jeudi 8 septembre 2016

Comme un Québécois de Chicoutimi? Quel culot!

Photo Radio-Canada

Extrait d'un texte de Radio-Canada (bit.ly/2clV0oW), tiré d'une entrevue de Philippe Couillard à la radio, ce matin, jeudi 8 septembre:

«En entrevue à l'émission Les matins d'ici, jeudi, le premier ministre Philippe Couillard a dit ne voir aucun problème à ce qu'une partie de la formation (à la future faculté satellite de médecine de Gatineau) soit en anglais. Il a rappelé que l'Université McGill était un établissement anglophone, fréquenté par de nombreux étudiants francophones. Il a ajouté que cette université avait beaucoup augmenté son contenu de formation en français.

«"Il n'y a aucune différence entre cette situation et celle d'un Québécois de Chicoutimi qui irait étudier la médecine à McGill", a soutenu le premier ministre.»


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Là, ça suffit. Il y a des limites à enrober la vérité au point de ne plus la reconnaître.

M. Couillard revient constamment à son «8%» de la formation en anglais, ou à «une partie de la formation», laissant toujours entendre que c'est fort minoritaire, presque marginal.

Une fois pour toutes, à moins que McGill ne rectifie son tir, ce qui semble peu probable, la «partie en anglais», ce sont les 18 premiers mois d'un programme de quatre ans… tous les cours magistraux, donnés à distance et émanant de McGill.

C'est toute la base théorique… «the fundamentals» comme disent les anglophones… C'est énorme!

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Puis il y a cette comparaison avec le Québécois de Chicoutimi...

Là le vase déborde…

Si le premier ministre veut comparer des pommes avec des pommes, la comparaison juste serait la suivante.

C'est comme si un Québécois de Chicoutimi était obligé de suivre ses cours de base en médecine en anglais à Chicoutimi… parce que Québec a décidé que son territoire serait sous la juridiction de McGill.

Le Québécois de Gatineau qui choisit d'aller étudier au campus de McGill, à Montréal, sait fort bien qu'il apprendra en anglais, et l'accepte.

Mais le Québécois de Gatineau qui veut étudier la médecine chez lui, dans une ville francophone, dans une région francophone, ne devrait pas être obligé de le faire - même partiellement - en anglais.

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Cela fait 48 heures depuis l'annonce de cette faculté… Les médias hors-Outaouais n'en ont à peu près pas parlé… et les médias d'ici évoquent la situation linguistique au compte-gouttes…

Notre saint patron peut bien être Saint Jean Baptiste… Il était habitué à crier dans le désert...



mercredi 7 septembre 2016

Comment angliciser des étudiants francophones en médecine… au Québec !

Le titre du haut, exact. Le titre du bas, erroné.

Quand j'étais jeune, étudiant et Franco-Ontarien, je militais au sein d'organisations qui luttaient pour obtenir des écoles de langue française. Au primaire. Au secondaire. Au collégial et à l'universitaire. Nous, les francophones, étions une minorité, sauf dans quelques régions, et conscients que le gouvernement ontarien serait toujours celui de cette immense majorité anglophone de 90% et plus… Nous étions habitués à voir ce gouvernement comme un adversaire ou un obstacle…

Quelle ironie! Me voilà aujourd'hui, à 70 ans, à Gatineau, au Québec, dans une contrée à forte majorité francophone, obligé de reprendre le combat pour l'école française (une faculté de médecine cette fois) contre un gouvernement très provincial qui aurait dû être un allié, mais qui se comporte plutôt en parfait colonisé! Et le pire c'est que la collectivité, mal informée par Québec, par McGill et par des médias bien trop dociles, applaudit un premier ministre qui obligera les étudiants francophones en médecine de Gatineau à recevoir la totalité de leurs cours magistraux en anglais.

Si ne pas dire toute la vérité c'est mentir, M. Couillard et ses troupes ont menti. Ils ont brandi, presque fièrement, avec les médias comme courroie de transmission, que 92% de l'enseignement à cette faculté de médecine se ferait en français. L'impression ainsi laissée, c'est que la présence de l'anglais serait quasi marginale. Certains journalistes, y compris celui du Droit et l'animateur matinal à Radio-Canada, ont fait mieux que d'autres et mentionné que l'ensemble des cours magistraux serait donné en anglais, mais sans faire ressortir suffisamment toute l'importance de cette situation.

