lundi 3 juin 2013

Les bibittes sortent des placards

Le texte du chroniqueur Matt Gurney, du National Post, intitulé « To protect the French language, Quebec must separate from Earth » (http://bit.ly/17QSbDl), a suscité près de 600 commentaires de lecteurs ainsi qu'une cinglante réplique de la chroniqueure Sophie Durocher dans le Journal de Montréal (voir http://bit.ly/12qd5HD).

Et comme d'habitude, dans ce genre d'histoire où il est question du Québec et de la langue française, de nombreuses bibittes friandes d'un peu d'hystérie antifrancophone sortent des placards... Pour rendre justice au Post, il faut reconnaître que de nombreux commentaires sont relativement bien informés et intéressants. Plusieurs, par contre, et certains des plus prisés des lecteurs, me feraient dresser les cheveux sur la tête s'il m'en restait beaucoup... D'où ces gens sortent, je ne saurais dire, mais ce ne sont pas des types avec lesquels il serait facile de dialoguer...


Voici quelques-uns des commentaires les plus juteux :


1. Nous aurions apparemment des ayatollahs de la langue qui empêchent Montréal de prospérer...


* Send these language Ayatollahs into deep space and maybe, finally my city, Montreal, can prosper again. Instead of actually having kids of their own, these xenophobes want Allophones to do their heavy lifting to save their glorious language/culture. Not gonna happen!

9 lecteurs favorables, 3 défavorables

2. Trudeau a rendu le Canada bilingue en une nuit et n'a pas permis au reste du pays d'apprendre le français... Saviez-vous ça?


* You refuse to see that millions of English guys like me have forfeited their lives because Trudeau made Canada "Bilingual" overnight and did not allow the ROC to be taught French - a plan of exclusion-genocide! Here Quebec has had 254 years to learn English and refuses.

3. Entre autres, nous sommes des communistes qui veulent tout sans payer...
* Your crazy laws and the superiority you feel over others is also stupid. I know longer care if you leave - sick to death of the bunch of you and yes you are communist wanting everything for free and having the government make all your decisions for you (just like mom). 
4. La partition du Québec permettra d'éviter la guerre civile...
* Civil war can be avoided if we partition this damn place by democratic votes by municipality and/or federal districts. That's what many of us want - to get rid of these crazy language militants and still remain Canadian. 
5. La Gazette est un torchon qui ne défend pas suffisamment les anglophones...
* The Gazette is a rag - like most - and didn't stick-up enough for English rights in Quebec!
6. Le bilinguisme était un acte de haute trahison communiste ! Tenez-vous le pour dit !
* Of course Bilingualsm is not working! It was an act of communist High Treason when it was criminally and unconstitutionally imposed.
7. Il serait intéressant de vérifier cette allégation.
* I would bet that the percentage of Federal government positions held by French speaking Canadians far exceeds the French speaking population of Canada...
8. Sa seule utilisation du français? Corriger des boîtes de céréales mal traduites...
* I graduated from a full french school and the only use I've had of it so far has been correcting poorly translated cereal boxes and occasionally using it as an excuse for some mistakes I make when speaking in English . However french isn't the only language that is losing it's fame. I was in Estonia a week ago and I was surprised by how many people spoke fluently in English compared to those who only spoke Estonian.
9. Le français, langue de l'hystérie et de la division...
* English-The Language of Business and Accomplishment. French-The Language of Hysteria and Division.
10. Cette comparaison est... je cherche un mot...
* French approach, and this is just as applicable to France as to its orphan child Quebec, to promoting French culture is akin to that of an abusive husband who believes that the more he beats his wife, the more loyal and loving she will be.
11. À l'ordre du jour du PQ: interdire les mariages entre francophones et anglophones...
* On the current PQ agenda: banning mixed Anglophone and Francophone marriages...
12. Vite, les derniers sacrements...
* Face it, French is a dying language.
13. Au menu canadien : salade de mandarines...
* Mandarin is currently the third most widely spoken language in Canada. It could very well become the second within a generation.
14. Le Québec est dirigé par des Nazis avec un programme de nettoyage ethnique...
* Quebec is run by a bunch of ethnic cleansing nazis that need to be eradicated from the landscape. 28 lecteurs favorables, 4 défavorables.
15. Le projet de loi 14: ridicule et discriminatoire.
* Go and tell that to la reine pauline, so she doesn't need to push uberly ridiculous and discriminatory laws like bill 14 because she thinks that french will disappear from Canada.
16. Le Canada et les USA devraient étrangler le Québec financièrement...
* Quebec should separate and the US and Canada should put a financial noose around its neck and end this toxic fkg culture - worse than the nazis. 18 lecteurs favorables, 3 contre.
17. Retour à l'Allemagne nazie: quand identifiera-t-on les Anglais avec des tatouages?
* When will you demand the english be identified with tattoos?
18. ...le racisme inhérent des Québécois?
* This still doesn't address the inherent racism of French Quebeckers.
19. À court d'arguments, on se contente de nous insulter...
* Note to quebec space agency. the fiery end of the rocket goes at the bottom. 27 lecteurs favorables, 2 contre...
20. On oublie de dire que la catégorie « autres » inclut des dizaines de langues...
* More Canadians speak 'other' (other than an official language) languages in their homes than speak French at home. 
21. Celle-ci, malheureusement, a un fond de vérité hors-Québec...
* There is no reason for us to learn French, but every reason for you to learn English. OK?
22. Filons vers une autre planète...
* If the PQ wants to isolate their people and their language then going to another planet makes perfect sense. 21 lecteurs favorables, 2 contre...
23. Apparemment, pour l'immense majorité des anglos nord-américains, aucune langue seconde n'est utile...
* Learning a second language is a wonderful thing. But wouldn't it be better to choose one that might be useful?



