En décembre 1969, j'avais 23 ans. J'étais journaliste du Droit depuis le début de juin. Un petit nouveau, quoi, fraîchement débarqué des sciences sociales et des mouvements de révolte étudiants de 1968, prêt à changer le monde... Et voilà que quelques jours avant Noël, on convoque tout le personnel du Droit dans la grande rotonde de l'édifice de la rue Rideau...
Le président de l'Association des employés du quotidien (un organisme dont on avait vaguement entendu parler) s'adresse alors ainsi aux quelques centaines de personnes entassées au rez-de-chaussée et dans les escaliers : « Je vous présente Aurèle Gratton (directeur général du Droit, ou disait-on «gérant» à l'époque?). Il est notre père, nous sommes ses enfants. Écoutons-le. »
Et nous, la bande de jeunes journalistes, de s'esclaffer... Formés à l'école du syndicalisme combatif de l'après-Révolution tranquille, nous ne retenions de cette présentation qu'un paternalisme qui nous semblait totalement dépassé. Il ne nous est jamais venu à l'idée de nous interroger sur l'esprit qui animait nos collègues plus âgés dans l'entreprise, pour qui l'évocation de symboles familiaux semblait normale, voire émouvante.
Quelques années plus tard, quand, le premier matin de mes vacances estivales, je suis allé faire un tour à la salle des nouvelles (et je n'étais pas le seul...), j'ai compris que le journal était devenu pour moi, et pour d'autres, un second chez-soi. Ce n'était peut-être pas «la grande famille» comme pour les générations précédentes, en tout cas pas tout à fait, mais un puissant lien s'était forgé, presque à notre insu...
Il y avait toujours, fin années soixante début années soixante-dix, d'anciens employés avec 30 et 40 et même plus d'années de service. Certains étaient arrivés à la fin des années 20. Ces pionniers avaient connu la toute première génération d'artisans du journal. C'était un peu comme les anciennes familles où grands-parents, parents et enfants cohabitaient dans la même maison. Il y avait une continuité, un fil conducteur, un sens des origines et de son lien avec le présent et l'avenir.
En rétrospective, je crois que les jeunes de mon époque avaient raison de vouloir tout chambarder, et que les plus vieux avaient eux aussi raison de vouloir conserver leurs acquis. Le truc, c'est sans doute de savoir quoi changer et quoi garder. Aujourd'hui, je regarde Le Droit et j'ai de la difficulté à imaginer les sentiments qui animent la génération de jeunes journalistes qui a pris la relève.
Ils n'ont pas vécu, sauf pour quelques-uns des plus anciens, les mêmes expériences que nous. Ils n'ont pas vécu le bruit, l'odeur et la chaleur des anciens ateliers avec les linotypes, le plomb et les fiers artisans qui ont vu leur métier pluricentenaire disparaître avec les ordinateurs; la fébrilité des pressiers et le vrombissement des immenses presses en train de cracher les premières copies du journal; l'intensité des dernières minutes avant l'heure de tombée du midi quand toute l'énergie de la salle des nouvelles est dirigée vers la production d'une dernière édition qui sera livrée à l'heure du souper...
Aujourd'hui, la technologie a bouleversé les médias et leurs artisans. Les cultures d'entreprises ont changé. On a parfois l'impression qu'une rupture s'est opérée, et que les temps plus anciens n'ont plus de lien immédiat avec le monde contemporain. J'espère que je me trompe. J'espère que le lien, cette continuité, n'existe pas seulement dans la mémoire des plus vieux.
Aujourd'hui, Le Droit a 100 ans. Mais il n'a pas que le centième. Ces années, il les a toutes. Des milliers de personnes, hommes, femmes et enfants (n'oublions pas que le journal a été surtout livré par des enfants jusqu'à 1987...), ont participé à cette « grande famille » centenaire. J'ose croire que tous ceux qui ont oeuvré ou qui oeuvrent toujours, dans quelque fonction, à la parution du Droit auront une pensée spéciale aujourd'hui, si ce n'est que pour se remémorer leur passage au journal.
Et je me plais à imaginer que ceux et celles qui sont disparus, s'il y a une après-vie, sont rassemblés quelque part et trinquent à notre santé.
Bonne fête à nous, tous et toutes.
mercredi 27 mars 2013
vendredi 22 février 2013
Souvenirs de 1970... pour les 100 ans du Droit
Vers la fin de mars 1970, je n'avais que 23 ans, et je travaillais comme journaliste au quotidien Le Droit, d'Ottawa, depuis le printemps précédent. En octobre 1969, à la demande de Marcel Desjardins, qui devait plus tard marquer de sa forte présence Radio-Canada et La Presse, j'avais accédé au poste de courriériste parlementaire avec beaucoup d'enthousiasme et bien peu d'expérience...
Quelle ne fut pas ma surprise, en ce matin de tout début de printemps, d'être convoqué au bureau du directeur de l'information, Christian Verdon. Allard, dit-il (M. Verdon m'appelait toujours par mon nom de famille...), on veut que tu couvres la campagne électorale du Québec dans la région de Montréal. As-tu une voiture? Non, lui répondis-je (négligeant d'ajouter que je n'avais jamais conduit un véhicule et que je n'avais pas de permis...). On va t'en louer une. Tu pars au début d'avril pour trois semaines, jusqu'à la fin de semaine avant l'élection du 29 avril.
Branle-bas de combat ! Vite les pages jaunes pour trouver une école de conduite et obtenir un rendez-vous d'urgence. Après deux cours pratiques (pas de théorie comme aujourd'hui), je me rends au bureau de véhicules automobiles de l'Ontario (je demeurais alors à Ottawa, ma ville natale) et on m'assigne l'agent qui m'accompagnera à mon essai routier. Je n'ai pas l'impression d'avoir très bien fait mais je lui avais expliqué ma situation, il était francophone et fort intéressé à la politique québécoise... Quoiqu'il en soit, j'ai obtenu la note de passage...
Voilà comment, dans la fin de semaine du 4 ou 5 avril, j'ai pu aller chercher une voiture de location et filer vers Montréal où, pendant les trois semaines suivantes, j'apprendrais réellement à conduire sur le boulevard Métropilitain et dans les rues de la métropole et de Laval. J'avais visité Montréal comme «adulte» seulement deux fois auparavant. En novembre 1966, je m'étais rendu avec mon frère et un ami aux funérailles de Jean-Pierre Baril, un jeune bijoutier d'une vingtaine d'années (comme nous) qui avait appris son métier chez un horloger de notre quartier, St-François d'Assise, à Ottawa.
Je me souviens qu'il jouait de la trompette (entre autres aux matches des Canadiens), et qu'il excellait aux billards. Il s'était joint à notre petit groupe franco-ontarien de l'ouest d'Ottawa avant de retourner chez lui pour fonder une famille et lancer son commerce dans le quartier ouvrier de St-Henri. Il demeurait sur la rue St-Philippe, et sa modeste bijouterie était située tout près, sur la rue St-Jacques. Il avait été lâchement assassiné dans un restaurant par un type qui avait versé du cyanure dans sa boisson gazeuse et nous avions voulu saluer sa famille, qui nous avait très chaleureusement accueillis.
Au-delà des tristes circonstances, nous avions roulé pour la première fois sur l'autoroute 40 et fait l'essai du métro flambant neuf de Montréal. La métropole, en pleine effervescence de la Révolution tranquille, exerçait alors un attrait indéfinissable. L'ambiance m'avait profondément marqué. L'année suivante, j'y retournais dans le cadre explosif des États généraux du Canada français, à l'automne 1967, pour plonger cette fois au coeur du débat politique identitaire québécois. Ce serait, pour les délégués franco-ontariens dont j'étais, une expérience instructive et, pour plusieurs, douloureuse.
Avril 1970. Troisième séjour à Montréal donc, pour trois semaines cette fois. Aucun point de repère, aucune information, aucun dossier... et pas d'Internet ni d'ordi à cette époque. Des calepins, des crayons et stylos, une machine à écrire et mon petit bolide loué. Les textes seront tapés à la machine et apportés au terminus Voyageur, rue Berri, pour être ensuite transportés en autobus au Droit, à Ottawa... souvent aux petites heures de la nuit. Mon quartier général sera un motel sur le boulevard Lajeunesse, dans le nord de Montréal (au nord du Métropolitain), dont je ne souviens pas du nom. Chaque fois que j'entends la chanson « Entre la jeunesse et la sagesse » des soeurs McGarrigle, je pense à cet endroit...
Les trois semaines restent dans ma mémoire comme un amalgame de parcours sinueux dans des embouteillages, de visites de candidats et de quartiers généraux de partis politiques (Union nationale, Parti libéral et Parti québécois), d'assemblées électorales et de lectures de journaux - Le Devoir, La Presse, Montréal-Matin, Le Journal de Montréal et tous les journaux de quartier que je pouvais dénicher. Il fallait apprendre à la vitesse de l'éclair, synthétiser et rendre le casse-tête politique intelligible pour soi, ainsi que pour les lecteurs. Heureusement, je n'avais que 23 ans...