En ondes à 104,7FM, le polémiste Roch Cholette a été plus agressif avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Il l'avait littéralement dans les cordes à un certain moment quand il a fait valoir que le 92% d'enseignement en français incluait les stages, qui se font en milieu clinique à Gatineau où la langue de travail est toujours le français.

Mais il n'a pas asséné le coup de grâce, pour démontrer que le 8% (j'aimerais qu'on m'explique ce calcul) en anglais, c'était toute la première année et demie d'un programme de six ans qui comporte quatre années de stages et de résidence, et que les étudiants arriveraient à ces stages et en résidence avec un vocabulaire et un bagage de connaissances théoriques et techniques acquis en anglais alors qu'ils auraient à effectuer leur boulot en français… 

Le premier ministre Couillard ne s'en offusque aucunement. Au contraire. Il a déclaré en ondes à la station Rouge-FM et au Droit: «Je pense que les étudiants ici n’y verront aucun problème». Et il a ajouté qu'ils devraient même se considérer chanceux d'être associés à «l’université McGill, une des universités les plus renommées au monde». Hé, les jeunes francos… Avoir la chance d'être pris en charge pendant un an et demie dans la langue des conquérants, par l'une des plus éminentes institutions de nos anciens Rhodésiens. On l'entend presque murmurer, merci bwana…

D'ailleurs, faut-il ajouter que les communiqués officiels de Québec et de McGill annonçant le feu vert pour la construction de cette faculté à l'hôpital de Gatineau ne font aucune mention de la langue d'enseignement. Ce silence est déjà, en soi, un mensonge. Dans un échange de courriels, McGill a confirmé que les cours de base des premiers 18 mois étaient donnés en anglais, ajoutant que par la suite, «les formations locales sont données en français». Quant à une possible francisation des cours théoriques, McGill affirme: «dès que les ressources locales seront disponibles, on souhaite augmenter la proportion offerte en français»…

Donc, si je comprends bien, toute augmentation de l'offre en français devra émaner de Gatineau, et non du campus montréalais de McGill, et ça reste un «souhait». Nulle part n'évoque-t-on une possible francisation complète, comme en mars 2014… Pourquoi le ferait-on? Selon M. Couillard, les cours en anglais, ce n'est pas un problème. On est chanceux, même. McGill daigne nous honorer de sa présence…

Vingt-quatre heures après l'annonce, aucun média n'a vraiment alerté la population à cette très claire anglicisation de nos étudiants francophones en médecine. Dix-huit mois de cours où toutes les matières de base seront enseignées en anglais, ça laissera des traces. Les étudiants franco-ontariens, qui ont bien plus besoin de l'anglais que nous, en étaient parfaitement conscients quand ils ont revendiqué, et obtenu, une faculté de médecine unilingue française à Ottawa.

Ce relatif silence médiatique explique peut-être que nos ténors de la francophonie et de la souveraineté n'aient levé aucun bouclier… De fait, c'est le calme plat… Seul le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a déclaré dans les pages du Droit qu'il était important qu'au Québec, les francophones puissent «s'instruire dans leur langue». C'est en effet la moindre des choses… 

Je croyais naïvement que les francophones, ici au Québec, avaient toujours le droit d'être instruits en français, même à l'université. Mais c'est faux. M. Couillard l'a dit lui-même. Québec a donné à McGill tout l'ouest du Québec en médecine. Les francophones n'ont pas le choix: ici à Gatineau ce sera la médecine McGill, tant que Québec ne se décidera pas à porter ses culottes...

SOS Québec… SOS Franco-Ontariens… Ça va mal ici… 

lundi 5 septembre 2016

L'anglais à la faculté de médecine à Gatineau! Au secours!

Des manchettes du Droit en mars 2014...

