jeudi 11 août 2011

JE ME SOUVIENS

Les histoires de lynchages sont fréquentes en 1899, aux États-Unis. Certaines ont été rapportées au Québec par le Journal La Vérité, qui dénonce régulièrement les excès et crimes des voisins du Sud. Dans le langage de l'époque, biens sûr, les Noirs étaient appelés « nègres ». Ce texte a été publié dans l'édition du 12 août 1899.

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À PROPOS DE LA LOI DE LYNCH*

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Nous lisons dans The Review, de Saint-Louis (Missouri), à la date du 3 août :

« La Virginie nous offre le premier exemple de la mise en accusation et de la condamnation de lynchers. Il y en deux qui viennent d'y être condamnés à cinq et six ans d'emprisonnement pour meurtre au deuxième degré. Et c'était pour avoir lynché un homme - un blanc, il va sans dire - accusé d'une attaque criminelle contre une femme.

« Comme on le voit, les autorités, aux États-Unis, règle générale, ne font aucune tentative de supprimer l'horrible plaie des exécutions sommaires. La condamnation de deux lynchers est un événement jusqu'ici inouï. Et, remarquez-le bien, la victime était un blanc. Les lynchers de nègres ne sont pas près d'être molestés.

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Nous lisons ce qui suit dans le Catholic Columbian du 5 août :

« Depuis quelques jours, six nègres ont été lynchés dans les environs de Bainbridge, Georgie, pour viol et vol. Le dernier tué est un nommé Charlie Mack. Un reporter qui assistait à cet homicide en donne les détails horribles que voici :

"Le prisonnier fut conduit au même arbre où Sammins avait été exécuté et y fut lié avec des chaînes.

"Tous ceux qui avaient des couteaux les sortirent, et se mirent à torturer le misérable. Les blancs qui l'entouraient, tout en reprochant au nègre son crime, lui enlevèrent de petits morceaux de chair qu'ils enveloppèrent dans des morceaux de papier pour les emporter comme des souvenirs.

"Les gens de la foule entourèrent Mack, coupant des morceaux aux muscles des bras et des jambes, enlevant de la chair aux côtes, mutilant ses doigts, tordant ses bras à les briser, enfonçant leurs couteaux dans ses chairs.

"Le nègre était devenu une masse de chair pantelante et saignante, n'ayant presque plus de formance humaine, avant que la foule ait daigné se servir de balles et de poudre.

"C'était merveilleux de voir la vie rester aussi longtemps dans cette carcasse mutilée et torturée. Après qu'ils eussent poussé cette barbarie à son extrême limite, les lynchers firent leur seul acte de miséricorde. Les chaînes furent enlevées, et la corde autour du cou fut raidie, et au moment où le corps - une masse de chaire déchiquetée mais vivante - montait dans les airs, l'ordre de faire feu fut donné. À ce commandement, les flammes jaillirent de centaines d'armes à feu, et le misérable était mort.

...

"La foule qui l'a ainsi déchiqueté était composée exclusivement d'Américains de naissance, et ils nous font toucher du doigt l'état actuel de la civilisation anglo-saxonne aux États-Unis." »



*Pour en savoir plus sur l'origine du lynchage (Loi de Lynch, nommée ainsi pour le juge Charles Lynch, de Virginie), voir Wikipédia. Plus de 2000 Noirs auraient été lynchés à la fin du 19e et au début du 20e siècle aux États-Unis.

JE ME SOUVIENS

Arrivés de Russie au Canada en 1899, les Doukhobors, ardents pacifistes, s'installèrent dans l'Ouest canadien. Ils sont environ 30 000 aujourd'hui. Selon cet article que j'ai trouvé, ils auraient peut-être aimé vivre au Québec, mais j'ai l'impression que l'accueil (pour des motifs à la fois de religion et de moeurs) ne fut pas très chaleureux. Voici ce qu'écrit le journal La Vérité en juillet 1899 à leur sujet.

