jeudi 7 novembre 2013

Here comes the judge...

Je pensais avoir tout entendu... et voilà qu'arrive dans le décor le juge Stanley Kershman, d'Ottawa...

Dans une cause qui oppose un père francophone à une mère unilingue anglophone (le litige porte sur le choix de l'école de leur enfant), ce juge de la Cour supérieure de justice de l'Ontario s'appuie sur trois faussetés évidentes pour donner raison à la mère, qui veut envoyer l'enfant en immersion française dans une école anglaise, plutôt qu'à une école de langue française.

Selon l'article du Droit, il affirme :

1. que la ville d'Ottawa n'est pas un environnement linguistique minoritaire. Or, les francophones n'y forment que 14% de la population et le taux d'assimilation oscille près du tiers des effectifs...

2. qu'Ottawa est une ville officiellement bilingue. N'allez surtout pas dire ça au maire Jim Watson, qui refuse catégoriquement toutes les demandes de statut bilingue pour la capitale du pays. Ottawa est une ville anglaise qui offre des services en français.

3. que rien ne démontre que l'enfant s'assimilerait en immersion dans une école anglaise. Allez parler de ça aux conseils scolaires de langue française et ils vous expliqueront sans hésiter la différence, pour l'identité culturelle d'un élève, entre fréquenter une école française et une école anglaise...

Ces erreurs sont grosses au point d'être insultantes. On pourrait toujours excuser un peu le juge Kershman, dont l'expertise semble être surtout en droit de la faillite et de l'insolvabilité, mais selon un article biographique, il a passé toute sa vie à Ottawa. N'a-t-il pas des yeux pour voir, des oreilles pour entendre?

Ce qu'il veut nous faire avaler, c'est que blanc c'est noir, et que le jour c'est la nuit... 


mercredi 6 novembre 2013

La persécution des Franco-Manitobains...

Les Anglo-Québécois n'ont aucune idée des injustices subies par les francophones hors-Québec depuis la Confédération. D'abord, ça ne les intéresse pas beaucoup et secundo, de toute façon, leurs médias n'en parlent jamais... À l'occasion, ils se font lancer quelques manchettes, avec des textes tout croche, qui ne font qu'augmenter leur hostilité à l'endroit des francophones. Des incidents tels ce Franco-Ontarien Michel Thibodeau qui exigeait de pouvoir se faire servir son 7up en français dans un avion d'Air Canada et qui a porté l'affaire devant les tribunaux, suscitant une colère haineuse...

Les Anglo-Québécois n'ont jamais vu leurs droits scolaires abolis, comme cela fut le cas pour les francophones partout ailleurs au pays. Ils ne peuvent s'imaginer ce que cela peut être, de se voir obligé d'envoyer ses enfants dans une école qui les assimile, au lieu les aider à consolider leur identité culturelle. Ils n'ont jamais été confrontés à un gouvernement provincial qui proclamait ouvertement son hostilité à leur endroit. Et ils n'ont pas eu à subir, pendant plus d'un siècle, dans leurs communautés, dans leurs villes et villages, les préjugés et l'intolérance de la majorité.

Pour les Franco-Ontariens et les Acadiens du Nouveau-Brunswick, plus près du Québec et en nombres supérieurs, la situation était sans doute moins intolérable. Mais plus on s'éloigne du Québec, plus la distance et l'isolement qui en résulte rendent les minorités vulnérables. Ce n'est pas un hasard si certaines des décisions les plus importantes pour les droits scolaires des francophones résultaient de contestations entreprises par des Franco-Albertains et des Franco-Manitobains dans les années 1980. Dans l'Ouest, les autorités provinciales ne faisaient pas de quartier...


                        Le drapeau du Manitoba

Cela fait d'ailleurs 20 ans, cette année, que la Cour suprême a rendu sa décision dans une cause amorcée en 1985 par la Fédération des comités de parents du Manitoba, et dont l'effet fut de confirmer le droit des Franco-Manitobains à des établissements d'enseignement distincts, gérés par un conseil scolaire francophone autonome. Il s'agissait par ailleurs d'un jugement qui eut force de loi dans toutes les provinces à majorité anglophone...

En contestant les revendications des francophones devant la Cour suprême, le gouvernement provincial conservateur de l'époque, dirigé par le sinistre Gary Filmon, lançait un message clair à sa minorité de langue française, écrivait un ancien directeur de l'information du quotidien Le Droit, Adrien Cantin, en décembre 1992.  L'intention était « de boucler à court terme la boucle du génocide linguistique et culturel entrepris contre la population franco-manitobaine en 1890 ».

