jeudi 31 mars 2016

Gatineau s'anglicise dans l'indifférence

Les données sont sans appel, tirées du recensement de 2011 et publiées (sans analyse cependant) sur le site Web de la ville de Gatineau. La langue anglaise progresse plus rapidement que le français dans la métropole de l'Outaouais et si la tendance se maintient, le recensement de 2016 - dont les chiffres, en matière linguistique, seront rendus publics vers la fin de 2017 - fera apparaître un recul de la proportion de francophones à Gatineau, ainsi qu'une nouvelle progression de près de 20% du nombre d'anglophones.

De fait, selon les chiffres du plus récent recensement disponible, celui de 2011, les transferts linguistiques vers l'anglais sont proportionnellement supérieurs à Gatineau (21%) qu'à Ottawa (19,9%)… Matière à réflexion...


Pour s'en convaincre, il suffit de se donner la peine de décortiquer, sans oublier de faire les liens essentiels, les tableaux présentés dans le document PDF Profil démographique et socioéconomique de Gatineau  (voir http://bit.ly/1EPYinN), accessible dans les pages Internet de la municipalité. Armé de quelques feuilles blanches, d'une calculatrice et des données du Profil du recensement 2011 (également en ligne), ce qui au départ apparaît comme des grappes de statistiques innocentes devient un tableau plutôt inquiétant de l'évolution linguistique de Gatineau…

Bien sûr, il est toujours risqué de parler d'identité et de langue de mon côté de la rivière des Outaouais, et surtout à Gatineau. On discute peu de ces choses à voix haute. La plupart du temps on chuchote... Si j'étais à Ottawa, si j'étais Franco-Ontarien et que je clamais sur tous les toits le besoin d'intervenir pour protéger la langue française, je ne serais qu'un bon vieux patriote. Mais sur la rive québécoise, les défenseurs du français sont immédiatement soupçonnés d'être séparatistes (tout au moins intolérants de la multiculture) et à Gatineau, comme disait l'ancien député libéral Mark Assad, on n'aime pas les séparatistes…

Alors pendant que le secteur Aylmer de Gatineau s'anglicise à vue d'oeil et que le centre-ville de Hull s'apprête à subir un nouveau coup de massue dont l'effet sera, comme ce le fut il y a plus de 40 ans avec la venue des gratte-ciels fédéraux, une défrancisation accrue du vieux coeur de l'Outaouais urbain, les élus ferment les yeux. Et surtout n'en parlez pas. Quand l'Île de Hull aura subi le même sort que la Basse-Ville jadis francophone d'Ottawa il sera trop tard. Certains jours, je me demande s'il reste un seul politicien en Outaouais prêt à se lever pour défendre le patrimoine francophone d'ici…

Mais revenons aux chiffres. Si j'étais habile en informatique je façonnerais de savants tableaux ou des pointes de tartes ou des colonnes colorées, mais je suis nul en cette matière. Ce que je peux faire, c'est les dessiner à la main chez moi et les analyser, et ce que les tableaux de la ville démontrent, c'est que l'anglais ne régresse nulle part à Gatineau, ni en nombres absolus ni en proportion, même dans les territoires où les anglophones ne représentent que 5 ou 6% de la population.

Par contre dans les trois quartiers du secteur Aylmer, où les francophones sont pourtant majoritaires, ils se font lentement mais sûrement assimiler. Prenons un exemple: le secteur Lac Deschênes. Les francophones y forment 56% de la population selon la langue maternelle, mais seulement 53% en utilisant les chiffres de la langue d'usage (la langue la plus souvent parlée à la maison). Dans le même quartier, 31% des habitants sont de langue maternelle anglaise, mais 39% des gens parlent surtout l'anglais à la maison…  Dans le secteur Hull, le français ne recule pas, mais l'anglais progresse à un rythme bien supérieur…

Comparez la situation à Ottawa. Dans le quartier le plus francophone, Cumberland, à l'extrémité est de la ville, près de 37% des résidents sont de langue maternelle française. Quand on prend le critère de la langue d'usage, cette proportion chute à 30%, une perte de 19%… Mettez ça à côté des chiffres du village urbain Lac Deschênes à Gatineau. La seule similitude, c'est qu'il y a un facteur d'assimilation chez les francophones.

Comparons maintenant la situation dans deux quartiers où les groupes sont très minoritaires. Dans le village urbain Le Moulin, au centre du vieux Gatineau, il n'y a que 6% d'anglophones selon la langue maternelle, mais 7% en vertu de la langue d'usage. Même en si faible proportion, le groupe anglophone bénéficie de transferts linguistiques. À Ottawa, pendant ce temps, j'utiliserai l'un des exemples les moins dramatiques, celui de Kanata-Sud, où les francophones (langue maternelle) forment 7,2% de la population. En utilisant la langue d'usage, leur proportion chute à 3,2% (taux d'assimilation supérieur à 50%)…

En passant, les données pour les quartiers d'Ottawa sont tirées d'un rapport (voir http://bit.ly/235plbm) du Commissaire fédéral aux langues officielles…

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Un dernier mot pour expliquer le code couleur de la carte ci-haut: Le rose est assigné aux territoires où le français est carrément en recul. Le bleu aurait été assigné aux quartiers où l'anglais serait en recul (il n'y en a pas). L'orange indique les quartiers où la progression de l'anglais est supérieure à celle du français. Le vert indique les territoires où le français progresse plus vite que l'anglais.
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mercredi 30 mars 2016

Vivre en français en Saskatchewan?

