vendredi 16 septembre 2016

Le droit d'un peuple d'agir...


Le soir du 30 octobre 1995, quelques minutes à peine après confirmation de la défaite crève-coeur de l'option du «Oui», le premier ministre fédéral Jean Chrétien faisait la déclaration officielle suivante: «Les Québécois et Québécoises se sont exprimés. Nous devons respecter leur verdict.»

M. Chrétien jubilait bien sûr, après avoir dépensé libéralement des millions de dollars et contourné allègrement les lois électorales québécoises pour contribuer à la victoire du «Non». Contre les séparatistes, avec lui, c'était toujours «au diable les règles»…

Quand même, dans cette déclaration, le premier ministre se trouvait à reconnaître officiellement:

1. la légitimité et la légalité de la démarche référendaire de sécession du Québec, à laquelle son gouvernement avait participé dans le camp fédéraliste;

2. la légitimité et la légalité de la majorité simple en cas de victoire ou de défaite, M. Chrétien présentant le 50,5% du «Non» comme l'expression claire du «verdict» québécois...

Qu'il l'avoue ou pas, en félicitant les Québécois d'avoir choisi de rester «Canadiens», fut-ce par une marge fort mince, le chef du gouvernement canadien venait de reconnaître qu'ils auraient pu exercer leur droit de choisir autrement, par une marge tout aussi mince…

Quelques années plus tard, ce même gouvernement - toujours aussi ratoureux - lança la patate chaude à la Cour suprême, à ses propres juges, en lui demandant de donner son avis sur le droit des Québécois de se retirer de la fédération canadienne.

Encore aujourd'hui, j'ai la conviction que M. Chrétien et quelques-uns de ses proches ont dû blêmir en prenant connaissance de l'avis juridique qu'ils avaient eux-mêmes sollicité… Ils espéraient sûrement un appui des juristes suprêmes et, à la place, on leur a servi une canne de vers:

Ce paragraphe, tiré du Renvoi sur la sécession de 1998, ils ne l'attendaient pas:

«Le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l'ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes, et imposerait aux autres provinces et au gouvernement fédéral l'obligation de prendre en considération et de respecter cette expression de la volonté démocratique…»

La loi fédérale sur la clarté référendaire de 2000, oeuvre de Stéphane Dion, venait en quelque sorte rejeter le coeur du message des juges suprêmes, dans la plus pure tradition d'«au diable les règles» pour combattre les séparatistes.

Alors que les juges reconnaissaient pleinement le droit d'initiative du «peuple du Québec» (notez bien l'expression, pas la population, pas les électeurs, mais bien «le peuple»…) et ne faisaient intervenir Ottawa et les autres provinces qu'en cas de négociation éventuelle sur la sécession, voici que la loi Dion tente de dicter au Québec un droit d'intervention des parlementaires fédéraux à l'étape de la formulation d'une question référendaire…

L'Assemblée nationale du Québec a remis les pendules à l'heure peu de temps après en adoptant la Loi 99 (Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec). Or voilà que cette déclaration du droit a l'autodétermination du Québec, contestée par des Anglo-Québécois et par le gouvernement fédéral sous Harper, se retrouvera bientôt de nouveau sous la loupe des tribunaux…

Avec un gouvernement sans colonne vertébrale comme celui de Philippe Couillard, on peut craindre que la défense des droits du «peuple du Québec» soit plus que molle… Aussi faut-il applaudir l'intervention de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, défenseur acharné de la nation depuis 1834, d'offrir de robustes béquilles aux défenseurs chancelants de la troupe libérale (bit.ly/2cHBWi6).

La Loi 99 exprime notre réalité. Une réalité qu'a reconnue Jean Chrétien lui-même en 1980 et en 1995 par sa participation aux camps du Non. Une réalité reconnue clairement par les juges de la Cour suprême en 1998. Une réalité niée par la Loi Dion sur la clarté référendaire en 2000. Une réalité - celle de notre droit d'exister comme peuple et de décider nous-mêmes de notre avenir collectif - qu'il faut continuer de défendre à tout prix!