S'il n'en tient qu'à M. Filmon, poursuivait l'analyste du Droit, les enfants et petits-enfants franco-manitobains ne parleront plus leur langue d'ici le milieu du 21e siècle. Mais doit-on s'en suspendre, ajoutait M. Cantin, « dans une province où depuis plus de 100 ans, on cherche systématiquement à éliminer les francophones »?

S'imagine-t-on comment cela a pu se traduire dans le quotidien de la collectivité francophone du Manitoba? Voici une lettre publiée dans Le Droit et signée Pauline Tétrault, à la même époque :

«Je suis née à La Broquerie*, au Manitoba dans un petit village à 98% francophone à l'époque. J'ai fait toutes mes études en anglais seulement... J'ai vécu mon enfance dans la crainte et la peur des inspecteurs anglophones protestants qui visitaient nos écoles régulièrement. Nous devions cacher tous nos livres et cahiers de français avant leur arrivée afin d'éviter de sévères sanctions.

J'ai donc décidé, il y a 25 ans, de venir vivre au Québec afin de ne pas m'assimiler. Je veux tout simplement dire aux anglophones du Québec qu'ils sont chanceux et devraient être très heureux de vivre dans un Québec accueillant où tous leurs droits sont respectés et non bafoués comme les miens l'ont été au Manitoba. C'est pour cette raison et beaucoup d'autres que je veux vivre dans un Québec français et bientôt souverain. »

Quelques semaines auparavant, un immigrant d'origine allemande avait ajouté son témoignage, rapporté dans le quotidien La Presse. Âgé de 76 ans, Sigfried Kleinschmidt avait quitté Winnipeg en 1991 pour venir s'installer au Québec avec une seule idée en tête : oeuvrer pour la souveraineté du Québec. Lui et sa femme d'origine française avaient habité au Manitoba de 1953 à 1991 :

« Là, disait-il, je dois vous dire que j'en avais plein le dos d'entendre les francophones se faire traiter de "crazy Frenchmen" et ma femme était fatiguée de se faire dire "speak white". Laissez-moi vous dire que je suis venu ici pour faire la souveraineté, ce qui signifie sortir de la Constitution canadienne avec honneur et dignité. »

Les réactions n'ont pas toutes été aussi « vigoureuses » que celles de Mme Tétrault et M. Kleinschmidt. La plupart ont soit souffert en silence ou ont choisi de lutter sur place, mais des milliers d'autres ont fini par adopter, de guerre lasse, la langue et la culture anglaises. En 1971, selon le recensement fédéral, il y avait environ 60 500 Manitobains de langue maternelle française, dont 39 500 conservaient le français comme langue d'usage à la maison.

En 2011, il ne reste que 42 000 Manitobains de langue maternelle française, dont à peine 18 000 indiquent le français comme langue d'usage à domicile. Heureusement, s'ajoutent aux parlant français quelque 60 000 anglophones bilingues, et la collectivité franco-manitobaine dispose d'institutions et d'organisations assez dynamiques. Mais la menace plane, et au rythme de l'érosion des effectifs, les sombres desseins de M. Filmon risquent toujours de se réaliser...

Et pendant ce temps-là, les Anglos du Québec se plaignent le ventre plein...


* La Brocquerie, selon le recensement de 2011. Population totale : 5198. Langue maternelle : anglais (2390), français (850), allemand (1420). Langue parlée le plus souvent à la maison : anglais (3075), français (660), allemand (1040).



mardi 5 novembre 2013

100 ans... 150 ans... rien à célébrer !

Il ne passe guère une semaine, ces temps-ci, sans que quelqu'un, quelque part, amorce des préparatifs en vue des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, en 2017. Dans la région de Québec, on parlait déjà, dans Le Soleil d'aujourd'hui, de « fêtes grandioses »... Quant à la région de la capitale fédérale - dont ma ville, Gatineau, fait partie - on peut sans doute s'attendre à un véritable déluge d'activités festives et de cérémonies de tous genres dans le cadre du centcinquantenaire...

