samedi 7 février 2015

Les victimes du communisme?

Que des gens utilisent parfois les mots, expressions ou concepts tout croche, hors contexte, voire à contresens, je peux comprendre… Tout le monde peut se tromper, moi le premier… Mais que nos gouvernements le fassent lorsqu'ils ont à leur disposition des bataillons de linguistes et de juristes, ça je ne le comprends pas. Alors quand on vient essayer de me vendre une salade défraîchie qu'on appelle «monument aux victimes du communisme» (http://bit.ly/1DGGf2i), je dis: «minute, faut se parler là…»

Si on nous disait que c'était un monument aux victimes de Staline ou de quelque autre ogre soviétique, ou à ceux et celles qui ont perdu la vie en tentant de franchir le mur de Berlin, ou à tous ceux et celles qui sont morts en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie, au Cambodge ou en Chine parce qu'ils ont bravé la répression d'affreuses dictatures, je dirais: oui, ça va!

Mais les crimes perpétrés par ces régimes soi-disant «communistes» n'ont pas grand chose à voir avec le communisme véritable. Ils constituent plutôt une perversion des idéaux du communisme, qui propose - en principe bien sûr - la fraternité et la solidarité entre humains, fondée sur une mise en commun et un partage équitable des biens et ressources entre tous les citoyens. Un objectif sans doute noble… et sans doute irréalisable connaissant l'humanité.

Au 20e siècle, des monstres assoiffés de pouvoir et de sang se disant «communistes» ont pris le pouvoir et causé la mort de dizaines de millions de personnes innocentes. Staline n'est pas loin derrière Hitler dans l'échelle d'horreur de l'histoire humaine. Alors oui, rendons hommage aux victimes de ces horribles dictateurs, mais en faisant la part des choses. En nommant les coupables sans incriminer l'idéal qu'ils ont détourné pour arriver à leurs tristes fins…

Et si, malgré tout, on se retrouve avec ce bizarre monument aux victimes du communisme, pourquoi ne pas ériger tout près - et tout autant en évidence - un monument aux victimes du capitalisme? Ce ne serait ni mieux, ni pire, et tout aussi justifiable tant qu'à galvauder les termes. Le capitalisme en soi n'a tué personne, comme le communisme, mais des centaines de millions d'êtres humains ont perdu la vie ou ont vu leur vie ruinée à cause des crimes de capitalistes ou de défenseurs du capitalisme.

On peut inclure dans cette liste non exhaustive de victimes:
…tous ceux et celles, y compris des millions d'enfants, qui sont morts à causes d'horribles conditions de travail imposées par des entreprises sans scrupules ayant pour seul objectif d'augmenter leurs profits
…tous ceux et celles qui ont été tués, blessés, emprisonnés ou congédiés pour avoir voulu, depuis le 19e siècle, organiser des syndicats ou défendre le droit d'association des travailleurs et travailleuses
…tous ceux et celles qui ont été tués par des régimes dictatoriaux ou autoritaires parce qu'ils défendaient la classe ouvrière - ou simplement la démocratie - contre les abus de puissantes entreprises et de grands propriétaires terriens
…tous ces millions de personnes qui ont été ruinées, qui ont perdu leurs économies, leurs régimes de retraite, leur santé et même dans certains cas leur vie à cause de la cupidité débridée de profiteurs, de financiers, de banquiers, etc.
…ces centaines de millions de personnes qui sont mortes de la faim ou qui ont vécu (et vivent toujours) dans un état permanent de sous-alimentation pendant que des méga-multinationales accaparent les richesses et les ressources de leurs pays

On pourrait continuer ainsi pendant des pages et des pages…

Alors, au fond, ce qui me chicote dans cette affaire de monuments aux victimes du communisme, ce sont les sous-entendus idéologiques qui, dans des régimes comme les nôtres, finissent toujours par pointer le doigt du blâme à gauche.... Les victimes des escadrons de la mort en Amérique latine n'ont-elles pas autant de valeur que celles des assassins du KGB en Union soviétique… 







mercredi 4 février 2015

Région de Prescott-Russell: française en 1951, bilingue en 2011...


Trouver des données en ligne pour les recensements d'avant 2001 n'est pas nécessairement chose facile. Et le défi est multiplié quand on veut consulter de très vieux recensements (1961 et avant) pour esquisser des portraits linguistiques de localités et régions, afin d'être en mesure de les comparer aux chiffres du plus récent recensement, celui de 2011.

Il faut, à toutes fins utiles, s'adresser à Bibliothèque et Archives Canada (Statistique Canada ne répond que pour les recensements récents). J'ai donc formulé une requête, et obtenu quelques tableaux sur les cueillettes de 1951 et 1941. Heureusement, j'avais déjà en main les publications pertinentes du recensement de 1961, les ayant conservées de l'époque où je travaillais comme étudiant à l'ancien Bureau fédéral de la statistique.