J'ai relu récemment mes textes - que j'ai conservés sur leurs feuillets originaux - et je n'ai pas été embarrassé par ce que j'ai vu - à l'exception d'un texte sur la circonscription de Saint-Jean, qui était située hors de mon territoire de couverture et pour laquelle je m'étais fié sur les témoignages dans l'hebdo de l'endroit, le Canada français, qui prédisait une élection presque assurée du candidat péquiste. Erreur de débutant. Ne jamais se fier aux autres ! Jérôme Proulx, candidat du PQ, a été battu dans Saint-Jean et on m'a remis ce texte sur le nez pendant des années...
Quant au reste, j'ai rapporté ce que j'ai moi-même vu et entendu, avec l'ajout des données extrapolées de sondages disponibles, avec de bons résultats. Voici d'ailleurs une partie du dernier texte écrit sur place avant mon retour, le vendredi 24 avril 1970 (publié le lendemain, quatre jours avant l'élection), et que Le Droit a présenté à la une sous le titre « Véritable révolution politique dont l'Union nationale serait la victime ». C'est signé « De notre envoyé, Pierre-Y. Allard ». J'expliquerai une autre fois ce « Y » irritant dont je ne pouvais me départir et qui est devenu le sobriquet dont m'avait affublé à l'époque Claude Picher, alors collègue au Droit avant de devenir chroniqueur à La Presse.
Le texte débute donc comme suit :
« MONTRÉAL - L'époque des « bleus » et des « rouges », c'est bien fini sur l'île de Montréal.
La métropole québécoise, dont les plus de deux millions d'habitants forment 40 pour cent de la population totale de la province, est en train de vivre une véritable révolution politique dont l'Union nationale sera probablement la principale victime.
Il y a, évidemment, l'ouest de la ville, qui votera massivement pour le Parti libéral comme d'habitude. C'est là que se concentrent les 700 000 anglophones montréalais. C'est là aussi que l'on trouve les quartiers les plus riches, les résidences les plus cossues de la région métropolitaine.
Par contre, un million et demi de francophones habitant surtout le centre et l'est de l'île délaisseront, dans une proportion de près de 40 pour cent, les « vieux partis » pour se lancer dans l'aventure que leur offre le Parti québécois.
À ses premières armes électorales, le parti que dirige René Lévesque étonne tous les observateurs par sa vigueur, au point où il est plausible de parler de « vague péquiste » dans au moins une dizaine de comtés du centre-est montréalais. »
Ce ne serait pas loin de la vérité, le PQ raflant six circonscriptions dans le centre-est de l'île et faisant bonne figure dans plusieurs autres. L'Union nationale avait effectivement été rayée de la carte à Montréal en 1970.
Ce genre d'expérience journalistique est presque inimaginable en 2013, le parcours professionnel des reporters ayant beaucoup évolué au fil des décennies et les journaux disposant de moins de moyens financiers que nous semblions en avoir à l'époque. Quel journal régional enverrait aujourd'hui un de ses reporters (un débutant par surcroît) sur la route, hors-région, pour plusieurs semaines d'une campagne électorale ?
J'ai eu cette chance, et n'en regrette pas une seule seconde... Parfois, apprendre sur le tas en optimisant le système D, ce n'est pas une si mauvaise méthode...
Quelle ne fut pas ma surprise, en ce matin de tout début de printemps, d'être convoqué au bureau du directeur de l'information, Christian Verdon. Allard, dit-il (M. Verdon m'appelait toujours par mon nom de famille...), on veut que tu couvres la campagne électorale du Québec dans la région de Montréal. As-tu une voiture? Non, lui répondis-je (négligeant d'ajouter que je n'avais jamais conduit un véhicule et que je n'avais pas de permis...). On va t'en louer une. Tu pars au début d'avril pour trois semaines, jusqu'à la fin de semaine avant l'élection du 29 avril.
Branle-bas de combat ! Vite les pages jaunes pour trouver une école de conduite et obtenir un rendez-vous d'urgence. Après deux cours pratiques (pas de théorie comme aujourd'hui), je me rends au bureau de véhicules automobiles de l'Ontario (je demeurais alors à Ottawa, ma ville natale) et on m'assigne l'agent qui m'accompagnera à mon essai routier. Je n'ai pas l'impression d'avoir très bien fait mais je lui avais expliqué ma situation, il était francophone et fort intéressé à la politique québécoise... Quoiqu'il en soit, j'ai obtenu la note de passage...
Voilà comment, dans la fin de semaine du 4 ou 5 avril, j'ai pu aller chercher une voiture de location et filer vers Montréal où, pendant les trois semaines suivantes, j'apprendrais réellement à conduire sur le boulevard Métropilitain et dans les rues de la métropole et de Laval. J'avais visité Montréal comme «adulte» seulement deux fois auparavant. En novembre 1966, je m'étais rendu avec mon frère et un ami aux funérailles de Jean-Pierre Baril, un jeune bijoutier d'une vingtaine d'années (comme nous) qui avait appris son métier chez un horloger de notre quartier, St-François d'Assise, à Ottawa.
Je me souviens qu'il jouait de la trompette (entre autres aux matches des Canadiens), et qu'il excellait aux billards. Il s'était joint à notre petit groupe franco-ontarien de l'ouest d'Ottawa avant de retourner chez lui pour fonder une famille et lancer son commerce dans le quartier ouvrier de St-Henri. Il demeurait sur la rue St-Philippe, et sa modeste bijouterie était située tout près, sur la rue St-Jacques. Il avait été lâchement assassiné dans un restaurant par un type qui avait versé du cyanure dans sa boisson gazeuse et nous avions voulu saluer sa famille, qui nous avait très chaleureusement accueillis.
Au-delà des tristes circonstances, nous avions roulé pour la première fois sur l'autoroute 40 et fait l'essai du métro flambant neuf de Montréal. La métropole, en pleine effervescence de la Révolution tranquille, exerçait alors un attrait indéfinissable. L'ambiance m'avait profondément marqué. L'année suivante, j'y retournais dans le cadre explosif des États généraux du Canada français, à l'automne 1967, pour plonger cette fois au coeur du débat politique identitaire québécois. Ce serait, pour les délégués franco-ontariens dont j'étais, une expérience instructive et, pour plusieurs, douloureuse.
Avril 1970. Troisième séjour à Montréal donc, pour trois semaines cette fois. Aucun point de repère, aucune information, aucun dossier... et pas d'Internet ni d'ordi à cette époque. Des calepins, des crayons et stylos, une machine à écrire et mon petit bolide loué. Les textes seront tapés à la machine et apportés au terminus Voyageur, rue Berri, pour être ensuite transportés en autobus au Droit, à Ottawa... souvent aux petites heures de la nuit. Mon quartier général sera un motel sur le boulevard Lajeunesse, dans le nord de Montréal (au nord du Métropolitain), dont je ne souviens pas du nom. Chaque fois que j'entends la chanson « Entre la jeunesse et la sagesse » des soeurs McGarrigle, je pense à cet endroit...
Les trois semaines restent dans ma mémoire comme un amalgame de parcours sinueux dans des embouteillages, de visites de candidats et de quartiers généraux de partis politiques (Union nationale, Parti libéral et Parti québécois), d'assemblées électorales et de lectures de journaux - Le Devoir, La Presse, Montréal-Matin, Le Journal de Montréal et tous les journaux de quartier que je pouvais dénicher. Il fallait apprendre à la vitesse de l'éclair, synthétiser et rendre le casse-tête politique intelligible pour soi, ainsi que pour les lecteurs. Heureusement, je n'avais que 23 ans...
J'ai relu récemment mes textes - que j'ai conservés sur leurs feuillets originaux - et je n'ai pas été embarrassé par ce que j'ai vu - à l'exception d'un texte sur la circonscription de Saint-Jean, qui était située hors de mon territoire de couverture et pour laquelle je m'étais fié sur les témoignages dans l'hebdo de l'endroit, le Canada français, qui prédisait une élection presque assurée du candidat péquiste. Erreur de débutant. Ne jamais se fier aux autres ! Jérôme Proulx, candidat du PQ, a été battu dans Saint-Jean et on m'a remis ce texte sur le nez pendant des années...
