mardi 22 janvier 2013

WE, THE PEOPLE. BARACK OBAMA À SON MEILLEUR !

Avez-vous écouté, hier, 21 janvier 2013, le discours inaugural du président Barack Obama? Qu'en avez-vous pensé? J'ai lu ce matin des comptes rendus et quelques éditoriaux glanés ça et là. Des textes descriptifs et des analyses informées, le plus souvent dénués d'émotion, présentés avec une réserve toute journalistique. J'ai ressenti une curieuse insatisfaction. Parce qu'hier, en voyant et en entendant Barack Obama, j'avais été ému par ses paroles et par son éloquence.

Depuis mon entrée en journalisme en 1969, j'en ai lu et entendu, des discours politiques, et j'ai développé la carapace parfois cynique qui vient avec ce métier. Mais de temps en temps, survient une personnalité exceptionnelle, un orateur inspirant, un texte riche qui ravive l'idéalisme trop souvent sommeillant en chacun de nous. Le discours inaugural d'hier touchait aux valeurs fondamentales qui doivent inspirer l'action politique en démocratie - l'égalité, la justice, la liberté, la solidarité - et donnait chair à l'essentiel trait d'union entre histoire, présent et avenir.

C'était le discours d'un chef d'État. Et du chef d'État d'une république, avec son « we, the people » omniprésent. Nous ne sommes pas ici au Canada où le gouverneur général (au nom de la reine) parle de son gouvernement en employant le « Nous » impérial... « Notre gouvernement sera ici pour tous les Canadiens », disait le vice-roi dans le discours inaugural de 2012. La royauté « au service » de ses sujets... Aux États-Unis, le langage est inversé. Le président est élu par le peuple et l'incarne. « Nous, le peuple... »

Il n'y a pas chez nous de dirigeant qui puisse tenir ce langage. Au Québec, le chef d'État est Élizabeth II (représentée par un miteux lieutenant-gouverneur) et notre première ministre, à titre de chef de gouvernement, dirige un demi-État dont le peuple est soumis - en toute matière fédérale - à la volonté d'une majorité qui lui est étrangère. Il serait impossible pour Mme Marois de présenter à la population et au concert des nations un discours inaugural comme celui de M. Obama. Sur le plan politique mondial, à toutes fins utiles, nous existons à peine...

Mais revenons au président Obama. Le fil conducteur du discours, le « we, the people », sert d'assise à sa vision du pays et du monde. Il ne cache pas les défauts, les imperfections, les injustices qui ont marqué l'histoire. Il rappelle l'esclavage, la discrimination contre les femmes et les homosexuels, la violence et la guerre, et en tire des enseignements pour les générations futures. Il tisse une toile. Une vision. Il énonce les principes qui doivent inspirer l'action à prendre.

Et tout ça au nom de l'égalité. Pas ici de trace de bienveillance d'un monarque qui répand la bonté sur des sujets. Ni de la « charité » des riches qui laissent les pauvres ramasser les miettes de leur table. « Nous devons être source d'espoir pour les pauvres, les malades, les marginalisés, les victimes de préjugés --- pas au nom de la seule charité, mais parce que la paix en notre temps exige le progrès constant des principes que décrit notre croyance commune : tolérance et opportunité, dignité humaine et justice. » L'égalité des humains, l'entraide fondée sur la solidarité.

Devant les durs choix économiques, il érige en rempart les mêmes valeurs, comme guide, comme ligne directrice, comme phare, comme  repère. « Nous rejetons la croyance que l'Amérique doive choisir entre les soins à la génération qui a bâti ce pays et l'investissement dans la génération qui construira son avenir. (...) Les engagements que nous prenons envers chacun de nous (par l'assurance-maladie et la sécurité sociale) ne sapent pas notre sens d'initiative; ils nous renforcent. (...) Ils nous libèrent pour que nous puissions prendre les risques qui font la grandeur de ce pays. »

D'un bout à l'autre du discours inaugural, le message est un appel à repenser les valeurs qui servent de fondements à nos actions individuelles et collectives. Il demande à tous, toutes de répondre à l'appel de l'histoire. De regarder au delà des intérêts personnels et de percevoir aussi l'intérêt collectif. La liberté de chacun, rappelle-t-il en évoquant la mémoire de Martin Luther King, est inextricablement liée à la liberté de tous les humains de la Terre.

J'ai déjà entendu des propos semblables auparavant, mais pas ainsi assemblés, et surtout pas d'un président contemporain des États-Unis. Puis j'ai compris le sentiment qu'il m'inspirait quand il a dit, à la fin de son discours. « Ce sont les mots de citoyens, et ils sont notre plus grand espoir. Vous et moi, comme citoyens, nous avons le pouvoir de tracer la voie de ce pays. Vous et moi, comme citoyens, avons l'obligation de façonner les débats de notre temps - pas seulement par les bulletins de vote que nous déposons mais aussi par les voix que nous élevons pour défendre nos plus anciennes valeurs et nos idéaux les plus durables. »

Nous sommes tous citoyens, et il est grand temps d'agir en conséquence. Bravo, M. Obama. Je sais que vous ne pourrez réaliser votre programme, le contexte politique étant ce qu'il est. Mais les actions imparfaites sont meilleures que l'inaction. Et vos paroles resteront. Et, je l'espère, inspireront.



mardi 15 janvier 2013

Chantiers identitaires : le gouvernement Marois peut agir seul sur plusieurs fronts !