J'ai donc sorti ma loupe (on utilise ça à 68 ans…), imprimé les colonnes de chiffres et commencé à effectuer des calculs et des comparaisons. C'est la seule façon, et je sais que je ne retrouverai pas ailleurs, ou autrement, ce que je cherche. Malheureusement, ce genre de fouille n'intéresse à peu près personne dans le monde médiatique. Les conclusions, cependant, attirent parfois des lecteurs et lectrices…

L'Est ontarien: Prescott-Russell

Je ne sais pas jusqu'où me mèneront mes découvertes, mais je n'ai aucun doute que mes connaissances et intuitions de la situation linguistique des francophones, au Québec et hors-Québec, seront davantage approfondies. Pour le moment, après un coup d'oeil préliminaire, j'ai déjà appris quelque chose d'intéressant sur les comtés de Prescott et Russell.

Ces comtés, jadis séparés mais qu'on appelle aujourd'hui Comtés Unis (Prescott-Russell), sont les régions les plus francophones de l'Ontario, avec l'extrême nord de la route 11 dans la région de Hearst. Si, dans quelques générations, l'assimilation réduit la francophonie ontarienne à la marginalité dans certaines régions urbaines ainsi que dans des coins de la province où les Franco-Ontariens sont déjà fortement minoritaires, on peut toujours espérer qu'ils soient encore majoritaires entre les banlieues est d'Ottawa et la frontière québécoise.

Francophonie bilinguisée...


Le portrait de cette francophonie a cependant beaucoup changé depuis le recensement de 1951. Elle est beaucoup plus bilingue qu'il y a 60 ans, un signe inquiétant en soi étant donné qu'un bilinguisme collectif massif signifie généralement - du moins dans notre coin d'Amérique - l'amorce d'une transition linguistique et identitaire vers l'anglais… et, éventuellement, l'unilinguisme anglais.

La différence majeure entre 1951 et 2011 réside dans le nombre et la proportion d'unilingues français dans les comtés de Prescott et Russell. Il y a 60 ans, de toute évidence, on n'avait pas beaucoup besoin de connaître l'anglais pour vivre à des endroits comme Rockland, Embrun, Bourget, Casselman, Alfred ou Hawkesbury… En effet, au début des années 1950, plus de la moitié des citoyens du comté de Russell (50,2%) ne parlaient que le français! Dans Prescott, la proportion d'unilingues français était de 45,1%.

Quand on combine les deux comtés, cela donne pour 1951 une région où 47,2% de tous les résidents ne connaissent que le français. Et il y avait à peine 14% d'unilingues anglais. Le reste de la population était bilingue. On comptait donc, dans Prescott et Russell, 47,2% ne parlant que le français, 39% le français et l'anglais, et 14% d'anglophones unilingues.

De 47% d'unilingues français à 13% !

Passons à 2011 pour constater l'évolution depuis l'époque pré-télévision. Aujourd'hui, seulement 12,9% de la population est unilingue française alors qu'environ 21% sont unilingues anglais. La quasi-totalité du reste parle les deux langues. En chiffres absolus, le nombre d'unilingues français est passé de 20400 en 1951 à 10780 en 2011, alors que la population des comtés unis a doublé (de 43000 à 83000). Le nombre d'unilingues anglais (6116 en 1951) dépasse le seuil des 17500 au recensement de 2011. 

En 1951, donc, 86% de la population pouvait s'exprimer en français, contre 53% en anglais (quand on compte les bilingues). En 2011, 79% de la population est capable de s'exprimer en français, mais 87% des citoyens de Prescott-Russell connaissent l'anglais. La vaste majorité reste de langue maternelle française, mais il n'y a pas de doute que l'anglicisation est en marche!



À suivre...





L'assimilation, selon qu'on est anglo-québécois ou francophone hors-Québec

Quelques «constats»: la différence des taux d'assimilation chez les Anglo-Québécois et chez les francophones hors-Québec. Le taux est obtenu en comparant l'écart entre les chiffres de langue maternelle française (ou anglaise quand il s'agit d'anglophones) et ceux de la langue d'usage (la langue le plus souvent parlée à la maison), pour le recensement fédéral de 2011. C'est la méthode la plus fréquemment utilisée, même si elle n'est pas parfaite.

Voici les taux de «francisation» des anglophones dans dix localités québécoises hors-Montréal où les habitants de langue maternelle anglaise forment moins de 10% de la population (sauf Gatineau où c'est 11%).