Quant au reste, j'ai rapporté ce que j'ai moi-même vu et entendu, avec l'ajout des données extrapolées de sondages disponibles, avec de bons résultats. Voici d'ailleurs une partie du dernier texte écrit sur place avant mon retour, le vendredi 24 avril 1970 (publié le lendemain, quatre jours avant l'élection), et que Le Droit a présenté à la une sous le titre « Véritable révolution politique dont l'Union nationale serait la victime ». C'est signé « De notre envoyé, Pierre-Y. Allard ». J'expliquerai une autre fois ce « Y » irritant dont je ne pouvais me départir et qui est devenu le sobriquet dont m'avait affublé à l'époque Claude Picher, alors collègue au Droit avant de devenir chroniqueur à La Presse.
Le texte débute donc comme suit :
« MONTRÉAL - L'époque des « bleus » et des « rouges », c'est bien fini sur l'île de Montréal.
La métropole québécoise, dont les plus de deux millions d'habitants forment 40 pour cent de la population totale de la province, est en train de vivre une véritable révolution politique dont l'Union nationale sera probablement la principale victime.
Il y a, évidemment, l'ouest de la ville, qui votera massivement pour le Parti libéral comme d'habitude. C'est là que se concentrent les 700 000 anglophones montréalais. C'est là aussi que l'on trouve les quartiers les plus riches, les résidences les plus cossues de la région métropolitaine.
Par contre, un million et demi de francophones habitant surtout le centre et l'est de l'île délaisseront, dans une proportion de près de 40 pour cent, les « vieux partis » pour se lancer dans l'aventure que leur offre le Parti québécois.
À ses premières armes électorales, le parti que dirige René Lévesque étonne tous les observateurs par sa vigueur, au point où il est plausible de parler de « vague péquiste » dans au moins une dizaine de comtés du centre-est montréalais. »
Ce ne serait pas loin de la vérité, le PQ raflant six circonscriptions dans le centre-est de l'île et faisant bonne figure dans plusieurs autres. L'Union nationale avait effectivement été rayée de la carte à Montréal en 1970.
Ce genre d'expérience journalistique est presque inimaginable en 2013, le parcours professionnel des reporters ayant beaucoup évolué au fil des décennies et les journaux disposant de moins de moyens financiers que nous semblions en avoir à l'époque. Quel journal régional enverrait aujourd'hui un de ses reporters (un débutant par surcroît) sur la route, hors-région, pour plusieurs semaines d'une campagne électorale ?
J'ai eu cette chance, et n'en regrette pas une seule seconde... Parfois, apprendre sur le tas en optimisant le système D, ce n'est pas une si mauvaise méthode...
mardi 22 janvier 2013
WE, THE PEOPLE. BARACK OBAMA À SON MEILLEUR !
Avez-vous écouté, hier, 21 janvier 2013, le discours inaugural du président Barack Obama? Qu'en avez-vous pensé? J'ai lu ce matin des comptes rendus et quelques éditoriaux glanés ça et là. Des textes descriptifs et des analyses informées, le plus souvent dénués d'émotion, présentés avec une réserve toute journalistique. J'ai ressenti une curieuse insatisfaction. Parce qu'hier, en voyant et en entendant Barack Obama, j'avais été ému par ses paroles et par son éloquence.
Depuis mon entrée en journalisme en 1969, j'en ai lu et entendu, des discours politiques, et j'ai développé la carapace parfois cynique qui vient avec ce métier. Mais de temps en temps, survient une personnalité exceptionnelle, un orateur inspirant, un texte riche qui ravive l'idéalisme trop souvent sommeillant en chacun de nous. Le discours inaugural d'hier touchait aux valeurs fondamentales qui doivent inspirer l'action politique en démocratie - l'égalité, la justice, la liberté, la solidarité - et donnait chair à l'essentiel trait d'union entre histoire, présent et avenir.
C'était le discours d'un chef d'État. Et du chef d'État d'une république, avec son « we, the people » omniprésent. Nous ne sommes pas ici au Canada où le gouverneur général (au nom de la reine) parle de son gouvernement en employant le « Nous » impérial... « Notre gouvernement sera ici pour tous les Canadiens », disait le vice-roi dans le discours inaugural de 2012. La royauté « au service » de ses sujets... Aux États-Unis, le langage est inversé. Le président est élu par le peuple et l'incarne. « Nous, le peuple... »
Il n'y a pas chez nous de dirigeant qui puisse tenir ce langage. Au Québec, le chef d'État est Élizabeth II (représentée par un miteux lieutenant-gouverneur) et notre première ministre, à titre de chef de gouvernement, dirige un demi-État dont le peuple est soumis - en toute matière fédérale - à la volonté d'une majorité qui lui est étrangère. Il serait impossible pour Mme Marois de présenter à la population et au concert des nations un discours inaugural comme celui de M. Obama. Sur le plan politique mondial, à toutes fins utiles, nous existons à peine...
Mais revenons au président Obama. Le fil conducteur du discours, le « we, the people », sert d'assise à sa vision du pays et du monde. Il ne cache pas les défauts, les imperfections, les injustices qui ont marqué l'histoire. Il rappelle l'esclavage, la discrimination contre les femmes et les homosexuels, la violence et la guerre, et en tire des enseignements pour les générations futures. Il tisse une toile. Une vision. Il énonce les principes qui doivent inspirer l'action à prendre.
Et tout ça au nom de l'égalité. Pas ici de trace de bienveillance d'un monarque qui répand la bonté sur des sujets. Ni de la « charité » des riches qui laissent les pauvres ramasser les miettes de leur table. « Nous devons être source d'espoir pour les pauvres, les malades, les marginalisés, les victimes de préjugés --- pas au nom de la seule charité, mais parce que la paix en notre temps exige le progrès constant des principes que décrit notre croyance commune : tolérance et opportunité, dignité humaine et justice. » L'égalité des humains, l'entraide fondée sur la solidarité.
Devant les durs choix économiques, il érige en rempart les mêmes valeurs, comme guide, comme ligne directrice, comme phare, comme repère. « Nous rejetons la croyance que l'Amérique doive choisir entre les soins à la génération qui a bâti ce pays et l'investissement dans la génération qui construira son avenir. (...) Les engagements que nous prenons envers chacun de nous (par l'assurance-maladie et la sécurité sociale) ne sapent pas notre sens d'initiative; ils nous renforcent. (...) Ils nous libèrent pour que nous puissions prendre les risques qui font la grandeur de ce pays. »
D'un bout à l'autre du discours inaugural, le message est un appel à repenser les valeurs qui servent de fondements à nos actions individuelles et collectives. Il demande à tous, toutes de répondre à l'appel de l'histoire. De regarder au delà des intérêts personnels et de percevoir aussi l'intérêt collectif. La liberté de chacun, rappelle-t-il en évoquant la mémoire de Martin Luther King, est inextricablement liée à la liberté de tous les humains de la Terre.
J'ai déjà entendu des propos semblables auparavant, mais pas ainsi assemblés, et surtout pas d'un président contemporain des États-Unis. Puis j'ai compris le sentiment qu'il m'inspirait quand il a dit, à la fin de son discours. « Ce sont les mots de citoyens, et ils sont notre plus grand espoir. Vous et moi, comme citoyens, nous avons le pouvoir de tracer la voie de ce pays. Vous et moi, comme citoyens, avons l'obligation de façonner les débats de notre temps - pas seulement par les bulletins de vote que nous déposons mais aussi par les voix que nous élevons pour défendre nos plus anciennes valeurs et nos idéaux les plus durables. »
Nous sommes tous citoyens, et il est grand temps d'agir en conséquence. Bravo, M. Obama. Je sais que vous ne pourrez réaliser votre programme, le contexte politique étant ce qu'il est. Mais les actions imparfaites sont meilleures que l'inaction. Et vos paroles resteront. Et, je l'espère, inspireront.
Depuis mon entrée en journalisme en 1969, j'en ai lu et entendu, des discours politiques, et j'ai développé la carapace parfois cynique qui vient avec ce métier. Mais de temps en temps, survient une personnalité exceptionnelle, un orateur inspirant, un texte riche qui ravive l'idéalisme trop souvent sommeillant en chacun de nous. Le discours inaugural d'hier touchait aux valeurs fondamentales qui doivent inspirer l'action politique en démocratie - l'égalité, la justice, la liberté, la solidarité - et donnait chair à l'essentiel trait d'union entre histoire, présent et avenir.
C'était le discours d'un chef d'État. Et du chef d'État d'une république, avec son « we, the people » omniprésent. Nous ne sommes pas ici au Canada où le gouverneur général (au nom de la reine) parle de son gouvernement en employant le « Nous » impérial... « Notre gouvernement sera ici pour tous les Canadiens », disait le vice-roi dans le discours inaugural de 2012. La royauté « au service » de ses sujets... Aux États-Unis, le langage est inversé. Le président est élu par le peuple et l'incarne. « Nous, le peuple... »
Il n'y a pas chez nous de dirigeant qui puisse tenir ce langage. Au Québec, le chef d'État est Élizabeth II (représentée par un miteux lieutenant-gouverneur) et notre première ministre, à titre de chef de gouvernement, dirige un demi-État dont le peuple est soumis - en toute matière fédérale - à la volonté d'une majorité qui lui est étrangère. Il serait impossible pour Mme Marois de présenter à la population et au concert des nations un discours inaugural comme celui de M. Obama. Sur le plan politique mondial, à toutes fins utiles, nous existons à peine...