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DOUKHOBORS

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Le dernier détachement de Doukhobors a dû être retenu pendant quelques temps à la quarantaine de la Grosse Île, parce que la petite vérole s'était déclarée à bord de la traversée. On affirme que leur séjour en bas de Québec les a enchantés. Les voilà qui voudraient, paraît-il, rester dans notre Province, au lieu de gagner les plaines de l'Ouest, leur destination primitive.

Le Soleil, numéro du 4 juillet, semble favoriser ce projet.

Pour nous, nous sommes convaincus que l'établissement de ces immigrants au milieu de nous serait extrêmement mal vu de nos populations chrétiennes.

Les Doukhobors peuvent bien avoir des qualités; ils peuvent bien être vraiment persécutés par le gouvernement russe; mais ils ont de très grands défauts qui rendent leur présence au milieu de nous fort peu désirable, pour employer une expression adoucie.

Il est avéré, par exemple, le Soleil l'admet, qu'ils refusent absolument de porter les armes, même pour défendre leur pays contre la plus injuste des agressions.

Leurs croyances religieuses semblent assez rudimentaires, et leurs moeurs entièrement différentes des nôtres. S'il faut en croire une communication publiée dans le Chronicle, ces jours derniers, les Doukhobors, pendant leur séjour à la Grosse Île, se baignaient tous ensemble, hommes, femmes et enfants, in naturalibus. C'est primitif, pour le moins.

Nous croyons que ce serait une grave erreur d'encourager ces gens à rester parmi nous. Qu'ils gagnent l'Ouest, au plus tôt.


mercredi 10 août 2011

JE ME SOUVIENS

Avant le Vietnam, il y a eu les Philippines (1899 - 1902). C'est à la fin du 19e siècle que les États-Unis ont véritablement commencé à se comporter comme une puissance impériale. Après avoir vaincu l'Espagne, ils ont trahi leurs alliés philippins et asservi l'archipel. Des centaines de milliers de civils ont été tués.

Dans son édition du 8 juillet 1899, le Journal La Vérité, de Québec, pour des motifs autant religieux qu'humains, s'insurge contre le comportement des Américains dans ce texte qui s'inspire de nouvelles publiées dans des journaux des États-Unis. Notons que l'on commence par les crimes sacrilèges, pour ne parler qu'en second du massacre des habitants. Trait d'époque.

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UNE GUERRE HONTEUSE

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Il devient de plus en plus manifeste que non seulement les États-Unis font aux Philippines une guerre que rien ne justifie, une guerre de conquête, tout simplement, mais que les soldats américains font cette guerre, non pas en gens civilisés, mais en vrais bandits et en véritables sauvages.

Les journaux des États-Unis sont remplis de détails révoltants.

Le Times, de Minneapolis, numéro du 20 juin, raconte qu'au numéro 412 Nicollet Avenue, chez un nommé B.T. Drake, on peut voir des vêtements épiscopaux, évalués à 1500 $, volés dans une église des Philippines et envoyés à Drake par un nommé Beck , de la compagnie 1 du 13e régiment du Minnesota.

On raconte qu'un prêtre, essayant de protéger des propriétés ecclésiastiques, fut tué d'un coup de fusil.

Un soldat écrit : « Nous sommes installés dans une belle et grande église sur les montagnes. C'est un vieux monastère. Je parie qu'on n'y a jamais rien vu de semblable; des milliers de cierges qui brûlent; les hommes jouant et sacrant; plusieurs portant les vêtements des prêtres. »

Les soldats qui écrivent à leurs parents se vantent froidement de leurs actes de vandalisme, de leurs vols sacrilèges dans les églises, de leurs massacres de prêtres, de femmes et d'enfants, de leurs incendies. Un soldat, M. Michea, écrit : « Après avoir bombardé Malabon*, nous y sommes entrés et avons tué tous les naturels que nous rencontrions, hommes, femmes et enfants. »

Un autre, A.A. Barnes, de la batterie G, écrit : « Le général Wheaton donna l'ordre de brûler la ville et de tuer tous les naturels. Environ 1000 furent tués, hommes, femmes et enfants. »

Tout cela ne serait pas croyable si ce n'était en blanc et en noir dans les journaux américains.

