jeudi 8 août 2013

La musique du Canada anglais, c'est quoi au juste?

La publication récente du Top 100 des albums « canadiens » par CBC Music, qui ne contenait que quatre albums de langue française, m'a fait jongler à cette notion de musique « canadienne », ou devrais-je plutôt dire Canadian, parce que dans notre coin de pays à nous, plus personne n'attribue le qualificatif « canadienne » à la musique d'origine québécoise - du moins à celle qui se fait en français.

Tout en avouant ma connaissance fort insuffisante de la scène musicale anglo-canadienne, mais étant né et ayant grandi en Ontario où j'ai été bombardé de musique anglophone jusque dans la vingtaine, je dois avouer qu'encore aujourd'hui, j'ai beaucoup de difficulté - en écoutant une chanson ou une pièce de musique - à distinguer ce qui est Américain de ce qui est Canadian. Oh il y a des exceptions, mais en général, pour moi, les rythmes, les mélodies et les thèmes sont semblables.

On n'a qu'à prendre le meilleur album « canadien » de tous les temps, selon CBC Music : l'excellent Harvest de Neil Young, sorti en 1972. Cet album n'a aucun titre qui semble indiquer une origine canadienne.  La chanson que je connais le mieux, Heart of Gold, ne mentionne qu'une localité - Hollywood. Dans son album suivant, une des chansons les plus célèbres s'appelle Ohio et parle des contestations étudiantes américaines. C'est là qu'on retrouve aussi les chansons Southern Man et Alabama. Ça ne fait pas très Canadian...

Dans l'album Blue de Joni Mitchell, troisième au palmarès des 100 meilleurs, la chanteuse lance : « California I'm coming home ». Pas Ontario ou Alberta (sa province natale), mais California... Il faut cependant reconnaître qu'elle prononce le mot Canada une fois, dans la chanson A Case of You. Dans l'album Funeral d'Arcade Fire (le numéro 4 du palmarès), le seul endroit mentionné est Haïti... Peut-être y a-t-il, dans ce top 100, des albums où on chante les vastes étendues du Canada et s'il y en a, j'aimerais bien les entendre...

On me dira, avec raison, qu'il n'est pas nécessaire d'énumérer les villes et villages de son pays pour que le disque soit véritablement canadien, mais ces mêmes artistes ne dédaignent pas, à l'occasion, d'utiliser des lieux américains... D'ailleurs, nos voisins du Sud ne se font-ils pas une fierté d'éplucher leur atlas national dans leur musique? De Memphis à Kansas City, de New Orleans à Chicago, de New York à L.A., de Motor City à St. Louis, les palmarès rock et pop des États-Unis sont remplis de chansons qui louangent la géographie et l'histoire de ce pays.

Je pense que cela vaut la peine d'être souligné parce que c'est aussi le cas pour la musique québécoise, qui a, depuis les années 1960, propulsé toutes les régions du Québec dans ses palmarès, de la métropole aux plus petits carrefours. Qui ne se souvient pas de Ste-Adèle PQ par Jean-Pierre Ferland ou de Montréal par Beau Dommage? Au milieu des années 1970, Beau Dommage fracassait d'ailleurs tous les records de ventes en nous faisant passer de la métropole à Châteauguay, de Sorel à Bois-des-Filion, de l'Île Perrot à 7760 St-Vallier...

Georges Dor avait percé même en Europe avec La Manic où il évoquait avec nostalgie Trois-Rivières, Québec et « les rues sales et transversales » de Montréal. Raoul Duguay chantait Val d'Or et son coin de pays, l'Abitibi, tandis que Gilles Vigneault racontait les histoires de Natashquan et de la rivière Mingan. Robert Charlebois parlait de Chibougamau avec sa Dolores avant que les soeurs McGarrigle nous amènent de la rue Ste-Catherine à Notre-Dame-de-Stanbridge et Ste-Anne de la Pérade... Sans oublier Claude Gauthier, qui chantait « l'énergie qui s'empile d'Ungava à Manicouagan »...

Nos chanteurs et chansonniers ont même débordé les frontières du Québec pour aller se promener musicalement au Canada hors Québec. Dans les années 70, un des succès de Pierre Lalonde s'appelait À Winnipeg les nuits sont longues. Quelques années plus tôt, Robert Charlebois évoluait de Québec vers Ottawa et Toronto en moto dans Les ailes d'un ange. Jean Leloup était reparti faire sa vie à Hawkesbury dans I lost my baby. Les Cowboys fringants n'ont pas quitté leur bar rue St-Denis ou le carré St-Louis mais ont évoqué le beau-frère de l'Alberta dans Toune d'automne. Et qui pourrait oublier le grand « classique » Saskatchewan, des Trois Accords ?

Autre que l'éternelle Running Back to Saskatoon, du groupe Guess Who, et l'une de mes préférées, Four Strong Winds, d'Ian and Sylvia (chantée aussi par Neil Young), où la destination est l'Alberta, je ne me souviens pas de chansons ou d'albums ayant trôné près du sommet des palmarès pan-canadiens qui mettaient en scène Halifax ou Toronto, Fredericton ou Winnipeg, Hamilton ou Edmonton, Windsor ou Vancouver... La plupart des artistes anglo-canadiens les plus populaires me donnent l'impression d'être gênés (musicalement du moins) de leurs origines, faisant de leur mieux pour s'intégrer au méga-marché américain... Est-une fausse impression? J'aimerais bien qu'on me corrige si c'est le cas...