Gatineau: aucune assimilation, gain anglo supérieur au gain francophone!
Ste-Adèle: aucune assimilation, gain anglo supérieur au gain francophone!
Gaspé: taux d'assimilation de 5,6%
Sherbrooke: taux d'Assimilation de 6,3%
Sept-Îles: taux d'assimilation de 22%
Granby: taux d'assimilation de 24,9%
Québec (ville): taux d'assimilation de 30%
Rouyn-Noranda: taux d'assimilation de 32,9%
Saguenay (ville): taux d'assimilation de 35,4%
Trois-Rivières: taux d'assimilation de 39,2%

Voici maintenant les taux d'«anglicisation» des francophones dans dix localités canadiennes hors-Québec où les habitants de langue maternelle française forment moins de 10% de la population.

Winnipeg, Man.: taux d'assimilation de 58,6%
Vancouver, C.-B.: taux d'assimilation de 60%
Calgary, Alb.: taux d'assimilation de 60,2%
Halifax, N.-É.: taux d'assimilation de 64%
Regina, Sask.: taux d'assimilation de 64,3%
St-Jean, N.-B.: taux d'assimilation de 64,6%
Windsor, Ont.: taux d'assimilation de 69,7%
Pembroke, Ont.: taux d'assimilation de 69,8%
Kitchener, Ont.: taux d'assimilation de 72,2%
Sault Ste-Marie, Ont.: taux d'assimilation de 76,9%

Amusez-vous à décortiquer le recensement de 2011. C'est très instructif!

mardi 3 février 2015

Vraiment, M. Fraser...

Le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, patinait déjà sur une glace mince comme diraient les Anglais, mais cette fois, la patinoire craque... Cherchant à défendre la thèse d'une minorité anglo-québécoise en péril (du moins hors de la région montréalaise), il se fait invariablement opposer le sort, bien pire, des francophones hors-Québec. C'est un peu ce qu'a fait le chroniqueur Michel David, la semaine dernière, dans un texte (http://bit.ly/1ENsbVW) intitulé La famille éclatée.

Piqué au vif semble-t-il, M. Fraser a expédié une lettre (http://bit.ly/16dmvZl) au Devoir, publiée hier (3 février), où il affirme ne pas avoir comparé des pommes et des oranges, puis ajoute - comme pour éviter qu'on fasse constamment ressurgir les péchés historiques du Canada anglais à l'endroit des minorités francophones: «Laissons de côté la question de comparaison; comme dit le proverbe, toute comparaison est odieuse. Faisons des constats.»

Bâtissant sur cette esquive plutôt indigeste, il brosse un tableau presque pitoyable des 300 000 Anglo-Québécois hors-Montréal - des collectivités vieillissantes, pauvres et en proie au chômage, ayant de moins en moins accès à des services dans leur langue, des communautés dont les écoles sont peuplées d'une forte proportion d'enfants de familles exogames qui parlent souvent le français à la maison… Et ce sont bien là des «constats», dit le Commissaire…

Quoi? Il faudrait accepter cette fresque larmoyante sans questionner parce que le Commissaire aux langues officielles nous assure que c'est un «constat», sans même avoir le droit de la comparer au vécu des Acadiens et des Canadiens français de l'Ontario et de l'Ouest, parce que le Commissaire croit les comparaisons «odieuses» comme le dit le proverbe? Il y a tellement de trous et d'oublis dans ses «constats» qu'une réplique s'impose... une réplique vigoureuse.

En tant que Québécois vivant dans une région majoritairement francophone (l'Outaouais) où l'anglais fait constamment des gains, et en tant qu'ex-Franco-Ontarien ayant assisté au cours du dernier demi-siècle à la disparition de tous les quartiers urbains à majorité française de son ancienne province, je crois que j'ai le droit - le devoir - d'être plus qu'un peu insulté… Je vais donc y aller de mes propres constats, puisque le Commissaire y tient, mais sans me priver du droit d'inclure des comparaisons...

Entre Calgary et Québec...

1. Bien sûr, les petits groupes d'anglophones dans des municipalités québécoises hors-métropole à plus de 90% francophones ont tendance à se franciser lentement, et le nombre d'enfants issus de couples exogames (un parent francophone, l'autre anglophone) y est élevé. C'est inévitable. Mais le rythme de transferts linguistiques est lent, en comparaison avec la francophonie hors-Québec. À Québec et Sept-Îles (proportion d'anglos entre 1,5 et 3% de la population totale), entre 25 et 30% des anglophones ont été «francisés». À Calgary (environ 1,5% de langue maternelle française), plus de 60% des francophones ont été anglicisés. Et c'est pire dans bien d'autres villes. L'assimilation est au moins deux fois plus rapide chez les francophones hors-Québec dans des régions comparables!

La dynamique linguistique

2. Et il faut ajouter à cela que hors-Québec, même dans les agglomérations à majorité française (sauf la péninsule acadienne et le Madawaska au Nouveau-Brunswick), ce sont les francophones qui se font assimiler par la minorité anglophone. Même au Québec, dès que la proportion d'anglophones dépasse le seuil de 20 à 25% dans une localité, la dynamique linguistique favorise la langue anglaise. Ainsi, au Québec, des francophones (et des allophones) se font assimiler en Outaouais, dans le West Island, ainsi qu'à l'ouest et au sud-ouest de l'île de Montréal! Le fait est qu'au Québec, le français court plus de dangers que l'anglais! Et ça aussi, c'est un constat!