Allô, y'a quelqu'un? À Montréal? À Québec? À Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay, Rimouski, Yamachiche, Saint-Louis-du-Ha! Ha! et toutes ces localités exotiques pour qui l'Outaouais n'est, le plus souvent, qu'une simple tache dans le coin sud-ouest de la carte routière, coupée de l'Abitibi et reliée au reste du «vrai» Québec par une demi-autoroute qu'on a mis 40 ans à construire?

Si vous trouvez cette interpellation un peu rude, sachez qu'ici, dans l'ombre et les tentacules de la capitale fédérale, elle correspond à une perception répandue depuis très longtemps. Quand j'étais tout-petit (et Franco-Ontarien d'Ottawa), on entendait les gens de l'autre rive dire que Hull (aujourd'hui Gatineau) était le trou-de-cul du Québec. Excusez la vulgarité, mais c'est ainsi que je l'avais entendu… Ce sentiment d'oubli et d'isolement était certainement, en partie, fondé…

Le «vrai» Québec pourrait relancer la balle aux gens des rives de l'Outaouais, en les blâmant de s'être contentés de vivre en banlieue ontarienne. Et ce serait sans doute, en partie, fondé. Je me souviens d'un ancien collègue journaliste du Droit, originaire de Sherbrooke, qui me disait au début des années 1970 qu'en Outaouais, le Québec commençait à Papineauville. Toute la région à l'ouest, c'était «perdu», pour de bon… Et cela m'enrageait, même si j'étais toujours Franco-Ontarien...

Il était déjà retourné en Estrie quand, un an après mon arrivée au Québec, les circonscriptions de Hull et Papineau (aujourd'hui Chapleau) ont élu de justesse des députés du Parti québécois dans le premier gouvernement de René Lévesque. Mais cela n'a pas duré et depuis 1981, les libéraux peuvent gagner ici sans même faire de campagne. Un électorat captif, docile, qui répond bien aux stratégies de peur du séparatisme… dont abuse le PLQ…

Alors c'est aujourd'hui comme jadis. Le PQ n'a rien à gagner ici. Les libéraux n'ont rien à perdre. L'Outaouais ne compte plus… ou si peu… Les francophones du Pontiac se font assimiler et, à l'occasion, persécuter depuis 150 ans? Bof… Nos députés libéraux de la région ne montent aux barricades que pour défendre les anglos contre l'OLF et la Loi 101… Désespérés, les quelques francophones qui luttent toujours dans le Pontiac ont récemment lancé un appel à l'aide aux Franco-Ontariens! Leurs arrière-grands-parents avaient fait la même chose au début des années 1930…

Ce mardi 6 septembre, le premier ministre Couillard et son ministre de la Santé Gaétan Barrette, flanqués de quelques père Ovide, ont annoncé le début de la construction d'une faculté satellite de médecine de l'Université McGill, dans l'édifice de l'urgence de l'hôpital de Gatineau. Selon l'article paru dans le quotidien Le Droit (information maintenant confirmée), l'enseignement magistral se ferait en anglais! Dans une région de langue française, dans un hôpital de langue française, pour des étudiants de langue française!

Je ne sais pas si les reporters présents ont insisté sur cette question, qui avait défrayé les manchettes en 2014 en pleine campagne électorale, celle qui a vu la déconfiture du gouvernement Marois, mais on a confirmé ce matin que tous les cours magistraux des premiers 18 mois de formation seront donnés en anglais. L'Université McGill l'avait annoncé il y a deux ans, en précisant qu'une éventuelle francisation (si elle a lieu, et personne n'en parle...) pourrait prendre une dizaine d'années…

Le quotidien Le Droit avait vivement protesté en éditorial, ainsi que le recteur d'alors à l'Université du Québec en Outaouais, Jean Vaillancourt. On aurait pu souhaiter une levée de boucliers de nos députés, mais non! La députée de Hull, Maryse Gaudreault, réélue bien sûr, a fait savoir à ses électeurs de langue française, au sujet de l'enseignement en anglais à la faculté de médecine: «C'est ça ou rien!» Une bravoure étouffante! Quant au PQ de 2014, engagé dans la lutte électorale, il avait promis de «réfléchir avec soin à l'aspect de la langue». Avec des «amis» comme ça sur la ligne de front, on ne va pas au combat…

Évidemment, cette annonce a laissé une fois de plus le reste du Québec indifférent. En a-t-il même été informé? Probablement pas… Mais désormais, la question se pose de nouveau. Pourquoi obligerait-on des étudiants francophones du Québec à connaître l'anglais pour pouvoir étudier la médecine dans une région francophone, dans un hôpital de langue française? C'est honteux, d'autant plus qu'ils peuvent faire leur médecine en français au grand complet à l'Université d'Ottawa, du côté ontarien! Ciel!