Harvest, le numéro un du palmarès canadien de CBC Music... c'est donc ça, la plus parfaite incarnation de la musique Canadian ? La fierté, au Canada anglais, ne passe-t-elle pas trop souvent par une consécration du marché américain ?








mardi 6 août 2013

CBC et la musique « canadienne »

Les Anglo-Canadiens ne se disent jamais (ou très rarement) Anglo-Canadiens. Ils sont Canadian tout court. Dans un coin reculé de leur cerveau, ils sont conscients de la présence, au Québec et ailleurs au pays, de notre tribu de langue irritante mais cela ne modifie pas le coeur de leur construction identitaire. Alors quand on fait des « affaires » pan-canadiennes - des équipes de hockey par exemple, des comités, enfin peu importe - on y inclut quelques francophones parce qu'il le faut mais ça se passe à peu près toujours en anglais, en bon Canadian... Si je mentionne ça ce n'est pas pour leur adresser des reproches. Je comprends... Nous sommes pour eux, culturellement avec un petit « c », des étrangers et ils sont très vastement majoritaires entre l'Atlantique et le Pacifique.

Alors cela ne m'a guère surpris de voir, dans le palmarès des 100 meilleurs albums canadiens de tous les temps, confectionné par CBC Music, à peine quatre mentions d'albums francophones : Quatre saisons dans le désordre de Daniel Bélanger, L'heptade d'Harmonium, Starmania et Les chemins de verre de Karkwa. Qui suis-je pour critiquer les choix du comité élargi de CBC? Je ne suis pas un expert. Un amateur seulement (quoique depuis plus de 50 ans), et encore un amateur de certains types de musique (rock, folk, traditionnel et blues surtout). J'ai une bonne collection, vinyle et numérique, des chanteurs, musiciens et groupes que j'affectionne, et une connaissance moyenne ou inférieure du reste. Mais j'ai suivi de très près, et ce depuis la première moitié des années 1960, les comportements identitaires au Québec, au sein de la francophonie hors-Québec, et chez nos voisins anglo-canadiens.

Ce que je sais, d'expérience, c'est que l'immense majorité des Anglo-Canadiens ne comprennent pas le français, et que même quand ils sont bilingues, leur consommation de produits culturels québécois ou francophones  (canadiens et étrangers) est fort limitée. Ils écoutent peu la radio francophone (radio francophone - faut le dire vite... c'est plutôt une radio bilingue), achètent peu la musique québécoise ou franco-canadienne, ne fréquentent pas les concerts des Cowboys fringants et sont généralement inaptes (sont-ils même intéressés) à saisir la portée culturelle ou identitaire des musiques et paroles qui sortent d'ici (à l'exception de quelques émissions de radio de CBC). De fait, compte tenu de leur comportement culturel au moins aussi américain que canadien (en musique), j'oserais affirmer qu'ils n'ont pas la compétence, sauf exception, pour juger de l'importance de nos contributions musicales dans leur « melting pot » canadien.

Ces jours-ci, je réorganise mon bureau à la maison, le transformant en salle d'étude, de travail, de lecture et de musique. Cela implique une réorganisation de ma collection de vinyles, qui aura une place privilégiée dans cette pièce. Je n'ai pas encore classé le dixième des albums que je veux garder et continuer de réentendre et il me semble que j'ai vu dans ces titres des offrandes qui auraient pu être candidates à un « top 100 » de ce pays qui fait semblant de nous inclure à l'occasion. Je me permets de mentionner, au passage, quelques-uns de ces albums qui ont marqué leur époque et qui, dans certains cas, continuent de tourner en 2013.

* l'album Robert Charlebois / Louise Forestier de 1968, une véritable révolution musicale qui s'est avérée un tremplin pour le développement d'un rock typiquement québécois. Je n'aurais eu aucune hésitation à placer ce disque dans le top 10 du palmarès.

* et pourquoi pas, tant qu'à y être, l'album Québec Love qui a suivi en 1969, qui a raffermi les assises de cette transformation du rock d'ici. 

* l'album Jaune, de Jean-Pierre Ferland, de 1970, que certains critiques (dont je ne suis pas) estiment le meilleur album de tous les temps au Québec.

* l'album Léveillée-Gagnon de 1965, un « trésor de la culture musicale québécoise », qui vient d'être réédité en 2012.

* l'album Beau Dommage (le premier), où toutes les chansons sont devenues des classiques au fil des décennies!

* et que dire des nombreux disques qui sont sortis dans le sillage de la crise d'octobre, y compris les Poèmes et chants de la résistance (3 volumes) et SOS de Jacques Michel ?

* on pourrait aussi discuter de l'apport de groupes moins percutants mais dont la contribution a été soulignée à divers niveaux (les Sinners dans les années 60 et 70, entre autres).