Mais qu'allons-nous « fêter », au juste ? Je peux comprendre les anglophones qui voudront exprimer leur fierté d'avoir bâti un pays à leur image. Mais pour nous, francophones (Québécois, Acadiens, Canadiens français), que signifient ces 150 années d'histoire? Si on se donne le moindrement la peine de se renseigner, on ne trouvera pas beaucoup de raisons de se réjouir. À la limite, nous pourrions souligner avec beaucoup de force 150 ans de résistance et de luttes inachevées, au Québec et dans les provinces à majorité anglophone, et cela serait sans doute utile. Mais pas plus !

Je me souviens, il y a près d'une cinquantaine d'années, des préparatifs du centenaire de la Confédération. J'étais franco-ontarien et étudiant à l'époque. Les francophones de l'Ontario avaient subi toutes les injustices imaginables depuis le début du siècle. Nous n'avions même pas d'écoles de langue française au primaire, au secondaire, au collégial et à l'universitaire alors que les Anglo-Québécois avaient absolument tout depuis 1867.... Et pourtant, il se trouvait des tas de citoyens ontariens de langue française prêts à fêter ce que nous (un groupe de jeunes, plus militants) appelions sans hésitation « cent ans d'injustice ».

Un billet de banque de 1967 sur lesquels les mots «100 ans d'injustice» sont étampés...  

Au Québec, le centenaire de la Confédération a cédé l'avant-scène à l'Expo 67 et, avec la fébrilité de la fin de la Révolution tranquille, conjuguée à la montée du mouvement indépendantiste, l'engouement espéré par Ottawa pour les célébrations du centenaire fut passablement mitigé. Que se passera-t-il d'ici 2017 ? Encore une fois, Ottawa et ses alliés voudront nous embrigader dans des festivités tous azimuts, et de nombreux francophones se feront volontiers leur porte-étendard. Alors il faudra que quelqu'un, chez nous, soit vigilant et se charge constamment de donner l'heure juste.

L'opposition que je souhaite à ces célébrations ne doit pas seulement émaner des mouvements souverainistes. Les véritables fédéralistes ont aussi peu de motifs de réjouissance que les indépendantistes. Ceux et celles qui se disent partisans d'un régime fédéral doivent comprendre qu'une fédération vraie repose sur un respect des compétences de chaque ordre de gouvernement, sur le respect aussi des nations qui la composent ainsi que sur la protection des minorités. Or, ici, depuis le début, le pouvoir central s'immisce dans les juridictions provinciales et tente de jouer un rôle dominant; la nation québécoise/canadienne-française et la nation acadienne ont dû constamment lutter pour un semblant d'égalité; et la seule minorité qui a été largement favorisée par la Confédération a été l'anglo-québécoise.

Dans le demi-siècle qui a suivi la mise en place de la Confédération, les provinces à majorité anglophone ont toutes, sans exception, supprimé les droits scolaires des francophones sur leur territoire, et il a fallu près d'un siècle de luttes politiques et judiciaires pour les récupérer. Après des décennies de guerres d'usure, les minorités francophones avaient perdu la moitié de leurs effectifs à l'assimilation, pendant que les Anglo-Québécois assimilaient plus que leur part d'immigrants et même des francophones de souche...

Ottawa a utilisé ses forces armées pour réprimer les métis francophones sous Riel en 1869 et en 1885. Ils ont pendu Riel lors d'un procès où l'issue était ordonnée. L'armée a de nouveau envahi un territoire francophone, le Québec cette fois, durant la Première Guerre mondiale lors de la 1ère crise de la conscription. Et de mon vivant, j'ai vu - et couvert comme journaliste - l'invasion du Québec par l'armée canadienne en octobre 1970, et vu des centaines d'innocents jetés en prison sans procès. Tout ça pour une poignée de terroristes assassins du FLQ...

La capitale du pays, Ottawa, est un milieu anglicisant depuis 1867, tant au niveau municipal que dans la fonction publique fédérale où les francophones se font assimiler en douce tous les jours. Il a fallu des luttes pour avoir des timbres et de l'argent bilingue.... Incroyable ! Et encore aujourd'hui, d'année en année, le Commissaire fédéral aux langues officielles déroule sa litanie de lacunes... et comme par hasard, elles touchent invariablement les francophones...

