Récemment, Pierre Curzi, dans son appel à un front commun des partis indépendantistes, affirmait qu'un libéral est presque invariablement élu dans toute circonscription composée de moins de 70% de francophones. Sauf pour Ungava, une circonscription assez particulière, les résultats obtenus jusqu'à maintenant lui donnent de façon générale raison. Mais cette analyse vaut-elle toujours? Les attitudes évoluent-elles au point de déstabiliser des comportements électoraux qu'on croyait figés? Les élections partielles dans Argenteuil et La Fontaine, aujourd'hui, nous en donneront une indication.
Selon l'analyse de M. Curzi, les électeurs de La Fontaine devraient encore une fois donner une majorité plus qu'appréciable au PLQ. Dans cette circonscription, à peine 43,2% des citoyens se disaient de langue maternelle française au recensement de 2006. Cette proportion grimpe à 52,7% si on adopte le critère de la langue d'usage (plus fiable selon moi, quoique imparfait). Ce coin de l'est de l'île de Montréal ne compte que 9,3% de citoyens de langue maternelle anglaise, mais plus de 45% d'allophones, dont une forte proportion d'italophones. Le fort attrait de l'anglais auprès des allophones se manifeste dans la proportion de 26.1% de citoyens qui donnent l'anglais comme langue d'usage au recensement de 2006.
Si on prend comme base d'analyse le plus récent sondage Léger Marketing (fin mai 2012), selon lequel environ 64% des non-francophones et 25% des francophones votent pour le Parti libéral du Québec (et en supposant que ces proportions s'appliquent fidèlement dans La Fontaine), on peut attribuer plus de 43% des suffrages au PLQ, ce qui est largement suffisant pour distancer le PQ, la CAQ ou Québec Solidaire. Encore selon Léger Marketing, le PQ va chercher environ 39% du vote francophone, et sans doute une petite fraction (certainement moins de 10%) du vote non francophone, ce qui donnerait au parti de Pauline Marois moins de 25% des votes. À l'élection de 2008, le PLQ avait raflé environ 70% des votes et le PQ, 19%.
Par contre, certaines données rendues publiques en janvier par la maison de sondage Forum Research contenaient des données que je trouvais surprenantes. Interrogés sur le statut que le Québec devrait avoir face au Canada, 8% des non-francophones choisissaient l'indépendance sans association, et un autre 21% une forme de souveraineté-association... Si l'on ajoute à ces données le comportement du gouvernement Harper, qui remet à l'avant-plan un symbolisme britannique avec lequel les non-francophones non britanniques ont peu d'affinités, on pourrait croire que la tiédeur de ces mêmes non-francophones à l'endroit du reste du pays pourrait s'accentuer. Enfin, il y a le conflit étudiant et la Loi 78, qui divise la population mais qui a eu pour effet, entre autres, de créer un rapprochement identitaire qu'on pourrait qualifier de québécois entre les sympathisants de la cause étudiante et les adversaires de la Loi 78, au-delà de leurs divisions linguistiques et culturelles.
Si ces facteurs potentiellement favorables aux partis souverainistes se conjuguent aujourd'hui, l'effet pourrait n'être que marginal dans La Fontaine, mais même de légers déplacements de voix dans Argenteuil pourraient causer des surprises. En prenant pour base le sondage Léger Marketing, cette circonscription est à la portée du PQ. En répartissant les voix comme je l'ai fait ci-haut pour La Fontaine, les libéraux n'engrangeraient que 31,5% des voix, et le PQ pourrait atteindre le tiers. Mais ça c'est de la fiction mathématique. Dans Argenteuil, le candidat de la CAQ est un ancien député du Bloc à Ottawa, Mario Laframboise, bien connu, ayant des sympathies indépendantistes. D'autre part, même dans cette circonscription à forte majorité francophone (82,7% selon la langue maternelle, 83,3% selon la langue d'usage), l'anglais conserve toujours une plus grande force d'attraction que le français auprès des autres non-francophones (14,8% selon la langue maternelle, 16,1 selon la langue d'usage). Ces deux facteurs favoriseront le PLQ.