Si, en septembre 2016, on avait annoncé que McGill avait entièrement francisé son programme pour l'Outaouais, la question aurait été réglée. Je me tairais. Je les féliciterais, même, avec un bon mot pour notre députation libérale! Mais ce n'est pas le cas! L'Outaouais francophone, avec l'appui du Québec tout entier, devra faire savoir qu'il est inacceptable d'avoir à se battre pour étudier la médecine en français à l'université dans un État où la seule langue officielle reste - pour le moment - le français…

Toute solution autre que la francisation complète dès le départ est à rejeter. Parce que toute autre solution, même avec une transition de 3, 5 ou 10 ans, oblige les francophones à fréquenter une université bilingue! Et à connaître l'anglais! (Rappel aux chantres du bilinguisme à la canadienne: je n'ai rien contre le bilinguisme et le plurilinguisme volontaire, j'en ai contre celui qu'on nous impose et qui aboutit à moyen et long terme à l'anglicisation collective…).

Alors, avis à ce «vrai» Québec dont nous sommes trop souvent coupés… Des gens de l'Outaouais vont se lever aujourd'hui, demain pour défendre l'université française… Ils ne seront pas nombreux, ils ne le sont jamais dans une région où la peur est devenue un régime permanent… Mais ils auront besoin de l'appui de Montréal, de Québec, de Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay, Rimouski, Yamachiche et même de Saint-Louis-du-Ha! Ha! 

Au secours!!!

mercredi 31 août 2016

La négligence des médias...

Les «consultations» pan-canadiennes sur les langues officielles (voir bit.ly/1Qc8K3n), première étape de la préparation d'un «plan d'action» linguistique pluriannuel par le gouvernement Trudeau, ont débuté le 20 juin à Alfred, dans l'Est ontarien, et se sont poursuivies tout au long de l'été, d'un bout à l'autre du pays. Dans quelques semaines, elles seront terminées.

Je pourrais écrire un chapitre sur la mollesse de l'effort de consultation (tant les réunions que le sondage Web), mais cela n'est rien comparé à la négligence quasi criminelle de l'ensemble des médias canadiens et québécois - sauf rares exceptions comme le réseau régional de Radio-Canada et le service des nouvelles de TFO.

À ma connaissance, aucun journaliste n'a suivi l'ensemble des audiences de Patrimoine canadien, auxquelles assistait souvent la ministre Mélanie Joly. Quelques reporters ont sans doute assisté à une rencontre, de façon ponctuelle, dans leur région, mais aucun n'a été affecté à la tournée. Ni par les agences, ni par quelque quotidien d'envergure nationale…

Ces dernières semaines, la troupe de consultation fédérale s'est amenée à Québec (23 août) et à Montréal (30 août). Deux quotidiens sont publiés dans la capitale nationale - Le Soleil et le Journal de Québec. Ni l'un ni l'autre n'a fait mention sur son site Web de la consultation locale. Seul le vénérable Chronicle Telegraph (journal anglais de Québec, fondé en 1764) en a fait état, dans un article inaccessible au grand public (bit.ly/2csaBnj)…

Un journaliste de la Presse canadienne (PC) et un reporter du quotidien de langue anglaise (Montréal Gazette) étaient présents aux audiences dans la métropole. Une recherche sur le Web semble indiquer que Le Devoir, La Presse et le Journal de Montréal brillaient par leur absence… Je n'ai vu le texte de la PC que dans Le Devoir (version Web et papier)…

Le public est trop souvent mal informé. Les propriétaires des médias, plus intéressés aux profits qu'à l'information, ont charcuté les salles de rédaction un peu partout. À plusieurs endroits, le personnel de couverture est réduit à sa plus simple expression. Mais à Montréal, les salles des nouvelles avaient suffisamment d'effectifs pour déléguer un journaliste aux audiences sur les langues officielles. Elles ne l'ont pas fait, ou n'ont pas publié le texte de leur reporter, si effectivement il ou elle était sur les lieux.

