester…», dis-moi ce que je vais léguer après mon «p'tit passage dans ce monde effréné»…

Chaque être humain, individuellement et collectivement, biologiquement et culturellement, aspire à une forme de pérennité. Ainsi, quand je ne serai plus qu'un souvenir, je tire un certain réconfort de savoir qu'une partie de moi et de ma compagne de vie continuera à vivre avec mes enfants, puis chez leurs enfants et leurs descendants. Pour d'autres, «c'qui va rester» peut fort bien prendre une diversité de formes: des constructions, de l'art, des objets précieux laissés en héritage, des lettres, des photos ou autres artefacts.

J'ai visité Rome il y a quelques années et suis resté émerveillé en retrouvant intact, après deux millénaires, un édifice comme le Panthéon. Et que dire des grandes cathédrales médiévales de France, qui ont survécu pendant un millénaire à l'usure du temps et au ravage des guerres. Mais il n'y a pas que les oeuvres grandioses. L'archéologie a transformé en véritables trésors les objets les plus modestes de la vie quotidienne d'anciennes époques, simplement parce qu'au bout du chemin, ils ont réussi à faire partie de «c'qui va rester»…

Plus près de moi, mon beau-père se doutait-il que les coffres de cèdre façonnés pour nos enfants seraient conservés aussi précieusement? Ma belle-mère pouvait-elle imaginer que les journaux personnels qu'elle avait rédigés seraient chéris par ses enfants et sans doute transmis aux générations suivantes? Mon père, artiste dans l'âme, savait-il qu'on préserverait ses tableaux pour la postérité? Quant à ma mère, toujours bien portante à 90 ans, tous auront en mémoire d'elle, un jour le plus lointain possible, quelque objet ou vêtement portant sa signature… Peut-on vraiment dire «c'qui va rester» au bout du chemin?

J'ai toujours envié ceux et celles qui, en plus d'un fin intellect, savaient bien travailler de leurs mains. Je ne léguerai aucun objet ou artefact. J'ai passé ma vie à construire des phrases, des paragraphes et des pages qui, pour l'immense majorité, ont déjà sombré dans l'oubli le plus total. Mais, ainsi que le veut l'ancien dicton, «les écrits restent» (du moins certains d'entre eux), et comme la rédaction semble devoir rester mon seul refuge, j'ai tout avantage à écrire le plus de textes possibles, le plus souvent possible, en espérant que quelqu'un, quelque part, en conserve quelque fragment dans ses archives…

En vieillissant, les années qui restent étant bien moins nombreuses que les années accumulées, on ressent davantage l'urgence de faire ce qu'on doit faire, de dire ce qu'on doit dire, d'écrire ce qu'on doit écrire! Pour fêter mes 68 ans et tant «que la vie s'accroche et renaît, comme les printemps reviennent dans une bouffée d'air frais» (chantent les Cowboys fringants), j'ai donc pris la résolution d'aiguiser ma plume et de redoubler d'énergie devant mon clavier avant d'arriver un jour «au bout du chemin». D'aimer encore davantage ce que j'aime et, surtout, ceux et celles que j'aime.

Et «c'qui va rester» de tout ça? Quelque chose, j'espère. Enfin, ce chapitre sera écrit après mon départ…

---------------
***Lien à la chanson Les étoiles filanteshttp://bit.ly/1tMRKko

















3 commentaires:

  1. Merci d'être là et de partager comme tu le fais.

    Bon anniversaire et longue vie !

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour pour ta Plume et ton âme Pierre. Tu ne peu imaginer comme tu arrives à point nommé. Marc

    RépondreSupprimer
  3. Quel beau texte qui conduit à une grande réflexion. Merci d'être dans notre vie et de nous partager un peu de la vôtre. Longue et belle vie !

    RépondreSupprimer