À la dernière élection, le PLQ avait obtenu près de 50% des voix dans Argenteuil, et le PQ 33,6%. Depuis, dans l'ensemble du Québec, le PLQ a perdu des plumes, mais le PQ aussi... Quoiqu'il en soit, c'est sans doute la seule circonscription où le Parti libéral n'est pas assuré de la victoire.
Pierre Allard
NB Avec les événements récents, il sera intéressant de noter la performance de Québec Solidaire, qui n'a récolté que 1,9% des voix dans La Fontaine, et 2,1% des votes dans Argenteuil, en décembre 2008.
lundi 11 juin 2012
dimanche 3 juin 2012
La SSJBM et le Jubilé de la reine...
J'ai lu ce matin le communiqué de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, endossé par le réseau Cap sur l'indépendance et portant sur le 60e anniversaire du couronnement de Mme Élizabeth Windsor (je crois que c'est bien son nom de famille), mieux connue sous le nom Élizabeth II.
J'ai le plus grand respect pour la monarchie, même si je n'ai pour elle aucune affection. Et je reconnais la légitimité (du moins pour les anglophones) de souligner le jubilé de diamant de la reine même si, pour nous, la Couronne britannique semble susciter le plus souvent une indifférence ou une irritation bien justifiées.
Mais entre les critiques fondées et les attaques excessives, voire de mauvais goût, il y a un pas que nous ne devrions pas franchir. Au-delà d'un ton impertinent, plusieurs des affirmations du communiqué de la SSJB sont plus que douteuses sur le plan historique et certaines sont même outrancières.
Venant de défenseurs en vue de la cause indépendantiste, cela me déçoit au plus haut point. Une lecture franche de l'histoire du Québec et de celle des francophones ailleurs au Canada suffit pour discréditer ceux et celles qui, au nom des traditions britanniques y compris la monarchie, ont commis de nombreux actes de répression contre notre peuple. On n'a pas besoin d'exagérer ou, pire, de mentir.
Je cite quelques exemples tirés de la page Web de Cap sur l'indépendance :
* « Depuis 1755, les armées de Sa Majesté déportent les Acadiens après avoir violé les femmes, confisqué terres et cheptel, et brûlé maisons et récoltes. Ils seront 12 000 à mourir de faim. » Selon les chiffres de l'Université Laval, un peu plus de 12 500 Acadiens ont été déportés de 1755 à 1763. Des milliers se sont installés ailleurs (aux États-Unis, en France, au Québec) et quelques milliers sont revenus graduellement en Acadie. Sans doute des milliers sont-ils morts, par violence ou de la faim, mais 12 000 de la faim seulement? Quant aux viols, nul doute qu'il y en a eus, mais toutes les femmes? La déportation est déjà suffisamment horrible en soi; on n'a pas besoin d'en rajouter...
* « En 1837, Londres proclame la loi martiale. Les armées de Sa Majesté tuent les hommes et brûlent les villages. » À lire ce texte, ils ont exterminé l'ensemble de la population mâle du Bas-Canada (Québec) de l'époque, et brûlé tous les villages. Ils en ont tué, des hommes (un peu plus de 300?), et en ont brûlé, des villages. Et ce qu'ils ont fait serait sans doute aujourd'hui considéré, avec raison, comme crimes de guerre ou crimes contre l'humanité. Mais pourquoi ne pas s'en tenir aux faits?
* Qu'on s'en prenne au symbolisme de la Couronne, ainsi qu'au colonialisme et à l'impérialisme britanniques, soit. C'est de bonne guerre et pleinement justifié. Mais d'ajouter que « célébrer le jubilé, c'est célébrer un système - la monarchie constitutionnelle canadienne - qui favorise la corruption et qui, tout en réduisant les Québécois(es) à un statut de sujets et de minoritaires, confère au premier ministre fédéral des pouvoirs dignes d'un roi élu », on dérape. Il n'y a aucun lien évident entre monarchie constitutionnelle et corruption. Et si on vivait dans une république du Canada, on serait toujours minoritaires et assujettis. Quant aux pouvoirs du PM fédéral, ils sont excessifs mais cela n'a rien à voir avec le Jubilé de la Reine. Quel fourre-tout!