Notre glissade collective vers l'ignorance se poursuit…




Favorables au bilinguisme? Talk is cheap!

Texte du quotidien Le Droit du 31 août 2016

Toujours rusé, ce Graham Fraser. Notre Commissaire aux langues officielles vient de rendre public, fin août, un sondage sur le bilinguisme réalisé en février et en mars 2016 (bit.ly/2c96h7G). Quand on voit, en période électorale, les appuis aux enjeux et aux partis varier de jour en jour, parfois substantiellement, sur une période de quelques mois, on peut se demander à quel point l'opinion d'il y a six mois vaut toujours. On peut aussi s'interroger sur le délai de cinq à six mois entre collecte et diffusion…

Enfin, supposons que les données n'aient pas changé, et que les appuis au bilinguisme pan-canadien soient toujours aussi massifs. Que doit-on en conclure? D'un bout à l'autres du pays, les chantres officiels du «beau et grand bilingue pays» applaudissent et brandissent les chiffres de M. Fraser sous le nez des méchants «séparatisses» du Québec en chuchotant: voyez, ils vous aiment les anglais, ils sont en majorité favorables au bilinguisme a mari jusque ad mare.

Permettez-moi de répondre très simplement, dans la langue de l'autre: Talk is cheap! Il est facile pour un anglophone de Saskatoon d'applaudir le bilinguisme dans un sondage, mais il y a fort à parier qu'il n'apprendra jamais le français. Il n'en a pas besoin, et ne perçoit pas en avoir besoin. Le fait est que dans le Canada hors-Québec, la proportion d'anglophones bilingues (y compris les jeunes) est stagnante ou en baisse. S'ils nous aiment, donc, c'est certainement pas d'un amour assez fort pour fréquenter notre langue et notre culture.

Cette semaine, lors des audiences montréalaises de Patrimoine canadien sur les langues officielles, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc (aucun risque d'avoir affaire ici à un dangereux subversif…), soulignait le danger d'une situation où 55% des jeunes francophones au Canada sont désormais bilingues, contre seulement 13% des jeunes anglophones. M. Leblanc y voyait un risque pour la paix linguistique… Pas sûr de ça… Il y a plutôt là un autre indice de l'anglicisation croissante de la francophonie canadienne (y compris celle du Québec).

Alors qu'à l'extérieur du Québec, les anglos boudent le français qu'ils sont censés «appuyer» en si grands nombres, c'est tout le contraire dans «la belle province», où, même dans des régions unilingues françaises, telles le Saguenay, ainsi que les villes de Québec et Lévis, on se rue sur les programmes d'anglais intensif au primaire pour réaliser le rêve de notre irresponsable premier ministre, celui de voir une génération entière de Québécois bilingues dans un proche avenir. Quand nous serons tous bilingues, au Québec, le pays sera entièrement anglais.

On n'a qu'à consulter les statistiques des recensements fédéraux, bien plus fiables que des sondages d'opinion publique orientés d'avance. Dans les collectivités francophones hors-Québec, plus la proportion de bilingues est élevée, plus les transferts linguistiques vers l'anglais augmentent. Après quelques générations de bilingues, on revient tout doucement à l'unilinguisme… anglais cette fois. Parlez-en aux Franco-Ontariens et même aux Québécois des régions du Pontiac et de la Basse-Gatineau... Dans combien de familles voit-on des grands-parents francophones, des enfants franco-bilingues, des petits enfants anglo-bilingues et des arrière-petits-enfants anglais…