L'exogamie? Parlons-en!

3. La généralisation de l'exogamie, que Stéphane Dion voit comme le plus grand défi actuel pour la francophonie hors-Québec, menace l'existence même de plusieurs collectivités francophones ailleurs au pays, alors qu'elle reste - sur le plan linguistique et identitaire - un phénomène relativement marginal au Québec. Plus de 60% des jeunes Franco-Ontariens vivent dans des unions exogames, et les trois quarts de leurs enfants ne parleront pas français. Dans quelques générations, la relève se fera rare et le nombre de francophones (des gens de langue maternelle française) culbutera dramatiquement. Au Québec, les anglophones réussissent toujours à faire le plein en attirant à la langue anglaise près de la moitié des allophones.

Francophones bien plus bilingues que...

4. L'accès aux services de langue anglaise. Dans les régions les plus francophones du Québec, où les anglophones sont de toutes petites minorités, on retrouve toujours une proportion élevée de personnes qui connaissent l'anglais parce qu'une partie appréciable des francophones est bilingue. À Québec, ville francophone à 98%, près de 40% de la population sait parler l'anglais! À Calgary, où plus de 90% de la population est anglophone, seulement 7,6% de la population connaît le français (cela inclut les anglos bilingues). À Sept-Îles, francophone à 98%, plus de 27% de la population connaît l'anglais. Même dans ces coins, les chances, pour un anglophone, de se faire servir dans sa langue restent bonnes. Le contraire n'est pas vrai pour les francophones dans des situations semblables hors-Québec.

Services en langue anglaise?

5. Dans des villes hors-Québec où les francophones représentent de petites minorités - Toronto, Hamilton, Saskatoon, Edmonton, Vancouver et bien d'autres - ils n'ont aucune garantie de services dans leur langue dans les institutions provinciales et municipales, et ne s'y attendent pas. Ils doivent accepter que la langue commune est l'anglais. Pourquoi cela devrait-il être différent dans les coins du Québec où les anglophones forment de très petites minorités? Pourquoi le Commissaire défend-il leur «droit?» de recevoir des services dans leur langue au lieu de les encourager à utiliser le français? Pourquoi deux poids, deux mesures, selon qu'on est au Canada anglais ou au Québec?

Dynamique et stimulante?

6. Le Commissaire, dans sa réplique à Michel David, insiste sur le déclin et la menace qui pèse sur quelques centaines de milliers d'anglophones hors-Montréal. Mais quand il était allé prononcer un discours à Calgary, il y a quelques années, il n'avait pas évoqué les taux d'assimilation de 60% des francophones dans cette ville, préférant insister sur le fait que quelque 65 000 anglophones (sur un million) connaissent le français… ce qui fait un total de 82 000 bilingues… qui ont, dit-il «créé une culture dynamique et stimulante»… Quand, sur 16 900 francophones de langue maternelle à Calgary, seulement 6730 utilisent principalement le français à la maison, c'est «dynamique et stimulant»? Quels sont les constats du Commissaire quand il s'agit de constater la situation bien plus dramatique des collectivités francophones éloignées dans les provinces à majorité anglaise?

Indifférence, hostilité depuis près de 150 ans


J'ai beaucoup de sympathie pour le vieil anglophone, pauvre et en chômage, à Shawinigan, Rimouski ou Drummondville. Il a sans doute, à l'occasion, quelque difficulté si, dans toute sa vie à cet endroit, il n'a jamais appris le français. Et je n'ai aucun doute que si les médias anglo-canadiens en entendent parler, il deviendra le plus récent martyr de ces vilains racistes francophones du Québec… Mais j'ai encore plus de sympathie pour les francophones hors-Québec (et de certaines régions du Québec) qui - même quand ils ne sont pas des petites minorités - luttent toujours après 150 ans de Confédération pour obtenir des services dans leur langue face à une majorité qui oscille entre l'indifférence et l'hostilité. À peu près aucun organe d'information - même la quasi-totalité des grands médias de langue française du Québec - ne s'intéresse à eux… Et ça aussi, c'est un constat!

Je serais curieux d'entendre en 2015 le commissaire Fraser jongler avec les «constats» (taux d'assimilation, transferts linguistiques, langue maternelle, langue d'usage, langue de travail, exogamie, etc.) qui menacent la langue française au Québec… et bien sûr ailleurs au pays. Ce n'est pas vraiment son mandat, mais il ne s'est jamais privé d'intervenir quand il le jugeait nécessaire. C'est d'ailleurs une de ses grandes qualités.










lundi 2 février 2015

Quand y a-t-il blasphème?