Je continue mon inventaire et je suis sûr de pouvoir tripler ou quadrupler les suggestions, avec ma connaissance limitée du milieu musical. Des experts pourraient sans doute ajouter bien d'autres titres. À l'époque contemporaine, je ne comprends pas qu'au moins deux albums des Cowboys fringants, Break syndical et La grand-messe, ne soient pas placés bien haut dans ce top 100...

Quant au choix des albums anglo-canadiens, je confesse mon ignorance pour la plupart d'entre eux, quoique je connaisse la musique de la majorité des artistes. Encore là, ce que j'ai entendu,  sauf exceptions notables, c'est une musique qu'on peut difficilement différencier de l'amalgame américain. Il y a un « son » québécois qui se distingue des autres pays de la francophonie. Mais y a-t-il un « son » anglo-canadien aussi facilement identifiable? Personnellement, je ne crois pas.

Enfin, une suggestion à CBC Music. Ça ne m'offusquera pas si vous vous en tenez aux albums de langue anglaise et que vous les appelez Canadian... En musique du moins, c'est une appellation en voie d'extinction au Québec.



samedi 27 juillet 2013

Canadian Tire 101

Depuis 50 ans, d'abord comme étudiant, puis comme journaliste, mon principal outil - je dirais presque mon seul outil - a toujours été un clavier. D'abord ceux des bonnes vieilles machines à écrire Underwood, puis brièvement ceux des machines à écrire électriques que je détestais, puis, à partir du milieu des années 1980, les claviers des ordinateurs. Les marteaux, les scies, les perceuses, les jeux de clés nécessitent des compétences que je n'ai pas...

Étant nul (voire une menace...) en bricolage, je suis totalement allergique à des magasins comme IKEA où tout, absolument tout, requiert de l'assemblage. L'enfer, IKEA, c'est pareil... J'ai par contre une fascination pour les magasins Canadian Tire, qui ressemblent à des espèces de capharnaüms où s'empilent, rayon après rayon, les objets et outils les plus divers... pour l'auto, l'électricité, la plomberie, certains mobiliers, la chasse, la pêche, et bien plus. Un monde que je trouve à la fois étrange et attrayant. Une grande surface du 21e siècle avec l'âme d'un ancien magasin général des temps passés...

À Gatineau, du moins dans mon secteur de Gatineau, celui qui s'appelait Gatineau avant que les fusions des 40 dernières années imposent l'appellation Gatineau à un méga-territoire, le stationnement du Canadian Tire est toujours bondé. J'ai parfois l'impression que toute la ville se donne rendez-vous dans les allées de cette super quincaillerie. Les gens y semblent à l'aise, comme s'ils étaient chez eux. Ils cherchent, ils trouvent. C'est du moins l'impression que j'ai. Moi, par contre, entre la porte d'entrée et la porte de sortie, je ne sais jamais dans lequel des 80 et quelque rayons me rendre... j'ai besoin d'information... et donc de trouver un employé pour me renseigner... et c'est là que le fun commence...

Hier soir, avec mon épouse, je suis allé au Canadian Tire pour acheter une structure métallique de rangement (à tablettes), que nous n'avions pas trouvée la veille dans l'immense (plus gros qu'immense) IKEA d'Ottawa où des gens peuvent errer à la recherche des portes de sortie pendant des jours... Un endroit horrifiant... Alors nous voilà au Canadian Tire dans l'espoir de repartir avec notre structure de rangement... Poussant notre panier, on arpente l'ensemble du magasin en vain... On a bien repéré deux allées d'articles de rangement mais rien qui ressemble à ce dont on a besoin...

Et nous voilà tout à coup devant un comptoir dans le secteur de l'automobile où trois préposés semblent attendre qu'un client vienne les solliciter... Une aubaine : trois employés disponibles au même endroit ! Alors je pose la question : où dois-je me rendre pour voir les structures de rangement, s'il y en a dans le magasin ? Ils ne savent pas. Ce n'est pas leur département. Allez au comptoir d'information, dit l'un d'eux, dans l'allée 26. On vous renseignera... On avait déjà vu ce comptoir dans notre premier kilomètre de marche dans le magasin... On avait cru qu'il s'agissait du rayon de la peinture... et il n'y avait personne...

Alors, hop, au comptoir de l'allée 26... Les chiffres des rangées sont identifiés en gros... N'y manque que le 26 bien sûr mais entre 24 et 28, on ne peut guère se tromper... Il n'y a personne... même pas de clients qui attendent. Quelques minutes plus tard, un employé au regard fatigué se pointe avec un client en laisse, et on en profite pour lui demander où aller... Près de la caisse 1, dit-il, les structures sont toutes là... et on finit par en trouver une qui fait notre affaire (diable, il y aura de l'assemblage requis...). Mais il y a une note sous la structure : pour les articles de cette rangée, veuillez demander de l'aide...

Demander de l'aide, mais à qui? Je regarde autour et vois le comptoir « Service à la clientèle » où, par miracle, une employée est libre... Vite, avant qu'elle se sauve ou qu'un autre client la subtilise, je lui parle. À qui on demande de l'aide pour les structures de rangement? Ce n'est pas ici, dit-elle, (et sûrement pas au comptoir de l'automobile), rendez-vous au comptoir d'information de l'allée 26... Merci, on sait où c'est, on y est déjà passé deux fois...