Dans son avis de 1998, la Cour suprême avait noté ce qui suit: «Il faut bien faire la distinction entre le droit d'un peuple d'agir et son pouvoir d'agir. Ils ne sont pas identiques». Que le peuple du Québec ait ou non le droit de faire l'indépendance, il aura toujours le pouvoir de la faire. Contre la légalité constitutionnelle du pays. Et une telle démarche pourrait réussir si la communauté internationale reconnaît effectivement l'existence du nouvel État.

Mais il est toujours plus rassurant de s'appuyer sur de solides fondations juridiques. Or ce que l'on tente de faire présentement, en attaquant la Loi 99 devant les tribunaux, c'est justement de supprimer notre «droit d'agir» comme peuple. C'est fondamental. 






jeudi 15 septembre 2016

La médecine dans les colonies...

Après l'élection de 1962, celle du «Maîtres chez nous» des anciens libéraux, le gouvernement Lesage avait entrepris de nationaliser les compagnies d'électricité. Hydro-Québec devenait ainsi le maître-d'oeuvre des chantiers de la Manicouagan, et le ministre responsable, René Lévesque, avait décidé d'y imposer le français comme langue de travail à tous les niveaux. Jusque là, l'anglais dominait partout, de la chaîne de commandement à la documentation technique.

Quelle idée saugrenue… construire des barrages en français… Et pourtant, en deux ans à peine, les patrons unilingues anglais avaient été congédiés, les plans et devis étaient désormais rédigés en français, et la terminologie anglaise n'était plus, sur les immenses chantiers, que le mauvais souvenir d'une époque coloniale qui, espérait-on, achevait. L'expertise en génie pouvait parler français, autant que l'anglais. Il s'agissait de le vouloir et de prendre les moyens pour y arriver.

Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, on voudrait nous faire croire qu'il faut absolument connaître l'anglais pour devenir médecin. À entendre Philippe Couillard, Gaétan Barrette et leur propagandiste de l'heure, le Dr Gilles Brousseau de McGill, l'affaire est entendue. C'est évident. Pourquoi même en discuter? L'anglais fait partie de l'apprentissage d'un médecin au Québec. Si ce n'est pas dans la salle de classe, ce sera par les manuels scolaires et autres lectures obligatoires…

Mais c'est de la bouillie pour les chats!!! On se croirait de nouveau dans les bureaux très rhodésiens de la vieille Shawinigan Water and Power au début des années 1960…

À Paris, à Nantes, à Marseille, les étudiants deviennent médecins en français. Les Romains et Florentins font leurs études en italien. Les Madrilènes en espagnol. Les Moscovites en russe. Et cette médecine, on l'enseigne en chinois à Shanghai ou à Beijing, en allemand à Munich, en polonais à Varsovie, en grec à Athènes. Qu'un grand nombre de médecins de la planète comprennent l'anglais en 2016, j'en conviens, mais l'immense majorité d'entre eux ont appris à exercer la profession dans leur propre langue.

La médecine s'enseigne et s'apprend en français. Avec des professeurs et cliniciens francophones. Avec des manuels et une documentation en français. Si cela ne se fait pas ici, c'est que la volonté manque à l'appel. De toute évidence, elle n'y est guère à l'université McGill (après tout, c'est une université anglaise), et encore moins au sein de ce gouvernement, anglicisateur sans gêne et fossoyeur actif du Québec français depuis le règne de Jean Charest. Philippe Couillard l'a dit: il ne voit aucun problème à enseigner la médecine en anglais aux francophones de l'Outaouais…

Dans une lettre au quotidien Le Droit, publiée ce 15 septembre (bit.ly/2cXuvXs), les Dr Brousseau et Eidelman (doyen de médecine à McGill) y vont de leur version insidieuse du «C'est ça ou rien» de notre ineffable députée de Hull, Maryse Gaudreault. La formule est moins lapidaire mais tout aussi lourde de sens: «parfois, écrivent-ils, le mieux est l'ennemi du bien». Ça, ça veut dire: si vous y tenez en français sans compromis, vous n'aurez rien…