Mais revenons au président Obama. Le fil conducteur du discours, le « we, the people », sert d'assise à sa vision du pays et du monde. Il ne cache pas les défauts, les imperfections, les injustices qui ont marqué l'histoire. Il rappelle l'esclavage, la discrimination contre les femmes et les homosexuels, la violence et la guerre, et en tire des enseignements pour les générations futures. Il tisse une toile. Une vision. Il énonce les principes qui doivent inspirer l'action à prendre.
Et tout ça au nom de l'égalité. Pas ici de trace de bienveillance d'un monarque qui répand la bonté sur des sujets. Ni de la « charité » des riches qui laissent les pauvres ramasser les miettes de leur table. « Nous devons être source d'espoir pour les pauvres, les malades, les marginalisés, les victimes de préjugés --- pas au nom de la seule charité, mais parce que la paix en notre temps exige le progrès constant des principes que décrit notre croyance commune : tolérance et opportunité, dignité humaine et justice. » L'égalité des humains, l'entraide fondée sur la solidarité.
Devant les durs choix économiques, il érige en rempart les mêmes valeurs, comme guide, comme ligne directrice, comme phare, comme repère. « Nous rejetons la croyance que l'Amérique doive choisir entre les soins à la génération qui a bâti ce pays et l'investissement dans la génération qui construira son avenir. (...) Les engagements que nous prenons envers chacun de nous (par l'assurance-maladie et la sécurité sociale) ne sapent pas notre sens d'initiative; ils nous renforcent. (...) Ils nous libèrent pour que nous puissions prendre les risques qui font la grandeur de ce pays. »
D'un bout à l'autre du discours inaugural, le message est un appel à repenser les valeurs qui servent de fondements à nos actions individuelles et collectives. Il demande à tous, toutes de répondre à l'appel de l'histoire. De regarder au delà des intérêts personnels et de percevoir aussi l'intérêt collectif. La liberté de chacun, rappelle-t-il en évoquant la mémoire de Martin Luther King, est inextricablement liée à la liberté de tous les humains de la Terre.
J'ai déjà entendu des propos semblables auparavant, mais pas ainsi assemblés, et surtout pas d'un président contemporain des États-Unis. Puis j'ai compris le sentiment qu'il m'inspirait quand il a dit, à la fin de son discours. « Ce sont les mots de citoyens, et ils sont notre plus grand espoir. Vous et moi, comme citoyens, nous avons le pouvoir de tracer la voie de ce pays. Vous et moi, comme citoyens, avons l'obligation de façonner les débats de notre temps - pas seulement par les bulletins de vote que nous déposons mais aussi par les voix que nous élevons pour défendre nos plus anciennes valeurs et nos idéaux les plus durables. »
Nous sommes tous citoyens, et il est grand temps d'agir en conséquence. Bravo, M. Obama. Je sais que vous ne pourrez réaliser votre programme, le contexte politique étant ce qu'il est. Mais les actions imparfaites sont meilleures que l'inaction. Et vos paroles resteront. Et, je l'espère, inspireront.
mardi 15 janvier 2013
Chantiers identitaires : le gouvernement Marois peut agir seul sur plusieurs fronts !
En attendant le jour où, lors d'une élection ou d'un référendum, les Québécois décideront de modifier de façon substantielle la nature des rapports juridiques et politiques qu'ils entretiennent avec l'ensemble du Canada, de nombreux chantiers identitaires peuvent être mis en branle dès maintenant sans avoir à négocier avec le gouvernement fédéral ou les autres provinces, ou même sans avoir à obtenir un consentement des partis d'Opposition à l'Assemblée nationale.
Ces « chantiers » ont, dans la plupart des cas, le potentiel de rallier une opinion publique majoritaire, et leur démarrage immédiat serait nettement dans l'intérêt d'un Québec francophone et démocratique.
1) La Loi 101. On ne se fera pas d'illusion sur le sort législatif de toute mesure qui n'aura pas l'appui des libéraux et de la CAQ. Elle sera défaite. Par contre, rien n'empêche le gouvernement Marois d'appliquer avec plus d'énergie les dispositions de la Loi 101 qui sont déjà en vigueur, notamment en matière d'affichage commercial et de langue de travail. Il faut arrêter d'avoir peur de brusquer la sensibilité des forces anglicisantes ou des partisans du bilinguisme à outrance. S'ils le pouvaient, les dirigeants des entreprises fautives réserveraient encore aujourd'hui au français le sort qu'ils lui auraient sans doute réservé avant l'adoption de la Loi 101. Et si la presse anglo-canadienne habituellement hostile rugit, eh bien ! Tant pis ! J'ai arrêté d'espérer qu'ils nous aiment... ou qu'ils nous comprennent.
Éditorial du Droit du 13 décembre 2012. Charte de la langue française : un débat opportun. http://bit.ly/13A6Deb
2) L'anglais intensif en 6e année. Ce programme, carrément suicidaire pour la francophonie québécoise (et canadienne) à moyen et à long terme, doit être rescindé le plus rapidement possible, avant d'avoir eu le temps de causer des dommages permanents. Qu'on propose des programmes intensifs de langue seconde (et pas seulement l'anglais), soit, mais de façon sélective et sans nuire à l'apprentissage du français, qui est nettement déficient à en juger par les résultats. La qualité de rédaction et de compréhension en français de la génération qui monte (et de celles qui les ont précédées y compris les vieux comme moi) laisse grandement à désirer. Pour un argument plus complet, je propose les textes suivants, déjà publiés dans le quotidien Le Droit ou sur mon blogue.
Éditorial du Droit du 12 octobre 2012. Une pause salutaire. http://bit.ly/XBxpPa
Éditorial du Droit du 30 juillet 2012. Anglais intensif : l'enjeu négligé. http://bit.ly/11xy60B
Éditorial du Droit du 25 février 2011. Fossoyeurs du français. http://bit.ly/W5EBkz
Blogue du 22 août 2012. André Laurendeau et la mort par le bilinguisme. http://bit.ly/Pwfckd
Blogue du 7 décembre 2011. Le début de la fin? http://bit.ly/W9tOGA
3) Analyse approfondie du recensement 2011. Les chiffres ont été interprétés à toutes les sauces, et ont servi à toutes sortes de causes, souvent contradictoires. Qu'on mette l'Institut de la statistique du Québec à l'oeuvre pour décortiquer ces données et proposer un portrait détaillé des régions où la langue française perd du terrain face à l'anglais - Montréal métropolitain, sud-ouest (entre Montréal et la frontière ontarienne et américaine), Outaouais. Et pourquoi pas, du même coup, établir une comparaison valide avec le phénomène d'assimilation des minorités francophones des autres provinces. Le Québec est la mère-patrie du français en Amérique et a, à cet égard, certaines responsabilités. Voir quelques textes que j'ai déjà écrits à ce sujet.
Éditorial du Droit du 26 décembre 2012. Débats identitaires : d'une année turbulente à l'autre. http://bit.ly/RYGouc
Éditorial du Droit du 25 octobre 2012. Indigestion de chiffres. http://bit.ly/ZU6rlb
Blogue du 11 décembre 2012. Le français est-il ou non en danger au Québec. Le recensement 2011 répond « oui ». http://bit.ly/UzS3xl
Blogue du 5 novembre 2012. Certains chroniqueurs et commentateurs anglophones devraient suivre un cours « Assimilation 101 ». http://bit.ly/VtWltR
4) Mettre en chantier une constitution québécoise à saveur républicaine. L'oeuvre récente de Marc Chevrier, prof à l'UQAM, (La république québécoise, hommages à une idée suspecte, aux Éditions Boréal) contient toutes les pistes possibles, dont plusieurs peuvent être entreprises sans remettre en question le lien Québec-Canada et sans négociations fédérales-provinciales. Il est temps qu'on se défasse des vieilleries monarchiques d'origine antidémocratique et qu'on les remplace par des institutions mieux adaptées au caractère distinct du Québec. Évidemment, si on pousse le raisonnement républicain plus loin, il faudra discuter avec le reste du pays et se donner une assise référendaire solide. Voir à ce sujet mon éditorial du 29 décembre dans Le Droit.
