jeudi 31 octobre 2013
Halloween sous la grisaille...
Quand nous sommes déménagés dans le quartier de Gatineau où nous habitons présentement, à l'automne 1988, nous avions trois jeunes enfants. Les familles qui faisaient construire des maisons autour de nous étaient généralement jeunes. Quand arrivait le soir de l'Halloween, fin années 80 début années 90, notre rue se remplissait de parents et d'enfants costumés en quête de bonbons et de sous pour l'UNICEF. Je me souviens d'un 31 octobre où la foule était si dense, d'un côté à l'autre de la rue, que les véhicules ne pouvaient plus y circuler...
À cette époque, on pouvait accueillir plus de 350 jeunes en quelques heures... des bébés en poussettes aux grands adolescents qui fermaient la marche vers les 20 heures... La majorité des maisons étaient décorées, certaines de façon fort imaginative avec montages, son et lumière. Tel voisin se déguisait en épouvantail, assis sur une chaise, et s'agitait quand les enfants s'approchaient avec leurs sacs à bonbons. Chez un autre, le garage ouvert devenait un labyrinthe de décors, de monstres et de lumières d'où s'échappaient des rires sinistres... Tous, toutes s'amusaient, peu importe la météo. Car parfois il neigeait... mais l'enthousiasme restait entier.
C'était il y a 20 ou 25 ans... Cet après-midi, avec la pluie incessante, je doutais de voir plus d'une centaine de jeunes avec parents et parapluies (il y en a eu, de fait, une soixantaine). Par beau temps, on en aurait accueilli autour de 200. C'est tout de même presque la moitié de ce que c'était jadis... et alors que sept ou huit maisons dans notre coin de la rue arboraient citrouilles allumées, décors illuminés et autres manifestations halloweeniennes, cette année, nous ne sommes que deux... Un signe des temps...
L'autre jour, après la cueillette des vidanges, j'ai remarqué que cinq ou six voisins étaient sortis en même temps pour entrer les bacs... Les têtes étaient grises ou blanches (y compris la mienne), des retraités pour la plupart ou sur le point de l'être...
Les enfants qui habitaient nos maisons ont quitté, fondé leur propre foyer et vivent dans des quartiers où l'animation est sans doute à l'image de leur génération... Dans quelques années, les couples vieillissants du quartier auront presque tous trouvé domicile ailleurs... et ceux et celles qui les remplacent semblent avoir, le plus souvent, moins d'enfants que les générations qui les ont précédées...
Tout ça pour dire que mon engouement pour la soirée de l'Halloween, qui demeure intact depuis mon enfance, semble nettement moins partagé par le voisinage depuis quelques années... Mon décor était fait, et brillamment illuminé. Mes sacs de bonbons étaient prêts, même s'il a continué de « mouiller à siaux » jusqu'en soirée. Il y a de ces traditions qui marquent une continuité avec nos années de jeunesse et l'Halloween, pour moi, en est une.
mercredi 30 octobre 2013
Mourir en souffrant, dans la « dignité »...
Je ne suis pas contre l'aide médicale à mourir, et je me suis depuis longtemps rallié à l'idée que le moment est propice à l'adoption d'un train de mesures (comme le projet de loi 52 à Québec) visant à encadrer la légalité et la légitimité d'une certaine forme d'assistance médicale au suicide quand la mort apparaît inévitable et que la souffrance dépasse les capacités d'endurance.
Ce qui me trouble, cependant, c'est la suggestion constante qu'il existe une incompatibilité entre la souffrance, même extrême, et la dignité humaine. C'est comme si le dépérissement et la douleur qui précède la mort était indigne, comme si cela n'avait aucune valeur, que c'était, au fond, inutile. Je suis dans l'incapacité totale de partager ce point de vue, même si je dois concéder que confronté à l'issue fatale dans les pires circonstances, je ne sais pas quelle décision je prendrais...
Pour moi, la vie est sacrée. Lutter pour la maintenir sans acharnement thérapeutique me semble un choix noble et digne. Je ne sais pas ce qui nous attend après la mort, mais cela m'apparaît secondaire en réfléchissant à la fin de vie. Ce qui au fond de nous, par amour de soi, de ses proches et de son prochain (et de Dieu pour ceux et celles qui ont des convictions religieuses), nous pousse à lutter pour rester en vie dans notre jeunesse et à l'âge adulte, cela reste intact jusqu'à la fin.
J'ai vu mon père mourir et j'ai eu l'occasion d'échanger avec quelques autres, proches et amis, qui étaient à l'article de la mort. Ils étaient souffrants, mais encore des nôtres. Leurs paroles, l'occasionnel sourire, même leurs silences, laissent une profonde empreinte sur les survivants. Mon père, dans la dernière longue conversation que j'ai eue seul à seul avec lui, quelques semaines avant son décès, s'était excusé de sembler absent autour des siens, précisant que son regard était désormais tourné vers l'intérieur, vers le dernier droit qu'il savait sans doute amorcé.
Je persiste à croire que notre rôle, ainsi que celui du personnel médical, était de l'aimer, de le soulager dans la mesure du possible et de l'accompagner dans son ultime cheminement. S'il avait demandé qu'on mette fin à ses souffrances, j'aurais sans doute respecté ce voeu. Mais de ne pas avoir voulu qu'on l'aide à mourir reste un choix aussi digne et aussi estimable. Dans ses dernières minutes, même quand j'ai eu la conviction que son esprit était déjà ailleurs, son corps a poursuivi le combat jusqu'à l'épuisement final, avec quelques ultimes battements et un dernier soupir.
Que penser de cette autre membre de la famille qui, se sachant condamnée, continue avec tous les moyens disponibles à vivre à domicile et à poursuivre, aussi longtemps que possible, sans espoir, malgré le déclin, malgré la souffrance, son petit train-train quotidien pour encore quelques mois, quelques semaines, quelques jours, quelques heures de plus... jusqu'à l'avant-veille de sa mort. J'en suis toujours inspiré. Et les personnes qui l'ont aidée et accompagnée à la fin, n'ont-elles pas aussi participé à une noble et digne entreprise?