J'ai finalement reçu en fin de semaine un exemplaire papier du Charlie Hebdo du 14 janvier, l'édition après les assassinats. Et hier soir, j'ai écouté l'entrevue de la journaliste Zineb El Rhazoui, de Charlie Hebdo, à Tout le monde en parle. L'émission de Radio-Canada a présenté en ondes la page couverture controversée du magazine, que CBC avait censurée. Après avoir épluché les 16 pages de la revue, j'ose ce commentaire bien personnel...
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Liberté d'expression. Liberté de presse. Censure. Autocensure. Satire. Provocation. Blasphème. Intégrisme. Terrorisme. Répression. Laïcité. Égalité. Tout s'enchevêtre. Tout se mêle. On nous bombarde d'opinions à gauche, à droite, par devant, par derrière. Chacun, chacune apporte son flambeau et le jette dans le brasier. Je suis presque toujours Charlie, mais à l'occasion, je ne suis pas Charlie… Comment tirer quelque clarté de cet immense chaudron d'idées?

Impossible - pour moi en tout cas - de tout prendre et de tout classer en vases communiquants. Il faut parfois isoler un des arbres de cette vaste forêt et y fixer toute son attention. Pour moi, le blasphème constitue un excellent «arbre» de départ. La notion même de blasphème varie selon les pays, les lois, les cultures et les religions. Et que dire du concept de Dieu, de divinité, inséparable de la définition du blasphème et tout aussi confus, d'un catéchisme à l'autre? Pour les uns, le blasphème justifie la mise à mort; pour d'autres, le blasphème est un droit… et même un devoir!

Commençons par définir le blasphème. Je propose cette description tirée du site Web de l'Église catholique de France, l'une des plus complètes que j'ai vues dans ma quête Internet: «Le blasphème consiste à proférer contre Dieu, intérieurement ou extérieurement, des paroles de haine, de reproche, de défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à abuser du nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort.»

Cela nous amène nécessairement à définir Dieu, parce qu'en principe celui ou celle qui ne croit pas à l'existence de Dieu ne peut, d'aucune façon, commettre un blasphème - du moins pas de son point de vue. Je propose ici de revenir à la toute première encyclique du pape Benoît XVI (théologien de premier ordre quoiqu'on en pense pour le reste...). Le prédécesseur de François y affirmait tout simplement que Dieu est Amour. Comme «espérant» plus que comme croyant, je souscris à cette opinion. Dieu, s'il existe, c'est l'amour parfait. La perfection de l'amour. Pas un vieux monsieur barbu trônant sur une armée d'anges, mais une présence aimante et agissante, essentiellement spirituelle.

Benoît XVI ajoutait, et c'est là selon moi un élément clé de compréhension, qu'aimer ce Dieu-Amour et aimer son prochain (les autres humains) étaient indissociables. «Aime Dieu et ton prochain comme toi-même», voilà le principal commandement laissé à l'humanité par Jésus Christ, l'humain au sein duquel cet Amour parfait se serait incarné il y a quelques millénaires. Impossible, selon ce pape, d'aimer Dieu-Amour sans aussi aimer son prochain sur Terre. Moi, j'ajouterais que l'inverse est tout aussi vrai: impossible d'aimer son prochain sans souscrire à un idéal d'amour bien plus grand que soi…

Campé dans ces définitions, qui ont au moins le mérite de leur clarté, le blasphème prend la forme de paroles ou de gestes de haine ou de violence prononcés ou commis au nom de ce Dieu-Amour ou contre ce même Dieu-Amour. Brûler des libre-penseurs sur les bûchers comme l'a jadis fait l'Église catholique durant les inquisitions, c'est un blasphème! Assassiner des journalistes de Charlie Hebdo à la gloire d'Allah ou flageller un blogueur en invoquant la charia, ce sont des blasphèmes. Violenter les membres d'une religion au nom de l'athéisme, c'est aussi un blasphème. Inférioriser la femme, la moitié de l'humanité, pour des motifs théologiques, c'est également blasphémer.

Critiquer, dénoncer, remettre en question ou même, rire de religions organisées par des humains, ou de leurs chefs et représentants, pour y étaler sur la place publique leurs lacunes, leurs imperfections ou les injustices commises en leur nom, ne peuvent d'aucune façon être associés au blasphème. Les caricatures et textes qui visent Jésus Christ, le pape, Mahomet ou les Juifs dans Charlie Hebdo peuvent être comiques pour certains, irrévérencieux pour d'autres, de mauvais goût pour plusieurs, mais ils ne sont certainement pas blasphématoires. Ce n'est pas l'idéal spirituel d'Amour qu'on y vise, mais des institutions et des humains qui souvent, par leurs actions, ont invité au fil des siècles des reproches souvent fort justifiés.