mardi 28 mai 2013

1968 et 2013 - une comparaison qui s'impose

Quelques jours après le congrès de la Convergence nationale, à Montréal, les partis indépendantistes semble semblent toujours bien loin d'un rapprochement. Je suis assez vieux pour me souvenir d'une situation semblable à la fin des années 1960. Pourquoi a-t-on réussi là, et pas maintenant? Je n'ai pas de réponse, mais je pense que cela vaut la peine de poser la question en comparant les deux époques.

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En ce début de 21e siècle, les souverainistes québécois et leurs sympathisants de toutes orientations apparaissent forts en principes, mais plutôt faibles en calculs. Plus, en tout cas, que leurs prédécesseurs des années 1960, les premiers à porter sérieusement l'option de la souveraineté-association dans l'arène électorale provinciale.

Après l'élection de 1966, et ce jusqu'à 1968, l'idée d'un Québec pays-plus-que-province faisait son chemin. La portée des succès relatifs du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), qui avait regroupé les pionniers du mouvement depuis le début de la décennie, de Marcel Chaput à Pierre Bourgault, avait été comprise par nombre de politiciens « nationalistes » affiliés aux partis traditionnels. La présence du RIN, même si le parti n'avait récolté aucun siège, avait contribué à la défaite du gouvernement Lesage et à l'élection de l'Union nationale de Daniel Johnson.

Les 73 candidats du RIN, occupant le côté gauche de l'échiquier politique, avaient récolté près de 130 000 voix, soit 5,55% des suffrages. Et les 90 candidats du plus récemment formé Ralliement national (RN), second parti indépendantiste composé de dissidents du RIN et d'anciens créditistes, avaient quant à eux amassé près de 75 000 voix (3,2% de l'électorat). Ensemble, les deux formations avaient réussi à ravir aux vieux partis l'appui d'environ 11% des électeurs francophones.

L'année suivante, c'était De Gaulle et son « Vive le Québec libre », suivi du schisme au sein du Parti libéral avec la défection de François Aquin et René Lévesque, puis la fondation du Mouvement souveraineté-association (MSA). Il y avait donc, en 1968, trois formations indépendantistes, comme aujourd'hui, et les écarts idéologiques entre leurs dirigeants (Pierre Bourgault, René Lévesque et Gilles Grégoire) étaient au moins aussi importants, sinon plus, que ceux qui séparent aujourd'hui le Parti québécois, Québec Solidaire et Option nationale.

La fusion de 1968

À l'époque, à cause de son chef et de son orientation centre-gauche, celle qui avait caractérisé l'esprit de la Révolution tranquille, le MSA semblait rallier le plus d'appuis populaires. Le RN et le MSA ont assez rapidement décidé d'unir leurs forces, et le Parti québécois est né de leur fusion. Malgré les divergences majeures et des chefs qui s'enduraient difficilement à l'occasion, le RIN s'est ensuite sabordé au nom de l'unité du front électoral indépendantiste, permettant au Parti québécois de présenter seul l'option d'un Québec souverain aux élections de 1970.