N'oublions pas le rapatriement de 1982, et la nuit des longs couteaux qui l'a précédé. La Constitution de 1982, y compris la Charte, est dirigée contre la « société distincte » que même les fédéralistes québécois réclamaient. On en subit toujours les séquelles. Depuis ce temps, entre autres, le gouvernement ontarien a tenté de « fermer » le seul hôpital francophone d'Ottawa (l'affaire Montfort), la Loi 101 a été taillée en pièces, le gouvernement de Nouvelle-Écosse a aboli les circonscriptions acadiennes protégées et la Cour suprême - de plus en plus à l'image des conservateurs - se donne des airs menaçants pour la francophonie et le Québec.

Il y aura une élection en 2015 au fédéral, et sans doute une élection au Québec l'an prochain. Des choses pourraient changer. Il faut l'espérer. Mais entre-temps, foutez-nous la paix avec votre 150e anniversaire de la Confédération. Quand nous aurons une fédération authentique où la nation québécoise et la francophonie seront toujours respectées ou, mieux, quand nous aurons un nouvel arrangement constitutionnel où les deux nations pourront, sauf pour ce qui sera mis en commun à Ottawa, davantage voler de leurs propres ailes, alors peut-être, je célébrerai...


lundi 4 novembre 2013

Apprêtez-vous à entendre parler de Maxime Pedneaud-Jobin !

À entendre les reportages d'élections municipales à la télé de Radio-Canada, dimanche soir, on n'aurait jamais pu deviner que Gatineau (population : 265 000 en 2011) est la quatrième ville en importance au Québec après Montréal, Québec et Laval. Il se passait des choses intéressantes dans le coeur urbain de l'Outaouais... mais pour s'en rendre compte, il faudrait commencer par convaincre les grands réseaux médiatiques que Gatineau est aussi québécoise que Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières, et bien plus influente que des localités de 20 ou 30 000 habitants de la couronne montréalaise...

Le secteur Buckingham de M. Pedneaud-Jobin est le petit bloc (no. 18) à l'extrémité nord-est de Gatineau.

Enfin, passons... nous sommes habitués... Il reste que l'élection de Maxime Pedneaud-Jobin à la mairie de Gatineau constitue un événement digne de mention, même dans la métropole et dans la Vieille capitale. Non seulement a-t-il comblé le retard de plus d'une quinzaine de points que lui attribuait le plus récent sondage (19 octobre), mais il en a ajouté 16 de plus et obtenu près de 53% des votes exprimés. Le maire sortant, Marc Bureau, que tous croyaient gagnant, n'a pu faire mieux que 36% des voix...

Au-delà des motifs ponctuels de ce revirement - entre autres, le fiasco du Rapibus (nouveau système de transport express par autobus, au coût de 255 millions $, inauguré en pleine campagne) et le refus du maire Bureau de participer à des débats avec ses adversaires (et même de faire campagne) - l'élection de M. Pedneaud-Jobin constitue un jalon important de la courte histoire du grand Gatineau.

La présence des partis politiques sur la scène municipale fait partie du train-train quotidien des Montréalais mais ici, c'est du nouveau. Il y a déjà eu quelques tentatives avant les fusions de 2002, mais elles ont été de courte durée. Cette fois, le parti Action-Gatineau que dirige M. Pedneaud-Jobin s'est donné une base solide de 1 400 membres actifs et un programme de gouvernement que les Gatinois ont eu la chance d'évaluer (pour ceux et celles qui ont pris le temps de le faire).

La preuve de l'impact d'Action Gatineau réside dans la performance de son candidat à la mairie. Le parti n'a peut-être raflé que quatre des 18 districts électoraux, mais Maxime Pedneaud-Jobin a dominé ses trois adversaires dans 17 des 18 districts. C'est un exploit en soi, pour un candidat ouvertement indépendantiste (pas du tout un avantage ici...), chef d'une coalition arc-en-ciel, provenant d'un quartier périphérique dans l'extrême est de Gatineau. Son beau-père est d'ailleurs l'ancien premier ministre péquiste Bernard Landry.

Traditionnellement, les candidats sérieux à la mairie devaient s'assurer des assises solides dans les deux grands centres de population, soit les secteurs des anciennes villes de Hull et Gatineau (pré-fusion). Ainsi, en 2001, c'était Yves Ducharme (élu), de Hull, contre Robert Labine, de Gatineau. Puis Marc Bureau, aussi de Hull, a triomphé en 2005 contre M. Ducharme et en 2009 contre des adversaires des secteurs Hull et Gatineau.