L'oeuvre de Charlie Hebdo, clairement, est inspirée par la solidarité et par l'amour du prochain, et par l'engagement de son équipe contre ceux qui voudraient brimer l'humanité. Quant à savoir si on y transgresse les limites de la liberté d'expression, je ne le crois pas mais c'est un tout autre débat avec d'autres termes qui doivent, eux aussi, être clairement définis. Ce dont j'ai la certitude, si Dieu existe, s'Il est Amour et si l'amour reste son principal commandement aux humains, c'est que présenter une caricature de Mahomet portant une affiche «Je suis Charlie» sous le titre «Tout est pardonné!» n'a rien d'un blasphème.

Les véritables blasphémateurs sont ces intégristes-terroristes qui, au nom de ce Dieu-Amour, sèment la haine, la violence et la mort !







samedi 31 janvier 2015

Un trésor dans mon garage...

En cherchant à faire un peu d'espace dans une armoire du garage, j'ai retrouvé une tablette et demie de vieux magazines de la fin des années 1960 et du début des années 1970, que j'avais conservés… Un trésor! Un véritable trésor! Des milliers de pages de publications aujourd'hui disparues, d'innombrables textes qui font ressurgir dans toute sa vitalité une époque turbulente. Depuis deux jours, je relis avec délice des articles, reportages, analyses et commentaires vieux de 40, 45 ans et plus…

À mesure que j'épluche les pages un peu décolorées de ces précieux documents, je lance des quêtes sur Internet pour voir ce que le Web a retenu des magazines d'un temps où le papier et l'imprimés régnaient en maîtres. Les résultats sont quelque peu décevants, et il y aurait sans doute lieu (à moins que j'aie cherché avec mes yeux d'homme, comme se plaît à me le rappeler mon épouse) de mettre en ligne des références plus complètes sur ces magazines aujourd'hui tombés dans l'oubli.

Je lance ici, pêle-mêle, certaines de mes trouvailles, et invite ceux et celles qui ont conservé quelques archives d'époques antérieures à les redécouvrir, et à en faire état sur Twitter, ou encore sur Facebook qui se prêterait bien à la formation d'un groupe de partage et de discussion là-dessus. Les périodiques qui suivent ne sont pas présentés en ordre d'importance… Tous permettent de fascinantes redécouvertes!


* Dimensions, digeste éclair (3 numéros, de mars à mai 1969)

Bizarre de publication, format 4 1/4 x 11 (une demi-feuille sur la longueur) dirigée par Victor-Lévy Beaulieu. Des textes sur la vie politique et artistique, québécoise et internationale, signés entre autres par Jacques Larue-Langlois, André Major, Jean-Claude Germain, Yves Michaud et même Michel Chartrand. J'y ai notamment retrouvé le poème «Chénier, le héros de Saint-Eustache», composé au 19e siècle par l'auteur et poète Louis Fréchette, et un reportage d'Yves Michaud intitulé Menace sur le Québec qui dénonce le «monopole» médiatique de Power Corporation.


* Le magazine Maclean (10 numéros, janvier à décembre 1968)

À l'autre extrémité, un très grand format (10 1/4 x 13) d'actualités et de reportages, ce magazine mensuel québécois a paru de 1961 à 1971 selon Archives Canada. Dirigé par Paul-Marie Lapointe en 1968, le magazine publie plusieurs bonnes plumes de l'époque y compris Jean-V. Dufresne, Jacques Guay, Louis Wiznitzer, Gaston Miron, Alain Stanké, et bien d'autres. J'ai particulièrement apprécié un reportage historique sur André Laurendeau, coprésident de la Commission B-B, écrit quelques mois avant sa mort. Sans oublier quelques images de L'osstidcho avec «la gang à frisé» (Robert Charlebois).



* QL, Le Quartier Latin (magazine des étudiants de l'Université de Montréal)

Probablement le seul magazine étudiant de l'époque (mes numéros, de sept. 1969 à oct. 1970) à être vendu en kiosque partout au Québec et même à Ottawa, grand format comme le magazine Maclean, c'est un organe de pensée et de contestation. «Le Quartier Latin n'est pas un médium d'information contrôlé par la mafia de l'information (Power Corp.», annonce la revue en gros caractères… On y trouve de tout, des droits de la femme à l'indépendance du Québec, en passant par la culture et la scène mondiale. En décembre 1969, l'équipe a installé un bureau de douanes sur le pont Interprovincial, entre Ottawa et Hull, en plein jour, pour croquer sa photo de couverture… Rien à leur épreuve…

J'ai quelques numéros en double s'il y a des collectionneurs.