Et que penser de cet ex-collègue, cloué à son lit dans un centre de soins palliatifs, avec quelques jours à vivre, encore soucieux de s'informer des anciens amis, de se rappeler de bons souvenirs, et même d'échanger sur le présent et l'avenir... Personne ne lui aurait reproché d'avoir voulu mettre fin à ses souffrances prématurément. Sa mort était-elle moins digne parce qu'il a accepté de continuer de souffrir? La directrice de la Maison Mathieu-Froment-Savoie, un centre de soins palliatifs en Outaouais, disait récemment : « Lorsque les soins de fin de vie sont bien administrés, qu'ils soulagent la souffrance autant physique que psychologique, les personnes ne demandent pas à mourir. »
Et même en l'absence de soins de fin de vie, il peut y avoir la dignité. Dans l'histoire humaine, des milliers de personnes ont accepté de mourir dans les pires circonstances pour défendre leurs opinions, leur foi, leurs proches et leurs concitoyens. Je reviens d'un voyage en France et j'ai longuement médité devant le palais de justice de Rouen, encore troué de balles et d'obus de la 2e Guerre mondiale. Les membres de la résistance qui y ont été incarcérés et qui ont été livrés aux Nazis pour être torturés et exécutés sont des héros. La dignité était le lot des torturés et non des tortionnaires.
Je ne suis pas contre le suicide assisté. Je respecte ceux et celles qui estiment que c'est là la seule décision possible et suis d'accord avec sa légalisation. Mais mourir dans la dignité n'est pas réservé à ceux et celles qui choisissent cette voie. La plus douloureuse des morts peut aussi être auréolée de dignité.
Ce qui me trouble, cependant, c'est la suggestion constante qu'il existe une incompatibilité entre la souffrance, même extrême, et la dignité humaine. C'est comme si le dépérissement et la douleur qui précède la mort était indigne, comme si cela n'avait aucune valeur, que c'était, au fond, inutile. Je suis dans l'incapacité totale de partager ce point de vue, même si je dois concéder que confronté à l'issue fatale dans les pires circonstances, je ne sais pas quelle décision je prendrais...
Pour moi, la vie est sacrée. Lutter pour la maintenir sans acharnement thérapeutique me semble un choix noble et digne. Je ne sais pas ce qui nous attend après la mort, mais cela m'apparaît secondaire en réfléchissant à la fin de vie. Ce qui au fond de nous, par amour de soi, de ses proches et de son prochain (et de Dieu pour ceux et celles qui ont des convictions religieuses), nous pousse à lutter pour rester en vie dans notre jeunesse et à l'âge adulte, cela reste intact jusqu'à la fin.
J'ai vu mon père mourir et j'ai eu l'occasion d'échanger avec quelques autres, proches et amis, qui étaient à l'article de la mort. Ils étaient souffrants, mais encore des nôtres. Leurs paroles, l'occasionnel sourire, même leurs silences, laissent une profonde empreinte sur les survivants. Mon père, dans la dernière longue conversation que j'ai eue seul à seul avec lui, quelques semaines avant son décès, s'était excusé de sembler absent autour des siens, précisant que son regard était désormais tourné vers l'intérieur, vers le dernier droit qu'il savait sans doute amorcé.
Je persiste à croire que notre rôle, ainsi que celui du personnel médical, était de l'aimer, de le soulager dans la mesure du possible et de l'accompagner dans son ultime cheminement. S'il avait demandé qu'on mette fin à ses souffrances, j'aurais sans doute respecté ce voeu. Mais de ne pas avoir voulu qu'on l'aide à mourir reste un choix aussi digne et aussi estimable. Dans ses dernières minutes, même quand j'ai eu la conviction que son esprit était déjà ailleurs, son corps a poursuivi le combat jusqu'à l'épuisement final, avec quelques ultimes battements et un dernier soupir.
Que penser de cette autre membre de la famille qui, se sachant condamnée, continue avec tous les moyens disponibles à vivre à domicile et à poursuivre, aussi longtemps que possible, sans espoir, malgré le déclin, malgré la souffrance, son petit train-train quotidien pour encore quelques mois, quelques semaines, quelques jours, quelques heures de plus... jusqu'à l'avant-veille de sa mort. J'en suis toujours inspiré. Et les personnes qui l'ont aidée et accompagnée à la fin, n'ont-elles pas aussi participé à une noble et digne entreprise?
Et que penser de cet ex-collègue, cloué à son lit dans un centre de soins palliatifs, avec quelques jours à vivre, encore soucieux de s'informer des anciens amis, de se rappeler de bons souvenirs, et même d'échanger sur le présent et l'avenir... Personne ne lui aurait reproché d'avoir voulu mettre fin à ses souffrances prématurément. Sa mort était-elle moins digne parce qu'il a accepté de continuer de souffrir? La directrice de la Maison Mathieu-Froment-Savoie, un centre de soins palliatifs en Outaouais, disait récemment : « Lorsque les soins de fin de vie sont bien administrés, qu'ils soulagent la souffrance autant physique que psychologique, les personnes ne demandent pas à mourir. »
Et même en l'absence de soins de fin de vie, il peut y avoir la dignité. Dans l'histoire humaine, des milliers de personnes ont accepté de mourir dans les pires circonstances pour défendre leurs opinions, leur foi, leurs proches et leurs concitoyens. Je reviens d'un voyage en France et j'ai longuement médité devant le palais de justice de Rouen, encore troué de balles et d'obus de la 2e Guerre mondiale. Les membres de la résistance qui y ont été incarcérés et qui ont été livrés aux Nazis pour être torturés et exécutés sont des héros. La dignité était le lot des torturés et non des tortionnaires.
Je ne suis pas contre le suicide assisté. Je respecte ceux et celles qui estiment que c'est là la seule décision possible et suis d'accord avec sa légalisation. Mais mourir dans la dignité n'est pas réservé à ceux et celles qui choisissent cette voie. La plus douloureuse des morts peut aussi être auréolée de dignité.
lundi 28 octobre 2013
À la fois ébloui et scandalisé par Versailles !
À la fin de mai 2011, j'ai visité Versailles. Je n'avais jamais foulé le sol de mes ancêtres (arrivés de Normandie au 17e siècle) auparavant et comme je suis amateur d'histoire, je tenais à voir de mes propres yeux, toucher de mes propres mains des lieux et monuments historiques qui n'avaient existé pour moi que dans des livres et à l'écran. Séjournant pour une semaine dans la capitale française, Versailles me paraissait un incontournable ! Et avec raison !
Mais ce que j'y ai vu m'a à la fois ébloui et scandalisé. L'éblouissement allait de soi devant la beauté et la grandeur des lieux... de la magnificence des jardins et fontaines à la splendeur des appartements et salles des bâtiments, dont la galerie des Glaces du Château de Versailles (ci-dessous). Le scandale tenait au luxe excessif de l'oeuvre, que les Capétiens ont étalé à la face du monde... En sortant de Versailles, je pouvais comprendre la colère des citoyens qui ont envahi la propriété royale en 1789 pour y ramener de force à Paris Louis XVI, Marie Antoinette et leur famille.