Comment se fait-il qu'en 2013, des chefs comme Pauline Marois, Françoise David et Jean-Martin Aussant, qui ont - me semble-t-il - moins de divergences entre eux que René Lévesque, Gilles Grégoire et Pierre Bourgault en 1968, ne parviennent pas à s'entendre sur une formule qui permettrait de ne pas diviser inutilement le vote souverainiste au prochain scrutin général? De fait, non seulement n'envisage-t-on pas une fusion ou un quelconque front uni, les partis indépendantistes semblent parfois attaquer leurs «frères» souverainistes avec plus de virulence que leurs adversaires fédéralistes...

Purs et durs sur le plan de la partisanerie, mais nuls en calculs électoraux. La situation a changé depuis l'époque fébrile des années 1960 et du début des années 1970. L'élection de gouvernements successifs du Parti québécois et l'expérience de deux référendums a favorisé un durcissement du bloc d'environ 20% d'anglophones et d'anglicisés (formé d'allophones et de francophones assimilés ou en voie d'assimilation). Ce bloc s'est à toutes fins utiles retiré des grands débats constitutionnels québécois et s'est fermement ancré, yeux fermés et oreilles bouchées, dans un statu quo qui frise l'immobilisme.

Le poids mort...

Ce bloc anglo/anglicisé est devenu un boulet que l'autre 80% (formé surtout de francophones, mais incluant aussi une minorité d'anglophones francophiles et d'allophones francisés ou en voie de francisation) traîne d'élection en élection, de référendum en référendum. À chaque élection, le «boulet» s'accroche principalement au Parti libéral. Les tentatives d'autres partis, comme la CAQ, ou de formations anglophones comme le Parti égalité, n'auront que des succès mitigés à court terme. Le PLQ continuera d'amorcer chaque campagne avec un acquis de près de 20 points sur lequel il peut bâtir...

Les autres partis se disputent donc, essentiellement, 80% de l'électorat. C'est là que vit la démocratie au Québec. Les règles du jeu nous obligeront toujours à accepter la présence du «boulet» de 20% d'anti-francophones, sans vraiment pouvoir espérer d'eux une contribution positive à la protection et à la promotion d'un Québec français (même dans le cadre fédéral actuel, et encore moins dans un État autonome ou souverain). Les partis autres que le PLQ se disputent donc la faveur de 80% d'électeurs et pour prendre le pouvoir avec une majorité à l'Assemblée nationale, il faut probablement aller chercher au moins la moitié de ce 80%. Pour gagner un référendum sur l'indépendance ou sur un degré d'autonomie accru pour le Québec, il faut obtenir l'appui de près des deux tiers de ce bloc de 80% !

En septembre 2012, les votes combinés du PQ, de Québec solidaire et d'Option nationale frisaient ce seuil de 40% et sous une seule bannière, auraient donné au Parti québécois une solide majorité d'au moins 70 circonscriptions, surtout avec la forte présence de la CAQ. La division des partis «souverainistes» a presque redonné le pouvoir à Jean Charest. Tout indique qu'une élection pourrait avoir lieu en 2014, même si la CAQ ne précipitera rien avec la remontée en flèche de la marque libérale depuis l'élection de Philippe Couillard et de l'effet provincial - ou il y en a un... - de l'élection de Justin Trudeau chez les libéraux fédéraux.

L'enjeu : notre avenir

Si la tendance actuelle se maintient, c'en sera fini, à court et à moyen terme, de tout effort de renforcement du français et des pouvoirs du Québec - même à l'intérieur du Canada. De recensement en recensement, depuis les années 1960, notre masse critique s'effrite. Le PLQ est à deux doigts de transformer le Québec en province bilingue. Et la CAQ ne fera guère mieux. Pendant ce temps, ceux et celles qui ont la meilleure chance de protéger le Québec et la langue française poursuivent des affrontements qui ne peuvent que mener à leur défaite. Savent-ils que l'enjeu principal, l'avenir de notre peuple, compte plus que leurs trop souvent stériles confrontations ?






mardi 7 mai 2013

MétéoMédia et la région de Gatineau...