Retour au comptoir de la rangée 26, où il n'y toujours personne devant les étagères de gallons de peinture... Après quelques minutes, une employée s'amène pour nous informer qu'elle est « un peu » occupée avec d'autres clients mais qu'elle finira par revenir... Mon épouse commence à  se décourager. Peut-être pourrait-on commander en ligne et faire livrer ? Attendons encore un peu... L'employé au regard fatigué est de retour, encore avec un client, et nous voyant, crie: Christian, es-tu occupé? Ce Christian mystérieux n'a pas répondu... et on ne l'a pas vu non  plus...

Finalement, la fille « un peu » occupée revient et elle l'est toujours, mais pas pour longtemps, assure-t-elle. Et de fait, elle revient vite. On lui pose la question de tantôt, et elle se rend avec nous près de la caisse 1, dans l'allée des structures de rangement. Faut-il faire livrer (c'est 45 $...) ou cela vient-il en boîte... Elle doit vérifier et part avec nous à la recherche d'un ordi dans une des allées (un de ces vieux ordis du 20e siècle où l'écriture s'affiche en vert lumineux sur fond noir...). Oui, il en reste une seule dans l'entrepôt !

Elle doit la trouver, et mesurer pour voir si ça « fitte » dans le coffre de l'auto... Mais cette fois, nous sommes tombés sur la bonne ! Pas question de refiler le dossier une nouvelle fois au comptoir de l'allée 26 (où elle ne travaille pas d'ailleurs, elle dépannait...). Jusque là, nous nous sentions un peu comme Astérix et Obélix dans la maison de fous (Les douze travaux d'Astérix), nous avions l'impression de tourner en rond... et d'être dans un magasin où les employés disponibles ne sont jamais ceux dont vous avez besoin...

Cueillant au passage un ruban à mesurer, la jeune fille file à l'entrepôt, mesure le tout, et revient environ 5 minutes plus tard avec la structure en boîte sur un chariot. Pouvons-nous emprunter le chariot jusqu'à l'auto? C'est plutôt pesant... Pas besoin, dit-elle, je vais vous accompagner au stationnement : « Je suis jeune et forte », lance-t-elle avec le sourire. Oui, mais il faut passer par les caisses où il y a toujours des files d'attente. Parfait, dit-elle, je reste avec vous ! Incroyable ! Ça, c'est du service ! Sortez les médailles d'honneur. On a trouvé l'employée Canadian Tire du mois !

Elle a attendu aux caisses, poussé le chariot jusque dans le stationnement, m"a aidé (sans effort apparent) à placer la lourde boîte dans le coffre et est repartie avec le sourire... En fin de compte, vive les Canadian Tire !

Nous ne sommes pas cependant à la fin de l'histoire... J'ai dans le garage deux boîtes... une d'IKEA, l'autre de Canadian Tire, qui contiennent un meuble et une structure nécessitant de l'assemblage... Les choses risquent maintenant de se gâter...

mercredi 24 juillet 2013

Team Canada ou Équipe Québec?

Je ne mêle pas souvent de sports parce que je n'ai pas la compétence requise pour confronter les experts (les vrais et les soi-disant) qui passent année après année à décortiquer les exploits des uns et des autres. Je ne pratique qu'un sport - le golf - et mes exploits se résument à un trou d'un coup dans les années 1970 au Dunnderosa (Chelsea, Québec) dont seul mon défunt beau-père pourrait témoigner. Pour le reste, je suis plutôt nul. Mais depuis ma tendre enfance, j'aime le hockey, même si j'ai renié mon ancienne équipe - Les Canadiens - quand ils ont mis Lafleur à la porte en 1984... Faire ça à mon idole...

Je me souviens quand j'étais petit, à 8 ou 9 ans, nous venions d'acheter notre premier téléviseur et mes parents nous laissaient regarder un peu de hockey le samedi soir. Nos joueurs préférés s'appelaient Maurice Richard, son jeune frère Henri, Jean Béliveau, Bernard Geoffrion, Émile Bouchard, Jacques Plante, et bien d'autres. On nous pardonnera d'avoir eu pour héros nos meilleurs joueurs canadiens-français, et d'avoir considéré les Canadiens comme notre équipe parce que plusieurs de ses meilleurs joueurs parlaient notre langue. Plus tard, dans les années 1970, Lafleur avait pris la relève avec brio...

Cette époque est malheureusement révolue, et aujourd'hui, on compte sur les doigts d'une main les joueurs francophones de l'équipe montréalaise... Les vedettes canadiennes-françaises ou québécoises sont éparpillées avec quelques concentrations ça et là...  Enfin... que cela serve d'introduction à ce dont je veux parler dans ce texte. Ce matin, en lisant les pages sportives du Droit, je notais que le gardien de Pittsburgh Marc-André Fleury se disait déçu de ne pas avoir été invité au camp d'Équipe Canada en vue des Olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi, en Russie.