Mais je pense que ce qui m'a mis le plus en colère, c'est ce que je n'ai pas vu. Peut-être ai-je cherché « avec mes yeux d'homme », comme dirait mon épouse, mais je n'ai pas trouvé, après une visite assez exhaustive, d'hommage substantiel aux dizaines de milliers d'ouvriers français qui ont réalisé, avec leurs mains, leurs jambes, leur dos et leur intelligence, les plans grandioses de Louis XIV et de ses architectes, seuls à trouver place dans les manuels d'histoire.
Dans les années 1680, plus de 22 000 hommes de métier travaillaient sur les chantiers de Versailles. Juste pour l'aménagement des aqueducs et fontaines (photo ci-dessous), il a fallu mettre à l'oeuvre 30 000 ouvriers, dont 6 000 sont morts pendant les travaux. Ce sont eux, les véritables héros de Versailles. Peut-être ne l'étaient-ils pas à l'époque de la France monarchiste, mais ils devraient l'être dans la France républicaine d'aujourd'hui. Aussi me semble-t-il que Versailles, tel qu'on le présente aux visiteurs, trahit l'idéal républicain (qui est aussi le mien) s'il ne met pas en vitrine un bâtiment ou une galerie à la mémoire des artisans de Versailles et du personnel de soutien qui en assura par la suite le fonctionnement.
Quand on a une devise comme « Liberté, égalité, fraternité » et un hymne national comme « La Marseillaise », il y a des limites à glorifier les excès des rois. Il ne s'agit pas de diminuer la valeur de l'oeuvre, ni sa beauté, mais de rendre aux ouvriers français la juste part du mérite qui leur revient. Louis XIV n'aurait rien accompli à Versailles sans le dur labeur de ses « sujets ». Ce monument à la gloire du roi soleil doit aussi honorer la sueur et le sang du peuple qui l'a construit de ses mains.
Vivement, républicains de Versailles, faites en sorte que votre plus célèbre attraction soit aussi un monument à la gloire de ceux et celles dont les petits-enfants et arrière-petits-enfants devaient, quelques générations après Louis XIV, propulser à l'avant-plan mondial l'idéal républicain. Qu'on y montre dans un bâtiment réservé à cette fin, les outils de l'époque, les costumes des ouvriers et serviteurs, qu'on y parle des métiers, du mode de vie des gens, du traitement qu'on leur infligeait. Ne laissez pas partir vos visiteurs sans leur rappeler à quel prix Versailles a été érigé.
Si telle présentation existe sur place, je ne l'ai pas vue et je m'en excuse. Quelqu'un se chargera sûrement de me le faire savoir sans délai. Espérant que ce texte sera vu par des gens progressistes qui ont à la fois à coeur Versailles et l'idéal de la république.
J'ai attendu plus de deux ans avant d'exprimer cette opinion par écrit, mais j'y ai souvent pensé en regardant mes photos de voyage. Et voilà ! Maintenant, c'est dit !
Vive la France ! Vive la république !
Mais ce que j'y ai vu m'a à la fois ébloui et scandalisé. L'éblouissement allait de soi devant la beauté et la grandeur des lieux... de la magnificence des jardins et fontaines à la splendeur des appartements et salles des bâtiments, dont la galerie des Glaces du Château de Versailles (ci-dessous). Le scandale tenait au luxe excessif de l'oeuvre, que les Capétiens ont étalé à la face du monde... En sortant de Versailles, je pouvais comprendre la colère des citoyens qui ont envahi la propriété royale en 1789 pour y ramener de force à Paris Louis XVI, Marie Antoinette et leur famille.
Mais je pense que ce qui m'a mis le plus en colère, c'est ce que je n'ai pas vu. Peut-être ai-je cherché « avec mes yeux d'homme », comme dirait mon épouse, mais je n'ai pas trouvé, après une visite assez exhaustive, d'hommage substantiel aux dizaines de milliers d'ouvriers français qui ont réalisé, avec leurs mains, leurs jambes, leur dos et leur intelligence, les plans grandioses de Louis XIV et de ses architectes, seuls à trouver place dans les manuels d'histoire.
Dans les années 1680, plus de 22 000 hommes de métier travaillaient sur les chantiers de Versailles. Juste pour l'aménagement des aqueducs et fontaines (photo ci-dessous), il a fallu mettre à l'oeuvre 30 000 ouvriers, dont 6 000 sont morts pendant les travaux. Ce sont eux, les véritables héros de Versailles. Peut-être ne l'étaient-ils pas à l'époque de la France monarchiste, mais ils devraient l'être dans la France républicaine d'aujourd'hui. Aussi me semble-t-il que Versailles, tel qu'on le présente aux visiteurs, trahit l'idéal républicain (qui est aussi le mien) s'il ne met pas en vitrine un bâtiment ou une galerie à la mémoire des artisans de Versailles et du personnel de soutien qui en assura par la suite le fonctionnement.
Quand on a une devise comme « Liberté, égalité, fraternité » et un hymne national comme « La Marseillaise », il y a des limites à glorifier les excès des rois. Il ne s'agit pas de diminuer la valeur de l'oeuvre, ni sa beauté, mais de rendre aux ouvriers français la juste part du mérite qui leur revient. Louis XIV n'aurait rien accompli à Versailles sans le dur labeur de ses « sujets ». Ce monument à la gloire du roi soleil doit aussi honorer la sueur et le sang du peuple qui l'a construit de ses mains.
Vivement, républicains de Versailles, faites en sorte que votre plus célèbre attraction soit aussi un monument à la gloire de ceux et celles dont les petits-enfants et arrière-petits-enfants devaient, quelques générations après Louis XIV, propulser à l'avant-plan mondial l'idéal républicain. Qu'on y montre dans un bâtiment réservé à cette fin, les outils de l'époque, les costumes des ouvriers et serviteurs, qu'on y parle des métiers, du mode de vie des gens, du traitement qu'on leur infligeait. Ne laissez pas partir vos visiteurs sans leur rappeler à quel prix Versailles a été érigé.
Si telle présentation existe sur place, je ne l'ai pas vue et je m'en excuse. Quelqu'un se chargera sûrement de me le faire savoir sans délai. Espérant que ce texte sera vu par des gens progressistes qui ont à la fois à coeur Versailles et l'idéal de la république.
J'ai attendu plus de deux ans avant d'exprimer cette opinion par écrit, mais j'y ai souvent pensé en regardant mes photos de voyage. Et voilà ! Maintenant, c'est dit !
Vive la France ! Vive la république !
Coup de maître de l'emmerdeur-en-chef...