Au cours du dernier demi-siècle, depuis l'émergence du débat sur le projet de souveraineté du Québec, le sort des minorités francophones (canadiennes-françaises et acadiennes) dans les provinces à majorité anglophone a pris du galon sur l'échiquier pan-canadien. Leur capacité - ou incapacité - de vivre en français dans des milieux anglo-dominants, sous la gouverne d'États qu'ils ne contrôleront pas, ponctue de plus en plus les grands débats sur l'avenir du pays.

Le vieux rêve d'un Canada bilingue, entretenu surtout par des francophones depuis 1867, devient vite impensable si la langue française doit être éventuellement confinée, à toutes fins utiles, au territoire québécois et à quelques régions périphériques de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick. Ayant compris ce qui arriverait si les minorités de langue française n'étaient plus dans le décor, le gouvernement fédéral a investi depuis 1970 des centaines de millions, voire des milliards de dollars dans les organisations qui représentent ou desservent ces collectivités, d'un océan à l'autre.

La question de savoir ce que tous ces efforts et dollars ont donné reste posée, et il n'y a pas de réponse claire dans le bourbier de propagande qui l'engloutit. La plupart des acteurs autour de cet enjeu majeur semblent vouloir démontrer soit le dynamisme des minorités, soit leur lente agonie. Ceux et celles qui cherchent, au contraire, à peindre un portrait plus réaliste sont le plus souvent dénoncés comme des pessimistes. Les minorités canadiennes-françaises et acadiennes hors-Québec ne sont pas, loin de là, des dead ducks mais elles ne sont pas non plus des collectivités en plein essor.

Les porte-parole des minorités soufflent eux-mêmes le chaud et le froid selon les besoins ou l'occasion. En mars 2015, Mme Marie-France Kenny, alors présidente de la FCFA (Fédération des communautés francophones et acadienne), avait déclaré devant le comité des Communes sur les langues officielles: «À plusieurs endroits, ce n'est qu'une question de temps avant que nos communautés tombent en dessous du seuil requis pour recevoir des services et des communications en français des bureaux fédéraux. Et quand notre poids relatifs sera tombé encore plus bas, que remettra-t-on à ce moment? Nos écoles de langue française?» Bilan sombre...

Et voilà qu'en 2016, dans une entrevue accordée au Droit, la même Mme Kenny (qui n'est plus présidente de la FCFA et demeure à Regina), propose un message quasi contraire: «Oui, dit-elle, on peut très bien vivre en français en Saskatchewan, et de plus en plus. Que je sois à l'épicerie, au restaurant ou ailleurs, je m'adresse toujours aux gens en français. Et j'ai remarqué que de plus en plus de jeunes me répondent en français.»* Récemment, lors de l'émission Le français au Canada: d'un combat à l'autre, sur les ondes de Radio-Canada, on aurait presque cru qu'il était possible de vivre en français à Winnipeg ou à Toronto…

Étant donné que ni Radio-Canada ni Le Droit ne donnaient de chiffres sur la situation réelle des minorités francophones à ces endroits, il est difficile pour le lecteur ou l'auditeur de mesurer le degré de crédibilité des affirmations qui lui sont proposées. Je ne doute pas un instant de la bonne foi des gens qui voient l'avenir du français hors-Québec en rose, mais rien ne prouve que leur expérience personnelle soit celle de la majorité des francophones. De fait, toutes les données disponibles, issues principalement des recensements, incitent à tirer la sonnette d'alarme.

Prenons le cas de la Saskatchewan. Je veux bien croire qu'un Fransaskois bien têtu pourrait, à force d'insister et de lutter tous les jours, arriver à trouver ça et là des francophones dans des commerces ou dans des bureaux gouvernementaux… Mais ce serait un tour de force. Selon le plus récent recensement, sur 1 018 000 d'habitants en Saskatchewan, plus de 965 000 ne parlent qu'une seule langue officielle: l'anglais. Cela laisse pour notre Fransaskois bien décidé un bassin très dispersé de 16 280 personnes de langue maternelle française et de 28 000 anglophones bilingues…

À Ottawa, où 336 000 personnes (sur une population totale de 872 000 en 2011) comprennent le français, il est très difficile de vivre en français sans faire un effort constant, et dans certains quartiers de la ville c'est à peu près impossible. Et on va nous faire croire qu'on peut très bien vivre en français au coeur des Prairies? Selon le même recensement, la majorité des Fransaskois ne réussissent pas à vivre en français au foyer. À peine 4 300 des 16 280 francophones parlent surtout le français à la maison.

Ces données peuvent paraître décourageantes, mais elles sont réalistes. Cela ne diminue en rien la valeur des efforts consentis par les Fransaskois toujours engagés dans le combat pour la pérennité du français. Et ceux et celles qui restent, à titre d'avant-poste d'une francophonie nord-américaine toujours bien vivante, dont le coeur territorial reste le bassin du Saint-Laurent, ont avantage à conserver à leurs côtés quelques milliers de francophones convaincus plutôt que de compter sur des dizaines de milliers de personnes qui, au-delà de leur connaissance du français, ne s'en servent pas…

L'important c'est qu'au-delà de la propagande, peu importe l'option politique, souverainiste ou fédéraliste, tous les francophones, Québécois ou pas, ont intérêt à assurer la pérennité de la langue et de la culture françaises à l'extérieur du Québec. Et cela ne se fera ni en annonçant la mort prématurée de collectivités toujours vivantes, ni en inventant un faux pays des merveilles où ces mêmes collectivités vivraient dans des paradis francophones ou bilingues… Cela ne pourra arriver qu'avec des stratégies réalistes fondées sur une solide analyse de l'érosion réelle qui menace la francophonie nord-américaine, à l'extérieur comme à l'intérieur du Québec...