Alors j'ai consulté la liste des joueurs invités, publiés la veille dans Le Droit. Sur près de 50 invitations, seulement six - Corey Crawford, Roberto Luongo, Patrice Bergeron, Kristopher Letang, Marc-Édouard Vlasic et Martin St-Louis - étaient adressées à des joueurs du Québec. S'y ajoutaient quelques francophones d'autres provinces, y compris Claude Giroux et Dan Boyle. C'est peu mais, direz-vous, qu'en sais-tu, toi l'incompétent en sports? Et vous auriez raison. Il y aura toujours des tas d'« experts » pour démontrer que Carey Price est meilleur que Marc-André Fleury, ou que Joe Thornton constitue un meilleur atout que Vincent Lecavalier.

Inutile alors d'évoluer sur ce plan, où il n'y a jamais de vainqueur à l'exception de ceux qui prennent les vraies décisions finales. Mais je suis mécontent, comme bien d'autres francophones sans doute. Sans preuve possible, je reste convaincu que « nos » vedettes de hockey (dans d'autres sports aussi) sont trop souvent sous-représentées quand vient le temps de former un « Team Canada » pour affronter la planète. Oh, il y a toujours quelques joueurs de notre coin de pays, soit parce que ne pas les inclure serait indécent, soit parce que ce serait gênant d'expliquer leur absence, mais on s'en tient habituellement au strict minimum... Vrai, pas vrai? Je vous dit ce que je ressens comme amateur depuis des décennies...

J'ai passé en revue la liste complète des joueurs de la LNH, des espoirs repêchés récemment aux vétérans, et j'ai dénombré plus de 100 joueurs du Québec, couvrant toutes les positions sur la glace. Certains sont déjà de grandes vedettes, d'autres demeurent pour le moment inconnus, certains ne sont que de bons « plombiers ». Certains n'ont que 19 ans, d'autres ont dépassé la mi-trentaine. C'est bien suffisant, en tout cas, pour former une équipe qui pourrait concurrencer sur le plan mondial.

Et il est grand temps qu'on y songe sérieusement. Si le reste du pays et les directions pan-canadiennes du hockey et d'autres sports avaient vraiment voulu incarner la dualité du pays, le chiâlage aurait cessé depuis longtemps chez les francophones. Assez, c'est assez ! Qu'ils la fassent, « leur » équipe, à leur goût... Et que nous formions la nôtre... Qui sait, nous assisterions peut-être à une finale Équipe Québec/Team Canada. Et si nous perdons, eh bien, ce sera sur la glace, fair and square, pas dans les officines de bureaux où nous n'avons et n'aurons jamais le dernier mot...




  

vendredi 19 juillet 2013

Hydro-Québec 101

Avant de parler d'Hydro-Québec, un petit détour vers mes souvenirs d'enfance (on fait souvent ça quand on a plus de 65 ans...). Je suis assez vieux pour me souvenir de l'époque où les téléphones n'avaient pas de cadran. On prenait le récepteur et on attendait. Vite, une téléphoniste de Bell (presque toujours anglophone, Ottawa oblige) faisait entendre sa voix nasillarde : « Number please... ». On donnait le numéro désiré et la téléphoniste assurait la connexion. La morale de cette histoire, c'est qu'un humain était toujours au bout du fil quand on décrochait le récepteur du téléphone.

Aujourd'hui, c'est une autre affaire. Pour moi qui n'aime pas parler à des boîtes vocales, l'époque est désolante! Des répondeurs partout, tout le temps!  Parfois pour de bonnes raisons, parfois simplement pour filtrer les appels et éviter de répondre aux « indésirables »... et de plus en plus souvent, ces jours-ci, pour éviter de payer des salaires à des employés qu'on remplace par des machines parlantes. Ces dernières sont entièrement programmables, et jamais syndiquées. Enfin, revenons à Hydro-Québec...

La nuit dernière (de jeudi à vendredi), de gros orages ont balayé l'Outaouais, et notamment là où se situe notre petit chalet non climatisé, à la frontière de la municipalité de La Pêche et de la grande région du Pontiac - aux abords du Lac Sinclair. Ce qui devait arriver arriva, pour la deuxième fois en trois jours : une panne d'électricité. D'abord, ça clignote, puis tout s'éteint, puis les lumières se rallument... Le même scénario, une deuxième fois, alors que je m'installais, vers 4 heures du matin, pour regarder en direct l'Omnium britannique de golf. Puis vers 4 h 15, pouf ! Plus rien, et ça reste noir...

Un peu bizarre comme panne, puisque l'orage était déjà terminé depuis un bout de temps... mais enfin. L'important, c'est d'avertir tout de suite Hydro-Québec. À l'heure qu'il est, je suis peut-être le premier à m'en être aperçu... Vite, je compose le numéro que je connais par coeur, à force de l'avoir utilisé souvent... 1-800-790-2424... Et la voix informatisée se fait entendre, avec ses options habituelles. Si la panne affecte la résidence où vous êtes, faites le « 1 ». Et on appuie sur le « 1 ». La Voix féminine d'Hydro poursuit : Dites votre code postal...

Une colle, je ne l'attendais pas celle-là. Je n'ai aucune idée du code postal du chalet... Je raccroche en me demandant si je vais réveiller mon épouse avant le lever du soleil pour lui demander le code postal du chalet.... Réflexion faite, non, pas tout de suite... On reprend à zéro. 1-800-790-2424. Quand elle me relance la question sur le code postal, je garde le silence. Mauvaise réponse. Je n'ai rien entendu, dit la machine qui a l'oreille fine. Si vous ne savez pas le code postal, dites : code postal inconnu. Et je m'exécute.