Certains jours, je me plais à imaginer qu'il existe, quelque part dans un sombre bureau à Ottawa, un emmerdeur-en-chef dont le rôle principal est d'écoeurer les automobilistes de Gatineau qui tentent de passer par le centre-ville de la capitale fédérale pour aller emprunter l'autoroute 417 en direction est... le plus souvent vers Montréal mais aussi pour se rendre dans les banlieues de l'est comme Orléans et Rockland...
Évidemment pour atteindre la région montréalaise, nous avons maintenant notre petite autoroute-de-poche, la « 50-à-deux-voies » qui nous propose depuis l'an dernier une solution de rechange mais comme on a mis plus de 40 ans à la construire, les vieilles habitudes de filer par Ottawa sont tenaces. Et de toute façon, il faut encore le faire si notre destination est ontarienne et plus ou moins locale.
Alors hier (dimanche 27 octobre 2013), je quitte Gatineau au beau milieu de l'après-midi - vers 14 h 30 - pour aller dans le secteur Orléans d'Ottawa chercher ma mère qui doit venir souper chez nous. Il faut préciser au départ que le pont principal vers Ottawa (le pont Macdonald-Cartier) est une artère à six voies qui est l'aboutissement de l'autoroute 5 du Québec et que dès qu'on passe la frontière ontarienne, au beau milieu de la rivière des Outaouais, la vitesse maximale tombe à 50 km/h... Dire ici ce que je pense de ça m'obligerait à employer un langage non parlementaire...
Mais c'est pire... À la sortie du pont, la ville d'Ottawa ou je ne sais qui ont réduit davantage la limite à 40 km/h, puis à 30 km/h (sans justification aucune...) dans la courbe vers la rue King Edward à 6 voies également... C'est un véritable piège à contraventions dont les principales victimes sont nécessairement québécoises... Et on n'a pas vraiment le choix de passer par là, étant donné qu'il n'existe aucun pont plus à l'est et qu'à Ottawa, personne ne veut d'un pont de plus pour accommoder les conducteurs québécois...
Alors revenons à King Edward, qui mène normalement à la 417. Ce n'est jamais facile parce que dans le secteur du campus de l'Université d'Ottawa, cette rue est rétrécie à deux voies... Un véritable entonnoir qui peut, à la moindre affluence et au moindre accident, provoquer des embouteillages monstres... Or, cette voie est inaccessible pour cinq ans !!! (jusqu'à 2018) parce que l'accès de la 417 au bout du campus est fermée...
Travaux d'élargissement de la 417 qu'ils disent... Je veux bien les croire, mais cinq ans...
Enfin, cela « nous » (les Québécois de Gatineau) oblige à quitter King Edward avant le goulot pour nous rendre à la promenade Vanier (dans le secteur du même nom), qui mène à la rampe d'accès la plus rapprochée de l'autoroute 417 vers l'est... Inutile de dire que le trafic routier additionnel cause continuellement des bouchons sur les voies de virage à gauche (vers l'est) de King Edward et que cette situation déjà frustrante est aggravée par le lot continu de tricheurs qui tentent de couper dans la file juste avant le dernier feu de circulation...
Mais voilà... tant bien que mal, je sors du pont, attends patiemment mon tour avec des centaines d'autres concitoyens, et finit par arriver à la hauteur de la 417 sur la promenade Vanier... où il y a aussi des travaux... Horreur... La bretelle d'accès à la 417 vers l'est est là aussi fermée ! Les équipes de construction mettent les bouchées doubles et arrangez-vous, les Québécois (ainsi que beaucoup d'Ontariens rendus là)... Allez ailleurs...
Imaginez des centaines, voire des milliers de voitures qui découvrent sans préavis que leur seule solution de rechange vient de s'évaporer... À moins de connaître la ville, vous êtes cuits... Aucun GPS ne peut vous être de secours ici car ils sont programmés pour vous faire prendre des accès qui sont présentement fermés... Vous allez tourner en rond pendant des heures... Alors je fais quoi, je suis complètement à droite du boulevard et pour rectifier, il faudrait que je coupe à travers trois voies de circulation solide en quelques mètres...
Oublions ça, je continue, et connaissant Ottawa pour y être né et y avoir vécu pendant près de 30 ans, je me faufile jusqu'au boulevard Industriel, dans le secteur de la gare ferroviaire de la capitale, qui est parallèle à la 417 et qui aboutit au boulevard Saint-Laurent (encore plus à l'est) où se situe la prochaine bretelle d'accès à la 417-vers-l'est... Je ne suis pas seul à avoir imaginé ce scénario, semble-t-il. (Une parenthèse en passant, il n'y a aucune indication de chemin de rechange ou de détour pour les automobilistes...)
Arrivée lente au boulevard Saint-Laurent, une des artères les plus achalandées d'Ottawa... mais ça file assez bien... trop bien à mon goût de fait... J'arrive à l'entrée de la 417 vers l'est... ELLE EST FERMÉE!!! TROIS DE SUITE (série de sacres et de gros mots...) Les échangeurs Nicholas, promenade Vanier, et Saint-Laurent sont interdits aux automobilistes en direction est en même temps !
L'emmerdeur-en-chef régional a réussi cette fois un coup de maître... il doit être installé devant un mur rempli d'écrans de surveillance, en train de siroter je ne sais quoi et souriant de satisfaction pendant que des milliers de conducteurs se grattent la tête... et zigzaguent dans toutes les directions sauf la bonne...
Pendant tout ce temps, je dois quand même aller chercher ma mère... Nouvelle route alternative... Chemin Cyrville vers le grand boulevard Innes qui mène aussi à Orléans et qui passe tout près du domicile de ma mère... C'est un autre détour mais cette fois je finis par y arriver... et un trajet qui aurait dû me prendre une demi-heure a duré près d'un heure... Si j'avais été un touriste armé d'un GPS, j'aurais sans doute abandonné...
Inutile de dire que j'ai évité le centre-ville d'Ottawa au retour à Gatineau (de fait, si je le pouvais, j'éviterais Ottawa pour les 5 prochaines années...). J'ai filé vers l'est sur la route 174 (l'ancienne 17 vers Montréal) pour aller prendre le traversier (à 9$) qui traverse l'Outaouais à la hauteur du secteur Masson-Angers de Gatineau où je peux rattraper l'autoroute 50 vers l'ouest...
Il n'y a probablement pas de complot contre les automobilistes québécois de l'Outaouais (quoique, à certains moments...), mais s'il y en avait un, si l'emmerdeur-en-chef existait vraiment, il ne s'y prendrait pas autrement...
vendredi 25 octobre 2013
Le Rapibus porte mal son nom...