Et au cas où les colons québécois francophones (rien à voir avec les côlons…) n'auraient pas compris, nos deux sauveteurs de McGill rappellent pour la nième fois que «les diplômés en Outaouais, comme ceux de partout ailleurs au Québec, ont avantage à pouvoir maîtriser les deux langues pour comprendre la littérature scientifique qui leur est destinée et pour desservir avec sensibilité l'ensemble de la population québécoise». C'est à peu près exactement ce que nous disaient les barons anglos de l'électricité pour la technologie du génie il y a 55 ans…

Je vous garantis que si un groupe de chercheurs québécois trouve un jour le moyen de guérir une des multiples formes de cancer et publie en français seulement, la planète entière trouvera des traducteurs pour mettre leur découverte au service des patients de toutes les nations. Quant à «desservir avec sensibilité» l'ensemble de la population, j'ai appris ce que cela voulait dire quand j'étais Franco-Ontarien et qu'à chaque fois que j'allais dans un hôpital soi-disant bilingue, on me faisait comprendre que si je voulais des soins, j'avais avantage à accepter les services en anglais (le mieux, ennemi du bien…).

Alors voici ce qu'on servira aux étudiants francophones en médecine de l'Outaouais, à Gatineau, sous la férule de McGill en espérant ce jour lointain où, peut-être, si on a l'argent, si on a les ressources, si on a la volonté, l'enseignement sera donné en français… Pour le moment, ce sera 100% des cours (et non 50% comme on le rapporte) en anglais durant les premiers 18 mois d'un baccalauréat de quatre ans. Aux fins de clarté, j'entends par «cours» le temps passé en classe devant un professeur, ce dernier dispensant un enseignement qui servira de base à la poursuite de l'apprentissage. 

Le premier matin, à Gatineau, les étudiants seront bien assis devant leur écran et entendront peut-être leur prof à distance expliquer ce qui suit (ce texte est un extrait du site Web de la faculté de médecine de l'Université McGill, disponible en anglais seulement):

«The approach restricts formal classroom work to the mornings. Lectures are provided by selected faculty members with a demonstrated ability to summarize information and put it into context for health science professionals. Based on a centrally planned and coordinated curriculum, the content of the lectures is adapted to provide medical students with the vocabulary and background information they need for clinical work. The goal is to provide sufficient basic information to permit understanding of clinical material such as clinical biochemistry, pathology, pathophysiology and pharmacology.»

Après le lunch, pendant que la classe anglophone à Montréal mijote et échange à partir des propos du prof, dans la continuité culturelle du matin, les petits francophones de Gatineau vont devoir poursuivre en français armés de leurs dictionnaires de traduction et jonglant avec un double vocabulaire, toujours conscients que la référence, le point de repère, reste l'anglais. La barre sera plus haute pour eux, et le temps perdu à constamment traduire sera du temps occupé à acquérir d'autres connaissances dans la cohorte anglophone au campus de McGill…

Et ce sera comme cela pendant 18 mois… Ça n'a aucun sens, et il faut nous prendre pour des colonisés pour nous offrir sérieusement un tel régime… La lettre d'aujourd'hui des Dr Brousseau et Eidelman suinte d'ailleurs de cet ancien colonialisme anglo qui a marqué le Québec jusqu'aux années soixante…

Si McGill peut offrir «à terme» (quelle expression vague à souhait…) un enseignement 100% en français, elle peut le faire d'ici 2020 quand la faculté ouvrira ses portes. McGill souligne elle-même qu'elle a en mains «30 ans de collaboration fructueuse» avec l'Outaouais. Si durant ces 30 ans, et avec un préavis d'au moins six ans, sa capacité d'enseignement en français «n'existe pas» (ce sont eux qui le disent), permettez-nous un brin de scepticisme…

Ça ou rien? Le mieux ennemi du bien? Québec a la réponse, et les moyens de la mettre en oeuvre. Il ne manque que la colonne vertébrale…


vendredi 9 septembre 2016

Si la résistance ne s'organise pas...