Jamais on aurait pensé qu'un candidat du secteur Buckingham (Vallée de la Lièvre) puisse concurrencer les poids lourds du centre-ville du grand Gatineau. Le fait que M. Pedneaud-Jobin, ancien conseiller du secteur Buckingham, ait réussi atteste de la force d'Action-Gatineau et de sa prestation personnelle auprès de la population. Peut-être la fusion de 2002 est-elle enfin consacrée avec son élection, les gens d'Aylmer, Hull et Gatineau pouvant voir en un ex-conseiller de Buckingham une figure de proue digne de représenter l'ensemble de la métropole outaouaise.

Sur ce plan, on peut noter que l'opposition la plus farouche à la fusion de 2002 provenait du secteur Masson-Angers, voisin de Buckingham, et que le conseiller anti-fusion de l'époque, Luc Montreuil, a mordu la poussière en 2013, devancé par ses deux adversaires...

La présence d'un maire tel que Maxime Pedneaud-Jobin à la Maison du Citoyen (l'hôtel de ville de Gatineau) changera la donne municipale, régionale... et peut-être bien québécoise. Il fait un peu intellectuel mais a démontré qu'il peut joindre efficacement le grand public. C'est un politicien de talent, ayant une vision politique articulée, capable d'affronter les défis qui l'attendent. On parlera bientôt de lui à l'extérieur de l'Outaouais... peut-être même sur la scène nationale.

Comparé aux maires élus de Montréal et Québec, c'est un vent de renouveau et de fraîcheur.




dimanche 3 novembre 2013

1963... « Les Anglais s'excitent ! »

L'avantage d'avoir 67 ans, c'est que les «ménages» occasionnels dans nos paperasses nous font brasser des «traîneries» vieilles d'un demi-siècle ou plus. Hier soir, en vidant une boîte de documents, je suis tombé sur une édition d'automne 1963 de journal Matric, le bulletin étudiant de l'ancienne école secondaire de l'Université d'Ottawa, que j'ai fréquentée.

Cette édition ne m'appartient même pas, puisque j'avais terminé mon secondaire en juin, cette année-là. Elle appartient à mon frère, d'un an mon cadet. Mais un article m'a fait sourire, étant donné que j'avais moi aussi assisté à l'événement dont il est question comme étudiant en pré-universitaire à l'Université d'Ottawa, en octobre 1963. Il y a donc 50 ans de cela.

Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un journal étudiant bilingue (l'école accueillait des étudiants francophones et anglophones) et que l'auteur de l'extrait du texte que je reproduis est sans doute franco-ontarien. Et pourtant, à lire ce compte rendu, on se rend compte qu'en 50 ans, certaines attitudes anglo-canadiennes anti-québécoises et anti-francophones ont à peine évolué...

L'article parle du match annuel du « panda » entre les équipes de football de l'Université d'Ottawa et de l'Université Carleton (également de la capitale fédérale). Le match de 1963 avait lieu sur le terrain de Carleton, nécessairement, étant donné la tournure vinaigrée des événements... L'article signé Robert Smith s'intitule : « Les Anglais s'excitent ! »

« Samedi le 12 octobre, j'ai vécu une des plus révoltantes expériences de ma vie, lorsque je suis allé à la partie de football alors que les Gee-Gees de l'Université d'Ottawa rendaient visite aux Ravens de l'Université Carleton.

Premièrement, quand mes amis et moi sommes arrivés avec un groupe d'étudiants de l'Université d'Ottawa, les estrades étaient déjà comblées d'étudiants de Carleton. Ceux-ci nous accueillirent en nous criant des insultes telles que « The frogs are coming ! »

À la toute fin du deuxième quart, une centaine d'étudiants portant les vestes rouges de Carleton arrivèrent en courant sur le champ, brandissant un grand drapeau aux fleurs de lys de la province de Québec. On ne savait pas ce qui se déroulait alors.

Peu après, un élève se promenait avec le drapeau québécois en flammes. Aussitôt, une foule de garçons de nos facultés dévalèrent les estrades et s'élancèrent à la poursuite du groupe de Carleton qui prenait visiblement plaisir à cette insulte magistrale.

Plusieurs autres étudiants vinrent aider leurs confrères. Des batailles ici et là éclatèrent jusqu'à la fin de la joute.

Peu après qu'on eut mis feu au drapeau du Québec, on entendait des cris d'encouragement venant de la partie des estrades résrvée aux étudiants de Carleton. On était dégoûté de voir ça... »

Voici la caricature qui accompagnait le texte :



Comme quoi l'initiation politique, pour un jeune francophone, peut parfois commencer sur un terrain de football à Ottawa...

samedi 2 novembre 2013

Cour suprême: crédibilité menacée, légitimité en péril...