Ce matin, en allant conduire mon épouse à son travail, j'ai été frappé par la foule matinale à l'arrêt d'autobus, angle Paquette et La Vérendrye (secteur Gatineau, entre Paiement et Main). Au lieu d'attendre en direction ouest, vers le centre-ville, comme avant, elle s'était déplacée de l'autre côté du boulevard La Vérendrye, direction est, s'éloignant du centre-ville...
Pourquoi diable voudraient-ils s'éloigner de leur travail, me suis-je demandé pendant une milliseconde, me souvenant des affiches inversées de la semaine dernière. Puis, dans la deuxième milliseconde, je me suis rappelé que les autobus express de jadis avaient été abandonnés depuis lundi au profit du Rapibus... cette voie flambant neuve réservée aux autobus, allant du secteur Gatineau vers le centre-ville du secteur Hull (un genre de métro en plein air sur asphalte).
Et la station Rapibus la plus commode étant située sur le boulevard Labrosse, à 1 ou 2 km à l'est (la mauvaise direction), les passagers de mon quartier fort peuplé devaient rebrousser chemin avant de pouvoir embarquer sur une de ces nouvelles « torpilles » vers le coeur du secteur Hull et d'Ottawa.
Pour ces gens, le détour doit sûrement signifier non seulement un trajet plus long, mais un certain retard. À moins que ces express du nouveau Rapibus roulent à 100 km/h, il ne me semblait y avoir aucun gain en rapidité, et peut-être même un léger ralentissement... Cette question avait été abordée par des journalistes et éditorialistes avant la mise en oeuvre du Rapibus, mais personne ne savait trop à quoi s'attendre...
Puis j'ai lu, dans Le Droit de ce matin, les protestations d'une usagère du secteur Buckingham qui se plaignait de passer une heure de plus tous les jours en déplacement aller-retour du centre-ville. Une de mes belles-soeurs du secteur Limbour est obligée maintenant de prendre deux autobus au lieu d'un, de faire une dizaine d'arrêts additionnels, et met donc une heure de plus qu'auparavant pour se rendre au travail dans des express bondés où elles doit rester debout pendant la durée du trajet... Inutile de dire qu'elle est plutôt exaspérée... avec raison !
N'étant pas un usager régulier du transport en commun (étant en semi-retraite et ayant mon bureau à la maison), mon expérience des express du matin remonte à l'an dernier quand je suivais un cours le matin à l'Université d'Ottawa. Le service était rapide. Pas autant qu'en voiture, mais presque. J'ai remarqué que dans la publicité de la Société de transport de l'Outaouais (STO) pour le Rapibus, on mettait de l'avant quatre qualités : fréquence, fiabilité, flexibilité, facilité. Le mot rapidité n'y était pas... sans doute pour de bonnes raisons.
D'ailleurs, encore dans Le Droit, on a publié quatre exemples de durées de trajet de différents points de départ, entre les secteurs Buckingham et Gatineau. Au mieux, selon les scénarios de la STO, deux des trajets duraient 5 et 4 minutes de moins, tandis que les deux autres s'allongeaient respectivement de 4 et 8 minutes... J'ai peine à comprendre comment on peut justifier une dépense de 250 millions de dollars avec si peu de résultats en terme de temps pour les usagers. On aurait pu économiser ce 250 millions $ et les usagers n'auraient pas vu une grosse différence. Certains s'en porteraient même beaucoup mieux...
Pendant les années qu'ont duré la construction du réseau Rapibus, on a bloqué des routes, fait des détours, causé un immense fil à retordre à des commerces isolés de leurs clients, ainsi qu'à des automobilistes pris sans arrêt dans l'enchevêtrement de travaux aux heures de pointe. Les coûts aux commerçants touchés par les travaux sont-ils comptabilisés dans le 250 millions $ ? Je ne crois pas... Et tout ça pour un réseau de transport pas-si-rapide-que-ça qui n'a peu ou pas d'effet sur la durée des aller-retour au travail dans le centre-ville ?
Je veux bien croire que c'est un beau et prestigieux réseau, que ça paraît bien, qu'il y a certainement des avantages sur le plan de la sécurité mais 250 millions $... À première vue, je ne suis pas sûr qu'on en ait eu suffisamment pour notre argent... On verra comment la STO s'ajustera pour nous démontrer qu'en fin de compte, il n'y a pas eu là un énorme gaspillage de fonds publics... En tout cas, l'appeler « Rapibus » semble pour le moment de la fausse publicité...
Pourquoi diable voudraient-ils s'éloigner de leur travail, me suis-je demandé pendant une milliseconde, me souvenant des affiches inversées de la semaine dernière. Puis, dans la deuxième milliseconde, je me suis rappelé que les autobus express de jadis avaient été abandonnés depuis lundi au profit du Rapibus... cette voie flambant neuve réservée aux autobus, allant du secteur Gatineau vers le centre-ville du secteur Hull (un genre de métro en plein air sur asphalte).
Et la station Rapibus la plus commode étant située sur le boulevard Labrosse, à 1 ou 2 km à l'est (la mauvaise direction), les passagers de mon quartier fort peuplé devaient rebrousser chemin avant de pouvoir embarquer sur une de ces nouvelles « torpilles » vers le coeur du secteur Hull et d'Ottawa.
Pour ces gens, le détour doit sûrement signifier non seulement un trajet plus long, mais un certain retard. À moins que ces express du nouveau Rapibus roulent à 100 km/h, il ne me semblait y avoir aucun gain en rapidité, et peut-être même un léger ralentissement... Cette question avait été abordée par des journalistes et éditorialistes avant la mise en oeuvre du Rapibus, mais personne ne savait trop à quoi s'attendre...
Puis j'ai lu, dans Le Droit de ce matin, les protestations d'une usagère du secteur Buckingham qui se plaignait de passer une heure de plus tous les jours en déplacement aller-retour du centre-ville. Une de mes belles-soeurs du secteur Limbour est obligée maintenant de prendre deux autobus au lieu d'un, de faire une dizaine d'arrêts additionnels, et met donc une heure de plus qu'auparavant pour se rendre au travail dans des express bondés où elles doit rester debout pendant la durée du trajet... Inutile de dire qu'elle est plutôt exaspérée... avec raison !
N'étant pas un usager régulier du transport en commun (étant en semi-retraite et ayant mon bureau à la maison), mon expérience des express du matin remonte à l'an dernier quand je suivais un cours le matin à l'Université d'Ottawa. Le service était rapide. Pas autant qu'en voiture, mais presque. J'ai remarqué que dans la publicité de la Société de transport de l'Outaouais (STO) pour le Rapibus, on mettait de l'avant quatre qualités : fréquence, fiabilité, flexibilité, facilité. Le mot rapidité n'y était pas... sans doute pour de bonnes raisons.