Je me permets de relancer une fois de plus l'affaire de l'enseignement de la médecine en anglais à Gatineau. On me trouvera obstiné et teigne? Tant pis. Ce n'est pas une question de pourcentage d'instruction en français ou en anglais, c'est une question de principe.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, l'a posé très clairement, l'enjeu de principe. La citation est passée dans le beurre, sans susciter de réactions, à la fin d'un texte du quotidien Le Droit (bit.ly/2c5Tfrg). 

Voici ce qu'a déclaré notre maire souverainiste : «Il est important, au Québec, que les gens (on entend ici les francophones) puissent s'instruire dans leur langue.»

Si une telle déclaration avait été faite par un élu francophone d'Ottawa, de Sudbury, de Saint-Boniface, de Moncton, ou de quelque autre localité hors-Québec comptant une proportion appréciable de francophones, j'aurais trouvé cela tout à fait normal.

Là-bas, les majorités sont anglophones, les droits scolaires des Canadiens français et des Acadiens ont été abolis puis remis au compte-gouttes, et la bataille n'est pas terminée. Alors on revendique l'importance de pouvoir s'instruire dans sa langue…

Mais M. Pedneaud-Jobin est Québécois. Maire d'une municipalité à 80% francophone, dans un État à 80% francophone qui a fait de la langue française sa seule langue officielle. Se faire instruire dans sa langue, ça devrait aller de soi, non? Même à l'université? Même en médecine.

Plus j'y pense, plus je suis renversé par l'affirmation du maire de Gatineau. Et plus je suis renversé de voir qu'il est le seul élu de la région de l'Outaouais à avoir annoncé une position aussi audacieuse, aussi radicale… C'est absolument incroyable.

On est rendu au point d'utiliser le même argumentaire que les francophones hors-Québec pour pouvoir s'instruire en français au Québec. Bien sûr il s'agit d'une faculté de médecine dans une seule région, mais le principe est là. On oblige des francophones à fréquenter l'école anglaise!!!

J'aurais aimé entendre le maire, que j'estime beaucoup par ailleurs, employer des mots plus énergiques, plus lapidaires pour appuyer l'enseignement de la médecine en français dans la ville qu'il dirige.

Important? Pourquoi pas essentiel, primordial, indispensable, vital, fondamental? Ou tourner la chose autrement, en affirmant que l'enseignement obligatoire en anglais est inconcevable, impensable, intolérable, ou quelque autre «able» de même acabit? Sortez vos dictionnaires. Les mots matraques ne manquent pas.

En est-on vraiment rendu là? À revendiquer, au Québec même, notre droit de recevoir l'instruction en français à l'université, dans une faculté de médecine? Si ce droit peut être malmené là, ce n'est qu'une question de temps avant que des gouvernements anglicisateurs comme celui de Philippe Couillard le malmènent ailleurs. En génie, dans un cégep, puis éventuellement au secondaire et au primaire…

Les libéraux ont déjà tant de transformer toutes les sixièmes années des écoles primaires françaises en classes bilingues… Ce n'est pas comme si on n'avait pas été prévenu…

C'est désespérant. Pourquoi les Franco-Ontariens continueraient-ils à lutter pour leurs droits scolaires si le Québec - coeur de la francophonie nord-américaine - est en train de lâcher le français, morceau par morceau?

Pensez-y. Pensez-y longtemps. Si la résistance ne s'organise pas tout de suite, contre l'anglais intensif, contre la médecine en anglais à Gatineau, nous n'aurons pas seulement perdu un combat. Nous aurons commencé à perdre une guerre entreprise il y a plus de 250 ans...

jeudi 8 septembre 2016

Comme un Québécois de Chicoutimi? Quel culot!

Photo Radio-Canada

Extrait d'un texte de Radio-Canada (bit.ly/2clV0oW), tiré d'une entrevue de Philippe Couillard à la radio, ce matin, jeudi 8 septembre:

«En entrevue à l'émission Les matins d'ici, jeudi, le premier ministre Philippe Couillard a dit ne voir aucun problème à ce qu'une partie de la formation (à la future faculté satellite de médecine de Gatineau) soit en anglais. Il a rappelé que l'Université McGill était un établissement anglophone, fréquenté par de nombreux étudiants francophones. Il a ajouté que cette université avait beaucoup augmenté son contenu de formation en français.