La Cour suprême du Canada est en train de perdre plus que sa crédibilité. Désormais, sa légitimité est en cause. Le premier ministre Stephen Harper, abusant des pouvoirs déjà excessifs qui lui sont conférés de nommer les juges du plus haut tribunal du pays, n'hésite même plus à charcuter la Loi de la Cour suprême pour arriver aux nébuleux objectifs qu'il semble s'être fixés.

Depuis qu'il est au pouvoir, il a désigné deux juges unilingues anglais, Marshall Rothstein (2006) et Michael Moldaver (2012), consacrant ainsi une discrimination systématique contre les juristes et justiciables francophones qui ne peuvent se faire comprendre - contrairement aux anglophones - de l'ensemble des neuf juges, à moins d'utiliser les services d'un interprète. Que cela soit une injustice évidente ne semble aucunement déranger le gouvernement actuel...

Assiste-t-on à un virage de la Cour suprême dans son attitude envers les droits des francophones depuis la nomination de ces deux juges unilingues? La décision récente (juillet 2013) de refuser la mise en preuve de documents en français dans les causes civiles de Colombie-Britannique constitue une mise en garde pour tous les francophones du pays, y compris ceux du Québec. Vous n'êtes plus nécessairement les bienvenus devant cette cour...

Et voilà que, faisant fi de l'article 6 de la Loi sur la Cour suprême qui stipule qu'au moins trois juges doivent provenir de la Cour d'appel ou de la Cour supérieure du Québec (des juges également choisis par Ottawa), le premier ministre Harper nomme un juge de la Cour fédérale et de la Cour d'appel fédérale, Marc Nadon, un résident de l'Ontario par surcroit ! Pour sauver les meubles, s'il est encore temps de les sauver, les juges de la Cour suprême doivent indiquer sans hésitation à M. Harper que sa démarche est illégale et que la présence de M. Nadon entachera encore davantage la réputation de la Cour...

Je n'aurais pas voulu que le dossier de l'hôpital Montfort aboutisse devant la Cour suprême telle qu'elle est présentement constituée... Les Franco-Ontariens n'auraient peut-être plus d'hôpital bien à eux dans la capitale canadienne... Je crains que les paroles de Maurice Duplessis, qui comparait la Cour suprême à la Tour de Pise (elle penche toujours du même côté...), puissent s'avérer prophétiques. Les dossiers concernant la Loi 101 et la future charte québécoise des valeurs frapperont désormais un mur de béton si on ne permet même pas aux Franco-Colombiens de présenter des preuves dans leur langue...

Le fait, pour une fédération, de confier la nomination du plus haut tribunal constitutionnel au seul premier ministre fédéral constitue déjà un vice de fond. Un véritable respect du fédéralisme exigerait un partage des responsabilités entre l'autorité centrale et les États fédérés quand vient le temps de choisir les juristes qui serviront d'arbitre entre les deux niveaux de juridiction. Ici, les dés sont pipés et la présence prolongée d'un premier ministre sans scrupule scelle le sort des provinces... et notamment celui du Québec.

Faute de pouvoir espérer un changement de cap des conservateurs, Québec (peu importe le parti au pouvoir) doit remettre en question la légitimité actuelle de la Cour suprême et exiger pour les provinces un droit de participation au processus de nomination des juges. Québec doit aussi rappeler que le rôle constitutionnel actuel de la Cour suprême résulte de l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 et que cette charte, ainsi que le rapatriement dont elle fait partie, ont été adoptés sans l'accord du Québec.

Le Québec n'est pas une province comme les autres. C'est aussi une nation, et l'État qui représente l'immense majorité des francophones du pays. Cette constitution qui permet à la Cour suprême de nous encarcaner, c'est essentiellement l'oeuvre de la nation anglo-canadienne et si elle n'a pas été dirigée immédiatement contre nous, c'est que les juges des années 1980 et 1990 ont - par leurs décisions - valorisé les demandes de francophones et redonné à la notion d'une société distincte québécoise quelques lettres de noblesse...