Pour vous situer, poursuit-elle, donnez-moi un autre numéro de téléphone à proximité de la maison où sévit la panne. Elle devient indiscrète. Pourquoi lui donnerais-je le numéro de ma voisine, qui est aussi la soeur de mon épouse? Enfin, comme la panne l'affecte elle aussi, ce serait lui rendre service que d'utiliser son numéro de téléphone comme repère pour la Voix d'Hydro. Et de m'exécuter de nouveau, ce qui semble satisfaire la personne virtuelle au bout du fil.

Là, la Voix me demande de donner mon adresse (enfin... il me semble que c'est la première question qu'une machine sensée aurait posée...). Après l'avoir répétée correctement, elle me demande de confirmer que ce que je viens d'entendre est conforme à ce que j'avais dit. Confirmé, dis-je et la voix informatique de s'éclipser au profit d'une seconde voix informatisée, nettement mieux informée que la première, qui dit : « La panne dans votre secteur est causée par un bris d'équipement. L'électricité sera de retour vers 8 heures. »

Dans notre coin quand même pas très isolé de l'Outaouais (où il n'y cependant pas de connexion cellulaire, à une soixantaine de km à peine du centre-ville de Gatineau et d'Ottawa), quatre heures pour réparer une panne, c'est un peu long, mais c'est acceptable. Donc on attend. Huit heures approche, le soleil monte vite dans le ciel, la chaleur et l'humidité sont déjà accablantes, et les ventilateurs sont fermés parce qu'il n'y a pas de courant. Mon épouse suggère une nouvelle vérification auprès d'Hydro-Québec. Cette fois, j'ai le code postal, donc une étape de moins...

La 2e Voix m'informe que le bris d'équipement ne sera pas réparé à 8 heures... C'est 11 heures maintenant ! Pourquoi? Impossible de savoir, il n'y a personne au bout du fil pour expliquer, juste la maudite machine qui répète les mêmes options et qui comprend seulement les mêmes réponses... N'essayez pas de torpiller le scénario du répondeur en composant le zéro, ce qui court-circuite parfois les cascades de messages et vous mène vers une voix véritablement humaine... Avec Hydro, ça ne marche pas. Et n'essayez pas de trouver un autre numéro de téléphone, du moins pas dans le bottin téléphonique de la région de La Pêche - Chelsea. Le nom Hydro-Québec n'y figure même pas. En tout cas, j'ai cherché et ne l'ai pas trouvé...

Alors je prends mon mal en patience. Je téléphonerais bien au siège social d'Hydro à Montréal ou au bureau régional de l'Outaouais, si je le pouvais, mais je n'ai pas accès à l'Internet sans électricité... Bientôt onze heures... Pas de douche, pas d'eau (la pompe est électrique...), pas d'Omnium britannique à la télévision... Ça va mal... À 11 h, toujours pas de jus, un autre appel 1-800-790-2424 à la Voix 1 et la Voix 2 qui me dit, exactement sur le même ton que la fois précédente, un ton neutre, sans sourire, que la panne sera réparée à midi. Une autre heure et personne pour me dire pourquoi... Ils se moquent de leurs clients, ces gens !


Midi passe et toujours rien. Pas d'eau, télé morte, chaleur suffocante... Inutile de vociférer au téléphone, il n'y a que les Voix programmées. Je sais que les équipes d'Hydro sont sur la route et font leur possible, mais à titre de client payant et de citoyen (Hydro étant une entreprise publique, elle est à mon service), j'estime avoir droit à des explications d'un porte-parole humain à qui je peux poser des questions... Inutile d'insister... La Voix me dit cette fois que ce sera... 13 heures ! Ça ne va pas non?


Assez! Ce petit jeu pourrait continuer longtemps et on n'a aucun moyen de savoir ce qui se passe vraiment. On vide le frigo, on refait les valises, et on rentre en ville dans notre auto climatisée vers notre maison climatisée. Un chalet sans eau et sans électricité quand on ne s'y attend pas, c'est pas le fun... Ma belle-soeur nous a informés en soirée que le courant avait finalement été rétabli vers 17 heures... et qu'il n'y avait toujours pas d'eau (la panne aurait torpillé la pompe électrique?). C'aurait été plus facile de trouver un plombier si la panne avait été réparée en matinée... Le vendredi soir, ce n'est pas évident...


Alors avis à Hydro-Québec. Je suis un client insatisfait. Pas de vos réparateurs, qui font sans doute leur possible. Je suis insatisfait d'une direction d'entreprise publique qui est incapable de prévoir un contact avec de vrais humains quand les pannes se prolongent indûment... Si ce n'était que de moi, je ferais arrêter quelques dirigeants d'Hydro-Québec et je les obligerais à écouter leurs répondeurs téléphoniques pendant quelques semaines sans arrêt... Les choses changeraient...


Quant à moi, après quatre ou cinq « échanges » avec les Voix du répondeur d'Hydro au 1-800-790-2424, je commençais à m'ennuyer des téléphonistes de mon enfance, même si elles étaient pour la plupart unilingues anglaises...

lundi 15 juillet 2013

Y'a de ces jours...