«"Il n'y a aucune différence entre cette situation et celle d'un Québécois de Chicoutimi qui irait étudier la médecine à McGill", a soutenu le premier ministre.»


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Là, ça suffit. Il y a des limites à enrober la vérité au point de ne plus la reconnaître.

M. Couillard revient constamment à son «8%» de la formation en anglais, ou à «une partie de la formation», laissant toujours entendre que c'est fort minoritaire, presque marginal.

Une fois pour toutes, à moins que McGill ne rectifie son tir, ce qui semble peu probable, la «partie en anglais», ce sont les 18 premiers mois d'un programme de quatre ans… tous les cours magistraux, donnés à distance et émanant de McGill.

C'est toute la base théorique… «the fundamentals» comme disent les anglophones… C'est énorme!

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Puis il y a cette comparaison avec le Québécois de Chicoutimi...

Là le vase déborde…

Si le premier ministre veut comparer des pommes avec des pommes, la comparaison juste serait la suivante.

C'est comme si un Québécois de Chicoutimi était obligé de suivre ses cours de base en médecine en anglais à Chicoutimi… parce que Québec a décidé que son territoire serait sous la juridiction de McGill.

Le Québécois de Gatineau qui choisit d'aller étudier au campus de McGill, à Montréal, sait fort bien qu'il apprendra en anglais, et l'accepte.

Mais le Québécois de Gatineau qui veut étudier la médecine chez lui, dans une ville francophone, dans une région francophone, ne devrait pas être obligé de le faire - même partiellement - en anglais.

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Cela fait 48 heures depuis l'annonce de cette faculté… Les médias hors-Outaouais n'en ont à peu près pas parlé… et les médias d'ici évoquent la situation linguistique au compte-gouttes…

Notre saint patron peut bien être Saint Jean Baptiste… Il était habitué à crier dans le désert...



mercredi 7 septembre 2016

Comment angliciser des étudiants francophones en médecine… au Québec !

Le titre du haut, exact. Le titre du bas, erroné.

Quand j'étais jeune, étudiant et Franco-Ontarien, je militais au sein d'organisations qui luttaient pour obtenir des écoles de langue française. Au primaire. Au secondaire. Au collégial et à l'universitaire. Nous, les francophones, étions une minorité, sauf dans quelques régions, et conscients que le gouvernement ontarien serait toujours celui de cette immense majorité anglophone de 90% et plus… Nous étions habitués à voir ce gouvernement comme un adversaire ou un obstacle…

Quelle ironie! Me voilà aujourd'hui, à 70 ans, à Gatineau, au Québec, dans une contrée à forte majorité francophone, obligé de reprendre le combat pour l'école française (une faculté de médecine cette fois) contre un gouvernement très provincial qui aurait dû être un allié, mais qui se comporte plutôt en parfait colonisé! Et le pire c'est que la collectivité, mal informée par Québec, par McGill et par des médias bien trop dociles, applaudit un premier ministre qui obligera les étudiants francophones en médecine de Gatineau à recevoir la totalité de leurs cours magistraux en anglais.

Si ne pas dire toute la vérité c'est mentir, M. Couillard et ses troupes ont menti. Ils ont brandi, presque fièrement, avec les médias comme courroie de transmission, que 92% de l'enseignement à cette faculté de médecine se ferait en français. L'impression ainsi laissée, c'est que la présence de l'anglais serait quasi marginale. Certains journalistes, y compris celui du Droit et l'animateur matinal à Radio-Canada, ont fait mieux que d'autres et mentionné que l'ensemble des cours magistraux serait donné en anglais, mais sans faire ressortir suffisamment toute l'importance de cette situation.

En ondes à 104,7FM, le polémiste Roch Cholette a été plus agressif avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Il l'avait littéralement dans les cordes à un certain moment quand il a fait valoir que le 92% d'enseignement en français incluait les stages, qui se font en milieu clinique à Gatineau où la langue de travail est toujours le français.