D'ailleurs, encore dans Le Droit, on a publié quatre exemples de durées de trajet de différents points de départ, entre les secteurs Buckingham et Gatineau. Au mieux, selon les scénarios de la STO, deux des trajets duraient 5 et 4 minutes de moins, tandis que les deux autres s'allongeaient respectivement de 4 et 8 minutes... J'ai peine à comprendre comment on peut justifier une dépense de 250 millions de dollars avec si peu de résultats en terme de temps pour les usagers. On aurait pu économiser ce 250 millions $ et les usagers n'auraient pas vu une grosse différence. Certains s'en porteraient même beaucoup mieux...
Pendant les années qu'ont duré la construction du réseau Rapibus, on a bloqué des routes, fait des détours, causé un immense fil à retordre à des commerces isolés de leurs clients, ainsi qu'à des automobilistes pris sans arrêt dans l'enchevêtrement de travaux aux heures de pointe. Les coûts aux commerçants touchés par les travaux sont-ils comptabilisés dans le 250 millions $ ? Je ne crois pas... Et tout ça pour un réseau de transport pas-si-rapide-que-ça qui n'a peu ou pas d'effet sur la durée des aller-retour au travail dans le centre-ville ?
Je veux bien croire que c'est un beau et prestigieux réseau, que ça paraît bien, qu'il y a certainement des avantages sur le plan de la sécurité mais 250 millions $... À première vue, je ne suis pas sûr qu'on en ait eu suffisamment pour notre argent... On verra comment la STO s'ajustera pour nous démontrer qu'en fin de compte, il n'y a pas eu là un énorme gaspillage de fonds publics... En tout cas, l'appeler « Rapibus » semble pour le moment de la fausse publicité...
jeudi 24 octobre 2013
Le 50% plus un, légitime ou pas?
Le « 50% + 1 » référendaire fait couler beaucoup d'encre quant à sa légalité, et surtout quant à sa légitimité dans le contexte québécois et canadien. Les groupes et gouvernements qui auraient clamé haut et fort que 50% moins un constituait une défaite en 1995 sont moins chauds à accepter que 50% plus un puisse constituer une victoire au prochain référendum, si jamais il avait lieu....
La Cour suprême, en 1998, a laissé entendre qu'il fallait « une majorité claire » en faveur de l'indépendance pour que le reste du pays soit dans l'obligation de négocier. L'interprétation de cet avis judiciaire, tant par les libéraux que par les conservateurs, était et reste encore aujourd'hui qu'une majorité claire se situe quelque part au-dessus du seuil de 50% +1. Trudeau le jeune a même brandi le chiffre de 66% comme seuil de clarté...
Ce matin, dans Le Devoir, le juriste Patrice Garant, de l'Université Laval, discourait savamment sur le pourcentage de « oui » qui constituerait une majorité suffisante. Les exemples qu'il évoque en comparaison, le Montenegro (Balkans), la Transnistrie et le Nagorno-Karabakh (ces deux derniers de l'ex-URSS), sont-ils vraiment les meilleurs? De toute façon, ce que j'en retiens, c'est que même avec des majorités de plus de 97% dans les deux États de l'ex-URSS, la reconnaissance internationale de la souveraineté n'a pas suivi...
Les comparaisons sont souvent douteuses. Les sociétés des Balkans et de l'ex-URSS n'ont pas de grande tradition démocratique et ont vécu au cours du dernier siècle de grands bouleversements politiques, des guerres et de graves confrontations ethniques. Ici, au Québec et au Canada, les régimes ont été nettement plus stables et, à l'exception de violences sporadiques (rébellion de 1837, crise de la conscription de la Première Guerre mondiale), les grandes décisions se prennent le plus souvent de façon pacifique aux bureaux de scrutin.
À Québec comme à Ottawa et ailleurs au Canada, l'information circule librement, les débats se font ouvertement, sur la place publique, les régimes électoraux sont crédibles, et personne ne questionne vraiment la valeur des résultats. Un 99% dans un régime autoritaire fait sourire de scepticisme, mais un 50% plus un ici est reconnu comme expression légitime de la volonté majoritaire.
Revenons à la question de la souveraineté du Québec. Personne n'en parle vraiment, mais tout le monde sait ce que représente comme défi pour le « oui » un seuil de 50% +1. Cela veut dire aller chercher l'appui de plus de 60% des francophones et allophones francisés parce que le groupe des anglophones et allophones anglicisés voteront massivement, presque en bloc, pour le « non » sans poser de questions. Sur le plan démocratique, en cette matière, la discussion et le débat n'ont lieu, à toutes fins utiles, que chez les francophones et allophones francisés.
Ainsi, les souverainistes devront toujours « spotter » (comme disent les parieurs) une vingtaine de points au camp du « non », 20 points qui sont acquis, presque coulés dans le ciment. Au sein de la minorité anglo-québécoise et de la majorité anglo-canadienne, la fermeture d'esprit aux projets d'autonomie de la majorité francophone du Québec y est incrustée et encouragée par des médias qui ont depuis longtemps diabolisé tous ce qui peut ressembler à un « séparatiste ». Et « nous » sommes tous plus ou moins suspects pour eux... peu importe notre option.
Donc, pour gagner un référendum sur la souveraineté à 50% plus un, le « oui » doit aller chercher près des deux tiers des francophones et allophones francisés, faute de pouvoir espérer le miracle d'un réel débat ou d'une véritable ouverture au sein de la minorité anglophone et anglicisée. Le Québec étant profondément démocratique, ceux qui font de l'obstruction systématique conserveront toujours leur droit de parole et leur droit de vote. Donc, il faut d'ores et déjà compter un 20% assuré dans le camp du non, dès le départ, et accepter que le véritable débat ne concernera que 80% de la population.
Les chances d'aller chercher pour un « oui » près de 65% des francophones (presque atteint en 1995) sont minces, pour dire le moins, dans le contexte actuel. Pour atteindre le seuil de 66% évoqué par Justin Trudeau, il faudrait que plus de 80% des francophones votent « oui » à un référendum sur l'indépendance ou que des anglophones francophiles (oui, il y en a passablement) puissent secouer les préjuger anti-francophones et anti-québécois. Aussi bien dire mission impossible !
De toute façon, toute cette discussion est bien hypothétique. Le régime fédéral canadien est devenu tellement inflexible qu'en matière de changement, personne ne voit de lumière au bout du tunnel...
La Cour suprême, en 1998, a laissé entendre qu'il fallait « une majorité claire » en faveur de l'indépendance pour que le reste du pays soit dans l'obligation de négocier. L'interprétation de cet avis judiciaire, tant par les libéraux que par les conservateurs, était et reste encore aujourd'hui qu'une majorité claire se situe quelque part au-dessus du seuil de 50% +1. Trudeau le jeune a même brandi le chiffre de 66% comme seuil de clarté...