* Qu'on évoque la nuit des longs couteaux de 1981 et le rapatriement unilatéral de 1982 dans le contexte du Jubilé me semble un peu beaucoup tiré par les cheveux. Le coup de force était l'oeuvre de Pierre Elliott Trudeau, de Jean Chrétien et de leurs complices au Canada anglais. La reine n'y était pour rien, et elle n'avait guère le choix que d'être présente pour signer les documents. Peut-être la pauvre aurait-elle même préféré être ailleurs... Si on veut s'en prendre à la Loi constitutionnelle de 1982, l'argumentaire est riche. Mais cela n'a rien à voir avec le Jubilé de la reine.
* Si l'objectif d'une intervention de la SSJB et du réseau Cap sur l'indépendance est de critiquer le Jubilé dans le cadre de la « royalisation » du pays par Stephen Harper, c'est raté. Pourtant, il y aurait peut-être eu là un bon terreau pour promouvoir la cause de la souveraineté, mais autrement. Ce n'est pas en jouant sur le sens du mot trône et en affirmant que le temps est venu de tirer la chasse, ou en disant qu'on se « fout royalement » du jubilé d'Élizabeth II, qu'on suscitera une discussion sérieuse et fructueuse.
La cause de la souveraineté mérite mieux que ça.
J'ai le plus grand respect pour la monarchie, même si je n'ai pour elle aucune affection. Et je reconnais la légitimité (du moins pour les anglophones) de souligner le jubilé de diamant de la reine même si, pour nous, la Couronne britannique semble susciter le plus souvent une indifférence ou une irritation bien justifiées.
Mais entre les critiques fondées et les attaques excessives, voire de mauvais goût, il y a un pas que nous ne devrions pas franchir. Au-delà d'un ton impertinent, plusieurs des affirmations du communiqué de la SSJB sont plus que douteuses sur le plan historique et certaines sont même outrancières.
Venant de défenseurs en vue de la cause indépendantiste, cela me déçoit au plus haut point. Une lecture franche de l'histoire du Québec et de celle des francophones ailleurs au Canada suffit pour discréditer ceux et celles qui, au nom des traditions britanniques y compris la monarchie, ont commis de nombreux actes de répression contre notre peuple. On n'a pas besoin d'exagérer ou, pire, de mentir.
Je cite quelques exemples tirés de la page Web de Cap sur l'indépendance :
* « Depuis 1755, les armées de Sa Majesté déportent les Acadiens après avoir violé les femmes, confisqué terres et cheptel, et brûlé maisons et récoltes. Ils seront 12 000 à mourir de faim. » Selon les chiffres de l'Université Laval, un peu plus de 12 500 Acadiens ont été déportés de 1755 à 1763. Des milliers se sont installés ailleurs (aux États-Unis, en France, au Québec) et quelques milliers sont revenus graduellement en Acadie. Sans doute des milliers sont-ils morts, par violence ou de la faim, mais 12 000 de la faim seulement? Quant aux viols, nul doute qu'il y en a eus, mais toutes les femmes? La déportation est déjà suffisamment horrible en soi; on n'a pas besoin d'en rajouter...
* « En 1837, Londres proclame la loi martiale. Les armées de Sa Majesté tuent les hommes et brûlent les villages. » À lire ce texte, ils ont exterminé l'ensemble de la population mâle du Bas-Canada (Québec) de l'époque, et brûlé tous les villages. Ils en ont tué, des hommes (un peu plus de 300?), et en ont brûlé, des villages. Et ce qu'ils ont fait serait sans doute aujourd'hui considéré, avec raison, comme crimes de guerre ou crimes contre l'humanité. Mais pourquoi ne pas s'en tenir aux faits?