Mais il n'a pas asséné le coup de grâce, pour démontrer que le 8% (j'aimerais qu'on m'explique ce calcul) en anglais, c'était toute la première année et demie d'un programme de six ans qui comporte quatre années de stages et de résidence, et que les étudiants arriveraient à ces stages et en résidence avec un vocabulaire et un bagage de connaissances théoriques et techniques acquis en anglais alors qu'ils auraient à effectuer leur boulot en français… 

Le premier ministre Couillard ne s'en offusque aucunement. Au contraire. Il a déclaré en ondes à la station Rouge-FM et au Droit: «Je pense que les étudiants ici n’y verront aucun problème». Et il a ajouté qu'ils devraient même se considérer chanceux d'être associés à «l’université McGill, une des universités les plus renommées au monde». Hé, les jeunes francos… Avoir la chance d'être pris en charge pendant un an et demie dans la langue des conquérants, par l'une des plus éminentes institutions de nos anciens Rhodésiens. On l'entend presque murmurer, merci bwana…

D'ailleurs, faut-il ajouter que les communiqués officiels de Québec et de McGill annonçant le feu vert pour la construction de cette faculté à l'hôpital de Gatineau ne font aucune mention de la langue d'enseignement. Ce silence est déjà, en soi, un mensonge. Dans un échange de courriels, McGill a confirmé que les cours de base des premiers 18 mois étaient donnés en anglais, ajoutant que par la suite, «les formations locales sont données en français». Quant à une possible francisation des cours théoriques, McGill affirme: «dès que les ressources locales seront disponibles, on souhaite augmenter la proportion offerte en français»…

Donc, si je comprends bien, toute augmentation de l'offre en français devra émaner de Gatineau, et non du campus montréalais de McGill, et ça reste un «souhait». Nulle part n'évoque-t-on une possible francisation complète, comme en mars 2014… Pourquoi le ferait-on? Selon M. Couillard, les cours en anglais, ce n'est pas un problème. On est chanceux, même. McGill daigne nous honorer de sa présence…

Vingt-quatre heures après l'annonce, aucun média n'a vraiment alerté la population à cette très claire anglicisation de nos étudiants francophones en médecine. Dix-huit mois de cours où toutes les matières de base seront enseignées en anglais, ça laissera des traces. Les étudiants franco-ontariens, qui ont bien plus besoin de l'anglais que nous, en étaient parfaitement conscients quand ils ont revendiqué, et obtenu, une faculté de médecine unilingue française à Ottawa.

Ce relatif silence médiatique explique peut-être que nos ténors de la francophonie et de la souveraineté n'aient levé aucun bouclier… De fait, c'est le calme plat… Seul le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a déclaré dans les pages du Droit qu'il était important qu'au Québec, les francophones puissent «s'instruire dans leur langue». C'est en effet la moindre des choses… 

Je croyais naïvement que les francophones, ici au Québec, avaient toujours le droit d'être instruits en français, même à l'université. Mais c'est faux. M. Couillard l'a dit lui-même. Québec a donné à McGill tout l'ouest du Québec en médecine. Les francophones n'ont pas le choix: ici à Gatineau ce sera la médecine McGill, tant que Québec ne se décidera pas à porter ses culottes...

SOS Québec… SOS Franco-Ontariens… Ça va mal ici… 

lundi 5 septembre 2016

L'anglais à la faculté de médecine à Gatineau! Au secours!

Des manchettes du Droit en mars 2014...

Allô, y'a quelqu'un? À Montréal? À Québec? À Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay, Rimouski, Yamachiche, Saint-Louis-du-Ha! Ha! et toutes ces localités exotiques pour qui l'Outaouais n'est, le plus souvent, qu'une simple tache dans le coin sud-ouest de la carte routière, coupée de l'Abitibi et reliée au reste du «vrai» Québec par une demi-autoroute qu'on a mis 40 ans à construire?