Et ce qui est le plus révoltant, c'est que ces révélations horribles ne semblent causer aucune émotion aux États-Unis en dehors des cercles catholiques. Les journaux catholiques protestent contre ces abominations, mais leurs protestations restent sans écho.

*Le massacre de Malabon est documenté.

JE ME SOUVIENS

Extrait du journal La Vérité, de Québec, du 8 juillet 1899. Point de vue intéressant sur la Confédération encore jeune, et sur les liens entre francophones du Québec et les citoyens, francophones et anglophones, des autres provinces. Le texte n'étant pas signé, on peut présumer qu'il représente l'opinion du propriétaire du journal, Jean-Paul Tardivel. Les mots en italique l'étaient dans le texte original.

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Le « Dominion Day » de 1899...

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La Confédération du Canada vient de célébrer, sans le moindre éclat, son 32e anniversaire.

Le 1er juillet est une fête purement statutaire. Ce n'est pas une fête nationale. Les banques et les bureaux publics se ferment, en ce jour-là; il y a des excursions à bon marché dont bon nombre de gens profitent; les affaires sont plus ou moins suspendues. Mais aucune fibre patriotique ne s'émeut à l'occasion du Dominion Day.

C'est l'anniversaire d'un mariage de raison: ou plutôt qu'on a cru de raison et nécessaire. L'amour n'a joué aucun rôle dans l'union contractée en 1867.

Sans doute, quelques-uns des auteurs de la Confédération se sont imaginé qu'ils jetaient les bases d'une nation nouvelle; que les populations des différentes provinces allaient se fusionner étroitement pour ne former qu'un seul peuple: le peuple canadien. Quelques-uns des nôtres redoutaient cette fusion, et craignaient que la nationalité canadienne-française ne vînt à disparaître.

Heureusement, notre peuple n'est pas encore sérieusement entamé. Sa fête nationale, c'est toujours la Saint-Jean-Baptiste; ce n'est pas le 1er juillet. Nos hommes publics, en général, se sont laissé entraîner loin de l'idéal canadien-français. Ils se proclament volontiers partisans du grand tout canadien et de l'idée impériale. Mais, Dieu merci! les masses de notre population ne les ont pas suivis jusqu'ici. Pris dans son ensemble, notre peuple est resté fidèle à l'idée nationale d'autrefois. Il veut garder son autonomie relative, son caractère distinct, sa langue et ses traditions, en attendant des jours meilleurs.

Nous devons donc remercier le ciel de ce que la Confédération de 1867 n'a pas encore produit les effets qu'on en espérait, d'un côté, qu'on en redoutait, de l'autre.

Pour les Canadiens français, la vraie patrie c'est toujours la province de Québec. Si nous sommes attachés aux groupes français des autres provinces, c'est par les vieux liens du sang, de la langue et des traditions; non point par le lien politique créé en 1867.

Nous nous intéressons à nos frères de l'Est et de l'Ouest parce qu'ils sont nos frères; non parce qu'ils sont nos concitoyens.

Nous avons certaines relations d'affaires avec les populations anglaises des autres provinces; mais nous n'éprouvons pas pour elles le moindre sentiment fraternel. De même, elles sont parfaitement indifférentes à notre égard, au point de vue national. Les Anglais du Canada ne considèrent pas les Canadiens français comme leurs nationaux; et de notre côté, c'est le même sentiment qui domine encore à leur égard. Ils sont pour nous, et nous sommes pour eux, de simples associés, s'accordant plus ou moins bien. Mais, patriotiquement parlant, nous ne sommes pas plus liés aux Anglais d'Ontario ou du Nouveau-Brunswick qu'aux gens de New York et du Vermont.


mardi 9 août 2011

JE ME SOUVIENS

J'ai beaucoup de plaisir à éplucher ces jours-ci de vieux numéros (1899 à 1906) du journal La Vérité, de Québec. On y trouve une foule de nouvelles fascinantes. En voici une qui jette un peu de lumière sur les origines lointaines de la Loi 101...


Extrait du journal La Vérité, édition du 10 juin 1899.