Cette époque est maintenant terminée et la cour de Stephen Harper risque d'être aussi inflexible envers les francophones et le Québec que celle que Pierre Elliott Trudeau aurait sans doute souhaitée il y a une trentaine d'années... Il ne restera guère plus que la clause « nonobsant » pour nous protéger... à moins que dans un mouvement de solidarité salutaire, les Québécois se dressent une fois pour toutes devant un système constitutionnel où tous les atouts sont trop souvent détenus par le pouvoir central...












vendredi 1 novembre 2013

Un petit conseil au « Unity Group »...

Ainsi des membres du « Unity Group » de Montréal (renforcés par un contingent de Toronto et de l'Outaouais) viendront manifester à Gatineau, la semaine prochaine, pour dénoncer l'employé de l'hôpital de Hull qui avait récemment ordonné à un patient anglophone très malade de lui parler français. La citation rapportée dans le quotidien Le Droit  est celle-ci : « Parles pas en anglais ici. On est au Québec. Parle-moi en français. »

Je n'ai pas l'intention de défendre le comportement de cet employé. S'il s'avère, après une enquête que je souhaite diligente, qu'il a vraiment agi ainsi, je souhaite qu'on lui impose une sanction conforme à la gravité du geste commis. Le patient en question, atteint d'un cancer en phase terminale (il est décédé aujourd'hui, vendredi 1er novembre), n'avait surtout pas besoin d'un sermon « linguistique ». Il avait le droit d'être servi dans sa langue, et à ce chapitre, le Centre de santé et des services sociaux de Gatineau (CSSSG), dont l'hôpital de Hull fait partie, a un dossier exemplaire.

Cela dit, je trouve agaçante l'attitude du « Unity Group » qui s'amène ici avec ses gros sabots pour dénoncer un incident isolé qui ne reflète aucunement la situation générale en Outaouais, où les anglophones sont bien mieux traités que les Franco-Ontariens de l'autre côté de la rivière. S'il fallait que les membres du « Unity Group » s'intéressent aux injustices linguistiques en général dans ce beau et grand bilingue pays, ils passeraient leur temps en avion, en autobus et en voiture dans les provinces à majorité anglophone où les parlant français peinent, année après année, à obtenir une gamme relativement complète de services publics dans leur langue.

Mais non, ils s'amèneront à Gatineau où je leur souhaite un accueil des plus froids, à la mesure de leur manque de jugement. Autant je sympathise avec le regretté John Gervais (la victime anglophone de l'incident en question), autant je peux comprendre, sans les approuver, les réactions parfois excessives de francophones qui vivent dans un milieu où leur langue est la plus menacée des deux... même en Outaouais.

Nous avons été habitués au fil des générations à un bilinguisme à sens unique dans la région de la capitale fédérale. Trop souvent, des deux côtés de la rivière, les francophones parlent anglais aux anglophones, et les anglophones ne parlent qu'anglais aux francophones. À Gatineau, l'anglophone qui se présente dans une institution ou un commerce s'adresse normalement en anglais et s'attend à ce qu'on lui réponde dans sa langue. À Ottawa, le francophone dans une situation similaire, quand il ose demander à se faire servir en français, se fait trop souvent répondre Sorry, I don't speak French... et parfois bien pire.

Ça devient enrageant pour les francophones d'ici, à la longue... Mais ça, ça n'intéresse probablement pas le Unity Group... J'ai regardé leur site Facebook, et ils me semblent faire partie de la frange extrémiste anglo-québécoise... le genre d'allié que je ne voudrais certainement pas si j'étais un anglophone de l'Outaouais....


Alors à ces gens, je dirais... informez-vous avant de vous déplacer à Gatineau... Vous avez bien sûr le droit de manifester ici comme tout le monde... c'est un pays libre... mais vous nous excuserez de ne pas applaudir. M. Gervais a malheureusement été obligé de subir, dans les dernières semaines de sa vie, ce que des milliers de francophones avaient vécu avant lui dans des hôpitaux ontariens de cette région. Et quand cela arrive à l'un ou plusieurs des nôtres, il n'y a pas de manchettes dans les médias, et pas de manifestants pour appuyer leurs droits linguistiques...

Vous semblez suggérer par vos paroles et gestes, tant sur le plan linguistique que par rapport au projet de charte des valeurs, que les Québécois francophones sont intolérants et racistes. Si c'est réellement votre intention, vous avez tort. L'intolérance et le racisme, au Québec et ailleurs au Canada, ce sont les francophones qui l'ont bien davantage subie depuis plus de 200 ans !