En attendant le jour où, lors d'une élection ou d'un référendum, les Québécois décideront de modifier de façon substantielle la nature des rapports juridiques et politiques qu'ils entretiennent avec l'ensemble du Canada, de nombreux chantiers identitaires peuvent être mis en branle dès maintenant sans avoir à négocier avec le gouvernement fédéral ou les autres provinces, ou même sans avoir à obtenir un consentement des partis d'Opposition à l'Assemblée nationale.

Ces « chantiers » ont, dans la plupart des cas, le potentiel de rallier une opinion publique majoritaire, et leur démarrage immédiat serait nettement dans l'intérêt d'un Québec francophone et démocratique.

1) La Loi 101. On ne se fera pas d'illusion sur le sort législatif de toute mesure qui n'aura pas l'appui des libéraux et de la CAQ. Elle sera défaite. Par contre, rien n'empêche le gouvernement Marois d'appliquer avec plus d'énergie les dispositions de la Loi 101 qui sont déjà en vigueur, notamment en matière d'affichage commercial et de langue de travail. Il faut arrêter d'avoir peur de brusquer la sensibilité des forces anglicisantes ou des partisans du bilinguisme à outrance. S'ils le pouvaient, les dirigeants des entreprises fautives réserveraient encore aujourd'hui au français le sort qu'ils lui auraient sans doute réservé avant l'adoption de la Loi 101. Et si la presse anglo-canadienne habituellement hostile rugit, eh bien ! Tant pis ! J'ai arrêté d'espérer qu'ils nous aiment... ou qu'ils nous comprennent.

Éditorial du Droit du 13 décembre 2012. Charte de la langue française : un débat opportun. http://bit.ly/13A6Deb

2) L'anglais intensif en 6e année. Ce programme, carrément suicidaire pour la francophonie québécoise (et canadienne) à moyen et à long terme, doit être rescindé le plus rapidement possible, avant d'avoir eu le temps de causer des dommages permanents. Qu'on propose des programmes intensifs de langue seconde (et pas seulement l'anglais), soit, mais de façon sélective et sans nuire à l'apprentissage du français, qui est nettement déficient à en juger par les résultats. La qualité de rédaction et de compréhension en français de la génération qui monte (et de celles qui les ont précédées y compris les vieux comme moi) laisse grandement à désirer. Pour un argument plus complet, je propose les textes suivants, déjà publiés dans le quotidien Le Droit ou sur mon blogue.

Éditorial du Droit du 12 octobre 2012. Une pause salutaire. http://bit.ly/XBxpPa
Éditorial du Droit du 30 juillet 2012. Anglais intensif : l'enjeu négligé. http://bit.ly/11xy60B
Éditorial du Droit du 25 février 2011. Fossoyeurs du français. http://bit.ly/W5EBkz
Blogue du 22 août 2012. André Laurendeau et la mort par le bilinguisme. http://bit.ly/Pwfckd
Blogue du 7 décembre 2011. Le début de la fin? http://bit.ly/W9tOGA

3) Analyse approfondie du recensement 2011. Les chiffres ont été interprétés à toutes les sauces, et ont servi à toutes sortes de causes, souvent contradictoires. Qu'on mette l'Institut de la statistique du Québec à l'oeuvre pour décortiquer ces données et proposer un portrait détaillé des régions où la langue française perd du terrain face à l'anglais - Montréal métropolitain, sud-ouest (entre Montréal et la frontière ontarienne et américaine), Outaouais. Et pourquoi pas, du même coup, établir une comparaison valide avec le phénomène d'assimilation des minorités francophones des autres provinces. Le Québec est la mère-patrie du français en Amérique et a, à cet égard, certaines responsabilités. Voir quelques textes que j'ai déjà écrits à ce sujet.

Éditorial du Droit du 26 décembre 2012. Débats identitaires : d'une année turbulente à l'autre. http://bit.ly/RYGouc
Éditorial du Droit du 25 octobre 2012. Indigestion de chiffres. http://bit.ly/ZU6rlb
Blogue du 11 décembre 2012. Le français est-il ou non en danger au Québec. Le recensement 2011 répond « oui ». http://bit.ly/UzS3xl
Blogue du 5 novembre 2012. Certains chroniqueurs et commentateurs anglophones devraient suivre un cours « Assimilation 101 ». http://bit.ly/VtWltR

4) Mettre en chantier une constitution québécoise à saveur républicaine. L'oeuvre récente de Marc Chevrier, prof à l'UQAM, (La république québécoise, hommages à une idée suspecte, aux Éditions Boréal) contient toutes les pistes possibles, dont plusieurs peuvent être entreprises sans remettre en question le lien Québec-Canada et sans négociations fédérales-provinciales. Il est temps qu'on se défasse des vieilleries monarchiques d'origine antidémocratique et qu'on les remplace par des institutions mieux adaptées au caractère distinct du Québec. Évidemment, si on pousse le raisonnement républicain plus loin, il faudra discuter avec le reste du pays et se donner une assise référendaire solide. Voir à ce sujet mon éditorial du 29 décembre dans Le Droit.