Et que les Québécois se le tiennent pour dit. Le jour où ces collectivités auront sombré, si telle chose devait arriver, l'ultime combat linguistique aura déjà commencé depuis longtemps dans le bassin du Saint-Laurent. Et à voir ce qui se passe ces jours-ci à Montréal, je ne donnerai pas cher de nos chances de réussite.

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* Lien au texte du Droithttp://bit.ly/1PoDczV

mardi 22 mars 2016

Montréal français, Ottawa bilingue?

David Lisbona à Pierre Allard sur Twitter: «To impose (French) unilingualism on Montréal, something it clearly NEVER has been, will create same "indignity" you went through in Ottawa, no?»
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Cher M. Lisbona,

Voilà une excellente question, qui nous est souvent posée autrement dans la région de la capitale fédérale… Pourquoi Ottawa devrait-elle être bilingue si Gatineau reste unilingue française? La question est valable, mais la plupart des gens la trouvent un peu gênante et l'évitent… comme si, par pure logique, le bilinguisme de l'une devait entraîner celui de l'autre, surtout quand les citoyens des deux rives de l'Outaouais se côtoient quotidiennement au travail, dans les commerces, dans les rues…

Ma réponse, j'en suis convaincu, ne vous satisfera pas… Elle ne me satisfait pas entièrement, moi non plus… Mais voilà, je fonce. Il faut d'abord placer ce débat très actuel dans son contexte historique (ce ne sont pas, contrairement à ce que certains pensent, seulement des vieilles chicanes…) et socio-démographique. Sans points de repère qui vont au-delà de la dernière manchette de la Gazette ou de La Presse, c'est peine perdue. Cela finira toujours en gribouille… 

Je me souviens de mes premiers périples à Montréal, comme jeune reporter franco-ontarien couvrant la campagne électorale québécoise d'avril 1970. J'avais été frappé par l'énorme quantité d'affiches commerciales unilingues anglaises, surtout dans le centre et l'ouest de la ville, ainsi que par l'incapacité de me faire servir en français dans certains magasins et restaurants de la deuxième ville francophone de la planète… J'ai commencé à me documenter, et j'ai découvert qu'historiquement, depuis la conquête, l'anglais occupait une position dominante à Montréal.

Au début du 20e siècle, par exemple, les conducteurs de tramways de la ville avaient l'ordre de s'adresser en anglais seulement à TOUS les clients, même francophones. Le conducteur qui contrevenait plus de trois fois à cette directive était congédié… Dans les entreprises, c'était pareil. Pierre Elliott Trudeau écrivait en 1965, parlant sûrement de Montréal plus que des autres régions: «C'est ainsi que dans la province de Québec, depuis le rang de contremaître jusqu'à celui de président de banque, la langue anglaise devint la langue de commandement.»

Un taux élevé de natalité avait permis aux Canadiens français de maintenir leurs effectifs, mais voilà qu'en se libérant des griffes de l'Église dans les années 60, ils étaient désormais comme tout le monde. Confrontés à des vagues d'immigration qui, vu la domination de l'anglais, allaient renforcer la proportion de la minorité anglophone et nous menacer d'assimilation comme l'étaient déjà les minorités francophones hors-Québec, il était devenu urgent de donner un coup de barre vigoureux et d'assurer au moins un territoire nord-américain où le français serait la langue officielle, nationale, et commune.

C'est dans ce contexte que le premier gouvernement de René Lévesque adopta la Loi 101 en 1977, une loi qui visait à assurer la prédominance du français dans les institutions publiques, dans l'affichage commercial et dans les grandes entreprises comme langue de travail. Ne pas appliquer cette loi à Montréal aurait été impensable. C'est notre seule grande ville. Sans la métropole, le français n'aurait pas d'avenir ailleurs au Québec ou au Canada. Dans quatre ou cinq générations, nous serions en bonne voie de «louisianisation»…

Mais cela n'a pas changé le fait que Montréal, sous un vernis quasi unilingue français, principalement dû à l'affichage où le français doit être prédominant, demeure une ville largement bilingue, voire multilingue. Les États-Unis et l'Ontario sont des voisins immédiats, et leur seule présence impose une forte présence de l'anglais. Selon le dernier recensement, plus de la moitié des résidents parlent les deux langues officielles du Canada, dont au moins 40% des francophones. Il y a même près de 170 000 résidents (plus de 10% de la ville) qui ne connaissent que l'anglais comme langue officielle… La vitalité de l'anglais, il me semble, n'est nullement menacée par la Loi 101

À Ottawa, la seule similitude avec Montréal, c'est que les francophones représentent à peu près la même proportion de la population que les anglophones à Montréal. Pour le reste, si le français reste menacé à Montréal, il l'est bien davantage à Ottawa. Nous sommes ici en Ontario, une province qui a rendu le français illégal dans ses écoles au siècle dernier et où la majorité anglophone a été traditionnellement hostile aux droits des francophones (contrairement au Québec).