Je ne sais si, comme mon épouse et moi, vous syntonisez MétéoMédia en début de journée, en faisant le lit et en vous habillant... Un petit 15 ou 20 minutes à écouter le bulletin régional et les échanges entre les deux Miss Météo du matin... Toujours étonnant quand celle qui est en studio, ayant à la main tous les ordinateurs et cartes, demande à celle qui n'a rien d'autre qu'un micro, à l'extérieur, dans la rue, quelque part, d'expliquer aux auditeurs les prévisions météorologiques partout au Québec...

Enfin, ça c'est amusant, guère plus... Ce qui me dérange le plus c'est le bulletin régional, diffusé aux 10 minutes... Il suffit de le regarder une fois pour voir à quel point MétéoMédia ne connaît absolument rien à la région de Gatineau et d'Ottawa. Ce ne sont que des détails, mais ils sont irritants pour des types comme moi, et d'autres sans doute, qui suivent la météo de près.

Durant le bulletin, on indique les valeurs record, et celles de Gatineau, je ne sais pas où ils les ont dénichées mais ce doit être dans un coin reculé de l'arrière-pays plus près du cercle arctique que du sud de l'Outaouais. Pour aujourd'hui, et ce n'est qu'un exemple parce que c'est comme ça tous les jours, on indique un maximum record de 20 degrés en 1971 - ce qui n'a absolument aucun sens.

La température moyenne pour ce temps-ci de l'année oscille entre 15 et 20 degrés, et le record pour Ottawa (pour ceux qui ne le savent pas, la température au centre-ville de Gatineau est à peu près identique, la plupart du temps, à celle du centre-ville d'Ottawa - à peine un km les sépare...) est de 28,8 degrés pour un 7 mai... et on risque de le surpasser aujourd'hui. Même en Abitibi, à Val-d'Or, et jusqu'à la Baie d'Hudson, le record pour un 7 mai dépasse les 20 degrés...

D'autre part, MétéoMédia présente durant son bulletin les prévisions pour trois « points d'intérêt » différents situés dans le secteur des prévisions. Pour la nôtre, ils ont choisi la Colline du Parlement, le Parc Major et le « Byward Market » (que tous les francophones, par ici, appellent « Marché By »...). Le type qui a fait ce choix n'a de toute évidence jamais mis les pieds à Ottawa. Sinon, il saurait que du Parc Major, on peut presque jeter un caillou sur la Colline du Parlement d'un côté, et sur le Marché By de l'autre. Ces trois emplacements sont exactement au même endroit...

Enfin, à la fin du bulletin, on donne également les températures pour « Gatineau Park » et « Rockcliffe Park », au lieu de les appeler par leur nom français... Parc de la Gatineau et Parc Rockcliffe... Pire, ce matin, on a remplacé « Gatineau Park » par « Tulip Festival »... encore l'appellation anglaise... Ça existe, Festival des tulipes !

Et pour boucler la boucle, on peut aussi visionner d'autres prévisions régionales, avec petite musique de fond, présentées parce que les animateurs en studio parlent de la circulation sur les routes de Montréal...  pour le gros bloc d'auditeurs de la métropole. Le problème c'est qu'on entend leurs voix camouflées en même temps que la trame musicale...

Ça fait un peu broche à foin...







lundi 6 mai 2013

Le Tigre, les francophones et les « gars de l'Ontario »

Michel Bergeron n'est pas le seul à se plaindre de la raréfaction des joueurs de langue française à Montréal. La plupart des francophones, y compris moi, seront d'accord avec lui. Mais M. le Tigre devrait s'en tenir à ce qu'il connaît bien... et ne pas trop s'aventurer hors de la métropole, de Québec ou de la grosse pomme...

Dans Le Droit de samedi, dans sa chronique (rédigée, il est vrai, par autre que lui), après avoir affirmé qu'il ne reste que deux francophones au sein de l'équipe des Canadiens de Montréal - David Desharnais et Francis Bouillon - il poursuit en déclarant qu'on retrouve un seul francophone chez les Sénateurs d'Ottawa - Guillaume Latendresse.