Éditorial du Droit du 29 décembre. Monarchie? République? http://bit.ly/VI6ZwK

5) Sortir le Pontiac du giron ontarien et relier l'Abitibi-Témiscamingue à l'Outaouais. La région du Pontiac et l'extrême sud du Témiscamingue subissent depuis trop longtemps l'influence prépondérante de l'Ontario (diocèses et paroisses rattachés aux institutions et aux lois ontariennes, un trou routier de 150 km qui oblige les Québécois de l'Abitibi-Témiscamingue et de l'Outaouais à emprunter les routes ontariennes, taux d'assimilation inquiétant des francophones de ces secteurs, etc.) Ce grand bassin est le maillon le plus faible du Québec. Il est grand temps qu'on s'intéresse au sort de ces régions, qui méritent tout au moins un modeste « Plan Ouest ». Voir l'éditorial du Droit et mon blogue à ce sujet.

Éditorial du Droit du 3 novembre 2012. Pontiac : au secours ! http://bit.ly/W9ojaZ
Blogue du 20 novembre 2012. À quand un modeste petit Plan Ouest? http://bit.ly/QWesaL
Blogue du 27 octobre 2012. La longue agonie des francophones du Pontiac. http://bit.ly/TNLLYD


mardi 8 janvier 2013

La Fête nationale et la Guerre de 1812

Ainsi, le gouvernement fédéral invite les Québécois et les Canadiens français des autres provinces à intégrer le thème de la guerre de 1812 (voir , dans Le Devoir) aux célébrations du 24 juin sous toutes leurs appellations - Fête nationale du Québec, St-Jean ou, plus traditionnellement, St-Jean-Baptiste. Les réactions au Québec, négatives sans surprise, n'ont pas tardé. On peut comprendre que personne ne veuille trop participer à ce qui a été, jusqu'à maintenant, une campagne de propagande et une manipulation parfois grossière de l'histoire.

Mais à bien y penser, pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas profiter de cette invitation d'Ottawa pour remettre les pendules de 1812 à l'heure ? Pourquoi ne pas en profiter pour corriger les interprétations tendancieuses, pour colmater les brèches, pour parler de l'évolution identitaire des anciens Bas-Canadiens, pour évoquer notre toute première révolte contre la conscription, pour jeter un regard sur les obstacles qu'ont dû surmonter les miliciens canadiens-français et leur habile commandant, le colonel de Salaberry, et aussi pour présenter toutes les injustices infligées par l'occupant britannique aux populations francophones de la vallée du Saint-Laurent ?

Cela pourrait servir de contrepoids à la propagande fédérale et, avec un recours judicieux au Web et aux médias sociaux, remplir les trous béants de l'exposition virtuelle du gouvernement canadien sur la guerre de 1812 (http://www.museedelaguerre.ca/guerre-de-1812/). Je vous propose ci-dessous une relecture d'une partie d'un éditorial que j'ai écrit dans le quotidien Le Droit en octobre 2011 (http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-allard/201110/13/01-4457014-1812-parlons-en-.php), et qui conserve, je crois, toute son actualité.

« Au Canada, et plus particulièrement au Bas-Canada (le Québec d'aujourd'hui), l'opposition à cette guerre était vive. Les Canadiens français n'étaient pas chauds à l'idée de prendre les armes pour le conquérant britannique. Sur une soixantaine de conscrits à La Prairie, la moitié seulement se sont présentés et les autres ont déserté le premier jour.