Le bilinguisme collectif, quand l'une des deux langues est dominée, n'est qu'une étape vers l'assimilation. Les Anglo-Canadiens peuvent apprendre le français sans risque identitaire. À 90% ils ne le feront pas mais ils le pourraient. Ils se contenteront d'aimer notre langue dans des sondages. Les francophones, surtout dans des milieux où la langue anglaise occupe une position de force (hors-Québec, l'Outaouais, Montréal), n'ont souvent pas le choix. L'anglais leur est imposé, au travail notamment. Et on connaît la suite…

Graham Fraser lance avec ce sondage une dernière salve, sans doute préparatoire aux célébrations du 150e anniversaire de la Confédération en 2017. Les partisans d'un statut bilingue pour la ville d'Ottawa n'ont pas manqué de diffuser les résultats pan-canadiens favorables à leur cause. Tout ce que je souhaite c'est que les nôtres accordent plus d'importance à la réalité vécue, la vraie, plutôt qu'aux voeux sans réelle conséquence d'un échantillonnage de 1000 Canadiens…

Talk is cheap!





Jean-François Lisée en terre fédérale...

Au début des années 1990, j'avais assisté à quelques réunions à l'édifice Sir John Carling, à Ottawa, siège du ministère fédéral de l'Agriculture. Un fonctionnaire unilingue anglais, fraîchement arrivé du sud de l'Ontario, m'avait confié qu'il était un peu bouleversé par le contexte linguistique à Ottawa, et dans son ministère en particulier. «Ici, tout est en français», me disait-il, quelque peu inquiet…

Ce commentaire m'avait pris de court, d'autant plus que dans cette grande tour à bureaux (qu'on a démolie il y a quelques années) avoisinant les vastes terrains de la Ferme expérimentale d'Ottawa, à peu près personne ne travaillait essentiellement en français. La langue à l'ouvrage, c'était l'anglais. La majorité des anglophones étaient unilingues; la totalité des francophones, bilingues. À force d'entendre tous les jours des gens parler français autour de lui, au téléphone, dans les couloirs, à la cafétéria, chose inconnue dans sa région torontoise, il avait cru atterrir au Saguenay…

Vingt-cinq ans plus tard, quand on aborde la question de la langue de travail dans l'administration fédérale, l'écart entre la réalité et la perception reste énorme, surtout chez les unilingues anglais mais aussi chez les francophones qui, en quasi totalité, auraient de la difficulté à peindre un portrait précis de la situation. Pour l'observateur extérieur, il apparaît très clair qu'à Ottawa, sauf rares exceptions, la connaissance de l'anglais reste essentielle pour les francophones… Pire, à mesure que la proportion de parlant-français diminue au pays, et que cette proportion diminuée tend à s'angliciser, la langue française - ou ce qui en restera - risque de devenir l'apanage quasi exclusif du Bureau de la traduction…

Pour le moment, le français langue de travail dans la fonction publique fédérale constitue un dossier plutôt flou, et personne ne semble prêt à déterrer la hache de guerre pour assurer à la langue française sa juste part du gâteau administratif. Il y a peut-être là une boîte de Pandore que les francophones, autant que les anglophones, craignent d'ouvrir, ne sachant trop s'ils veulent vraiment révéler toute la vérité sur l'évolution de la francophonie au sein de l'appareil fédéral. À trop voir l'avenir avec les lunettes roses officielles, une froide analyse fondée sur les faits pourrait s'avérer un choc brutal.

Pendant qu'on se gargarise de belles intentions, toujours renouvelées, jamais réalisées, les vieux projets d'unités de langue française dans la fonction publique fédérale se sont évaporés au fil des décennies et le Commissaire aux langues officielles continue de consacrer plus de 90% de son temps à consigner dans ses rapports les doléances des francophones, y compris l'impossibilité de travailler en français au sein de l'appareil fédéral. Des 88 800 emplois fédéraux dans la région d'Ottawa, moins de 200 sont désignés unilingues français selon les chiffres du Conseil du Trésor… C'est assez clair?