À Ottawa, la minorité franco-ontarienne est bien plus bilingue (à 90%) que la minorité anglo-montréalaise, et la majorité anglophone y est davantage unilingue. Le taux de bilinguisme dépasse à peine le tiers dans la capitale, alors que dans la métropole les bilingues sont majoritaires. Et si à Montréal le pouvoir d'attraction de l'anglais se manifeste clairement dans les chiffres de la langue d'usage, à Ottawa le pouvoir d'attraction du français se révèle nul. Il y a même un taux d'assimilation des francophones supérieur à 30%…

Et enfin, la différence majeure: Ottawa est la capitale d'un pays officiellement bilingue alors que Montréal est la métropole d'une province française. On pourrait sans doute répliquer qu'Ottawa est aussi la seconde ville d'une province anglaise, et ce serait vrai. Mais elle a quand même valeur de symbole, et le refus d'un statut officiel pour le français dans la capitale en dit long sur l'image qu'on veut transmettre au pays. Et les francophones hors-Québec, trop souvent opprimés, savent que sans statut officiel ou de garanties constitutionnelles ou juridiques, ils restent démunis devant les tribunaux…

Il y a une dizaine d'années, un quotidien anglais de l'Ontario avait expédié un journaliste sur la route, pour voir où en était la situation du français et de l'anglais à différents endroits… Ce dernier avait trouvé qu'au Québec, sous une façade unilingue française, vivait une société passablement bilingue et qu'en Ontario, sous une façade de plus en plus bilingue, résidait une société plutôt unilingue anglaise… 

Ce n'est sans doute pas satisfaisant comme ébauche de réponse. Mais j'ai la conviction que pour survivre et prospérer, la langue et la culture française ont besoin d'un territoire français, le Québec (y compris Montréal), et de secteurs francophones ou bilingues en périphérie (Ontario et Nouveau-Brunswick) dans cet océan anglo-nord-américain. Si j'ai raison, et les recensements m'appuient dans mes pronostics, la question devient donc la suivante. Si l'on veut réellement conserver et développer l'héritage français en Amérique du Nord, quelles mesures doit-on prendre pour atteindre l'objectif?

Il me semble que Montréal doit être le phare de cette francophonie, ce qui ne l'empêchera pas de conserver un caractère largement bilingue sur le plan social. Quant à Ottawa, c'est une lutte quotidienne pour la survie de la minorité franco-ontarienne, qui doit dans les circonstances pouvoir compter sur le caractère français de la ville québécoise voisine, Gatineau, pour équilibrer tant soit peu les forces en présence. Sur la question du statut bilingue de la capitale, je crois que le principal obstacle reste et restera la francophobie profonde qui anime toujours certains milieux anglophones de ma ville natale.

Une chose set sûre. Octroyer au français un statut officiel d'égalité à l'hôtel de ville d'Ottawa ne menace en rien la domination sociale, politique et démographique de l'anglais dans la capitale fédérale. La situation serait fort différente à Montréal…

Bien à vous,
Pierre Allard,
Gatineau, Québec.

lundi 21 mars 2016

Senatus populusque… *

Le Sénat du Canada

Le jour où les Québécois et l'ensemble des Canadiens croiront vraiment à la démocratie, on prendra l'architecture vétuste qui gouverne la constitution du pays et on la rangera là où elle mérite depuis longtemps d'être rangée: à la poubelle… bon, disons au bac de recyclage…

J'ai beau espérer un Québec souverain, on ne le voit toujours pas à l'horizon. Ce jour où nous déciderons de nous donner un pays à notre image, on créera - je l'espère aussi - un régime constitutionnel qui reconnaîtra les citoyens (et non un monarque) comme autorité suprême de l'État. Mais entre-temps, on peut, sans perdre de vue l'objectif, contester l'absurdité de la distribution actuelle des pouvoirs au sein de la Confédération canadienne.

Il n'est pas difficile de démontrer à quel point le système actuel, du point de vue démocratique, reste foncièrement vicié. En 1977, par exemple, un gouvernement élu par le peuple québécois faisait adopter à l'Assemblée nationale la Loi 101, notre Charte de la langue française. Or, depuis ce temps, notre principale loi linguistique a été contestée et charcutée à diverses reprises:

* par une Cour suprême où les juges, à l'occasion unilingues anglais, sont nommés par un premier ministre fédéral dont l'élection est assurée par une majorité anglo-canadienne, et qui se voit investi des vieux pouvoirs de nomination du monarque, reproduits en 1867 dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique;

* en invoquant, entre autres, des articles d'une Charte canadienne des droits et libertés négociée contre le Québec entre représentants d'un gouvernement fédéral hostile et des neuf provinces à majorité anglaise, Charte qui reconnaît la suprématie de Dieu (et donc de la Reine britannique, qui le représente à titre de chef de l'Église anglicane) au lieu de la suprématie du peuple.

Ces derniers jours, le premier ministre Trudeau a nommé sept nouveaux sénateurs. Dans les médias, on a surtout multiplié louanges et critiques (selon les points de vue) à l'endroit des personnes nommées, ce qui - il me semble - constitue un tir à l'extérieur du filet. Qu'André Pratte soit ou non indépendant par rapport au Parti libéral n'a aucune importance. Ce qui compte c'est que lui et les six autres aient été «nommés», et qu'on leur ait confié un pouvoir qui peut être utilisé contre les élus de la Chambre des communes. Stephen Harper l'a lui-même fait, d'ailleurs, il y a quelques années.