Quand les militaires britanniques ont arrêté des conscrits récalcitrants, des centaines de Canadiens français armés ont menacé de prendre d'assaut les prisons pour les libérer. Après un ultimatum des autorités britanniques, un campement de 1500 Canadiens français défiants était établi aux abords du Mont-Royal. Il a fallu des affrontements violents et des victimes, ainsi qu'une propagande intense pour finalement réussir à imposer la conscription aux francophones. Tout ça était connu des Américains et a probablement contribué à leur faire croire à une invasion facile du Québec.
Et puis il y a la célèbre bataille de Châteauguay, avec son héros authentique, le lieutenant-colonel Michel de Salaberry. Le gouvernement utilise aujourd'hui cette victoire sur les Américains - voire cette guerre tout entière - pour donner l'impression d'une certaine unité entre francophones, anglophones et Autochtones, une espèce de jalon vers la confédération de 1867. On pousse l'audace jusqu'à y voir une pierre d'assise de l'identité francophone du Québec contemporain.
Dans la bataille de Châteauguay, quelques centaines de miliciens, à plus de 90 % Canadiens français, ont mis en déroute une force américaine de plus de 7000 hommes. Une des défaites les plus humiliantes de l'histoire des États-Unis. Mais on ne rappellera pas trop souvent que Salaberry a dû recruter personnellement ses « Voltigeurs » canadiens, qu'il n'a reçu à peu près aucun soutien (on lui a même nui, à l'occasion) de l'état-major britannique, qu'on avait limité à 300 le nombre des miliciens faute de fonds, et que le gouverneur britannique a tenté par la suite de diminuer la gloire de Salaberry.
Alors quand on vient nous parler d'identité francophone et quand le ministre James Moore affirme que « les efforts héroïques de ceux qui se sont battus pour notre pays (sic) durant la guerre de 1812 ont façonné l'histoire du Canada tel que nous le connaissons aujourd'hui : un pays libre et indépendant, doté d'une monarchie constitutionnelle et de son propre système parlementaire », c'est de la bouillie pour les chats. L'oppression britannique est demeurée aussi forte et il a fallu une rébellion en 1837-38 pour mettre véritablement en branle un mouvement accéléré vers un gouvernement responsable. »
Une étude approfondie de la guerre de 1812 et la présentation de la perspective canadienne-française de la vallée du Saint-Laurent, avec ses conséquences dans les décennies qui ont suivi, jusqu'à la rébellion de 1837, seraient bienvenues dans le contexte actuel. Et personne, à Ottawa, ne s'en réjouirait.

Pierre Allard



dimanche 6 janvier 2013

Le Québec sur la scène mondiale

Au début de décembre 2012, l'Assemblée nationale du Québec a adopté sans opposition une motion reconnaissant le droit des Palestiniens à l'autodétermination et à la création d'un État ainsi que le droit d'Israël de vivre en  paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues. Cette position est - en principe bien sûr - similaire à la position « officielle » du Canada mais son affirmation par l'Assemblée nationale, sur proposition de Jean-François Lisée et Amir Khadir, constituait une claire dénonciation du vote canadien contre l'admission de la Palestine à l'ONU à titre d'observateur et des durs propos tenus après le vote par le ministre des Affaires étrangères John Baird.

Semblant faire fi de sa propre politique dans le conflit israélo-palestinien, officiellement favorable à la solution des deux États, le Canada faisait partie du groupe de neuf pays qui ont voté contre l'octroi du statut d'État non-membre observateur à l'ONU. Le gouvernement Harper, inconditionnellement pro-Israël par les temps qui courent, avait même tenté d'intimider les Palestiniens, les menaçant de représailles diplomatiques et financières s'ils poursuivaient leur démarche d'admission aux Nations Unies. La motion du Québec, destinée à la planète entière, disait en quelque sorte qu'ici, il n'y a pas unanimité sur cette question et qu'à l'intérieur même de la fédération canadienne, la nation québécoise est plus ouverte qu'Ottawa aux demandes somme toute modérées des Palestiniens.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, ce n'est pas tellement le degré de différence entre la position d'Ottawa et celles des parlementaires québécois, mais le fait que le Québec, en tant que peuple, en tant que nation, puisse avoir des opinions « internationales » qui lui sont propres et qu'il n'existe aucun forum officiel, autre que l'Assemblée nationale, où elles puissent être exprimées. La diplomatie demeure un pouvoir que le gouvernement fédéral partage le moins possible avec les provinces et il n'y a pas vraiment d'instance fédérale-provinciale ayant pour mandat principal de discuter régulièrement de relations internationales au sens large.

Et même si telle instance existait, le problème se poserait toujours : le Québec y serait comme d'habitude une province sur dix, alors qu'on sait, en réalité, qu'il est représente aussi une nation. À cet égard, il incarne le coeur de la composante francophone de la dualité canadienne, il est un sur deux, et il n'est pas dit que ses intérêts, politiques, économiques ou culturels soient toujours les mêmes que ceux de la nation anglo-canadienne. L'expression « les deux solitudes » n'évoque pas une situation fictive. Sondage après sondage, élection après élection, les différences collectives se manifestent.

Un des plus grands défauts de la fédération canadienne, c'est justement l'incapacité de permettre à cette dualité de s'exprimer, tant au niveau fédéral qu'au palier international. Et la possibilité que cela survienne un jour semble plus que faible, du moins présentement. Et pourtant, sur le plan des principes constitutionnels, rien ne s'oppose à la mise en place de solutions novatrices qui permettraient au Québec d'occuper une compétence élargie sur la scène mondiale. On n'est pas obligé de briser le pacte fédératif pour permettre à la nation francophone du pays de développer encore davantage un rôle international que le Québec bonifie déjà depuis la Révolution tranquille.

Il suffit de rappeler, à cet égard, que l'Ukraine et la Biélorussie avaient chacune eu droit à un siège aux Nations Unies à l'époque où elles étaient des États membres de l'URSS, qui avait comme le Canada une structure fédérative. Le précédent existe donc : un État membre d'une fédération peut siéger à l'ONU. On pourrait aussi s'inspirer de la constitution belge, où les communautés française et flamande ont chacune le droit constitutionnel, en matière de coopération internationale, de conclure des traités avec d'autres pays.