Éditorial du Droit du 29 décembre. Monarchie? République? http://bit.ly/VI6ZwK
5) Sortir le Pontiac du giron ontarien et relier l'Abitibi-Témiscamingue à l'Outaouais. La région du Pontiac et l'extrême sud du Témiscamingue subissent depuis trop longtemps l'influence prépondérante de l'Ontario (diocèses et paroisses rattachés aux institutions et aux lois ontariennes, un trou routier de 150 km qui oblige les Québécois de l'Abitibi-Témiscamingue et de l'Outaouais à emprunter les routes ontariennes, taux d'assimilation inquiétant des francophones de ces secteurs, etc.) Ce grand bassin est le maillon le plus faible du Québec. Il est grand temps qu'on s'intéresse au sort de ces régions, qui méritent tout au moins un modeste « Plan Ouest ». Voir l'éditorial du Droit et mon blogue à ce sujet.
Éditorial du Droit du 3 novembre 2012. Pontiac : au secours ! http://bit.ly/W9ojaZ
Blogue du 20 novembre 2012. À quand un modeste petit Plan Ouest? http://bit.ly/QWesaL
Blogue du 27 octobre 2012. La longue agonie des francophones du Pontiac. http://bit.ly/TNLLYD
Ces « chantiers » ont, dans la plupart des cas, le potentiel de rallier une opinion publique majoritaire, et leur démarrage immédiat serait nettement dans l'intérêt d'un Québec francophone et démocratique.
1) La Loi 101. On ne se fera pas d'illusion sur le sort législatif de toute mesure qui n'aura pas l'appui des libéraux et de la CAQ. Elle sera défaite. Par contre, rien n'empêche le gouvernement Marois d'appliquer avec plus d'énergie les dispositions de la Loi 101 qui sont déjà en vigueur, notamment en matière d'affichage commercial et de langue de travail. Il faut arrêter d'avoir peur de brusquer la sensibilité des forces anglicisantes ou des partisans du bilinguisme à outrance. S'ils le pouvaient, les dirigeants des entreprises fautives réserveraient encore aujourd'hui au français le sort qu'ils lui auraient sans doute réservé avant l'adoption de la Loi 101. Et si la presse anglo-canadienne habituellement hostile rugit, eh bien ! Tant pis ! J'ai arrêté d'espérer qu'ils nous aiment... ou qu'ils nous comprennent.
Éditorial du Droit du 13 décembre 2012. Charte de la langue française : un débat opportun. http://bit.ly/13A6Deb
2) L'anglais intensif en 6e année. Ce programme, carrément suicidaire pour la francophonie québécoise (et canadienne) à moyen et à long terme, doit être rescindé le plus rapidement possible, avant d'avoir eu le temps de causer des dommages permanents. Qu'on propose des programmes intensifs de langue seconde (et pas seulement l'anglais), soit, mais de façon sélective et sans nuire à l'apprentissage du français, qui est nettement déficient à en juger par les résultats. La qualité de rédaction et de compréhension en français de la génération qui monte (et de celles qui les ont précédées y compris les vieux comme moi) laisse grandement à désirer. Pour un argument plus complet, je propose les textes suivants, déjà publiés dans le quotidien Le Droit ou sur mon blogue.
Éditorial du Droit du 12 octobre 2012. Une pause salutaire. http://bit.ly/XBxpPa
Éditorial du Droit du 30 juillet 2012. Anglais intensif : l'enjeu négligé. http://bit.ly/11xy60B
Éditorial du Droit du 25 février 2011. Fossoyeurs du français. http://bit.ly/W5EBkz
Blogue du 22 août 2012. André Laurendeau et la mort par le bilinguisme. http://bit.ly/Pwfckd
Blogue du 7 décembre 2011. Le début de la fin? http://bit.ly/W9tOGA
3) Analyse approfondie du recensement 2011. Les chiffres ont été interprétés à toutes les sauces, et ont servi à toutes sortes de causes, souvent contradictoires. Qu'on mette l'Institut de la statistique du Québec à l'oeuvre pour décortiquer ces données et proposer un portrait détaillé des régions où la langue française perd du terrain face à l'anglais - Montréal métropolitain, sud-ouest (entre Montréal et la frontière ontarienne et américaine), Outaouais. Et pourquoi pas, du même coup, établir une comparaison valide avec le phénomène d'assimilation des minorités francophones des autres provinces. Le Québec est la mère-patrie du français en Amérique et a, à cet égard, certaines responsabilités. Voir quelques textes que j'ai déjà écrits à ce sujet.
Éditorial du Droit du 26 décembre 2012. Débats identitaires : d'une année turbulente à l'autre. http://bit.ly/RYGouc
Éditorial du Droit du 25 octobre 2012. Indigestion de chiffres. http://bit.ly/ZU6rlb
Blogue du 11 décembre 2012. Le français est-il ou non en danger au Québec. Le recensement 2011 répond « oui ». http://bit.ly/UzS3xl
Blogue du 5 novembre 2012. Certains chroniqueurs et commentateurs anglophones devraient suivre un cours « Assimilation 101 ». http://bit.ly/VtWltR
4) Mettre en chantier une constitution québécoise à saveur républicaine. L'oeuvre récente de Marc Chevrier, prof à l'UQAM, (La république québécoise, hommages à une idée suspecte, aux Éditions Boréal) contient toutes les pistes possibles, dont plusieurs peuvent être entreprises sans remettre en question le lien Québec-Canada et sans négociations fédérales-provinciales. Il est temps qu'on se défasse des vieilleries monarchiques d'origine antidémocratique et qu'on les remplace par des institutions mieux adaptées au caractère distinct du Québec. Évidemment, si on pousse le raisonnement républicain plus loin, il faudra discuter avec le reste du pays et se donner une assise référendaire solide. Voir à ce sujet mon éditorial du 29 décembre dans Le Droit.
Éditorial du Droit du 29 décembre. Monarchie? République? http://bit.ly/VI6ZwK
5) Sortir le Pontiac du giron ontarien et relier l'Abitibi-Témiscamingue à l'Outaouais. La région du Pontiac et l'extrême sud du Témiscamingue subissent depuis trop longtemps l'influence prépondérante de l'Ontario (diocèses et paroisses rattachés aux institutions et aux lois ontariennes, un trou routier de 150 km qui oblige les Québécois de l'Abitibi-Témiscamingue et de l'Outaouais à emprunter les routes ontariennes, taux d'assimilation inquiétant des francophones de ces secteurs, etc.) Ce grand bassin est le maillon le plus faible du Québec. Il est grand temps qu'on s'intéresse au sort de ces régions, qui méritent tout au moins un modeste « Plan Ouest ». Voir l'éditorial du Droit et mon blogue à ce sujet.
Éditorial du Droit du 3 novembre 2012. Pontiac : au secours ! http://bit.ly/W9ojaZ
Blogue du 20 novembre 2012. À quand un modeste petit Plan Ouest? http://bit.ly/QWesaL
Blogue du 27 octobre 2012. La longue agonie des francophones du Pontiac. http://bit.ly/TNLLYD
mardi 8 janvier 2013
La Fête nationale et la Guerre de 1812
Ainsi, le gouvernement fédéral invite les Québécois et les Canadiens français des autres provinces à intégrer le thème de la guerre de 1812 (voir http://bit.ly/13dwto5 , dans Le Devoir) aux célébrations du 24 juin sous toutes leurs appellations - Fête nationale du Québec, St-Jean ou, plus traditionnellement, St-Jean-Baptiste. Les réactions au Québec, négatives sans surprise, n'ont pas tardé. On peut comprendre que personne ne veuille trop participer à ce qui a été, jusqu'à maintenant, une campagne de propagande et une manipulation parfois grossière de l'histoire.
Mais à bien y penser, pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas profiter de cette invitation d'Ottawa pour remettre les pendules de 1812 à l'heure ? Pourquoi ne pas en profiter pour corriger les interprétations tendancieuses, pour colmater les brèches, pour parler de l'évolution identitaire des anciens Bas-Canadiens, pour évoquer notre toute première révolte contre la conscription, pour jeter un regard sur les obstacles qu'ont dû surmonter les miliciens canadiens-français et leur habile commandant, le colonel de Salaberry, et aussi pour présenter toutes les injustices infligées par l'occupant britannique aux populations francophones de la vallée du Saint-Laurent ?
Cela pourrait servir de contrepoids à la propagande fédérale et, avec un recours judicieux au Web et aux médias sociaux, remplir les trous béants de l'exposition virtuelle du gouvernement canadien sur la guerre de 1812 (http://www.museedelaguerre.ca/guerre-de-1812/). Je vous propose ci-dessous une relecture d'une partie d'un éditorial que j'ai écrit dans le quotidien Le Droit en octobre 2011 (http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-allard/201110/13/01-4457014-1812-parlons-en-.php), et qui conserve, je crois, toute son actualité.
« Au Canada, et plus particulièrement au Bas-Canada (le Québec d'aujourd'hui), l'opposition à cette guerre était vive. Les Canadiens français n'étaient pas chauds à l'idée de prendre les armes pour le conquérant britannique. Sur une soixantaine de conscrits à La Prairie, la moitié seulement se sont présentés et les autres ont déserté le premier jour.