Ce matin, après le spectaculaire tour du chapeau d'hier soir, M. Bergeron doit bien se demander comment il a fait pour oublier la présence du Gatinois Jean-Gabriel Pageau, qui se donnait tout à coup des airs de Guy Lafleur. Et comme si cette omission n'était pas en soi une faute suffisamment grave pour un expert de la trempe du Tigre, il est allé ajouter, sans doute pour les écarter de la liste des francophones : « Marc Méthot et André Benoit sont deux gars de l'Ontario. »

Je ne sais pas à quel point Marc Méthot et André Benoit sont « francophones » dans leur vie quotidienne de hockey. De fait, combien de joueurs, même québécois, le sont-ils ? Ce que je sais c'est que Marc Méthot a été identifié comme franco-ontarien par le vétéran chroniqueur Marc Brassard (du Droit) et qu'André Benoit est originaire de Saint-Albert, un village de l'Est ontarien où les Anglais sont aussi rares que la marde de pape...

Il faudrait peut-être informer M. Tigre que le simple fait d'être Ontarien ne signifie pas automatiquement que l'on ne soit pas francophone, et que, même, près d'un million d'Ontariens anglophones connaissent le français... du moins d'après le recensement de 2011...


dimanche 5 mai 2013

Si c'étaient des étudiants anglo-québécois...

Si les étudiants collégiaux et universitaires anglo-québécois étaient présentement réunis en assemblée générale à Montréal pour parler du statut de l'anglais et des services en anglais au Québec, la horde médiatique - anglophone et francophone - déferlerait sur leurs assises !

Mais voilà, ce sont les délégués du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) qui sont en assises annuelles à Toronto pour discuter, entre autres, du projet de créer une université de langue française en Ontario et des moyens d'assurer la survie et l'essor du français au postsecondaire... Alors là, bien sûr, c'est l'indifférence médiatique presque totale...

Cela ne surprend guère de ne pas y voir les médias de langue anglaise... J'ai souvent l'impression qu'ils ne s'intéressent à nous que pour assouvir leur perception erronée d'une nation de bébés gâtés qui en demande toujours plus ou, pire, quand il s'agit du Québec, de racistes toujours prêts à s'en prendre aux pauvres Anglo-Québécois démunis... L'histoire de ce pays réfute toutes leurs perceptions mais ils n'ont que faire de la vraie réalité...

Cela fait mal, cependant, de constater la relative indifférence des médias de langue française... et en particulier ceux du Québec. Les rencontres étudiantes franco-ontariennes sont rarement des affaires flamboyantes. Ce n'est pas pas le « style » d'une minorité à qui l'on imposé, depuis plus de 100 ans, de quêter des miettes et surtout de s'abstenir de trop brasser la cage... Demander peu, et en douceur... parce que si les Anglais se choquent, ce sera pire...

Il y a eu une seule exception majeure depuis le règlement 17, en 1912, et c'est l'affaire Montfort où des milliers de Franco-Ontariens, appuyés cette fois par une forte présence médiatique, ont monté aux barricades et signé une importante victoire politique et judiciaire. Or, dans cet environnement où il faut presque toujours dire les choses sans les dire vraiment pour ménager les susceptibilités, et où il est de bon aloi de gonfler les statistiques favorables pour se convaincre que tout va bien, le RÉFO est une bouffée d'air frais.

Il y a là un noyau de jeunes qui semblent prêts à monter au front pour réclamer ce que les Anglo-Québécois ont en abondance depuis la Confédération : une université bien à eux, ouverte à toute la francophonie canadienne et internationale. Et ils ne cherchent pas à escamoter l'urgence de la situation, « Les statistiques sont alarmantes. L'assimilation est un enjeu auquel on fait réellement face », lançait vendredi Geneviève Latour, coprésidente du RÉFO juste avant l'ouverture des assises annuelles de l'organisation.

Dans un petit reportage de Radio-Canada, un des rares à parler du congrès, le journaliste s'est donné la peine d'interviewer la ministre ontarienne Madeleine Meilleur, qui a confirmé les craintes des sceptiques et sapé l'optimisme de ceux qui avaient cru voir un changement important de cap dans le présent gouvernement ontarien. L'université franco-onarienne, a-t-elle dit, « c'est pas une priorité pour moi pour l'Instant. Pour moi, c'est d'augmenter la disponibilité des cours pour les francophones dans le centre et le sud-ouest ontarien (Toronto et le sud-ouest). »

Voilà. Le ballon, déjà trop petit, se dégonfle à vue d'oeil. Alors que plus de la moitié des Franco-Ontariens qui poursuivent des études universitaires dans des institutions bilingues le font à l'Université d'Ottawa et que plus de 20% des étudiants francophones à l'Université Laurentienne, à Sudbury, sont inscrits à des programmes en anglais alors que ceux-ci sont disponibles en français... la ministre n'a comme priorité que la « disponibilité » de programmes en français dans le sud de la province... Retour à la réalité 101...