* Presqu'Amérique, «révéler l'Amérique québécoise»

Une autre revue grand format (style magazine Maclean), publiée de 1971 à 1973 (j'en ai 8 numéros de nov. 1971 à fév. 1973). Style à gauche, indépendantiste. D'excellentes plumes là aussi y compris Patrick Staram, Judith Jasmin, Denys Arcand, Claude Morin, Jean-Marc Piotte, Gaston Miron et d'autres. Un texte percutant en 1972 dans lequel on propose de lancer un «Bloc québécois» dans l'arène fédérale. C'est avant la victoire du PQ de 1976 et bien avant la formation d'un vrai Bloc en 1990…


* Maintenant, revue des Dominicains (une cinquantaine de numéros de 1968 à 1974)

Une de mes préférées à l'époque, d'inspiration chrétienne, nationaliste et à gauche. La revue a publié de 1962 à 1974. De haute qualité, et accueillant plusieurs grands noms de l'époque qui y trouvaient un débouché crédible et influent. On y lit Hélène Pelletier-Baillargeon, Vincent Harvey, Guy Bourassa, Rosaire Morin, Thérèse Casgrain, Jacques Grand'Maison, Claude Péloquin, Jules Tessier, Fernand Dumont, Renée Rowan, Lysiane Gagnon, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Parizeau et plusieurs autres… Sa couverture du premier numéro après la crise d'octobre est restée célèbre…



* Point de mire (45 numéros entre 1970 et 1972)

Un magazine solidement indépendantiste, presque (mais pas tout à fait) un porte-parole pour le Parti québécois. La revue fondée par Jean Côté était d'abord hebdomadaire, puis mensuelle. Auteur prolifique, Jean Côté y a signé de nombreux textes, ainsi qu'une quantité de rédacteurs souverainistes de l'époque y compris Pierre Bourgault, Marcel Chaput, André d'Allemagne, Bernard Landry, Nick Auf Der Mar, Pierre Vallières, Joseph Costisella, etc., etc., etc. Peut-être y a-t-il eu tant de magazines favorables à l'indépendance et à gauche, fin années 60 et années 70, parce que la grande presse quotidienne était si unanimement opposée à ces causes… Et ça n'a pas beaucoup changé…



* Canadian Dimension (une vingtaine de numéros, 1967-1976)

Magazine de la gauche anglo-canadienne, publié depuis 1963. Existe toujours en 2015. À une époque où les grands médias de langue anglaise étaient trop souvent hystériques face au Québec (comme aujourd'hui, quoi…), il était intéressant de lire des points de vue sympathiques aux causes de la gauche québécoise, tant ouvrière que politique. Particulièrement pendant la crise d'octobre, rares étaient les adversaires des mesures de guerre hors-Québec… 



* The Last Post (27 numéros entre 1969 et 1978)

Revue de la nouvelle gauche anglo-québécoise et anglo-canadienne, beaucoup plus agressive et impertinente que Canadien Dimension. Un bijou de magazine, que j'ai commencé à relire avec grand plaisir. Il est disparu, je crois, à la fin des années 1970…

J'en ai d'autres dans ma vieille réserve, que je décortique peu à peu. Ma première intention était de remplir mon bac de recyclage mais après avoir feuilleté ces magazines, je crois que je ferai tout pour les conserver ou leur trouver une nouvelle maison d'accueil.

J'aimerais bien entendre parler de gens qui collectionnent eux aussi des documents des années 1960 et 1970, particulièrement par rapport aux relations entre le Québec et le Canada.


vendredi 30 janvier 2015

Québec et Franco-Yukonnais: à n'y rien comprendre!

Je continue de lire avec incrédulité les opinions émises après l'intervention du Québec en Cour suprême contre une interprétation élargie de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, interprétation qui aurait favorisé une clientèle accrue pour les écoles des francophones du Yukon. Selon les rapports médiatiques, Québec craindrait que les Anglo-Québécois utilisent un jugement favorable aux Franco-Yukonnais pour invalider la Loi 101 et ouvrir plus grandes les portes aux écoles anglaises.

Tout en n'étant pas juriste, je crois que les craintes du Québec n'ont AUCUN fondement. Le gouvernement québécois ne risque absolument rien en se portant au secours des Franco-Yukonnais, parce que la Cour suprême a déjà jeté les bases d'un argumentaire - et ce depuis les années 1980 - qui l'oblige désormais à défendre la primauté du français au Québec. Elle n'accordera pas aux Anglo-Québécois les droits que demandent les Franco-Yukonnais et si jamais elle le faisait - à peu près autant de chance que de gagner la 6/49 - Québec pourrait se prévaloir de la clause «nonobstant» (art. 33 de la Charte) pour annuler les effets d'une telle décision.

Pourquoi en suis-je si sûr et pourquoi suis-je tellement surpris des entourloupettes juridiques qu'évoquent certains analystes pour mettre en question ou soutenir l'intervention québécoise? Parce que les juges de la Cour suprême, comme tous les juges des instances inférieures, vivent dans le vrai monde.  Dans des causes semblables, ils ne s'en tiennent jamais à la lettre de la loi. Ils incluent aussi dans leur toile de fond le contexte sociopolitique et historique ainsi que certains principes constitutionnels directeurs, dont le principe du fédéralisme et celui de la protection des minorités.