Pierre Allard
Mais à bien y penser, pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas profiter de cette invitation d'Ottawa pour remettre les pendules de 1812 à l'heure ? Pourquoi ne pas en profiter pour corriger les interprétations tendancieuses, pour colmater les brèches, pour parler de l'évolution identitaire des anciens Bas-Canadiens, pour évoquer notre toute première révolte contre la conscription, pour jeter un regard sur les obstacles qu'ont dû surmonter les miliciens canadiens-français et leur habile commandant, le colonel de Salaberry, et aussi pour présenter toutes les injustices infligées par l'occupant britannique aux populations francophones de la vallée du Saint-Laurent ?
Cela pourrait servir de contrepoids à la propagande fédérale et, avec un recours judicieux au Web et aux médias sociaux, remplir les trous béants de l'exposition virtuelle du gouvernement canadien sur la guerre de 1812 (http://www.museedelaguerre.ca/guerre-de-1812/). Je vous propose ci-dessous une relecture d'une partie d'un éditorial que j'ai écrit dans le quotidien Le Droit en octobre 2011 (http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-allard/201110/13/01-4457014-1812-parlons-en-.php), et qui conserve, je crois, toute son actualité.
« Au Canada, et plus particulièrement au Bas-Canada (le Québec d'aujourd'hui), l'opposition à cette guerre était vive. Les Canadiens français n'étaient pas chauds à l'idée de prendre les armes pour le conquérant britannique. Sur une soixantaine de conscrits à La Prairie, la moitié seulement se sont présentés et les autres ont déserté le premier jour.
Quand les militaires britanniques ont arrêté des conscrits
récalcitrants, des centaines de Canadiens français armés ont menacé de prendre
d'assaut les prisons pour les libérer. Après un ultimatum des autorités
britanniques, un campement de 1500 Canadiens français défiants était établi aux
abords du Mont-Royal. Il a fallu des affrontements violents et des victimes,
ainsi qu'une propagande intense pour finalement réussir à imposer la
conscription aux francophones. Tout ça était connu des Américains et a
probablement contribué à leur faire croire à une invasion facile du Québec.
Et puis il y a la célèbre bataille de Châteauguay, avec son
héros authentique, le lieutenant-colonel Michel de Salaberry. Le gouvernement
utilise aujourd'hui cette victoire sur les Américains - voire cette guerre tout
entière - pour donner l'impression d'une certaine unité entre francophones,
anglophones et Autochtones, une espèce de jalon vers la confédération de 1867.
On pousse l'audace jusqu'à y voir une pierre d'assise de l'identité francophone
du Québec contemporain.
Dans la bataille de Châteauguay, quelques centaines de
miliciens, à plus de 90 % Canadiens français, ont mis en déroute une force
américaine de plus de 7000 hommes. Une des défaites les plus humiliantes de
l'histoire des États-Unis. Mais on ne rappellera pas trop souvent que Salaberry
a dû recruter personnellement ses « Voltigeurs » canadiens, qu'il n'a reçu à
peu près aucun soutien (on lui a même nui, à l'occasion) de l'état-major
britannique, qu'on avait limité à 300 le nombre des miliciens faute de fonds,
et que le gouverneur britannique a tenté par la suite de diminuer la gloire de
Salaberry.
Alors quand on vient nous parler d'identité francophone et quand
le ministre James Moore affirme que « les efforts héroïques de ceux qui se sont
battus pour notre pays (sic) durant la guerre de 1812 ont façonné l'histoire du
Canada tel que nous le connaissons aujourd'hui : un pays libre et indépendant,
doté d'une monarchie constitutionnelle et de son propre système parlementaire
», c'est de la bouillie pour les chats. L'oppression britannique est demeurée
aussi forte et il a fallu une rébellion en 1837-38 pour mettre véritablement en
branle un mouvement accéléré vers un gouvernement responsable. »
Une étude approfondie de la guerre de 1812 et la présentation de la perspective canadienne-française de la vallée du Saint-Laurent, avec ses conséquences dans les décennies qui ont suivi, jusqu'à la rébellion de 1837, seraient bienvenues dans le contexte actuel. Et personne, à Ottawa, ne s'en réjouirait.Pierre Allard
dimanche 6 janvier 2013
Le Québec sur la scène mondiale
Au début de décembre 2012, l'Assemblée nationale du Québec a adopté sans opposition une motion reconnaissant le droit des Palestiniens à l'autodétermination et à la création d'un État ainsi que le droit d'Israël de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues. Cette position est - en principe bien sûr - similaire à la position « officielle » du Canada mais son affirmation par l'Assemblée nationale, sur proposition de Jean-François Lisée et Amir Khadir, constituait une claire dénonciation du vote canadien contre l'admission de la Palestine à l'ONU à titre d'observateur et des durs propos tenus après le vote par le ministre des Affaires étrangères John Baird.
Semblant faire fi de sa propre politique dans le conflit israélo-palestinien, officiellement favorable à la solution des deux États, le Canada faisait partie du groupe de neuf pays qui ont voté contre l'octroi du statut d'État non-membre observateur à l'ONU. Le gouvernement Harper, inconditionnellement pro-Israël par les temps qui courent, avait même tenté d'intimider les Palestiniens, les menaçant de représailles diplomatiques et financières s'ils poursuivaient leur démarche d'admission aux Nations Unies. La motion du Québec, destinée à la planète entière, disait en quelque sorte qu'ici, il n'y a pas unanimité sur cette question et qu'à l'intérieur même de la fédération canadienne, la nation québécoise est plus ouverte qu'Ottawa aux demandes somme toute modérées des Palestiniens.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, ce n'est pas tellement le degré de différence entre la position d'Ottawa et celles des parlementaires québécois, mais le fait que le Québec, en tant que peuple, en tant que nation, puisse avoir des opinions « internationales » qui lui sont propres et qu'il n'existe aucun forum officiel, autre que l'Assemblée nationale, où elles puissent être exprimées. La diplomatie demeure un pouvoir que le gouvernement fédéral partage le moins possible avec les provinces et il n'y a pas vraiment d'instance fédérale-provinciale ayant pour mandat principal de discuter régulièrement de relations internationales au sens large.
Et même si telle instance existait, le problème se poserait toujours : le Québec y serait comme d'habitude une province sur dix, alors qu'on sait, en réalité, qu'il est représente aussi une nation. À cet égard, il incarne le coeur de la composante francophone de la dualité canadienne, il est un sur deux, et il n'est pas dit que ses intérêts, politiques, économiques ou culturels soient toujours les mêmes que ceux de la nation anglo-canadienne. L'expression « les deux solitudes » n'évoque pas une situation fictive. Sondage après sondage, élection après élection, les différences collectives se manifestent.
Un des plus grands défauts de la fédération canadienne, c'est justement l'incapacité de permettre à cette dualité de s'exprimer, tant au niveau fédéral qu'au palier international. Et la possibilité que cela survienne un jour semble plus que faible, du moins présentement. Et pourtant, sur le plan des principes constitutionnels, rien ne s'oppose à la mise en place de solutions novatrices qui permettraient au Québec d'occuper une compétence élargie sur la scène mondiale. On n'est pas obligé de briser le pacte fédératif pour permettre à la nation francophone du pays de développer encore davantage un rôle international que le Québec bonifie déjà depuis la Révolution tranquille.
Il suffit de rappeler, à cet égard, que l'Ukraine et la Biélorussie avaient chacune eu droit à un siège aux Nations Unies à l'époque où elles étaient des États membres de l'URSS, qui avait comme le Canada une structure fédérative. Le précédent existe donc : un État membre d'une fédération peut siéger à l'ONU. On pourrait aussi s'inspirer de la constitution belge, où les communautés française et flamande ont chacune le droit constitutionnel, en matière de coopération internationale, de conclure des traités avec d'autres pays.
Sur le plan sportif, on peut aussi penser à Porto Rico et Hong Kong, qui sont encore moins souverains que le Québec mais qui ont des délégations aux Olympiques. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas en faire autant?
Il y a plus de 50 ans, en 1961, Pierre Elliot Trudeau écrivait au sujet du Québec dans Cité libre : « Ouvrons les frontières ! Ce peuple meurt d'asphyxie ! » Évidemment, il dénonçait à cette époque le Québec replié sur soi de l'ère Duplessis et proposait une ouverture sur l'ensemble du Canada. L'ouverture qu'il souhaitait s'est produite et pourtant, ses paroles restent actuelles. C'est la fenêtre sur le monde qu'il faut désormais ouvrir plus grande.