* Qu'on s'en prenne au symbolisme de la Couronne, ainsi qu'au colonialisme et à l'impérialisme britanniques, soit. C'est de bonne guerre et pleinement justifié. Mais d'ajouter que « célébrer le jubilé, c'est célébrer un système - la monarchie constitutionnelle canadienne - qui favorise la corruption et qui, tout en réduisant les Québécois(es) à un statut de sujets et de minoritaires, confère au premier ministre fédéral des pouvoirs dignes d'un roi élu », on dérape. Il n'y a aucun lien évident entre monarchie constitutionnelle et corruption. Et si on vivait dans une république du Canada, on serait toujours minoritaires et assujettis. Quant aux pouvoirs du PM fédéral, ils sont excessifs mais cela n'a rien à voir avec le Jubilé de la Reine. Quel fourre-tout!
* Qu'on évoque la nuit des longs couteaux de 1981 et le rapatriement unilatéral de 1982 dans le contexte du Jubilé me semble un peu beaucoup tiré par les cheveux. Le coup de force était l'oeuvre de Pierre Elliott Trudeau, de Jean Chrétien et de leurs complices au Canada anglais. La reine n'y était pour rien, et elle n'avait guère le choix que d'être présente pour signer les documents. Peut-être la pauvre aurait-elle même préféré être ailleurs... Si on veut s'en prendre à la Loi constitutionnelle de 1982, l'argumentaire est riche. Mais cela n'a rien à voir avec le Jubilé de la reine.
* Si l'objectif d'une intervention de la SSJB et du réseau Cap sur l'indépendance est de critiquer le Jubilé dans le cadre de la « royalisation » du pays par Stephen Harper, c'est raté. Pourtant, il y aurait peut-être eu là un bon terreau pour promouvoir la cause de la souveraineté, mais autrement. Ce n'est pas en jouant sur le sens du mot trône et en affirmant que le temps est venu de tirer la chasse, ou en disant qu'on se « fout royalement » du jubilé d'Élizabeth II, qu'on suscitera une discussion sérieuse et fructueuse.
La cause de la souveraineté mérite mieux que ça.
mercredi 23 mai 2012
Conflit étudiant: sortez vos dictionnaires!
En voyant le titre de TV5 Monde (La loi spéciale, on s'en câlisse!), ce matin, et ayant constaté l'omniprésence des «crisse» et «câlisse» en général ces derniers jours, je me suis demandé si on n'assistait pas - au-delà de la vulgarité des propos - à une démonstration internationale de l'appauvrissement de notre langage.
À n'en pas douter, vu nos traditions religieuses, l'effet de tels jurons sur des affiches et dans des titres est considérable... la première fois. La deuxième un peu moins. Après ça devient banal, et tout simplement vulgaire. Quelle impression cela laisse-t-il au reste de la planète?
Certains étudiants, et plusieurs de ceux et celles qui les appuient, auraient avantage à ressortir un outil pré-Internet fort utile en de telles circonstances : le dictionnaire. Ils y trouveraient toute une série de mots et d'expressions pour exprimer de manière percutante leur indignation face à cette loi spéciale.
Voici quelques exemples de qualificatifs simples et connus qui pourraient diversifier les dénonciations de la Loi 78, un texte législatif qui mérite bien qu'on le décortique avec toute l'énergie des Larousse, Robert et Multi...
Crapulerie, ignominie, indignité, odieux, ordure, saleté, sordide, souillure, déshonneur, flétrissure, honte, iniquité, horripilant, arbitraire, oppression, provocation, abominable, exécrable, minable, perfide, sinistre, pervers, abject, honteux, infâme, méprisable, inéquitable, inquisitorial, vexatoire, déchéance, spoliateurs... voilà déjà une trentaine de mots susceptibles d'orner des pancartes d'universitaires et de collégiens.
Personnellement, je trouve qu'on « se câlisse » trop souvent de la qualité de la langue...
Pierre Allard
À n'en pas douter, vu nos traditions religieuses, l'effet de tels jurons sur des affiches et dans des titres est considérable... la première fois. La deuxième un peu moins. Après ça devient banal, et tout simplement vulgaire. Quelle impression cela laisse-t-il au reste de la planète?