Il faudrait peut-être rappeler plus souvent que les droits scolaires des minorités francophones, abolis partout au pays il y plus de 100 ans, ont été restitués graduellement à compter de la deuxième moitié des années 1960. Pourquoi? Parce que depuis le début de cette décennie, Québec était en «révolution pas toujours tranquille» et que le premier ministre de l'époque, Daniel Johnson, brandissait très officiellement le slogan «Égalité ou indépendance»!

Cette «égalité» visait, de toute évidence, l'inégalité flagrante du traitement accordé aux francophones par les gouvernements des autres provinces, en comparaison avec les droits et privilèges blindés d'une minorité anglo-québécoise qui se comportait plus souvent qu'autrement en extension de la majorité anglo-canadienne et en «Rhodésiens». Le premier ministre ontarien, John Robarts, l'a bien compris. Et alors que Queen's Park et les autres capitales avaient éconduit les requêtes des francophones depuis des décennies, voilà que l'accueil devenait un peu moins frisquet.

Dans le sillage des turbulences des années 60, de l'élection du Parti québécois en 1976 et du référendum de 1980, le gouvernement fédéral a adopté des lois (y compris la Loi sur les langues officielles (quasi constitutionnelle) et le Charte des droits et libertés (qui fait partie de la Constitution). Et cette dernière confie aux tribunaux un rôle élargi dans l'interprétation des textes constitutionnels. Les juges, comme les politiciens qui ont rédigé les lois, doivent tenir compte de la réalité sociale, économique et politique autant que des virgules et points-virgules dans les articles des lois qu'ils sont tenues d'interpréter.

Dans le Renvoi sur la sécession de 1998. les juges de la plus haute cour du pays rappellent que la Constitution ne se limite pas aux textes constitutionnels, qu'elle inclut «des règles non écrites» dont fait partie «le contexte historique» ainsi que le principe du fédéralisme, compris comme étant «la réponse juridique aux réalités politiques et culturelles qui existaient à l'époque de la Confédération et qui existent toujours»… et qui permettent «de concilier unité et diversité».

C'est ainsi que la Cour suprême a accordé aux minorités francophones hors-Québec le contrôle et la gestion de leurs réseaux scolaires et qu'elle a aussi reconnu la validité de l'objectif de promotion et de préservation d'un visage linguistique français au Québec. Pourquoi? Parce qu'en Alberta, en Ontario et au Québec, une même réalité s'impose. Seul le français est menacé. La protection/promotion du français émane des principes constitutionnels du fédéralisme et de la protection des minorités. C'est le même principe qu'on invoque à la fois pour réparer les injustices hors-Québec et pour affirmer le caractère français du seul État à majorité francophone du Canada et de l'Amérique du Nord.

Québec n'a pas besoin de plaider «l'exception» dans l'application de l'article 23. Le besoin de protéger la langue et la culture française, dans un vaste milieu minoritaire qui est le même pour le Québec et les Franco-Yukonnais, doit au contraire assurer une solidarité entre la majorité québécoise et les minorités des autres provinces. La différence entre le Québec et la diaspora, ce sont les moyens à leur disposition. Québec a tous les outils pour s'imposer en la matière, moyens qui incluent la sécession de la fédération. Cela fait partie du contexte politique dont les tribunaux tiennent compte…

La décision, cette semaine, du juge Salvatore Mascia contre les marchands anglophones qui voulaient augmenter la part de l'anglais dans l'affichage commercial illustre bien ce que je viens d'argumenter. Le juge de la Cour du Québec s'est largement fondé sur une analyse de la réalité pour affirmer une fois de plus que même au Québec, «la langue française est encore trop fragile pour se développer sans l'aide du gouvernement québécois». Les commerçants anglophones vont se buter à un mur juridique jusqu'à la Cour suprême.

Dans l'affaire des Franco-Yukonais, Québec a tous les atouts en main et fait pourtant le frileux. Pourquoi la principale puissance francophone du pays agit-elle en mauviette alors qu'elle devrait arriver tambour battant avec des arguments massue pour dire à la Cour suprême que si elle est sérieuse dans son désir de protection des minorités et du fédéralisme, deux grands principes constitutionnels, elle n'a qu'une chose à faire: donner le plus possible carte blanche aux Franco-Yukonnais. Si ce n'est que pour réparer, en partie, les injustices historiques dont toutes les minorités hors-Québec ont été victimes.

Quant aux Anglo-Québécois, ils n'ont rien à craindre. La majorité francophone ne leur fera jamais ce qu'on a fait aux nôtres ailleurs au pays...