Qu'un candidat à la direction du Parti québécois, Jean-François Lisée, s'intéresse à cela constitue en soi un phénomène. Le député de Rosemont a en effet profité de son incursion à Gatineau, cette semaine, pour semoncer le gouvernement Trudeau qui, dans sa défense de la «diversité», semble avoir oublié «le droit des travailleuses et des travailleurs québécois au sein de la fonction publique fédérale de travailler en français». Cette association du français à la diversité, concept voisin du multiculuralisme, paraît étrange mais tout de même, une manifestation d'intérêt c'est déjà un pas dans la bonne direction.

Le premier problème que M. Lisée va devoir affronter, c'est l'indifférence à peu près totale des médias et de l'opinion publique pour cet enjeu, pourtant fondamental. Il en a fait l'expérience quand seul le quotidien Le Droit a délégué un journaliste et un photographe à sa conférence de presse de Gatineau, mardi matin, alors que tous les médias, y compris l'abondante presse parlementaire, avaient été avertis que le candidat à la direction du PQ aborderait de front la question du statut de la langue française dans la fonction publique fédérale et dans les organismes sous juridiction fédérale…

En après-midi, Radio-Canada publiait aussi sur son site Web un texte reprenant les principaux points évoqués dans le communiqué de presse de M. Lisée, mais sans vidéo d'entrevue.

Le même jour, la ministre fédérale Mélanie Joly et sa troupe ambulante des langues officielles était à Montréal dans le cadre de la tournée de «consultations» pancanadiennes… et n'eut été de la présence d'un journaliste de l'agence Presse canadienne, il n'y aurait peut-être pas eu de compte rendu à la télé et dans les quotidiens du lendemain. Ni Radio-Canada, ni Le Devoir, ni le Journal de Montréal, ni La Presse ne semblent avoir délégué de scribe à l'événement.

Le second problème qui attend M. Lisée, et il est de taille, ce sera de brosser un tableau réaliste du fonctionnement linguistique de l'administration fédérale. Un travail de moine en perspective, si la chose l'intéresse vraiment. Peut-être aurait-il avantage, pour sa course à la chefferie du PQ, à se concentrer sur le piètre sort réservé à la langue française par le gouvernement Couillard, qui fait tout pour la mettre en péril, depuis l'anglais intensif aux seuils excessifs d'immigrants qu'on ne se donne pas la peine d'intégrer à la majorité francophone.

Si malgré tout, le sort du français au sein de cet appareil fédéral le préoccupe, il devra larguer le concept de diversité et lui substituer celui de «dualité», car il n'y a au pays que deux langues officielles, en principe égales. Cela n'a rien, mais rien à voir avec un quelconque appui aux LBGT et au multiculturalisme… Et secundo, en défendant le droit des Québécois (y compris des Anglo-Québécois) de travailler en français dans la fonction publique fédérale, il pourrait avoir une petite pensée pour les autres francophones du Canada, qui ont ce même droit…

Quoiqu'il en soit, cette initiative de M. Lisée doit être saluée, et imitée. Plus on s'informe, mieux on est outillé en politique. Et tant qu'une portion substantielle de nos impôts continue d'être acheminée à Ottawa, on a tout avantage à guetter de très près le sort des nôtres…











lundi 29 août 2016

L'une des pires du monde occidental?

Un texte du quotidien Le Droit du 2 juin 2016

Le vendredi 26 août, les médias faisaient état du rapport dévastateur d'un coroner sur l'urgence de l'hôpital de Gatineau (qui n'est guère différente de celle de l'hôpital du secteur voisin, Hull)… Pour les délais d'attente, notre urgence - je demeure dans ce secteur - serait «l'une des pires du monde occidental»! J'inclus ici un lien au texte du quotidien Le Droitbit.ly/2bSDAfx.

Il n'y a pas de quoi rire... À deux ou trois kilomètres de chez moi, j'ai un hôpital dont l'urgence ultra moderne, selon toute apparence, risque d'achever les patients en les abandonnant trop longtemps sans soins sur une civière… Enfin, est-ce aussi dramatique que l'affirme le coroner Pierre Bourassa? Peut-être, peut-être pas… J'imagine que ça dépend des moments de la journée, du volume de patients, de la disponibilité (et parfois de l'humeur) du personnel…

Non, ce qui me désespère dans cette affaire, et dans d'innombrables autres situations où des malades ont eu à subir des délais inacceptables de soins, c'est l'incapacité du public et des médias d'identifier les véritables responsables et de voir clairement des avenues de solutions. Invariablement, on blâmera le personnel ou l'organisation qui l'encadre (dans ce cas-ci l'hôpital de Gatineau et le CISSSO, acronyme pour Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais).