Y'a de ces jours... Hier, dimanche, 14 juillet (parenthèse - Vive la France !), c'en était un. Pas que je me plaigne, au contraire, des chaleurs de juillet, on en a eu trop peu de belles journées, en 2013... Mais enfin, c'est dimanche matin, Ginette (mon épouse) revient aujourd'hui d'un séjour d'une semaine à Orlando avec ma fille Véronique et son conjoint Nicolas et leurs deux enfants, Sophie et Cédric... et je veux, bien sûr, que tout soit propre...

Or, dehors, ce qui me sert de gazon (c'est vert et entre le trèfle en fleurs et les autres plantes il y a de l'herbe) a beaucoup grandi avec un arrosage généreux de Dame Nature (pourquoi c'est une femme?) et de mon système d'arrosage programmé pour mouiller le terrain entre 3 et 5 heures du matin les mardi, jeudi et samedi... Je me dis qu'il faudrait sortir la tondeuse... Et puis, je zieute l'auto et de toute évidence, elle pourrait être plus propre... et c'est sans compter la poussière et les brins de gazon et de saletés éparpillés sur les tapis de la voiture (que je ne vois pas de l'extérieur mais que l'oeil de faucon de mon épouse ne manquera pas de noter). Il faudrait donc aussi laver l'auto...

Je mets le nez dehors vers 7 h 30, après déjeuner, et il fait déjà chaud. Un coup d'oeil au thermomètre... déjà près de 26 et avec l'humidex, probablement plus de 30 degrés... et ça grimpe vite... Si je dois «travailler» dehors, il faudra le faire vite... Pas question de rôtir sous la chaleur et l'humidité en milieu de journée... Alors un peu avant 8 heures, espérant ne pas réveiller les voisins, je sors la tondeuse et m'attaque d'un pas vigoureux à la végétation en pleine croissance... Il n'a fallu qu'une quinzaine de minutes pour que je sois trempe « en lavette » sous un soleil déjà puissant...

Après avoir terminé la « pelouse » devant la maison, il restait la cour arrière... Je regarde ma montre... Non, remettons ça à demain matin, même heure... Au premier coup d'oeil, Ginette ne verra pas la cour, en arrivant de l'aéroport. Et il me reste l'auto à laver... encore au soleil...

À l'abordage. Un bon coup de «Shop Vac» à l'intérieur (où il fait déjà 40 degrés...). Vite une limonade avant de déshydrater... Puis c'est le temps d'un bon frottage au Hertel pour enlever la fine couche de poussière qui apparaît constamment de je ne sais trop où. Il est près de 9 heures et le mercure a sûrement grimpé d'un autre 3 ou 4 degrés... Dégoulinant de sueur (ce serait sans doute moins pire si je perdais une quinzaine de livres...), je me dis qu'il n'est plus question de laver l'extérieur de l'auto... d'autant plus que j'ai trouvé dans la voiture un coupon-rabais de 5$ sur un lavage chez Ultramar...

Sauvé ! L'Ultramar n'est qu'à deux ou trois minutes... Sur place, je présente mon coupon... et je vois apparaître le prix à l'écran de la caisse : $9 et quelques sous... Je remarque au commis que c'est un peu cher pour un lavage qui m'avait coûté, l'hiver dernier, environ 9$ sans coupon... Ah non, dit-il, c'est le lavage «suprême» que vous offre le coupon... avec cire et tout et tout... Mais je n'en veux pas, du lavage suprême... Coupon à la poubelle, lavage ordinaire. Ciel, c'est plus de 10 $... le prix a augmenté...

Enfin... l'important, c'est de ne plus avoir à suer au gros soleil... Petite attente en file en écoutant les tounes habituelles dimanche matin à la radio... puis c'est au tour du lave-auto de faire ce pour quoi je l'ai payé chèrement... Et voilà.... savon, jets d'eau, rinçage... c'est fait. Fier de moi, j'arrive à la maison et inspecte l'extérieur du char... Quelque chose ne va pas... Les portes sont pourtant censées être luisantes de propreté... Je passe mes doigts sur la porte arrière côté conducteur... et mes doigts sont noirs... Et c'est comme ça sur toutes les portes. Le maudit char est encore sale !!! Vraiment sale !!!

En maudit contre Ultramar (mais à quoi ça servirait d'aller piquer une colère au pauvre petit commis de la station d'essence qui ne m'a rien fait...) mais aussi contre moi-même pour avoir choisi la voie de la paresse, il ne restait qu'une chose à faire. Remplir le seau d'eau et de savon, sortir le boyau d'arrosage et affronter de nouveau les 30 degrés avec humidex de trente et quelque pour «vraiment» laver l'auto...

Je remets mes vieux souliers qui ont servi à tondre le gazon, un peu plus tôt, et je mets le pied dans l'auto pour m'assurer que les vitres sont bien fermées... laissant des tas de brins d'herbe sur mon tapis tout propre... Et me voilà penché pour les cueillir un par un... pas question de ressortir le Shop Vac... Mea culpa. Y'a des jours comme ça...