Pour le RÉFO, la route risque d'être longue et ardue. Sans le poids du nombre, sans un fort niveau de mobilisation, dans un climat d'indifférence médiatique, le défi est formidable. Mais pas impossible. Il suffit parfois d'une poignée d'irréductibles pour ébranler les puissances en place. La cause est juste et noble. Il ne faut surtout pas lâcher !


lundi 29 avril 2013

L'abandon du Québec français par le PLQ et la CAQ


Le projet de loi 14 est moribond. Les libéraux contestent le principe même de cet effort de renforcement de la Loi 101, les caquistes projettent plutôt de l’édenter article par article, et le gouvernement Marois n’a pas suffisamment de députés pour en assurer l’adoption. À la fin, au rythme où vont les choses, seules survivront quelques vagues intentions sans conséquences. Et derrière cette levée de boucliers de l’Opposition se profile une tendance, de plus en plus perceptible, vers l’abandon tout court du projet historique d’un Québec français.

Dans une déclaration conjointe, le nouveau chef libéral, Philippe Couillard, et le porte-parole libéral pour la Charte de la langue française, Marc Tanguay, n’y vont pas de main morte. « Le bilinguisme, déclarent-ils, n’est pas une menace, mais un atout essentiel auquel tous les jeunes Québécois doivent avoir accès. » Outre le fait que MM. Couillard et Tanguay ne semblent pas comprendre la réelle différence entre un bilinguisme/plurilinguisme individuel enrichissant et le bilinguisme collectif comme signe d’assimilation d’une société, leur message est clair : l’anglais est « essentiel » et « tous » les jeunes Québécois francophones doivent l’apprendre…

Ce que le Parti libéral propose donc, si ses intentions se réalisent, c’est l’évolution vers un Québec carrément bilingue, où la notion du français langue commune perdra graduellement toute utilité. Pourquoi chercherait-on à promouvoir le français comme langue de travail, ou à l’exiger comme langue d’affichage, si tous les francophones peuvent bien se débrouiller en anglais ? Et si tous les francophones du Québec apprennent un jour l’anglais comme le souhaitent MM. Couillard et Tanguay, qu’en concluront alors les allophones et anglophones québécois ? Qu’au fond, il n’est plus vraiment nécessaire de connaître le français… même au Québec.

Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, a beau sermonner les libéraux – avec raison – sur leur manque d’ardeur à défendre la langue française, son parti partage avec le PLQ un appui enthousiaste au projet d’anglais intensif à l’école primaire ; le refus d’une remise en question du statut bilingue de certaines municipalités ; l’opposition à la francisation obligatoire de petites entreprises ; l’appui au droit des militaires francophones d’angliciser leurs enfants au Québec ; et la protection de l’accès des francophones aux cégeps de langue anglaise, entre autres. De fait, après lecture de la liste de conditions posées par la CAQ pour un « appui » au projet de loi 14, il ne reste pas grand-chose du projet de loi 14.

L’argument avancé ici ne vise pas à défendre le libellé, ou même l’efficacité éventuelle des mesures proposées par le gouvernement de Mme Marois dans le projet de loi 14. Comme tout projet législatif, il mérite sans doute d’être scruté. Il peut être modifié et/ou amélioré. Non, ce qui inquiète, dans le refus catégorique des libéraux et dans l’opposition pointilleuse de la CAQ, c’est la perception de l’abandon de l’objectif de base, soit celui d’assurer la pérennité du français langue commune dans le seul territoire nord-américain où les francophones restent majoritaires...

samedi 20 avril 2013

Données linguistiques du recensement 2011 : quelques comparaisons intéressantes...

Qu'ont en commun les villes québécoises de Montréal, Laval, Gatineau, Brossard, Vaudreuil-Dorion et Pontiac, et les municipalités ontariennes de Hawkesbury, Clarence-Rockland, Kapuskasing, Alfred-Plantagenet, Champlain et Nipissing-Ouest? Elles ont toutes une majorité francophone, et dans chacune de ces localités, le recensement de 2011 démontre que la dynamique linguistique favorise l'anglais... À certains endroits, cela s'explique par l'assimilation directe de francophones, ailleurs par la force d'attraction qu'exerce l'anglais auprès des allophones. Peu importe, le résultat final reste le même...