LA LANGUE ANGLAISE SERA LA LANGUE OFFICIELLE À BORD DES TRAMWAYS DE MONTRÉAL

Sous ces titres, La Presse, de Montréal, publiait dernièrement, le 25 mai, l'information qui suit :

« La compagnie de chemin de fer urbain, par un ordre qu'elle vient de signifier à ses conducteurs, a adopté la langue anglaise comme langue officielle sur ses lignes. Depuis une semaine, chaque conducteur, pour recevoir le prix du passage, doit placer sa boîte devant le voyageur et dire : « Fare please! » S'il néglige de se conformer à cette formalité, pour la première offense on se contente d'un avertissement, mais pour la seconde il y a suspension, et renvoi définitif pour la troisième. »

Cette information est-elle bien exacte? Pour nous, nous ne l'avons vue ni confirmée, ni démentie. Si elle est exacte, comment se fait-il que les journaux français de Montréal n'aient pas soulevé une véritable tempête à ce propose? Car, certes, si un tel ordre a été réellement donné aux conducteurs de voitures du tramway, à Montréal, on devrait protester hautement ert vigoureusement.

Dans une ville comme Montréal, le français devrait être mis sur un pied d'égalité avec l'anglais, en tramway comme ailleurs. Et c'est le devoir des journalistes français de Montréal de voir à ce que l'on n'ostracise pas notre langue.


JE ME SOUVIENS

À la lumière des moyens de communication du 21e siècle, il est intéressant de voir comment les gens se débrouillaient sans trop de technologie. Voici une méthode originale... un service régulier de courrier par pigeon, avec timbres spéciaux, en 1899 en Nouvelle-Zélande.

Extrait du Journal La Vérité, de Québec, édition du 27 mai 1899

DES PIGEON-GRAMS?

Un timbre nouveau vient d'être émis par le gouvernement de Nouvelle-Zélande.

À plusieurs milles en mer, au-delà d'Auckland, il y a une petite île habitée, très fertile, qui n'est reliée par aucun câble ni aucun courrier régulier à l'archipel néo-zélandais.

Depuis quelque temps, on a eu l'idée d'établir un service de pigeons voyageurs entre Auckland et l'île en question : Great Barrier Island.

Le gouvernement, à la suite des résultats très satisfaisants qui ont été obtenus, s'est décidé à réglementer le port des lettres et dépêches par ce nouveau système. Désormais, le service sera régulièrement assuré deux fois par mois.

Les messages, appelés « pigeon-grams », devront être écrits sur papier pelure ayant au maximum 0m,20 sur 0m,08. L'adresse, au crayons comme le reste de la lettre, doit être inscrite au haut du message, auquel sera fixé un timbre spécial dont voici la description, telle que nous l'apportent les derniers journaux australiens :

Sa forme est légèrement allongée dans le sens horizontal (de fait, il est triangulaire). On y voit un pigeon volant à tire d'ailes et portant en son bec une enveloppe. En haut, on lit : Great Barrier Island.

La première émission, faite il y a quelques semaines, n'est que de 1800 timbres seulement.


JE ME SOUVIENS

Quatre ans après la découverte (en 1895) des rayons X, on se livrait sans doute à diverses hypothèses sur leurs applications. En voici une...

Extrait du journal La Vérité, de Québec, du 13 mai 1899.
DES JOURNAUX IMPRIMÉS AUX RAYONS X ?

La presse, après quatre siècles et demi d'existence, serait-elle condamnée à périr?

Quelques esprits avancés s'aventurent à le prédire.

La presse est une lumière, et le grand ennemi de cette lumière, c'est une autre lumière : les rayons X.

On aurait trouvé le moyen d'imprimer sans impression.

Moyennant une feuille où des caractères sont tracés avec une encre spéciale, et moyennant la superposition de cette feuille à un nombre illimité d'autres feuilles blanches, les novateurs se sont fort de remplacer toutes les machines d'imprimerie.

Seulement - et c'est là, croyons-nous, la grosse pierre d'achoppement - il faut que les feuilles blanches soient sensibilisées comme le papier employé par les photographes.

De sorte que ce nouveau genre d'impression reviendrait beaucoup plus cher que l'autre.

Si donc la presse est menacée, le péril n'est pas urgent encore, et les machines peuvent « rouler ».