Sur le plan sportif, on peut aussi penser à Porto Rico et Hong Kong, qui sont encore moins souverains que le Québec mais qui ont des délégations aux Olympiques. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas en faire autant?

Il y a plus de 50 ans, en 1961, Pierre Elliot Trudeau écrivait au sujet du Québec dans Cité libre : « Ouvrons les frontières ! Ce peuple meurt d'asphyxie ! » Évidemment, il dénonçait à cette époque le Québec replié sur soi de l'ère Duplessis et proposait une ouverture sur l'ensemble du Canada. L'ouverture qu'il souhaitait s'est produite et pourtant, ses paroles restent actuelles. C'est la fenêtre sur le monde qu'il faut désormais ouvrir plus grande.





mardi 11 décembre 2012

Le français est-il ou non en danger au Québec? Le recensement 2011 répond «oui»!

Quand on dépasse le stade primaire du vieux fond de racisme anglo-canadien, l'objection que je trouve la plus percutante au renforcement de la Loi 101 est la suivante : le français se porte bien au Québec, et il n'y a donc aucun besoin de légiférer davantage pour le protéger. C'est, entre autres, l'un des arguments employés récemment par le Globe and Mail de Toronto dans sa page éditoriale, et même par des commentateurs francophones à l'occasion, au Québec.

Le français est-il ou non en danger?

La question clé est donc la suivante : le français est-il ou non en danger ? On sait qu'il l'est à l'extérieur des frontières du Québec où les minorités canadiennes-françaises et acadiennes mènent un combat acharné pour assurer la survie et le développement de leur langue et leur culture. Les chiffres ne sont guère encourageants et malgré les discours optimistes officiels, tout le monde constate l'érosion - plus ou moins rapide selon les régions - de l'effectif francophone hors-Québec.

Au Québec, le débat a principalement ciblé la région montréalaise, à tort et à raison. À tort parce que les situations sont beaucoup plus claires ailleurs que dans la métropole, mais à raison parce que - veux, veux pas - Montréal est le seul grand centre urbain du Québec. Si le français décline et cède  un jour devant l'anglais sur l'île de Montréal, ce sera la « folklorisation » de notre langue à plus ou moins long terme sur l'ensemble du territoire québécois.

Mais qu'en est-il, exactement? De part et d'autre, on a utilisé les statistiques linguistiques récentes du recensement de 2011 à toutes les sauces. On y retrouve des statistiques sur la langue maternelle, sur la langue la plus souvent parlée à la maison, sur les autres langues parlées régulièrement à la maison, sur la première langue officielle parlée (la PLOP...), sur la connaissance des langues officielles (permettant d'établir des indices de bilinguisme), ainsi que sur la langue de travail.

En maniant habilement différentes combinaisons, on peut sans doute tracer des scénarios qui finiront par plaire aux tenants de toutes les options politiques. Mais comme je suis originaire de l'Ontario (d'un ancien quartier francophone d'Ottawa, aujourd'hui disparu) et que j'ai milité dans des mouvements franco-ontariens avant d'élire domicile pour de bon au Québec (à Gatineau), je propose d'utiliser la même méthode, fort simple, que l'on emploie le plus souvent pour mesurer la persistance du français chez les minorités hors-Québec.

Un portrait de la dynamique linguistique

Il suffit de comparer les statistiques sur la langue maternelle à celles sur la langue d'usage (la langue le plus souvent parlée à la maison). Malgré toutes ces imperfections, et elles sont appréciables, cette méthode d'analyse permet de brosser un tableau que je crois valable de la dynamique linguistique dans une région ou une localité données.

Par exemple, dans ma ville natale d'Ottawa, le recensement de 2011 indique la présence de 123 925 personnes de langue maternelle française (sur une population totale de 872 000), mais de seulement 86 035 personnes dont la langue la plus souvent parlée à la maison (la langue d'usage) est le français. En divisant la langue d'usage par la langue maternelle, on obtient un taux de persistance de 69,4%. Cela indique un taux d'assimilation supérieur à 30%. Ce n'est pas parfait comme image, mais si on fait le même calcul partout, au moins on compare des pommes avec des pommes.

Analyse de 132 subdivisions de recensement

J'ai donc fait le même exercice (dans chaque subdivision de recensement) pour l'ensemble de l'Outaouais; pour les régions riveraines entre l'Outaouais, l'Est ontarien et Montréal; pour le sud-ouest de Montréal (le triangle Longueuil, frontière américaine-fleuve Saint-Laurent-Longueuil); et l'île de Montréal ainsi que Laval. Les résultats dans ces 132 subdivisions de recensement (certaines n'ont que quelques centaines d'habitants, d'autres comme celle de Montréal en ont plus de 1 600 000) ont confirmé mes appréhensions et j'en ai tiré quatre catégories :

1) Recul du français. Dans certaines régions et localités, l'anglais domine tellement que les effectifs de langue maternelle française régressent (ou, au mieux, restent stables) dans la colonne de la langue d'usage. Il y là a une assimilation active des francophones. Pas moins de 66 (la moitié des 132) subdivisions de recensement - y compris tout l'ouest de l'île de Montréal, la couronne sud-ouest de Montréal, ainsi que le Pontiac, une partie de la vallée de la Gatineau et une région à l'ouest de Lachute - tombent dans cette catégorie!