Ce matin, dans Le Devoir, le juriste Patrice Garant, de l'Université Laval, discourait savamment sur le pourcentage de « oui » qui constituerait une majorité suffisante. Les exemples qu'il évoque en comparaison, le Montenegro (Balkans), la Transnistrie et le Nagorno-Karabakh (ces deux derniers de l'ex-URSS), sont-ils vraiment les meilleurs? De toute façon, ce que j'en retiens, c'est que même avec des majorités de plus de 97% dans les deux États de l'ex-URSS, la reconnaissance internationale de la souveraineté n'a pas suivi...
Les comparaisons sont souvent douteuses. Les sociétés des Balkans et de l'ex-URSS n'ont pas de grande tradition démocratique et ont vécu au cours du dernier siècle de grands bouleversements politiques, des guerres et de graves confrontations ethniques. Ici, au Québec et au Canada, les régimes ont été nettement plus stables et, à l'exception de violences sporadiques (rébellion de 1837, crise de la conscription de la Première Guerre mondiale), les grandes décisions se prennent le plus souvent de façon pacifique aux bureaux de scrutin.
À Québec comme à Ottawa et ailleurs au Canada, l'information circule librement, les débats se font ouvertement, sur la place publique, les régimes électoraux sont crédibles, et personne ne questionne vraiment la valeur des résultats. Un 99% dans un régime autoritaire fait sourire de scepticisme, mais un 50% plus un ici est reconnu comme expression légitime de la volonté majoritaire.
Revenons à la question de la souveraineté du Québec. Personne n'en parle vraiment, mais tout le monde sait ce que représente comme défi pour le « oui » un seuil de 50% +1. Cela veut dire aller chercher l'appui de plus de 60% des francophones et allophones francisés parce que le groupe des anglophones et allophones anglicisés voteront massivement, presque en bloc, pour le « non » sans poser de questions. Sur le plan démocratique, en cette matière, la discussion et le débat n'ont lieu, à toutes fins utiles, que chez les francophones et allophones francisés.
Ainsi, les souverainistes devront toujours « spotter » (comme disent les parieurs) une vingtaine de points au camp du « non », 20 points qui sont acquis, presque coulés dans le ciment. Au sein de la minorité anglo-québécoise et de la majorité anglo-canadienne, la fermeture d'esprit aux projets d'autonomie de la majorité francophone du Québec y est incrustée et encouragée par des médias qui ont depuis longtemps diabolisé tous ce qui peut ressembler à un « séparatiste ». Et « nous » sommes tous plus ou moins suspects pour eux... peu importe notre option.
Donc, pour gagner un référendum sur la souveraineté à 50% plus un, le « oui » doit aller chercher près des deux tiers des francophones et allophones francisés, faute de pouvoir espérer le miracle d'un réel débat ou d'une véritable ouverture au sein de la minorité anglophone et anglicisée. Le Québec étant profondément démocratique, ceux qui font de l'obstruction systématique conserveront toujours leur droit de parole et leur droit de vote. Donc, il faut d'ores et déjà compter un 20% assuré dans le camp du non, dès le départ, et accepter que le véritable débat ne concernera que 80% de la population.
Les chances d'aller chercher pour un « oui » près de 65% des francophones (presque atteint en 1995) sont minces, pour dire le moins, dans le contexte actuel. Pour atteindre le seuil de 66% évoqué par Justin Trudeau, il faudrait que plus de 80% des francophones votent « oui » à un référendum sur l'indépendance ou que des anglophones francophiles (oui, il y en a passablement) puissent secouer les préjuger anti-francophones et anti-québécois. Aussi bien dire mission impossible !
De toute façon, toute cette discussion est bien hypothétique. Le régime fédéral canadien est devenu tellement inflexible qu'en matière de changement, personne ne voit de lumière au bout du tunnel...
mercredi 23 octobre 2013
Une province républicaine? Pourquoi pas?
À la suite de l'intervention d'Ottawa dans la contestation de la Loi 99, l'Assemblée nationale a réaffirmé aujourd'hui avec force, à l'unanimité, le droit du Québec de s'autodéterminer. La question de principe est importante, bien sûr, dans la mesure où Ottawa s'arroge, en particulier depuis l'ère Trudeau, un statut de supérieur hiérarchique face au Québec et aux autres provinces. Avec le rapatriement de 1982, imposé au Québec, le fédéral a notamment ajouté deux armes puissantes à son arsenal déjà lourd: la Charte canadienne des droits et libertés et le rôle constitutionnel (qui en découle) des tribunaux supérieurs, qu'Ottawa contrôle (le premier ministre fédéral nomme en effet tous les juges de ces cours).
Aussi ne faut-il pas se surprendre que les ingérences fédérales (exécutives, législatives et judiciaires) dans les compétences provinciales se soient multipliées au cours des dernières décennies. La plus récente manoeuvre, cet appui à la contestation de la Loi 99, s'inscrit dans la continuité du Renvoi sur la sécession de la Cour suprême (1998) et de la Loi sur la clarté (2000) de Stéphane Dion. Ottawa veut pouvoir décider des règles du jeu, advenant une nouvelle tentative de sécession du Québec, par voie référendaire ou autre. D'où ce rappel unanime de l'Assemblée nationale qui énonce une fois de plus la règle du 50% +1, en plus de déclarer :
« L'Assemblée nationale réaffirme que seule l'Assemblée nationale du Québec a le pouvoir et la capacité de fixer les conditions et modalités entourant la tenue d'un référendum conformément à la loi sur les consultations populaires, y compris le libellé de la question référendaire. L'Assemblée nationale réaffirme qu'aucun parlement ou gouvernement ne peut réduire les pouvoirs, l'autorité et la légitimité de l'Assemblée nationale ni contraindre la volonté démocratique du peuple québécois à disposer de son avenir.»
Ce type de motion a son utilité, si ce n'est que pour dire la volonté claire des élus qui représentent la nation québécoise. Mais elle a aussi ses limites, dans la mesure où la volonté d'Ottawa pèse lourd et où les tribunaux, y compris la Cour suprême, ne se privent pas d'exercer les pouvoirs que la Charte leur a conférés. Son utilité est davantage réduite par le fait qu'il n'existe présentement aucune tentative sérieuse de sécession ni de perspective à court terme de référendum. Le PQ est minoritaire et l'opinion publique ne semble pas portée plus qu'il ne faut sur la chose constitutionnelle...