Certains étudiants, et plusieurs de ceux et celles qui les appuient, auraient avantage à ressortir un outil pré-Internet fort utile en de telles circonstances : le dictionnaire. Ils y trouveraient toute une série de mots et d'expressions pour exprimer de manière percutante leur indignation face à cette loi spéciale.
Voici quelques exemples de qualificatifs simples et connus qui pourraient diversifier les dénonciations de la Loi 78, un texte législatif qui mérite bien qu'on le décortique avec toute l'énergie des Larousse, Robert et Multi...
Crapulerie, ignominie, indignité, odieux, ordure, saleté, sordide, souillure, déshonneur, flétrissure, honte, iniquité, horripilant, arbitraire, oppression, provocation, abominable, exécrable, minable, perfide, sinistre, pervers, abject, honteux, infâme, méprisable, inéquitable, inquisitorial, vexatoire, déchéance, spoliateurs... voilà déjà une trentaine de mots susceptibles d'orner des pancartes d'universitaires et de collégiens.
Personnellement, je trouve qu'on « se câlisse » trop souvent de la qualité de la langue...
Pierre Allard
lundi 21 mai 2012
Journée nationale des patriotes. Louis-Joseph Papineau.
Réponse de Louis-Joseph Papineau à Lord Durham après l'insurrection de 1837-1838.
« Ce n'est plus à moi à me porter l'accusateur du gouvernement anglais, comme il a été de mon devoir de le faire pendant trente ans de ma vie publique. Ce gouvernement s'est lui-même confessé coupable dans les cent vingt pages in-folio que vient de publier Lord Durham. Corruption systématique, péculats honteux, antipathies contre les peuples, exemples révoltants d'irresponsabilité dans les agents du pouvoir, accaparement du domaine public, rien ne manque à ce tableau des misères du Canada, tableau tellement hideux que son pendant ne pourra être fourni que par l'histoire d'une autre possession anglaise, l'Irlande.
« Et pourtant, l'auteur a uniformément adouci ses formules accusatrices contre l'autorité dont il est l'organe, et à laquelle il veut conserver son sceptre de plomb sur les colonies par de si pitoyables moyens, qu'il s'est perdu de réputation comme homme d'état.
« Voulant prouver que sa race favorite, la race saxonne, est seule digne du commandement, lord Durham l'a mensongèrement peinte en beau, et il a assombri par les plus noires couleurs le faux portrait qu'il a tracé des Canadiens français. Mais malgré cette avilissante partialité, je renvoie avec confiance les lecteurs équitables à cet étrange rapport, bien convaincu qu'ils en tireront cette conclusion, que les Canadiens n'ont aucune justice à espérer de l'Angleterre; que pour eux, la soumission serait une flétrissure et un arrêt de mort, l'indépendance, au contraire, un principe de résurrection et de vie.
« Ce serait plus encore, ce serait une réhabilitation du nom français terriblement compromis en Amérique par la honte du traité de Paris de 1763, par la proscription en masse de plus de vingt mille Acadiens chassés de leurs foyers, enfin, par le sort de six cent mille Canadiens gouvernés depuis quatre-vingts ans avec une injustice incessante, aujourd'hui décimés, demain condamnés à l'infériorité politique, en haine de leur origine française.
« Vrai quand il accuse le pouvoir, faux quand il accuse le peuple, le rapport de Lord Durham servira aussi à prouver que l'indépendance du Canada est un événement voulu par l'intérêt de l'ancienne comme de la nouvelle France, et par l'intérêt de l'humanité tout entière. »
Extrait de l'« Histoire de l'insurrection au Canada » (1839), par Louis-Joseph Papineau
Éditions Leméac, 1968.
dimanche 20 mai 2012
Journée nationale des patriotes. Chevalier de Lorimier.
Testament politique de Chevalier de Lorimier
« Je meurs sans remords. Je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d’aucun des crimes qui déshonorent l’humanité et qui ne sont que trop communs dans l’effervescence de passions déchaînées.
« Malgré tant d’infortune, mon cœur entretient encore son courage et des espérances pour l’avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent.