2) L'anglais avantagé. À certains endroits, francophones et anglophones enregistrent des gains, mais les chiffres de la langue d'usage indiquent un pouvoir d'attraction supérieur de l'anglais (c'est le cas de Montréal, Laval et Gatineau, 3 des 4 plus grandes villes du Québec). Ici, la dynamique linguistique favorise l'anglais à moyen/long terme. Dans cette catégorie (la plus peuplée de toutes), il y a 19 subdivisions de recensement, y compris Montréal, Laval, Brossard, St-Lambert, Gatineau, Châteauguay, Candiac et Mont-Royal. 

3) Le français avantagé. Dans certains coins, les chiffres sur la langue d'usage indiquent un pouvoir d'attraction supérieur du français. Ici, la dynamique linguistique favorise le français sans toutefois qu'il n'y ait d'assimilation perceptible du groupe anglophone. Cette catégorie regroupe 26 subdivisions de recensement, pour la plupart des petites localités à l'exception de Longueuil.

4) Recul de l'anglais. Enfin, dans certaines régions et localités, le français domine tellement que les effectifs de langue anglaise régressent dans la catégorie de la langue d'usage. On trouve dans cette catégorie 21 subdivisions de recensement, y compris Valleyfield, Beauharnois et plusieurs secteurs ruraux dans la Haute-Gatineau, dans la Petite-Nation de l'Outaouais, ainsi qu'au sud-ouest de Montréal.

Des minorités anglaises assimilent des majorités francophones

Je développerai davantage le détail des portraits de ces catégories et des régions dans de futurs blogues, mais une chose m'a particulièrement frappée. Dans les secteurs de l'Ontario où les francophones sont majoritaires, la minorité anglaise assimile tranquillement la majorité française. Prenons le cas d'Alfred-Plantagenet, entre Ottawa et la frontière du Québec. Sur un total de 9 025 personnes, 6795 sont de langue maternelle française et 1680 de langue maternelle anglaise. Quand on regarde les chiffres de la langue d'usage, le nombre d' « anglophones » grimpe à 2 300 et le nombre de « francophones » diminue à 6495. Cette situation est généralisée.

Eh bien, ce phénomène, quoique moins accentué, est également perceptible au Québec. Quand plus de 10 ou 15% de la population d'une localité est anglophone, elle semble avoir tendance à se renforcer et à accroître ses effectifs. En Ontario, dans une situation similaire, une minorité de 10 à 15% de Franco-Ontariens disparaîtrait en quelques générations, à toutes fins utiles.

La conclusion principale : la dynamique linguistique actuelle favorise l'anglais dans 85 subdivisions de recensement (du sud-ouest québécois et de la grande région montréalaise) et elle favorise le français dans 47 subdivisions de recensement comportant peu de régions urbaines. C'est plus qu'inquiétant !

À suivre...

dimanche 2 décembre 2012

Les Anglo-Canadiens face au bilinguisme

À entendre le Commissaire fédéral aux langues officielles et à voir les documents du gouvernement canadien, notamment le « Rapport sur les Consultations du gouvernement du Canada sur la dualité linguistique et les langues officielles » de 2008, on a l'impression que la vaste majorité des Canadiens - d'un bout à l'autre du pays - sont favorables au bilinguisme dans l'ensemble du Canada, et même dans leur province. Selon ce document, le soutien au bilinguisme oscille autour de 65%, soit près des deux tiers, au sein de la population anglophone du Canada. L'appui est beaucoup plus élevé chez les francophones, tant au Québec que dans les provinces où ils sont minoritaires.

Et pourtant, à chaque fois qu'un différend linguistique se manifeste (comme la cause Thibodeau au sujet des services en français à Air Canada, ou n'importe quelle proposition visant à renforcer la situation du français au Québec), on constate dans les médias anglo-canadiens - et pas seulement dans les foyers traditionnels d'hostilité, cela s'étend aux pages plus élitistes et tolérantes du Globe and Mail - des débordements de colère haineuse, avec parfois des milliers de commentaires souvent violents et racistes contre les francophones en général et les Québécois en particulier, mais aussi contre le bilinguisme.

Durcissement de l'opinion ?

S'agit-il d'une frange extrémiste plus volubile que la majorité silencieuse, ou assiste-t-on depuis quelques années à un durcissement de l'opinion publique anglo-canadienne à l'endroit de tout ce qui est, en partie ou en totalité, francophone? Des bribes d'information glanées ça et là dans l'actualité récente laissent croire que derrière un appui très mou, et peut-être toujours majoritaire, au principe même du bilinguisme, il se dresse présentement un sentiment croissant et agissant d'intolérance fondé à la fois sur le vieux fond de racisme anti-français au Canada anglais et sur une exaspération devant les demandes incomprises de droits linguistiques et de pouvoirs accrus, principalement en provenance du Québec.