Si vous trouvez cette interpellation un peu rude, sachez qu'ici, dans l'ombre et les tentacules de la capitale fédérale, elle correspond à une perception répandue depuis très longtemps. Quand j'étais tout-petit (et Franco-Ontarien d'Ottawa), on entendait les gens de l'autre rive dire que Hull (aujourd'hui Gatineau) était le trou-de-cul du Québec. Excusez la vulgarité, mais c'est ainsi que je l'avais entendu… Ce sentiment d'oubli et d'isolement était certainement, en partie, fondé…

Le «vrai» Québec pourrait relancer la balle aux gens des rives de l'Outaouais, en les blâmant de s'être contentés de vivre en banlieue ontarienne. Et ce serait sans doute, en partie, fondé. Je me souviens d'un ancien collègue journaliste du Droit, originaire de Sherbrooke, qui me disait au début des années 1970 qu'en Outaouais, le Québec commençait à Papineauville. Toute la région à l'ouest, c'était «perdu», pour de bon… Et cela m'enrageait, même si j'étais toujours Franco-Ontarien...

Il était déjà retourné en Estrie quand, un an après mon arrivée au Québec, les circonscriptions de Hull et Papineau (aujourd'hui Chapleau) ont élu de justesse des députés du Parti québécois dans le premier gouvernement de René Lévesque. Mais cela n'a pas duré et depuis 1981, les libéraux peuvent gagner ici sans même faire de campagne. Un électorat captif, docile, qui répond bien aux stratégies de peur du séparatisme… dont abuse le PLQ…

Alors c'est aujourd'hui comme jadis. Le PQ n'a rien à gagner ici. Les libéraux n'ont rien à perdre. L'Outaouais ne compte plus… ou si peu… Les francophones du Pontiac se font assimiler et, à l'occasion, persécuter depuis 150 ans? Bof… Nos députés libéraux de la région ne montent aux barricades que pour défendre les anglos contre l'OLF et la Loi 101… Désespérés, les quelques francophones qui luttent toujours dans le Pontiac ont récemment lancé un appel à l'aide aux Franco-Ontariens! Leurs arrière-grands-parents avaient fait la même chose au début des années 1930…

Ce mardi 6 septembre, le premier ministre Couillard et son ministre de la Santé Gaétan Barrette, flanqués de quelques père Ovide, ont annoncé le début de la construction d'une faculté satellite de médecine de l'Université McGill, dans l'édifice de l'urgence de l'hôpital de Gatineau. Selon l'article paru dans le quotidien Le Droit (information maintenant confirmée), l'enseignement magistral se ferait en anglais! Dans une région de langue française, dans un hôpital de langue française, pour des étudiants de langue française!

Je ne sais pas si les reporters présents ont insisté sur cette question, qui avait défrayé les manchettes en 2014 en pleine campagne électorale, celle qui a vu la déconfiture du gouvernement Marois, mais on a confirmé ce matin que tous les cours magistraux des premiers 18 mois de formation seront donnés en anglais. L'Université McGill l'avait annoncé il y a deux ans, en précisant qu'une éventuelle francisation (si elle a lieu, et personne n'en parle...) pourrait prendre une dizaine d'années…

Le quotidien Le Droit avait vivement protesté en éditorial, ainsi que le recteur d'alors à l'Université du Québec en Outaouais, Jean Vaillancourt. On aurait pu souhaiter une levée de boucliers de nos députés, mais non! La députée de Hull, Maryse Gaudreault, réélue bien sûr, a fait savoir à ses électeurs de langue française, au sujet de l'enseignement en anglais à la faculté de médecine: «C'est ça ou rien!» Une bravoure étouffante! Quant au PQ de 2014, engagé dans la lutte électorale, il avait promis de «réfléchir avec soin à l'aspect de la langue». Avec des «amis» comme ça sur la ligne de front, on ne va pas au combat…

Évidemment, cette annonce a laissé une fois de plus le reste du Québec indifférent. En a-t-il même été informé? Probablement pas… Mais désormais, la question se pose de nouveau. Pourquoi obligerait-on des étudiants francophones du Québec à connaître l'anglais pour pouvoir étudier la médecine dans une région francophone, dans un hôpital de langue française? C'est honteux, d'autant plus qu'ils peuvent faire leur médecine en français au grand complet à l'Université d'Ottawa, du côté ontarien! Ciel!