Semblant faire fi de sa propre politique dans le conflit israélo-palestinien, officiellement favorable à la solution des deux États, le Canada faisait partie du groupe de neuf pays qui ont voté contre l'octroi du statut d'État non-membre observateur à l'ONU. Le gouvernement Harper, inconditionnellement pro-Israël par les temps qui courent, avait même tenté d'intimider les Palestiniens, les menaçant de représailles diplomatiques et financières s'ils poursuivaient leur démarche d'admission aux Nations Unies. La motion du Québec, destinée à la planète entière, disait en quelque sorte qu'ici, il n'y a pas unanimité sur cette question et qu'à l'intérieur même de la fédération canadienne, la nation québécoise est plus ouverte qu'Ottawa aux demandes somme toute modérées des Palestiniens.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, ce n'est pas tellement le degré de différence entre la position d'Ottawa et celles des parlementaires québécois, mais le fait que le Québec, en tant que peuple, en tant que nation, puisse avoir des opinions « internationales » qui lui sont propres et qu'il n'existe aucun forum officiel, autre que l'Assemblée nationale, où elles puissent être exprimées. La diplomatie demeure un pouvoir que le gouvernement fédéral partage le moins possible avec les provinces et il n'y a pas vraiment d'instance fédérale-provinciale ayant pour mandat principal de discuter régulièrement de relations internationales au sens large.
Et même si telle instance existait, le problème se poserait toujours : le Québec y serait comme d'habitude une province sur dix, alors qu'on sait, en réalité, qu'il est représente aussi une nation. À cet égard, il incarne le coeur de la composante francophone de la dualité canadienne, il est un sur deux, et il n'est pas dit que ses intérêts, politiques, économiques ou culturels soient toujours les mêmes que ceux de la nation anglo-canadienne. L'expression « les deux solitudes » n'évoque pas une situation fictive. Sondage après sondage, élection après élection, les différences collectives se manifestent.
Un des plus grands défauts de la fédération canadienne, c'est justement l'incapacité de permettre à cette dualité de s'exprimer, tant au niveau fédéral qu'au palier international. Et la possibilité que cela survienne un jour semble plus que faible, du moins présentement. Et pourtant, sur le plan des principes constitutionnels, rien ne s'oppose à la mise en place de solutions novatrices qui permettraient au Québec d'occuper une compétence élargie sur la scène mondiale. On n'est pas obligé de briser le pacte fédératif pour permettre à la nation francophone du pays de développer encore davantage un rôle international que le Québec bonifie déjà depuis la Révolution tranquille.
Il suffit de rappeler, à cet égard, que l'Ukraine et la Biélorussie avaient chacune eu droit à un siège aux Nations Unies à l'époque où elles étaient des États membres de l'URSS, qui avait comme le Canada une structure fédérative. Le précédent existe donc : un État membre d'une fédération peut siéger à l'ONU. On pourrait aussi s'inspirer de la constitution belge, où les communautés française et flamande ont chacune le droit constitutionnel, en matière de coopération internationale, de conclure des traités avec d'autres pays.
Sur le plan sportif, on peut aussi penser à Porto Rico et Hong Kong, qui sont encore moins souverains que le Québec mais qui ont des délégations aux Olympiques. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas en faire autant?
Il y a plus de 50 ans, en 1961, Pierre Elliot Trudeau écrivait au sujet du Québec dans Cité libre : « Ouvrons les frontières ! Ce peuple meurt d'asphyxie ! » Évidemment, il dénonçait à cette époque le Québec replié sur soi de l'ère Duplessis et proposait une ouverture sur l'ensemble du Canada. L'ouverture qu'il souhaitait s'est produite et pourtant, ses paroles restent actuelles. C'est la fenêtre sur le monde qu'il faut désormais ouvrir plus grande.
mardi 11 décembre 2012
Le français est-il ou non en danger au Québec? Le recensement 2011 répond «oui»!
Quand on dépasse le stade primaire du vieux fond de racisme anglo-canadien, l'objection que je trouve la plus percutante au renforcement de la Loi 101 est la suivante : le français se porte bien au Québec, et il n'y a donc aucun besoin de légiférer davantage pour le protéger. C'est, entre autres, l'un des arguments employés récemment par le Globe and Mail de Toronto dans sa page éditoriale, et même par des commentateurs francophones à l'occasion, au Québec.
Le français est-il ou non en danger?
La question clé est donc la suivante : le français est-il ou non en danger ? On sait qu'il l'est à l'extérieur des frontières du Québec où les minorités canadiennes-françaises et acadiennes mènent un combat acharné pour assurer la survie et le développement de leur langue et leur culture. Les chiffres ne sont guère encourageants et malgré les discours optimistes officiels, tout le monde constate l'érosion - plus ou moins rapide selon les régions - de l'effectif francophone hors-Québec.
Au Québec, le débat a principalement ciblé la région montréalaise, à tort et à raison. À tort parce que les situations sont beaucoup plus claires ailleurs que dans la métropole, mais à raison parce que - veux, veux pas - Montréal est le seul grand centre urbain du Québec. Si le français décline et cède un jour devant l'anglais sur l'île de Montréal, ce sera la « folklorisation » de notre langue à plus ou moins long terme sur l'ensemble du territoire québécois.
Mais qu'en est-il, exactement? De part et d'autre, on a utilisé les statistiques linguistiques récentes du recensement de 2011 à toutes les sauces. On y retrouve des statistiques sur la langue maternelle, sur la langue la plus souvent parlée à la maison, sur les autres langues parlées régulièrement à la maison, sur la première langue officielle parlée (la PLOP...), sur la connaissance des langues officielles (permettant d'établir des indices de bilinguisme), ainsi que sur la langue de travail.
En maniant habilement différentes combinaisons, on peut sans doute tracer des scénarios qui finiront par plaire aux tenants de toutes les options politiques. Mais comme je suis originaire de l'Ontario (d'un ancien quartier francophone d'Ottawa, aujourd'hui disparu) et que j'ai milité dans des mouvements franco-ontariens avant d'élire domicile pour de bon au Québec (à Gatineau), je propose d'utiliser la même méthode, fort simple, que l'on emploie le plus souvent pour mesurer la persistance du français chez les minorités hors-Québec.
Un portrait de la dynamique linguistique
Il suffit de comparer les statistiques sur la langue maternelle à celles sur la langue d'usage (la langue le plus souvent parlée à la maison). Malgré toutes ces imperfections, et elles sont appréciables, cette méthode d'analyse permet de brosser un tableau que je crois valable de la dynamique linguistique dans une région ou une localité données.
Par exemple, dans ma ville natale d'Ottawa, le recensement de 2011 indique la présence de 123 925 personnes de langue maternelle française (sur une population totale de 872 000), mais de seulement 86 035 personnes dont la langue la plus souvent parlée à la maison (la langue d'usage) est le français. En divisant la langue d'usage par la langue maternelle, on obtient un taux de persistance de 69,4%. Cela indique un taux d'assimilation supérieur à 30%. Ce n'est pas parfait comme image, mais si on fait le même calcul partout, au moins on compare des pommes avec des pommes.
Analyse de 132 subdivisions de recensement
J'ai donc fait le même exercice (dans chaque subdivision de recensement) pour l'ensemble de l'Outaouais; pour les régions riveraines entre l'Outaouais, l'Est ontarien et Montréal; pour le sud-ouest de Montréal (le triangle Longueuil, frontière américaine-fleuve Saint-Laurent-Longueuil); et l'île de Montréal ainsi que Laval. Les résultats dans ces 132 subdivisions de recensement (certaines n'ont que quelques centaines d'habitants, d'autres comme celle de Montréal en ont plus de 1 600 000) ont confirmé mes appréhensions et j'en ai tiré quatre catégories :
1) Recul du français. Dans certaines régions et localités, l'anglais domine tellement que les effectifs de langue maternelle française régressent (ou, au mieux, restent stables) dans la colonne de la langue d'usage. Il y là a une assimilation active des francophones. Pas moins de 66 (la moitié des 132) subdivisions de recensement - y compris tout l'ouest de l'île de Montréal, la couronne sud-ouest de Montréal, ainsi que le Pontiac, une partie de la vallée de la Gatineau et une région à l'ouest de Lachute - tombent dans cette catégorie!
2) L'anglais avantagé. À certains endroits, francophones et anglophones enregistrent des gains, mais les chiffres de la langue d'usage indiquent un pouvoir d'attraction supérieur de l'anglais (c'est le cas de Montréal, Laval et Gatineau, 3 des 4 plus grandes villes du Québec). Ici, la dynamique linguistique favorise l'anglais à moyen/long terme. Dans cette catégorie (la plus peuplée de toutes), il y a 19 subdivisions de recensement, y compris Montréal, Laval, Brossard, St-Lambert, Gatineau, Châteauguay, Candiac et Mont-Royal.