Les deux solitudes

La semaine dernière, alors qu'on nous lançait de façon plutôt tendancieuse quelques résultats d'un sondage Léger Marketing de l'Association d'études canadiennes, et notamment l'allégation que les deux tiers des Québécois considèrent le drapeau canadien comme source de fierté, peu de gens se sont donnés la peine de lire l'ensemble des résultats du sondage et de comparer les différences souvent marquées entre les « deux solitudes » du pays.

Les sondeurs interrogent notamment les gens sur la politique des langues officielles et le bilinguisme comme source de fierté au Canada, et donnent pour l'ensemble du pays un « indice de fierté » de 84% chez les francophones...mais de seulement 51% chez les anglophones. Cet indice baisse par ailleurs à 43 ou 44% dans les provinces des Prairies (Manitoba, Saskatchewan et Alberta). J'avoue que les questions du sondage me paraissent au départ mal formulées et ambiguës et que cela pourrait déformer jusqu'à un certain point les conclusions, mais les résultats peuvent toujours servir à quantifier l'écart entre anglos et francos, ainsi qu'entre le Québec et le reste du pays.

Le bilinguisme, pas très important...

Le sondage Léger Marketing demande notamment aux répondants d'indiquer quels symboles, institutions ou enjeux sont considérés comme « très importants ». Or, seulement 16% des anglophones disent considérer la politique des langues officielles et le bilinguisme comme très importants (contre 44% des francophones). Par contre le multiculturalisme est jugé très important par 30% des répondants anglophones (seulement 15% chez les francophones). Et ces écarts déjà impressionnants deviennent énormes quand on regarde l'indice de fierté envers des institutions comme la monarchie (48% chez les anglos - c'est pas féroce, M. Harper, mais beaucoup « mieux », selon votre point de vue, que l'appui de 14% des francophones), ou la guerre de 1812 (73% chez les anglophones, 30% chez les francophones).

Et dans la région de la capitale fédérale...

Récemment, la même association (Association d'études canadiennes) a réalisé un sondage sur la situation linguistique dans la région d'Ottawa et Gatineau (la région de la capitale fédérale). Ici, contrairement, à Saskatoon ou Victoria, les anglophones sont en contact fréquent avec des francophones et avec la langue française (le tiers de la région est francophone, et plus de la moitié de la population de 1 200 000 connaît le français). Or, dans cette région « privilégiée », au dire de certains, sur le plan linguistique, seulement 42% des anglophones considèrent le bilinguisme de la capitale comme une source de fierté (contre 85% des francophones). On se croirait dans les Prairies...

Le sondage de la région de la capitale fait par ailleurs ressortir les erreurs de perception ou le déficit d'information de la population anglophone. Seulement 22% des répondants anglophones croient le français est en situation de déclin dans la région d'Ottawa (alors qu'il est facile de démontrer, sur le plan démographique, la régression du français) et à peine 23% se disent préoccupés par la condition de la langue française. Ces perceptions et attitudes sont sans doute conditionnées par les médias anglophones de la capitale, peu sympathiques aux francophones et au Québec.

Gratter sous la surface

Quoiqu'il en soit, quand on gratte un peu sous la surface, on s'aperçoit que l'appui de principe donné au bilinguisme n'est que ça... un  appui de principe. Quand vient le temps de passer aux actes, quand vient le temps de prendre des mesures efficaces pour protéger le français, les appuis s'effritent. Déjà, en 1990, il y a plus de 20 ans donc, dans un sondage CBC Globe and Mail, plus de 67% des Ontariens anglophones et plus de 75% des anglophones des trois provinces des Prairies estimaient qu'on en avait assez fait ou même trop fait pour protéger les droits linguistiques des francophones hors-Québec. Quand on considère toutes les injustices subies par ces derniers et l'ampleur des dégâts à réparer, l'attitude des répondants anglophones est révélatrice...

Il existe sans doute un fort contingent d'anglophones francophiles au Canada, heureusement, mais quand ça compte, ils sont rarement majoritaires.






mardi 27 novembre 2012

Montreal, second largest French city in the world


À ceux et celles qui, au Canada anglais, se plaignent de la « rigueur » de la Loi-101-diluée-par-la-Cour-suprême, il conviendrait de rappeler que jusqu'aux années soixante, et même jusqu'à la timide Loi 22 de Robert Bourassa et l'effort plus musclé du gouvernement Lévesque dans les années 1970, le français était littéralement bafoué dans plusieurs régions du Québec. René Lévesque parlait d'une certaine classe d'Anglo-Québécois comme de Rhodésiens...