Les seules personnes démocratiquement habilitées à légiférer au nom des citoyens du Canada ou du Québec sont les députés ayant reçu un mandat du peuple par voie électorale. La Chambre haute, tous les historiens en conviennent, a été créée par des politiciens de la seconde moitié du 19e siècle, inféodés à l'Empire britannique et à ses monarques, profondément méfiants des pouvoirs de la chambre basse et des citoyens électeurs. Elle est calquée sur le modèle de la Chambre des lords britannique issue d'une aristocratie qui voulait tenir en échec la volonté du peuple.

Dans la Constitution de 1867, la Reine devait nommer les sénateurs mais les pouvoirs royaux tombant vite en désuétude ont été assumés entièrement par le premier ministre fédéral, qui se trouve ainsi à détenir par voie électorale tous les pouvoirs confiés au gouvernement fédéral par l'AANB et, par voie d'héritage, l'ensemble des pouvoirs confiés au monarque par ce même AANB. Un quasi-dictateur élu pendant quatre ou cinq ans, s'il est majoritaire aux Communes.

Ceux qui prétendent que le Sénat sert à représenter les intérêts des provinces dans la fédération vivent au pays des merveilles. Peu importe l'ampleur des consultations, peu importe la bonne volonté des parties en cause, peu importe la qualité des sénateurs eux-mêmes, ces personnes restent nommées par le premier ministre du Canada et elles n'ont aucun compte à rendre aux gouvernements des provinces dont ils sont issus.

Comment, de toute façon, sur le plan même des principes, un citoyen qui se veut démocrate peut-il accepter que les lois adoptées par les députés du peuple soient révisées et modifiées, voire refusées, par un groupe de sénateurs qu'a choisis le premier ministre fédéral à titre d'héritier des anciens pouvoirs de la Reine de Grande-Bretagne? Non, vraiment pas…

La solution la plus simple serait tout simplement d'abolir ce reliquat d'une vieille monarchie antidémocratique… Un projet référendaire là-dessus serait adopté à forte majorité. Et tant qu'à y être, pourquoi ne pas remettre en question la monarchie elle-même? On trouverait, là aussi, un large consensus… même au Canada anglais. Il y a quelque chose d'odieux, en 2016, à se retrouver «sujet» d'un monarque, fut-il édenté et impuissant.  La démocratie exige d'inverser la pyramide, l'autorité suprême émanant du peuple, plutôt que d'un souverain anglican couronné de droit divin…

Le Québec - qui a aboli sa chambre haute non élue en 1968 - pourrait de nouveau donner l'exemple, sans bouleverser la constitution, sans modifier l'équilibre des pouvoirs, et se donner une constitution à saveur républicaine, consacrant la laïcité de l'État et la suprématie du peuple dans les limites de ses compétences. En attendant mieux…


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* Senatus populusque romanus (SPQR) - Le Sénat et le peuple romain (emblème de l'ancienne République romaine)... 

dimanche 20 mars 2016

Saint-Lazare, priez pour nous...

Récemment, le caractère haineux et raciste de nombreux messages francophobes publiés sur le site Web de la Canadian Broadcasting Corporation sous une nouvelle au sujet de Katherine d'Entremont, Commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, a provoqué une sainte colère en Acadie… au point de forcer la société d'État à interdire la publication de commentaires anonymes (http://bit.ly/1RpC14H).

Il était grand temps que ces débordements beaucoup trop fréquents de francophobie suscitent un débat public qui perce tant soit peu la carapace des grands médias. Évidemment, Radio-Canada en a abondamment parlé dans son réseau acadien, et sans doute au national, ainsi que CBC qui ne pouvait y échapper, étant visée. Il faut souligner aussi un texte relativement complet en manchette de la page trois du quotidien Le Devoir. Pas mal silencieux ailleurs, dans les hauteurs, mais c'est un début…

En 2011 et après, les excès de colère haineuse dans le sillage de l'affaire Thibodeau (le Franco-Ontarien qui avait osé demander un 7up en français à bord d'un avion d'Air Canada), étalés au grand jour avec la diffusion de milliers de commentaires aussi ignobles que ceux ciblant les Acadiens il y a quelques semaines, n'étaient pas à l'avant-plan de l'actualité, sauf dans les médias sociaux. Et pourtant, mon éditorial sur cette question dans Le Droit, en juillet 2011 (http://bit.ly/1P3K7yl), reste à ce jour celui (des miens) qui a suscité le plus de réactions du public sur Facebook et Twitter.

Le mois dernier, les excuses officielles pour le Règlement 17, offertes au nom de l'Ontario par la première ministre Kathleen Wynne, ont de nouveau attiré des vagues d'insultes et de menaces concernant la langue française... et le Québec! Dès que la langue française devient l'enjeu, que cela se passe en Nouvelle-Écosse ou au Manitoba, il se trouve des tas d'anglophones (toujours plus nombreux à s'exprimer que les francophiles) pour établir un lien avec le soi-disant «racisme» des Québécois…

Que cela soit faux n'a aucune importance ! Les médias de langue anglaise mentent depuis tellement longtemps au sujet du français et du Québec qu'ils en sont rendus à croire à leurs propres menteries… En un clin d'oeil, nos efforts de défense de la langue française, même les plus modérés, deviennent autant de manifestations de xénophobie, d'étroitesse d'esprit, d'intolérance et pire encore… Ces mensonges, doublés d'une ignorance générale de chapitres importants de l'histoire du pays, ont créé un terreau fertile pour la francophobie.