Cette vue est trop simple, voire simpliste…

Il faudrait peut-être commencer par retourner à la Révolution tranquille, quand la commission Castonguay avait proposé de mettre sur pied un vaste réseau de centres locaux de services communautaires (CLSC), où l'accent aurait été mis nettement sur l'identification des problèmes de santé et sur la prévention… et ce, au niveau local! Le gros bon sens: en favorisant, dans chaque localité, des conditions favorables à une bonne santé publique, moins de médecins finiraient par crouler sous un fardeau excessif de malades…

Le problème des CLSC, ce fut leur réussite. Quand on attaque les causes des maladies, pour vrai là, on ne remet pas seulement en question la consommation de médicaments, ou la teneur en sucre des aliments, ou le manque d'exercice physique… On vise aussi les conditions sociales et économiques susceptibles de dégrader l'état de santé des gens - la pauvreté, les milieux de travail, l'inégalité des sexes, la salubrité des logements, etc. - et ce, dans chaque région où se trouve un CLSC…

Ainsi, dans les centres locaux de services communautaires, le personnel comptait, au-delà du personnel médical (les médecins qui les ont trop longtemps boudés et les infirmières), des psychologues, des diététiciens, des travailleurs sociaux et des organisateurs communautaires. En brassant la cage de la santé dans une localité, les CLSC brassaient la cage socioéconomique et politique du Québec tout entier. Une situation inquiétante pour tout gouvernement, et en particulier pour les libéraux…

Et finalement, qu'a-t-on fait alors que la population vieillissait à vue d'oeil et que le nombre de médecins de famille devenait insuffisant dans plusieurs régions, dont l'Outaouais? On a saboté l'institution et la philosophie qui aurait pu faire la différence en ce début de 21e siècle. Les CLSC devaient être la première ligne de santé pour le grand public, ils devaient surtout être locaux. Leur objectif n'était pas tant de guérir des malades que de réduire le nombre de malades à guérir. J'ai la conviction que la réussite d'une telle mission aurait plu à l'immense majorité des médecins actuels, qui croulent sous le poids des patients.

Mais non, on a commencé par fusionner les CLSC à l'intérieur des municipalités et grandes régions, ce qui signifiait l'arrêt de mort de la philosophie de l'intervention locale. Le «L» des CLSC venait d'être décapité. Puis, pour achever la bête blessée, on a créé des monstres régionaux dominés par les médecins et où les CLSC perdaient la capacité de déterminer eux-mêmes leurs priorités: chez nous, ce monstre s'appelait Centre de santé et de services sociaux de Gatineau. Depuis ce temps, les libéraux clouent le cercueil...

On est passé depuis 40 ans du concept des centres locaux de services communautaires à l'ultime monstre organisationnel: la pieuvre Gaétan Barrette et ses tentacules régionales. Chez nous, cette tentacule s'appelle le CISSSO, Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais… Nous avons maintenant, grâce à Gaétan Barrette, la pire structure de services de santé qui soit… et notre ministre n'a pas fini de faire des dégâts…

Alors quand un incident malheureux se produit dans une urgence devenue un refuge pour tous ceux et celles qui n'ont plus de médecins de famille (ils sont des dizaines de milliers), dans une organisation qui manque de ressources parce que le ministre Dr Folamour persiste à la vouloir rentable (pas de déficits!), dans un pays où la population vieillissante a besoin de plus en plus de soins, j'aurais tendance à juger des coupables sur place, bien sûr, mais j'aurais aussi une bonne pensée pour le premier ministre, pour son ministre de la Santé, ainsi que nos députés libéraux de l'Outaouais qui se font complices d'un système aberrant.

Et malgré tout, dans cette urgence que tant décrient, j'ai reçu d'excellents soins à plus d'une occasion…