Mais soyez averti : le lave-auto Ultramar de la montée Paiement, angle Nobert, c'est de la marde...

samedi 13 juillet 2013

Quand les chandelles nous rassemblent...

En partie parce que le drame de Lac-Mégantic me touche profondément, mais aussi sans doute en partie parce que je suis journaliste de métier, je me suis rendu hier soir à la veillée de solidarité annoncée au parc Jacques-Cartier, sur les rives de l'Outaouais, au coeur du centre-ville de Gatineau. Je n'ai pas été déçu.

Personne ne semblait vraiment avoir « organisé » l'affaire. L'invitation avait tout simplement été lancée dans les médias et plus d'une centaine de personnes y ont répondu. Des jeunes, des vieux, de gens de tous les milieux, ayant en commun cet élan de solidarité pour les familles éprouvées de Lac-Mégantic... et ces chandelles et lampions déposés en cercle un peu avant le coucher du soleil.



L'ambiance était au recueillement. Oh, il y a bien eu quelques allocutions et témoignages, dont celui du maire Marc Bureau qui s'était joint à sa marmaille, mais c'était sans micro et amplification. Il fallait tendre l'oreille pour saisir ces paroles prononcées en douceur. Il n'y avait, pour le reste, que le bourdonnement sourd des conservations... et la musique d'un jeune violoniste venu exprimer à sa façon les émotions ressenties devant tant de vies perdues.

Les participants à cette vigile, pour la plupart, ne se connaissaient pas, mais en de tels moments, les Québécois redeviennent tous un peu cousins, cousines. J'ai en mémoire ma seule visite aux Îles-de-la-Madeleine, en 2002. Nous étions attablés à un restaurant et nous avons amorcé une conversation avec les gens de la table voisine, de parfaits étrangers... En quelques minutes, tous se parlaient d'un bord à l'autre du resto. Un tel venait de Mauricie, l'autre de l'Abitibi, nous de l'Outaouais, certains du Saguenay ou de l'Estrie... en un instant la « famille » s'était reconstituée.

Hier soir, c'était un peu ça. On entendait ça et là les gens parler de leur vie ou de leurs visites à Lac Mégantic (il y avait une dizaine de Méganticois là), de l'horreur de perdre un proche, du souvenir ineffaçable des images de l'explosion, des responsabilités de la compagnie ferroviaire. Des inconnus qui échangeaient comme s'ils s'étaient toujours connus. Méganticois, Gatinois, nous sommes tous un peu beaucoup de la même famille...

J'y ai rencontré une pianiste et son conjoint. Elle était accompagnatrice aux cours de violon de deux de mes filles dans les années 80/90, au mouvement Vivaldi. J'ai appris hier soir qu'elle était Méganticoise et que, par surcroit, elle se trouvait au centre-ville de Lac Mégantic quelques heures seulement avant l'arrivée en trombe du train de la mort. Elle avait quitté la région en fin de soirée et n'a appris le drame que tôt, le lendemain, Mais il s'en est fallu de peu.

D'un coin d'oreille, j'ai entendu quelques hommes, plus âgés que mes 66 ans, prononcer le nom de mon quartier d'enfance à Ottawa, Mechanicsville (ainsi nommé pour honorer les mécaniciens des trains du Canadien Pacifique qui y demeuraient). Je me suis approché et me suis présenté à celui qui avait ranimé ces souvenirs de jeunesse. Il s'agissait d'un vieux prêtre capucin, Armand Soublière, originaire de mon quartier et de ma rue. Il avait été missionnaire au Tchad pendant près de 30 ans et avait survécu à quatre coups d'État, et vivait sa retraite à Gatineau. Hier soir, croix de Tau au cou, il était venu ajouter ses prières aux manifestations de sympathie.

La nuit tombait, après 21 h, et même si la « cérémonie » était terminée, les gens s'attardaient. Comme si on devait faire durer de telles expériences. Comme si on ressentait qu'elles ont, pour chacun, chacune, une grande valeur. Comme si les malheurs étaient toujours plus supportables bien entourés. En famille. En communauté.

Dans Le Devoir de ce matin, Bernard Descôteaux a mis le doigt sur un élément important, en parlant de M. Burkhardt, le grand patron détesté de la compagnie ferroviaire Montreal Maine & Atlantic. « Il ne pouvait pas comprendre l'ampleur du drame, non pas à cause de la barrière de la langue, mais parce que cet entrepreneur n'est que cela, un entrepreneur venu de nulle part, sans lien avec les gens de la collectivité de Mégantic. » Hier soir, nous savions que nous ne venions pas de nulle part, et nous avions des liens avec la collectivité de Mégantic.

Il faudra un jour raconter, sous cet angle, le démantèlement de la compagnie Maclaren, dans le secteur Buckingham-Masson de Gatineau. Vendue vers 1980 à Foresterie Noranda, une entreprise située hors du Québec et n'ayant aucun lien avec la collectivité. Pendant une vingtaine d'année, ces barons étrangers ont vendu l'entreprise pièce par pièce jusqu'à ce qu'il ne reste rien, laissant derrière eux carrières et vies brisées et des emplois perdus...

Il n'y a pas eu de grand drame comme à Lac-Mégantic, mais il y avait bien des Burkhardt...