En 1900, les francophones étaient obligés de commander leurs billets en anglais dans les tramways de Montréal. Et que penser aujourd'hui de cet extrait de la revue Vie française, publiée à Québec, à l'automne 1951 : « La ville de Québec vient de franciser son corps de police. Les gardiens de la paix seront désormais commandés en français. Espérons que cette décision incitera Montréal à en faire autant. » Ce ne sont que quelques exemples d'une situation répandue. Quand les années soixante sont arrivées, avec une jeune génération disposée à s'affirmer, le choc a été brutal.

C'est dans ce contexte d'affirmation collective que le RIN (Rassemblement pour l'indépendance matinale) a publié le 1er décembre 1965 un numéro spécial sur l'unilinguisme anglais à Montréal. On notera l'emploi de l'expression « nation canadienne-française » par Pierre Bourgault. L'appellation « nation québécoise » restait à venir. Bourgault parle encore de Canadiens français pour décrire les Québécois francophones.

Le texte - comme ce numéro spécial de la revue L'indépendance - a une valeur historique, si ce n'est que pour offrir un point de repère, ou dresser un bilan du chemin parcouru, et de la menace qui pèse toujours sur la langue française dans la métropole. À chacun de porter son jugement.





ÉDITORIAL DE PIERRE BOURGAULT
NUMÉRO SPÉCIAL DE LA REVUE L'INDÉPENDANCE, 1ER DÉCEMBRE 1965

« Ainsi M. Wagner (Claude Wagner, alors ministre dans le gouvernement Lesage) est contre la priorité du français au Québec. Il en est de même pour Mme Claire Kirkland-Casgrain (elle aussi ministre dans le même cabinet).

« M. Wagner a, lui, des motifs d'une noblesse exemplaire pour expliquer son attitude : il compte un grand nombre d'anglophones parmi ses électeurs (il était député de Montréal-Verdun), donc...

« M. Wagner, pour se faire élire, est prêt à sacrifier la nation canadienne-française. Il ne s'en cache même pas. En homme franc et honnête qu'il est, il étale sa lâcheté à la face de tous.

« Mme «Kirkland», pour sa part, a sans doute les mêmes motifs, puisque la composition ethnique de son comté (elle était députée de Jacques-Cartier) fait une large place aux anglophones. Mais elle ne le dit pas. Ce qu'elle nous dit c'est que nous devons donner l'exemple au reste du Canada, que le bilinguisme c'est bien beau, et bla, bla, bla...

« Sous ce manteau de vertu, elle oublie de nous dire que son bureau de Jacques-Cartier n'affiche qu'une enseigne en anglais, « office ».

« Devant de telles aberrations nous avons décidé de publier un numéro spécial sur l'unilinguisme à Montréal. Non pas l'unilinguisme français, mais bien l'unilinguisme anglais que nous retrouvons partout dans « la deuxième ville française du monde ».

« Il est impossible surement, à moins qu'ils soient parfaitement idiots, que MM. Wagner et Lesage, que Mme Kirkland n'aient pas constaté cet affront fait aux Canadiens français.

« Ils ne s'en étonnent même pas. Et au lieu de fustiger les anglophones pour leur manque de « bilinguisme » ils s'en prennent à ceux qui veulent faire respecter la langue de la majorité au Québec.

« Nos reportages ne donnent pas une véritable idée de la situation. La situation est bien pire encore. Mais nous avons quand même voulu démontrer que les souhaits pieux de nos gouvernements ne mènent à rien.

« Montréal est souvent presque aussi anglaise que Toronto et New York.

« Le RIN, depuis toujours, réclame l'unilinguisme français au Québec. Cela doit faire l'objet d'une loi.

« On dira que la loi ne changera pas la réalité. Et bien sûr on aura raison si on pense au genre de loi qu'on a faite dans le cas des détaillants en alimentation, où la sanction est si faible qu'il en coûte moins cher de transgresser la loi que de s'y conformer.

« Nous parlons de sanctions sévères, qui pourraient aller jusqu'au retrait du permis d'exploitation s'il s'agit d'un commerce.

« Certains prétendront que cela contribuera à faire fuir certaines entreprises installées chez nous.

« Cela n'est que du sentiment. Ce qui est vrai, c'est que ces gens font de l'argent et que tant qu'ils en feront, ils resteront même s'ils doivent le gagner en français.

« Il est temps que nous exigions le respect de notre langue et que nous « forcions » tout le monde à la respecter.

« Et que M. Lesage ne vienne pas nous répéter des sottises comme celle qu'il a proférée dernièrement : « Même la France n'est pas unilingue », s'est-il écrié.

« Il nous prend pour de parfaits imbéciles, ma foi.

« M. Lesage, que vous aimiez ça ou non, la France est unilingue française, l'Angleterre est unilingue anglaise, la Suède est unilingue suédoise, etc.

« Ce qui ne les empêche pas de pratiquer d'autres langues et d'avoir des relations internationales, bien au contraire, mais les Français travaillent chez eux en français, les Anglais en anglais, les Suédois en suédois, etc.

« C'est tout ce que nous réclamons pour les Québécois.

« Nous avons le droit nous aussi de vivre dans une situation normale. »

Pierre Bourgault