J'ai découvert aujourd'hui un autre incident, survenu en novembre 2015, impliquant la municipalité de Saint-Lazarre (entre Rigaud et Vaudreuil-Soulanges) et l'Office québécois de langue française (OQLF). Je n'avais rien vu sur cet incident dans les médias montréalais, pourtant tout proches, et c'est grâce à la diligence d'un ami franco-ontarien, Gérard Delisle, que j'en ai eu connaissance. Il avait bien pris soin d'annoter un article publié dans l'Ottawa Citizen, qui reproduisait le texte original du National Post.

J'ai retrouvé sur le Web l'article du Post, avec tous ces commentaires «édifiants» de lecteurs après le texte… Sous le titre Quebec town makes stand for English: Told to remove 'welcome' sign, decides to drop French too, on apprend que cette municipalité (étant majoritairement francophone et donc soumise aux dispositions de la Loi 101 en découlant) avait dû retirer le mot «welcome» de son panneau routier de bienvenue. Les élus anglophiles semblent donc disposés, ce printemps 2016, à retirer le français aussi. Pas d'anglais? OK, donc pas de français non plus…

Si ce que le maire de St-Lazare déclare est une indication de l'ambiance dans cette localité, on n'y comprend pas grand-chose aux enjeux linguistiques qui touchant l'ensemble du pays, du Québec et même de leur région. Il s'agit, dit-il, d'une intrusion des politiciens provinciaux dans les affaires locales de St-Lazare… Hmmm… Et, sur la même lancée, il ajoute que St-Lazare constitue un modèle de relations harmonieuses entre francophones et anglophones… Quand vous entrez à l'épicerie et que vous parlez en français, on vous répond en français. Si vous parlez l'anglais, on vous répond dans votre langue… Ouais, en voilà une qu'on entend souvent…

Il serait temps que les politiciens grattent sous la surface et examinent la dynamique linguistique à l'oeuvre dans cette municipalité idéale de St-Lazare… Ils verraient que les francophones, même majoritaires, s'y font lentement mais sûrement assimiler par la minorité de langue anglaise, comme d'ailleurs les francophones de plusieurs autres localités du sud-ouest de Montréal ainsi que du West Island… D'ici le prochain recensement (celui de cette année), la proportion de résidents de St-Lazare dont le français est la langue d'usage pourrait chuter sous la barre des 50%… On saura en 2017…

Selon les chiffres du recensement de 2011, en utilisant le critère de la langue maternelle, les francophones forment 53,3% de la population de St-Lazare, et les anglophones 36,5%. Mais quand on passe aux données selon la langue d'usage (la langue la plus souvent parlée à la maison), la proportion de francophones glisse à 50,3%, et celle des anglophones bondit à plus de 45% ! Cela signifie hors de tout doute qu'il existe des transferts linguistiques importants du français vers l'anglais. C'est une preuve d'assimilation, un phénomène qui, de toute évidence, ne se limite plus aux francophones hors-Québec.

Selon ce même recensement, la population de St-Lazare est désormais bilingue à 70%. Or, des taux si élevés de bilinguisme français-anglais, dans notre coin d'Amérique, s'accompagnent TOUJOURS de pertes identitaires chez les francophones, dont une proposition croissante se voit comme «bilingue», et non francophone, et de transferts linguistiques dans les générations suivantes, de plus en plus anglicisées. C'est ce que donne habituellement la «bonne entente» de ce type dans nos régions. Allez en parler aux francophones du Pontiac, en Outaouais, du moins à ce qui reste de cette francophonie… (http://bit.ly/1T3SIIa)

Les francophones du Québec et leurs compatriotes minoritaires des autres provinces cherchent à défendre une langue et une culture françaises menacées. On s'efforce de créer, partout où cela sera possible, des espaces francophones. C'est ce que fait la Loi 101. C'est ce que tentent de réaliser les organisations francophones ailleurs au pays. Apparemment, demander aux médias du Canada anglais de reconnaître la valeur d'assurer par des mesures appropriées une vitalité francophone dans le melting pot anglo-nord-américain, c'est trop demander… 

Dans le National Post, après cette nouvelle mal faite et incomplète sur St-Lazare, le public en rajoute… Voici quelques exemples,. pas du tout exceptionnels:

* Good for them, the language Gestapos are a hate-filled group…
* Abolish the language police… Don't like it (bilingualism), move to France. Time for this special treatment for Quebec to END once and for all. Time for our government to tell Quebec how it is…
*Our government should ship them to France…
*French is a dying language compared to English which is why Quebec behaves in such an absurd manner…
* I have a problem with these arrogant pricks that just want to shove French down our throats…
* A free country except Quebec…
* There is a sizable xenophobic, racist and insular portion of the Quebecois population that are so paranoid and delusional that they resort to this kind of stupidity…
* Time to ban the French language in Canada. English only...
* When are these strident francophones going to ban currency with English on it?
* If Canada is so bad, then get the hell out of here… I am fed up with with whining French… Cry me a river Frogs...

Ça ne sert à rien de continuer… Allez voir vous-mêmes… à http://bit.ly/1pVbSoa.

jeudi 17 mars 2016

Bilingualism 101...

David Lisbona to Pierre Allard on Twitter, March 16, 2016:
"Allow me to understand then, what you are suggesting is that because it is inevitable that bilingualism means English only, that you would prefer to stem what appears to be a 'natural flow' toward English by placing artificial constructs and constants, not to mention expose other French Canadians to the benefits of learning another language? Let me ask, if it was any other language than English, it appears to me that you would have less of a problem. Is that accurate? You obviously feel that any language restrictions regardless how onerous are justified in the name of French language protection."