3) Le français avantagé. Dans certains coins, les chiffres sur la langue d'usage indiquent un pouvoir d'attraction supérieur du français. Ici, la dynamique linguistique favorise le français sans toutefois qu'il n'y ait d'assimilation perceptible du groupe anglophone. Cette catégorie regroupe 26 subdivisions de recensement, pour la plupart des petites localités à l'exception de Longueuil.
4) Recul de l'anglais. Enfin, dans certaines régions et localités, le français domine tellement que les effectifs de langue anglaise régressent dans la catégorie de la langue d'usage. On trouve dans cette catégorie 21 subdivisions de recensement, y compris Valleyfield, Beauharnois et plusieurs secteurs ruraux dans la Haute-Gatineau, dans la Petite-Nation de l'Outaouais, ainsi qu'au sud-ouest de Montréal.
Des minorités anglaises assimilent des majorités francophones
Je développerai davantage le détail des portraits de ces catégories et des régions dans de futurs blogues, mais une chose m'a particulièrement frappée. Dans les secteurs de l'Ontario où les francophones sont majoritaires, la minorité anglaise assimile tranquillement la majorité française. Prenons le cas d'Alfred-Plantagenet, entre Ottawa et la frontière du Québec. Sur un total de 9 025 personnes, 6795 sont de langue maternelle française et 1680 de langue maternelle anglaise. Quand on regarde les chiffres de la langue d'usage, le nombre d' « anglophones » grimpe à 2 300 et le nombre de « francophones » diminue à 6495. Cette situation est généralisée.
Eh bien, ce phénomène, quoique moins accentué, est également perceptible au Québec. Quand plus de 10 ou 15% de la population d'une localité est anglophone, elle semble avoir tendance à se renforcer et à accroître ses effectifs. En Ontario, dans une situation similaire, une minorité de 10 à 15% de Franco-Ontariens disparaîtrait en quelques générations, à toutes fins utiles.
La conclusion principale : la dynamique linguistique actuelle favorise l'anglais dans 85 subdivisions de recensement (du sud-ouest québécois et de la grande région montréalaise) et elle favorise le français dans 47 subdivisions de recensement comportant peu de régions urbaines. C'est plus qu'inquiétant !
À suivre...
Le français est-il ou non en danger?
La question clé est donc la suivante : le français est-il ou non en danger ? On sait qu'il l'est à l'extérieur des frontières du Québec où les minorités canadiennes-françaises et acadiennes mènent un combat acharné pour assurer la survie et le développement de leur langue et leur culture. Les chiffres ne sont guère encourageants et malgré les discours optimistes officiels, tout le monde constate l'érosion - plus ou moins rapide selon les régions - de l'effectif francophone hors-Québec.
Au Québec, le débat a principalement ciblé la région montréalaise, à tort et à raison. À tort parce que les situations sont beaucoup plus claires ailleurs que dans la métropole, mais à raison parce que - veux, veux pas - Montréal est le seul grand centre urbain du Québec. Si le français décline et cède un jour devant l'anglais sur l'île de Montréal, ce sera la « folklorisation » de notre langue à plus ou moins long terme sur l'ensemble du territoire québécois.
Mais qu'en est-il, exactement? De part et d'autre, on a utilisé les statistiques linguistiques récentes du recensement de 2011 à toutes les sauces. On y retrouve des statistiques sur la langue maternelle, sur la langue la plus souvent parlée à la maison, sur les autres langues parlées régulièrement à la maison, sur la première langue officielle parlée (la PLOP...), sur la connaissance des langues officielles (permettant d'établir des indices de bilinguisme), ainsi que sur la langue de travail.
En maniant habilement différentes combinaisons, on peut sans doute tracer des scénarios qui finiront par plaire aux tenants de toutes les options politiques. Mais comme je suis originaire de l'Ontario (d'un ancien quartier francophone d'Ottawa, aujourd'hui disparu) et que j'ai milité dans des mouvements franco-ontariens avant d'élire domicile pour de bon au Québec (à Gatineau), je propose d'utiliser la même méthode, fort simple, que l'on emploie le plus souvent pour mesurer la persistance du français chez les minorités hors-Québec.
Un portrait de la dynamique linguistique
Il suffit de comparer les statistiques sur la langue maternelle à celles sur la langue d'usage (la langue le plus souvent parlée à la maison). Malgré toutes ces imperfections, et elles sont appréciables, cette méthode d'analyse permet de brosser un tableau que je crois valable de la dynamique linguistique dans une région ou une localité données.
Par exemple, dans ma ville natale d'Ottawa, le recensement de 2011 indique la présence de 123 925 personnes de langue maternelle française (sur une population totale de 872 000), mais de seulement 86 035 personnes dont la langue la plus souvent parlée à la maison (la langue d'usage) est le français. En divisant la langue d'usage par la langue maternelle, on obtient un taux de persistance de 69,4%. Cela indique un taux d'assimilation supérieur à 30%. Ce n'est pas parfait comme image, mais si on fait le même calcul partout, au moins on compare des pommes avec des pommes.
Analyse de 132 subdivisions de recensement
J'ai donc fait le même exercice (dans chaque subdivision de recensement) pour l'ensemble de l'Outaouais; pour les régions riveraines entre l'Outaouais, l'Est ontarien et Montréal; pour le sud-ouest de Montréal (le triangle Longueuil, frontière américaine-fleuve Saint-Laurent-Longueuil); et l'île de Montréal ainsi que Laval. Les résultats dans ces 132 subdivisions de recensement (certaines n'ont que quelques centaines d'habitants, d'autres comme celle de Montréal en ont plus de 1 600 000) ont confirmé mes appréhensions et j'en ai tiré quatre catégories :
1) Recul du français. Dans certaines régions et localités, l'anglais domine tellement que les effectifs de langue maternelle française régressent (ou, au mieux, restent stables) dans la colonne de la langue d'usage. Il y là a une assimilation active des francophones. Pas moins de 66 (la moitié des 132) subdivisions de recensement - y compris tout l'ouest de l'île de Montréal, la couronne sud-ouest de Montréal, ainsi que le Pontiac, une partie de la vallée de la Gatineau et une région à l'ouest de Lachute - tombent dans cette catégorie!
2) L'anglais avantagé. À certains endroits, francophones et anglophones enregistrent des gains, mais les chiffres de la langue d'usage indiquent un pouvoir d'attraction supérieur de l'anglais (c'est le cas de Montréal, Laval et Gatineau, 3 des 4 plus grandes villes du Québec). Ici, la dynamique linguistique favorise l'anglais à moyen/long terme. Dans cette catégorie (la plus peuplée de toutes), il y a 19 subdivisions de recensement, y compris Montréal, Laval, Brossard, St-Lambert, Gatineau, Châteauguay, Candiac et Mont-Royal.
3) Le français avantagé. Dans certains coins, les chiffres sur la langue d'usage indiquent un pouvoir d'attraction supérieur du français. Ici, la dynamique linguistique favorise le français sans toutefois qu'il n'y ait d'assimilation perceptible du groupe anglophone. Cette catégorie regroupe 26 subdivisions de recensement, pour la plupart des petites localités à l'exception de Longueuil.
4) Recul de l'anglais. Enfin, dans certaines régions et localités, le français domine tellement que les effectifs de langue anglaise régressent dans la catégorie de la langue d'usage. On trouve dans cette catégorie 21 subdivisions de recensement, y compris Valleyfield, Beauharnois et plusieurs secteurs ruraux dans la Haute-Gatineau, dans la Petite-Nation de l'Outaouais, ainsi qu'au sud-ouest de Montréal.
Des minorités anglaises assimilent des majorités francophones
Je développerai davantage le détail des portraits de ces catégories et des régions dans de futurs blogues, mais une chose m'a particulièrement frappée. Dans les secteurs de l'Ontario où les francophones sont majoritaires, la minorité anglaise assimile tranquillement la majorité française. Prenons le cas d'Alfred-Plantagenet, entre Ottawa et la frontière du Québec. Sur un total de 9 025 personnes, 6795 sont de langue maternelle française et 1680 de langue maternelle anglaise. Quand on regarde les chiffres de la langue d'usage, le nombre d' « anglophones » grimpe à 2 300 et le nombre de « francophones » diminue à 6495. Cette situation est généralisée.
Eh bien, ce phénomène, quoique moins accentué, est également perceptible au Québec. Quand plus de 10 ou 15% de la population d'une localité est anglophone, elle semble avoir tendance à se renforcer et à accroître ses effectifs. En Ontario, dans une situation similaire, une minorité de 10 à 15% de Franco-Ontariens disparaîtrait en quelques générations, à toutes fins utiles.
La conclusion principale : la dynamique linguistique actuelle favorise l'anglais dans 85 subdivisions de recensement (du sud-ouest québécois et de la grande région montréalaise) et elle favorise le français dans 47 subdivisions de recensement comportant peu de régions urbaines. C'est plus qu'inquiétant !
À suivre...
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