« Voilà ce qui me remplit de joie lorsque tout est désolation et douleur autour de moi. Les plaies de mon pays se cicatriseront après les malheurs de l’anarchie et d’une révolution sanglante. Le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent; tout concourt à ce but, les exécutions même, le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadiens.
......
Chevalier de Lorimier
14 février 1839, à 11 heures du soir
Extrait du livre « Les patriotes 1830-1839 »
Les Éditions Libération, 1971.
samedi 19 mai 2012
Face à la Loi 78, que faire?
« Les Forces armées canadiennes obligent leurs membres à obéir aux ordres légitimes des supérieurs. En revanche, le fait de refuser d'obéir un ordre illégal ne constitue pas une infraction. » Ce texte, publié par le gouvernement canadien, indique que même au sein de la structure militaire, un individu peut être amené à s'interroger sur la légitimité, voire la légalité, d'exécuter l'ordre de son supérieur. Cette règle vaut aussi pour le citoyen quand il est confronté à une loi injuste qui viole ou entrave des libertés fondamentales reconnues par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ou par la Charte canadienne des droits et libertés.
La loi spéciale que vient d'adopter l'Assemblée nationale nous oblige à nous questionner sur le comportement à adopter. Faut-il obéir à cette loi tout en sachant qu'elle porte atteinte à la liberté d'expression, au droit de réunion pacifique et au droit d'association - des droits constitutionnels reconnus dans les deux chartes - pendant que l'on conteste sa constitutionnalité devant les tribunaux, dans l'espoir d'un jugement rétroactif favorable? Ou faut-il envisager une désobéissance civile pacifique, prenant le risque d'être accusé pour la bonne cause, encore une fois en espérant que la Loi 78 soit jugée inconstitutionnelle par les tribunaux et que la peine soit annulée?
L'histoire regorge de mouvements de désobéissance civile. Jadis, avant que la liberté d'association ne soit reconnue, des travailleurs ont fondé des syndicats illégaux et déclenché des grèves illégales. Aux États-Unis, avant la reconnaissance du droit à l'égalité, des Noirs ont refusé d'obéir aux lois ségrégationnistes. En Ontario, des institutrices ont enseigné illégalement en français après que le gouvernement provincial l'eut interdit. Quand des droits fondamentaux sont mis en péril par des gouvernements, on peut en arriver au point où des citoyens soucieux de protéger la démocratie, la constitution et la primauté du droit, doivent poser des gestes de désobéissance.
En sommes-nous là? J'ai la conviction que la désobéissance civile doit constituer l'ultime recours. J'ai lu la loi à quelques reprises ainsi que les opinions des juristes. Il me semble assez clair qu'elle ne résistera pas à l'examen des tribunaux mais la question est de savoir si les tribunaux auront le temps de trancher l'affaire avant que n'expire la loi en 2013. Pendant ce temps, le gouvernement québécois s'est arrogé le pouvoir d'entraver la liberté d'association (étudiante et syndicale), le droit de manifester pacifiquement et la liberté d'expression de tous les citoyens du Québec. Peut-être des juristes rusés pourront-ils trouver des brèches permettant de mener une guérilla légale en frôlant, sans les dépasser, les sévères limites imposées par la Loi 78.
Ce qui est sûr, c'est qu'il faut agir vite, et de façon responsable. Pour les casseurs masqués, je n'ai aucune sympathie. Ce sont des criminels en ce qui me concerne. Leurs actions jettent le discrédit sur la cause étudiante et tournent l'opinion publique en faveur du gouvernement. Le débat sur les droits de scolarité, et sur une éventuelle gratuité scolaire universitaire, doit se poursuivre. Les étudiants doivent tirer des enseignements de la lutte actuelle, et le premier, c'est de se prévaloir de leur droit de vote au prochain scrutin provincial. Mon instinct me dit qu'il faut trouver un juste milieu entre la contestation, obligatoirement pacifique, et le respect de cette loi (votée par des députés que nous avons élus), du moins pour le moment. Mais je poursuis ma réflexion...