Dear Mr. Lisbona,

What lead to your four-Tweet long question was my comment to Dan Delmar's column in the Montréal Gazette, in which he painted what he called French Canadian "anti-bilinguals" as a Québec "ethnic nationalist" faction. I answered that here, again, was "just another Anglo who understood nothing" (un autre Anglo qui ne comprend rien) about the complexities of bilingualism among French-speakers in this country. His and your misinterpretation of my point of view led to a lengthy exchange of Tweets that seems to have cleared up very little.

Frankly, Mr. Lisbona, short of meeting to compare in great detail our knowledge of Québec and Canadian history, I don't know where to start to find common ground. The chasm that separates our life experiences seems, at first glance, too wide to bridge. So just bear with me while I tell you what it was like growing up as a French-Canadian in Ottawa's West End, in the fifties and sixties. And it's all about bilingualism…

In my neighbourhood (called Mechanicsville because it was first inhabited by mechanics living close to the CP train yards nearby), you hardly heard any English spoken. Between Wellington Street (the Parliament buildings are on that street) and the Ottawa River, just west of Lebreton Flats, it was like a French Canadian village inside the capital.

My first experience with English came when I was 7 or 8 years old. Our corner store had a new owner, a Mediterranean-born newcomer to Canada, and we found we had to speak English to him. He didn't care that 90% plus of his customers spoke French. Why should he? He was in Ontario… From that day on, I knew that to buy candy, I had to know how to ask for it in English… because he couldn't or wouldn't answer me in French…

When we were kids, friends and neighbours would gather outside on the porches after supper, to chat. We were young, but never failed to notice that when an "Anglais" stopped to join the conversation, everyone stopped speaking French and reverted to English… It didn't take me long to learn that when a French-Canadian joined a conversation of 5, 6 or 10 English-speakers, nobody changed to French… Children know how to distinguish the strong from the weak...

Then, at age 11 or 12, in grades 7 or 8 at our elementary French Canadian school, all of a sudden the teacher split our school days in two. French in the morning, English in the afternoon. Why? We didn't know about Regulation 17 and its aftermath… We must have figured it was the same in all schools, even for anglophone schoolchildren. But it wasn't…

When I was 13, it was time for high school but there were no French-language secondary schools in Ontario… It was either going to English-language Fisher Park High School (which most of our friends attended, with predictable results on their cultural behaviour) or going to a private bilingual school where half our classes would be in French. My parents had to borrow money to pay for the tuition…

I went to Ottawa U High School (the University of Ottawa had its own high school then), located in downtown Ottawa, my first real experience outside the neighbourhood. For the first time I had daily contact with English-speaking kids, who often called us "frogs". I guess they learned that from their parents… Sometimes we we told to "Speak white", which I quickly understood as an order to speak English… Racial intolerance was not only about the colour of your skin, it seems…

I also found out that just asking for tickets in French on an Ottawa city bus could be a frightening experience for a child. But kids learn quickly… I started talking to bus drivers in English, unless I knew one to be French-speaking…

By now we were in the early sixties and we had an Ottawa mayor who, whatever other qualities she may have had, hated French Canadians… When students at our high school posted hand-made French translations on crosswalk signs in protest, they were arrested, dragged to court and fined.

Many of my grandparents' generation spoke only French, even some of my parents' generation. But almost all of my friends were bilingual, by obligation, not by choice. By the time they were adults, for many of them English had become the habitual language. The following younger generation was less bilingual, mainly because many spoke only English. And in the next generation, things will only get worse. Collective bilingualism will have been a temporary, two or three-generation evolution from French to English…

Don't think this, or my own experience, is exceptional. Outside areas where French-language speakers form a solid majority, this is the norm, and federal censuses bear this out since the 1960s. This phenomenon is now even showing up in Québec, in regions like the Pontiac, the Lower Gatineau valley and Montréal's West Island. This is not a "natural flow" toward English. It the result of actions and policies by successive governments and communities that go back to Lord Durham's time in 1839.

Why do you think all provinces (except Québec) outlawed French-language schools in the first half-century of Confederation? These are relevant chapters in Canadian history that most English-Canadians know little or nothing about. French-Canadians are the most bilingual "nation" in Canada. Québec is the most bilingual province in Canada. Concerns raised about the effect of this imposed bilingualism are being raised from coast to coast, by federalists as well as separatists… not just by an "ethnic nationalist" faction in Québec…

Another point to make. French, here and across the country, throughout the continent and around the world, is not only a language for communication. It serves as a vehicle for our original North American culture, with its musicians, singers, authors, actors, film-makers, teachers, scientists, etc. It is still thriving, and deserves to continue thriving over future centuries. To succeed, there has to a at least one little corner of North America where French is the common language. What we have now, in Canada, is a form of bilingualism that too often forces French-Canadians to use both languages, while allowing English-speakers - even in places like Montréal - to remain unilingual.