Voilà pourquoi le gouvernement Marois, si possible avec l'appui des autres partis, aurait avantage à ne pas se limiter au traditionnel « nous avons le droit de décider seuls de notre avenir » et à poser des gestes concrets d'autodétermination. Bien sûr, on ne peut penser ici - du moins pas immédiatement - à une renégociation des pouvoirs au sein de la fédération mais des gestes concrets pourraient être posés sans remettre en question, pour le moment du moins, la structure fédérale telle qu'elle existe présentement.
Le grand débat actuel au Québec porte sur le projet de charte des valeurs et dans tout le brouhaha, il se dégage tout de même un consensus sur la neutralité et la laïcité de l'État. La chicane est encore poignée sur les signes religieux ostentatoires, mais un large compromis pourrait surgir de la pagaille actuelle. Cet accord très majoritaire sur la neutralité et la laïcité de l'État et de ses institutions pourrait être transformé en loi constitutionnelle ou quasi constitutionnelle.
Pourquoi ne profiterait-on pas du grand échange sur le projet de charte des valeurs pour transformer le Québec en république? Pas une république indépendante (il n'y aurait pas consensus là-dessus), mais une république provinciale, sans toucher pour le moment à la répartition des pouvoirs entre le Québec et le fédéral. Daniel Johnson en avait déjà fait la proposition à Ottawa en 1968. Si Québec décidait par exemple de rejeter la monarchie, de se défaire du lieutenant-gouverneur (du moins comme représentant d'un monarque qui est présentement gouverneur de l'Église anglicane, ce qui est tout à fait contraire à la neutralité et la laïcité), et d'affirmer dans sa propre constitution des valeurs à tendance républicaine, il y a de bonne chances que cela puisse rallier une majorité claire des Québécois.
Québec pourrait en profiter pour affirmer dans sa charte la suprématie du peuple, valeur républicaine, alors que la Charte canadienne affirme la suprématie de Dieu (pas très neutre) et, par extension, celle de la souveraine, la reine anglicane-en-chef Élizabeth II.
Une province républicaine? Pourquoi pas? Le projet trouverait sans doute bien des partisans ailleurs au Canada où l'engouement pour la monarchie est moins ardent qu'autrefois. On me dira que ce ne serait pas une très grande victoire pour le Québec. Je répondrai que les victoires se sont faites très rares depuis 50 ans, et que même une toute petite donnerait le goût d'aller en chercher d'autres. Jusqu'à ce qu'on ait un pays à notre image.
Aussi ne faut-il pas se surprendre que les ingérences fédérales (exécutives, législatives et judiciaires) dans les compétences provinciales se soient multipliées au cours des dernières décennies. La plus récente manoeuvre, cet appui à la contestation de la Loi 99, s'inscrit dans la continuité du Renvoi sur la sécession de la Cour suprême (1998) et de la Loi sur la clarté (2000) de Stéphane Dion. Ottawa veut pouvoir décider des règles du jeu, advenant une nouvelle tentative de sécession du Québec, par voie référendaire ou autre. D'où ce rappel unanime de l'Assemblée nationale qui énonce une fois de plus la règle du 50% +1, en plus de déclarer :
« L'Assemblée nationale réaffirme que seule l'Assemblée nationale du Québec a le pouvoir et la capacité de fixer les conditions et modalités entourant la tenue d'un référendum conformément à la loi sur les consultations populaires, y compris le libellé de la question référendaire. L'Assemblée nationale réaffirme qu'aucun parlement ou gouvernement ne peut réduire les pouvoirs, l'autorité et la légitimité de l'Assemblée nationale ni contraindre la volonté démocratique du peuple québécois à disposer de son avenir.»
Ce type de motion a son utilité, si ce n'est que pour dire la volonté claire des élus qui représentent la nation québécoise. Mais elle a aussi ses limites, dans la mesure où la volonté d'Ottawa pèse lourd et où les tribunaux, y compris la Cour suprême, ne se privent pas d'exercer les pouvoirs que la Charte leur a conférés. Son utilité est davantage réduite par le fait qu'il n'existe présentement aucune tentative sérieuse de sécession ni de perspective à court terme de référendum. Le PQ est minoritaire et l'opinion publique ne semble pas portée plus qu'il ne faut sur la chose constitutionnelle...
Voilà pourquoi le gouvernement Marois, si possible avec l'appui des autres partis, aurait avantage à ne pas se limiter au traditionnel « nous avons le droit de décider seuls de notre avenir » et à poser des gestes concrets d'autodétermination. Bien sûr, on ne peut penser ici - du moins pas immédiatement - à une renégociation des pouvoirs au sein de la fédération mais des gestes concrets pourraient être posés sans remettre en question, pour le moment du moins, la structure fédérale telle qu'elle existe présentement.
Le grand débat actuel au Québec porte sur le projet de charte des valeurs et dans tout le brouhaha, il se dégage tout de même un consensus sur la neutralité et la laïcité de l'État. La chicane est encore poignée sur les signes religieux ostentatoires, mais un large compromis pourrait surgir de la pagaille actuelle. Cet accord très majoritaire sur la neutralité et la laïcité de l'État et de ses institutions pourrait être transformé en loi constitutionnelle ou quasi constitutionnelle.
Pourquoi ne profiterait-on pas du grand échange sur le projet de charte des valeurs pour transformer le Québec en république? Pas une république indépendante (il n'y aurait pas consensus là-dessus), mais une république provinciale, sans toucher pour le moment à la répartition des pouvoirs entre le Québec et le fédéral. Daniel Johnson en avait déjà fait la proposition à Ottawa en 1968. Si Québec décidait par exemple de rejeter la monarchie, de se défaire du lieutenant-gouverneur (du moins comme représentant d'un monarque qui est présentement gouverneur de l'Église anglicane, ce qui est tout à fait contraire à la neutralité et la laïcité), et d'affirmer dans sa propre constitution des valeurs à tendance républicaine, il y a de bonne chances que cela puisse rallier une majorité claire des Québécois.
Québec pourrait en profiter pour affirmer dans sa charte la suprématie du peuple, valeur républicaine, alors que la Charte canadienne affirme la suprématie de Dieu (pas très neutre) et, par extension, celle de la souveraine, la reine anglicane-en-chef Élizabeth II.
Une province républicaine? Pourquoi pas? Le projet trouverait sans doute bien des partisans ailleurs au Canada où l'engouement pour la monarchie est moins ardent qu'autrefois. On me dira que ce ne serait pas une très grande victoire pour le Québec. Je répondrai que les victoires se sont faites très rares depuis 50 ans, et que même une toute petite donnerait le goût d'aller en chercher d'autres. Jusqu'à ce qu'on ait un pays à notre image.
Inscription à :
Articles (Atom)