Pierre Allard
La loi spéciale que vient d'adopter l'Assemblée nationale nous oblige à nous questionner sur le comportement à adopter. Faut-il obéir à cette loi tout en sachant qu'elle porte atteinte à la liberté d'expression, au droit de réunion pacifique et au droit d'association - des droits constitutionnels reconnus dans les deux chartes - pendant que l'on conteste sa constitutionnalité devant les tribunaux, dans l'espoir d'un jugement rétroactif favorable? Ou faut-il envisager une désobéissance civile pacifique, prenant le risque d'être accusé pour la bonne cause, encore une fois en espérant que la Loi 78 soit jugée inconstitutionnelle par les tribunaux et que la peine soit annulée?
L'histoire regorge de mouvements de désobéissance civile. Jadis, avant que la liberté d'association ne soit reconnue, des travailleurs ont fondé des syndicats illégaux et déclenché des grèves illégales. Aux États-Unis, avant la reconnaissance du droit à l'égalité, des Noirs ont refusé d'obéir aux lois ségrégationnistes. En Ontario, des institutrices ont enseigné illégalement en français après que le gouvernement provincial l'eut interdit. Quand des droits fondamentaux sont mis en péril par des gouvernements, on peut en arriver au point où des citoyens soucieux de protéger la démocratie, la constitution et la primauté du droit, doivent poser des gestes de désobéissance.
En sommes-nous là? J'ai la conviction que la désobéissance civile doit constituer l'ultime recours. J'ai lu la loi à quelques reprises ainsi que les opinions des juristes. Il me semble assez clair qu'elle ne résistera pas à l'examen des tribunaux mais la question est de savoir si les tribunaux auront le temps de trancher l'affaire avant que n'expire la loi en 2013. Pendant ce temps, le gouvernement québécois s'est arrogé le pouvoir d'entraver la liberté d'association (étudiante et syndicale), le droit de manifester pacifiquement et la liberté d'expression de tous les citoyens du Québec. Peut-être des juristes rusés pourront-ils trouver des brèches permettant de mener une guérilla légale en frôlant, sans les dépasser, les sévères limites imposées par la Loi 78.
Ce qui est sûr, c'est qu'il faut agir vite, et de façon responsable. Pour les casseurs masqués, je n'ai aucune sympathie. Ce sont des criminels en ce qui me concerne. Leurs actions jettent le discrédit sur la cause étudiante et tournent l'opinion publique en faveur du gouvernement. Le débat sur les droits de scolarité, et sur une éventuelle gratuité scolaire universitaire, doit se poursuivre. Les étudiants doivent tirer des enseignements de la lutte actuelle, et le premier, c'est de se prévaloir de leur droit de vote au prochain scrutin provincial. Mon instinct me dit qu'il faut trouver un juste milieu entre la contestation, obligatoirement pacifique, et le respect de cette loi (votée par des députés que nous avons élus), du moins pour le moment. Mais je poursuis ma réflexion...
Pierre Allard
vendredi 4 mai 2012
Désignation partielle?
Publié dans Le Droit du vendredi 4 mai, page éditoriale.
Finalement, il apparaît que l’Université d’Ottawa ne
protégera que certains programmes de baccalauréat, ainsi que les services aux
étudiants, en vertu de la Loi sur les
services en français de l’Ontario. Rien ne sera désigné au niveau de la
maîtrise et du doctorat. Il est difficile, à ce stade, de savoir quelle forme
prendra le tout et de quelle façon la direction entrevoit son évolution dans un
avenir prochain, mais la première impression n’est guère rassurante. On semble
procéder de façon hésitante et craintive.
Que l’Université ait ou non raison d’agir ainsi reste à
déterminer. Ce qui est sûr, c’est qu’encore une fois, les francophones ne sont
pas maîtres de leur destin dans cette institution universitaire qu’ils ont le
plus souvent vue comme étant la leur et qui leur échappe peu à peu depuis un demi-siècle.
De toute évidence, la question du contrôle et de la gestion des institutions
d’enseignement, réglée aux niveaux élémentaire, secondaire et collégial, se
pose toujours avec acuité au palier universitaire.
Pierre Allard
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