Oui, je sais que c'est plate, analyser des colonnes de statistiques, mais les régions dont je parle ici comprennent certains des coins les plus francophones de l'Ontario, ainsi que trois des quatre plus grandes villes du Québec (Montréal, Laval et Gatineau). Si ces régions s'anglicisent, il n'y aura plus grand espoir pour le reste... Partout, une comparaison des données sur la langue d'usage (la langue la plus souvent parlée à la maison) et sur la langue maternelle (la première langue apprise et encore comprise) indique des gains substantiels de l'anglais, alors que le français oscille entre des reculs inquiétants et des gains très modestes.

Quant aux données sur la connaissance des langues officielles, elles sont également révélatrices car elles permettent de savoir - pour les deux langues officielles seulement - le nombre d'individus qui ne parlent que le français, qui ne parlent que l'anglais, ou qui parlent l'anglais et le français. Ces données font abstraction des langues non officielles. Par exemple, le bilingue arabe-français sera compté comme un unilingue francophone, le bilingue arabe-anglais comme un unilingue anglophone et le plurilingue arabe-français-anglais comme un bilingue français-anglais. Cela a de l'importance pour la grande région montréalaise surtout, où il existe de fortes concentrations d'allophones.

L'Ontario

Prenons les municipalités ontariennes une à une. D'abord celles de l'Est ontarien, situées toutes entre Ottawa et la frontière québécoise au sud de la rivière des Outaouais :

* Clarence-Rockland (pop. totale 22 905). La plus rapprochée des banlieues est d'Ottawa, elle compte 63,9% de francophones selon la langue maternelle, mais seulement 57,4% parlent français le plus souvent à la maison. Les anglophones, près du tiers selon la langue maternelle (31,2%), passent à près de 39% avec la langue d'usage. Connaissance des langues officielles : français seulement (9,3%), anglais seulement (21,6%), bilingues (69%). Cela signifie que dans une ville à 64% francophone, 78% des gens connaissent le français, alors que 90,6% connaissent l'anglais. Tirez vos propres conclusions...

* Champlain (pop. totale 8 515). Région davantage rurale à l'est de Clarence-Rockland. Répartition des francophones : 61,4% selon la langue maternelle, 57,8% selon la langue d'usage. Les anglophones : 34,2% (langue maternelle), 39,5% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (12,6%), anglais seulement (20,3%), bilingue (66,9%). Encore une fois, la minorité anglophone reste largement unilingue anglaise, tandis que la majorité francophone est massivement bilingue et s'anglicise lentement.  Proportion de la population qui connaît le français : 79,5%; qui connaît l'anglais : 87,2%.

* Alfred-Plantagenet (pop. totale 9 025). Région largement rurale entre Champlain et Hawkesbury. Répartition des francophones : 75,3% selon la langue maternelle, 72% selon la langue d'usage. Les anglophones : 20,6% (langue maternelle), 25,5% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (18,2%), anglais seulement (14,3%), bilingue (67,4%). Proportion de la population qui connaît le français : 85,6%; qui connaît l'anglais : 81,7%. Même ici, assez loin de la capitale, avec une très forte majorité francophone, il y a érosion du français et une majorité d'anglophones reste unilingue.

* Hawkesbury (pop. totale 10 350). Seule ville ontarienne de 10 000 personnes ou plus qui reste majoritairement et solidement francophone. Répartition des francophones : 78,6% selon la langue maternelle, 76,8% selon la langue d'usage. Les anglophones : 15,3% (langue maternelle), 18,5% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (23,3%), anglais seulement (9,3%), bilingue (67,3%). Proportion de la population qui connaît le français : 90,6%; qui connaît l'anglais : 76,6%. Même dans ce milieu fortement francophone, l'anglais enregistre de légers gains...

Allons maintenant faire un virage vers le Nord ontarien, pour examiner deux municipalités :

* Nipissing-Ouest (comprend Sturgeon Falls) (pop. totale 13 970). Région entre Sudbury et North Bay. Répartition des francophones : 63,4% selon la langue maternelle, 54,5% selon la langue d'usage. Les anglophones : 33% (langue maternelle), 42,6% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (5%), anglais seulement (26,7%), bilingue (68,3%). Proportion de la population qui connaît le français : 73,3%; qui connaît l'anglais : 95%. Les indications sont alarmantes. Cette région s'anglicise rapidement avec une population francophone presque totalement bilingue et une minorité anglophone à majorité unilingue anglaise.