I could go on for chapters, but one last thought. Recently, at the Salon du livre de l'Outaouais, one of the the main attractions (that day) was Dany Laferrière, a Québec author, member of France's illustrious Académie française, originally from Haïti, a strong defender of our culture and language. Also, recently, I finished reading Rhapsodie québécoise, an excellent essay in favour of a French Québec by a Jewish Hungarian immigrant, Akos Verboczy. And this week I heard a "resistance" song that worries about the future of the French language here, by Nicola Ciccone, a Québécois of Italian origins who sings in both Italian and French. So much for Québec's ethnic nationalists…

Everyone should learn a second, third or fourth language. By choice. You yourself speak about the "benefits of learning another language". I agree. But then, why do so few English-speaking Canadians, especially outside Québec, preach by example?

Yours sincerely,
Pierre Allard
Gatineau, Québec















vendredi 11 mars 2016

Haïr les francophones n'est pas illégal...


Chapitre 1.

Voici une partie du texte de l'article 319 du Code criminel canadien:

«Quiconque, par la communication de déclarations autrement que dans une conversation privée, fomente volontairement la haine contre un groupe identifiable est coupable:
a) soit d'un acte criminel et passible d'un emprisonnement maximal de deux ans;
b) soit d'une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par une procédure sommaire.»

Chapitre 2.

Traduction d'extraits de commentaires publiés ces jours derniers sur le site Web de CBC (Canadian Broadcasting Corporation) et visant les francophones, plus précisément les Acadiens:

«Ce que nous aurions dû faire, c'est déporter tous les Français vers la Louisiane.»

«Imaginez si tous les Acadiens avaient été déportés du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Imaginez comment les choses iraient mieux.»

Ce ne sont là que quelques-uns d'une multitude de commentaires aux saveurs apparentées.

Chapitre 3.

Imaginez ces deux commentaires en remplaçant les mots Français et Acadiens par
Juifs
Autochtones
Noirs
...Musulmans
ou d'autres. Utilisez votre imagination, ou un manuel d'histoire…

Pensez-vous que CBC les auraient alors publiés?

Chapitre 4.

Extrait de la lettre de CBC à l'avocat/professeur Michel Doucet, porte-parole d'un collectif acadien (comprenant Michel Bastarache, ancien juge de la Cour suprême du Canada) qui avait dénoncé la publication des commentaires cités au Chapitre 2.

«Nous défendons toujours la liberté d'expression et le droit des Canadiens à émettre des critiques ou des opinions divergentes, même s'ils sont alors perçus comme des ignorants ou des personnes mal informées.»

Et si c'était plus qu'une perception? Si c'étaient des ignorants? Et s'ils étaient effectivement mal informés? 

Chapitre 5.

Extrait d'un de mes éditoriaux dans Le Droit, le 16 juillet 2011, après le jugement Thibodeau (demande d'un 7up en français dans un avion d'Air Canada) et le torrent de colère haineuse qu'il avait suscité au Canada anglais. Ici ce n'est pas CBC mais le Globe and Mail

«Les réactions dépassent les bornes de l'acceptable. Si on en juge par l'ensemble des quelque 1500 commentaires reçus par le très sérieux Globe and Mail, une grande partie du public anglophone est outrée au point d'avoir perdu toute notion de bon sens et de savoir-vivre. La décision de la Cour fédérale a suscité une véritable cascade de propos diffamatoires, de procès d'intention, d'affirmations gratuites et d'injures visant la langue française, le Québec et M. Thibodeau (un Franco-Ontarien). Un véritable cocktail de préjugés quasi-racistes nourris par une ignorance totale de l'histoire du pays.»

Rien ne semble avoir changé depuis cinq ans…

Chapitre 6.

Si les commentaires au Chapitre 2 avaient été soumis avec les noms d'un des groupes au Chapitre 3, auraient-ils été jugés haineux au sens de l'article du Code criminel cité au Chapitre 1?

Je crois que oui. Et CBC aurait informé leurs auteurs de leur caractère inacceptable.

Mais ce qui s'avère haineux pour les groupes du Chapitre 3 ne l'est apparemment pas pour le groupe du Chapitre 2. Nous. Les francophones. Que nous soyons de l'Acadie, de l'Ontario, de l'Ouest ou même - et peut-être surtout - du Québec.

Quand nous sommes la cible, la saison de chasse est toujours ouverte dans les médias de langue anglaise, même au sein du réseau d'État, et le Code criminel cesse alors de s'appliquer…

Chapitre 7.

Quand un politicien de la CAQ a osé remettre en question les quotas québécois d'immigration jugés trop élevés, pour des motifs tout à fait raisonnables, le premier ministre Couillard l'a accusé de «souffler sur les braises de l'intolérance».

Quand le gouvernement Marois avait voulu implanter une charte de la laïcité de l'État en 2013, les Philippe Couillard, Thomas Mulcair, et semblables ont crié à la discrimination, à l'illégalité, à la xénophobie, à l'intolérance…

Pourquoi, alors, ne dénonce-t-on pas ces débordements bien plus évidents de colère haineuse dans les médias anglos contre les Acadiens, contre les Franco-Ontariens, contre les défenseurs de la langue française au Québec? Le silence est parfois assourdissant...

Chapitre 8.

La déportation des Acadiens était une tentative de génocide.

Chapitre 9.

Parler favorablement de cette déportation, c'est parler favorablement d'une tentative de génocide. C'est pas haineux, ça?

Chapitre 10.

En passant, où sont ces légions d'anglophones francophiles dont on nous parle si souvent…


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Liens:

L'article de CBC qui a déclenché cette affaire: http://bit.ly/1REqtuL

Lettre des Acadiens à CBC: http://bit.ly/1XeLUqd

Réponse de CBC: http://bit.ly/1nDxaVQ