Si, en septembre 2016, on avait annoncé que McGill avait entièrement francisé son programme pour l'Outaouais, la question aurait été réglée. Je me tairais. Je les féliciterais, même, avec un bon mot pour notre députation libérale! Mais ce n'est pas le cas! L'Outaouais francophone, avec l'appui du Québec tout entier, devra faire savoir qu'il est inacceptable d'avoir à se battre pour étudier la médecine en français à l'université dans un État où la seule langue officielle reste - pour le moment - le français…

Toute solution autre que la francisation complète dès le départ est à rejeter. Parce que toute autre solution, même avec une transition de 3, 5 ou 10 ans, oblige les francophones à fréquenter une université bilingue! Et à connaître l'anglais! (Rappel aux chantres du bilinguisme à la canadienne: je n'ai rien contre le bilinguisme et le plurilinguisme volontaire, j'en ai contre celui qu'on nous impose et qui aboutit à moyen et long terme à l'anglicisation collective…).

Alors, avis à ce «vrai» Québec dont nous sommes trop souvent coupés… Des gens de l'Outaouais vont se lever aujourd'hui, demain pour défendre l'université française… Ils ne seront pas nombreux, ils ne le sont jamais dans une région où la peur est devenue un régime permanent… Mais ils auront besoin de l'appui de Montréal, de Québec, de Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay, Rimouski, Yamachiche et même de Saint-Louis-du-Ha! Ha! 

Au secours!!!

mercredi 31 août 2016

La négligence des médias...

Les «consultations» pan-canadiennes sur les langues officielles (voir bit.ly/1Qc8K3n), première étape de la préparation d'un «plan d'action» linguistique pluriannuel par le gouvernement Trudeau, ont débuté le 20 juin à Alfred, dans l'Est ontarien, et se sont poursuivies tout au long de l'été, d'un bout à l'autre du pays. Dans quelques semaines, elles seront terminées.

Je pourrais écrire un chapitre sur la mollesse de l'effort de consultation (tant les réunions que le sondage Web), mais cela n'est rien comparé à la négligence quasi criminelle de l'ensemble des médias canadiens et québécois - sauf rares exceptions comme le réseau régional de Radio-Canada et le service des nouvelles de TFO.

À ma connaissance, aucun journaliste n'a suivi l'ensemble des audiences de Patrimoine canadien, auxquelles assistait souvent la ministre Mélanie Joly. Quelques reporters ont sans doute assisté à une rencontre, de façon ponctuelle, dans leur région, mais aucun n'a été affecté à la tournée. Ni par les agences, ni par quelque quotidien d'envergure nationale…

Ces dernières semaines, la troupe de consultation fédérale s'est amenée à Québec (23 août) et à Montréal (30 août). Deux quotidiens sont publiés dans la capitale nationale - Le Soleil et le Journal de Québec. Ni l'un ni l'autre n'a fait mention sur son site Web de la consultation locale. Seul le vénérable Chronicle Telegraph (journal anglais de Québec, fondé en 1764) en a fait état, dans un article inaccessible au grand public (bit.ly/2csaBnj)…

Un journaliste de la Presse canadienne (PC) et un reporter du quotidien de langue anglaise (Montréal Gazette) étaient présents aux audiences dans la métropole. Une recherche sur le Web semble indiquer que Le Devoir, La Presse et le Journal de Montréal brillaient par leur absence… Je n'ai vu le texte de la PC que dans Le Devoir (version Web et papier)…

Le public est trop souvent mal informé. Les propriétaires des médias, plus intéressés aux profits qu'à l'information, ont charcuté les salles de rédaction un peu partout. À plusieurs endroits, le personnel de couverture est réduit à sa plus simple expression. Mais à Montréal, les salles des nouvelles avaient suffisamment d'effectifs pour déléguer un journaliste aux audiences sur les langues officielles. Elles ne l'ont pas fait, ou n'ont pas publié le texte de leur reporter, si effectivement il ou elle était sur les lieux.

Notre glissade collective vers l'ignorance se poursuit…