* Kapuskasing (pop. totale 8 045). Petite ville située sur la route 11 entre Cochrane et Hearst. Répartition des francophones : 67,9% selon la langue maternelle, 59,1% selon la langue d'usage. Les anglophones : 27,1% (langue maternelle), 37% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (8,1%), anglais seulement (19,8%), bilingue (72%). Proportion de la population qui connaît le français : 80,1%; qui connaît l'anglais : 91,8%. À peine moins alarmant qu'à Nipissing-Ouest, et tendance identique...

Le Québec

* Montréal (pop. totale 1 627 945). Répartition des francophones : 50,3% selon la langue maternelle, 54,4% selon la langue d'usage. Les anglophones : 12,7% (langue maternelle), 19,7% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (31,1%), anglais seulement (10,3%), bilingue (55,8%). Proportion de la population qui connaît le français : 86,9%; qui connaît l'anglais : 66,1%. Le français fait des gains auprès des allophones, mais beaucoup moins que l'anglais... La force d'attraction de l'anglais reste supérieure.

* Laval (pop. totale 397 570). Répartition des francophones : 60,8% selon la langue maternelle, 65,2% selon la langue d'usage. Les anglophones : 7% (langue maternelle), 12,9% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (36,6%), anglais seulement (5%), bilingue (56,5%). Proportion de la population qui connaît le français : 93,1%; qui connaît l'anglais : 61,5%. Même dans une ville où les anglophones sont une toute petite minorité, l'anglais conserve une force d'attraction supérieure au français chez les allophones.

* Brossard (pop. totale 78 830). Répartition des francophones : 47,4% selon la langue maternelle, 50,5% selon la langue d'usage. Les anglophones : 12% (langue maternelle), 17,2% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (23,2%), anglais seulement (11,2%), bilingue (61,6%). Proportion de la population qui connaît le français : 84,8%; qui connaît l'anglais : 72,8%. Même constatation qu'à Montréal et Laval.

* Vaudreuil-Dorion (pop. totale 33 105). Répartition des francophones : 64,2% selon la langue maternelle, 63,7% selon la langue d'usage. Les anglophones : 19,6% (langue maternelle), 25,3% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (27,3%), anglais seulement (9%), bilingue (63%). Proportion de la population qui connaît le français : 90,3%; qui connaît l'anglais : 72%. Ici, au chapitre de la langue d'usage, seul l'anglais enregistre des gains. Légère régression du français.

* Gatineau (pop. totale 263 255). Répartition des francophones : 77,2% selon la langue maternelle, 78,1% selon la langue d'usage. Les anglophones : 11% (langue maternelle), 13,4% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (28,9%), anglais seulement (6,5%), bilingue (64%). Proportion de la population qui connaît le français : 93,9%; qui connaît l'anglais : 70,5%. La ville la plus bilingue du Québec... Croissance plus rapide de l'anglais langue d'usage. Malgré tout, avec la proximité d'Ottawa, ce pourrait être pire...

* Pontiac (pop. totale 5 625). Petite localité à l'ouest de Gatineau, à l'entrée de la grande région du Pontiac. Répartition des francophones : 55,7% selon la langue maternelle, 51,7% selon la langue d'usage. Les anglophones : 39,1% (langue maternelle), 44,9% (langue d'usage). Langues officielles : français seulement (13%), anglais seulement (23,7%), bilingue (63,2%). Proportion de la population qui connaît le français : 76,2%; qui connaît l'anglais : 86,9%. Ici, la dynamique linguistique ressemble davantage à celle de l'Ontario...


Quelques conclusions qui me paraissent évidentes.

* La « bilinguisation » massive des francophones entraîne des transferts linguistiques vers l'anglais, en Ontario comme au Québec.
* Partout, une proportion plus qu'appréciable des anglophones demeure unilingue. Ils ont partout la possibilité de vivre en anglais, même très minoritaires, en Ontario comme au Québec.
* La force d'attraction de l'anglais reste supérieure à celle du français, même au Québec, auprès des allophones.