mercredi 29 août 2012

Dérapages dans les médias anglo-canadiens

À lire certains textes que publient ces jours-ci de grands journaux anglo-canadiens, les dirigeants et partisans du Parti québécois - et ceux qui pensent comme eux - sont intolérants, xénophobes et racistes envers à peu près tout ce qui n'est pas « pur laine ». Le ton employé est hargneux, non, pire, carrément haineux. Et les signataires de ces textes sont parfois des journalistes d'expérience qui semblent, pendant cette campagne électorale, avoir perdu toute retenue. Leur ignorance de l'histoire du Canada et de la réalité québécoise, doublée de préjugés sans doute en partie hérités, est ahurissante.

La réalité, la vraie, c'est que dans l'histoire du Canada, depuis la Confédération, seuls les francophones ont été persécutés. Dans toutes les provinces à majorité anglophone, des gouvernements intolérants et francophobes ont supprimé les droits des francophones - des Acadiens du Nouveau-Brunswick en 1871 aux Franco-Ontariens en 1912. Le droit élémentaire à un réseau d'écoles dans leur langue, que les Anglo-Québécois ont toujours eu, a été graduellement rendu aux minorités francophones seulement à la fin des années 1960, quand le Québec commençait à s'agiter un peu trop...

Et ces droits n'ont pas été rendus facilement. Il a fallu des contestations judiciaires dans les années 1980 et 1990 pour que les francophones hors-Québec puissent obtenir la gestion de leurs propres écoles. Il a fallu aller jusqu'à la Cour suprême. Les Franco-Ontariens de la région d'Ottawa (capitale d'un pays soi-disant bilingue) ont dû lutter, manifester et menacer de barricader l'hôpital Montfort, le seul hôpital de langue française d'Ottawa, pour le protéger des sombres visées du gouvernement ontarien en 1997. Encore une fois, l'affaire a dû être réglée par les tribunaux.

On pourrait multiplier par mille les incidents, les insultes, les humiliations subies par les francophones - même au Québec - depuis 150 ans. En Outaouais, dans combien de conseils municipaux de la vallée de la Gatineau et du Pontiac les francophones élus ont-ils été obligés, pendant plus de 100 ans (et encore aujourd'hui?), de parler anglais à des élus unilingues anglophones? À l'extérieur du Québec, tenter de maintenir une francophonie vivante reste une tâche herculéenne. Nous ne sommes plus à l'époque que j'ai vécue à Ottawa, où on se faisait dire Speak white et où on se faisait traiter de frogs, mais le vieux fond raciste couve toujours.

Et j'emploie ici le mot racisme dans son sens premier, soit celui de la conscience d'une hiérarchie des races (au sens non coloré du terme) et/ou cultures. Lord Durham, en 1839, y allait crûment à cet égard, sans détours, affirmant vouloir donner « notre caractère anglais » aux Canadiens français pour les tirer de leur « infériorité ». Ce sentiment de supériorité « raciale » a été légué aux générations subséquentes d'Anglo-Canadiens. Tout Canadien français qui a vécu hors Québec l'a ressenti. Et même au Québec, comme le disait autrefois René Lévesque, la minorité anglophone se comportait à notre endroit comme une bande de « Rhodésiens ».

Qu'il existe des xénophobes chez les francophones, soit. Il y en a chez tous les peuples. Mais nous ne sommes pas et n'avons jamais été racistes. Nous avons au contraire manifesté longtemps, collectivement, un sentiment d'infériorité que nous avons commencé à surmonter depuis à peine un demi-siècle. Cette fière affirmation du caractère français du Québec est perçue comme une menace par les anglophones, alors que ce sont notre langue et notre culture qui sont menacées. Si nous ne faisons pas du français la langue commune du Québec, nous disparaîtrons.

La Loi 101 a été pour nous un moment libérateur. Nous avons signifié au monde entier que désormais, nous prenions notre destinée linguistique et culturelle en charge. Que cela nécessitait des règles qu'il faudrait dorénavant respecter, dans le cadre des droits traditionnels de la minorité anglophone (qui reste la minorité la plus choyée du Canada). Et, comme dans d'autres sociétés démocratiques, la majorité déterminerait ces règles dans le respect d'une Charte des droits et libertés de la personne édictée par le Québec bien avant celle d'Ottawa.

Depuis ce temps, la Loi 101 a été trouée par des décisions judiciaires et le plus récent gouvernement a été plus que mou dans l'application de ce qui reste de la Charte de la langue française. Le récent rapport de l'OQLF est éloquent à cet égard. Pire, le gouvernement Charest a entrepris de nous bilinguiser collectivement - le vieux rêve de Durham - avec son programme d'anglais intensif au primaire. Si ce programme réussit, c'est le début de la fin. Nous n'avons pas à nous excuser d'avoir une majorité unilingue française, ou même des chefs politiques qui ont de la difficulté avec l'anglais. Ce n'est que normal, dans une société de culture française. Le bilinguisme individuel est toujours un enrichissement, mais le bilinguisme collectif, c'est une étape vers l'assimilation.

Le Québec est déjà la province la plus bilingue du pays. Notre problème, c'est bien plus la qualité de notre français que celle de notre anglais. À l'école, au travail, aux instances décisionnelles. Est-ce trop demander que les élus aient une connaissance du français (un unilingue français aurait de la difficulté siéger à un conseil municipal en Ontario)? Est-ce exagéré d'étendre la Loi 101 aux cégeps et aux PME? La réponse n'est pas évidente et mérite certes un bon échange de vues, mais d'aucune façon peut-il s'agir d'une manifestation de xénophobie ou de racisme.

Nous n'avons pas le monopole de la vérité. Mais nous sommes profondément démocratiques, même avec ces anglophones qui n'acceptent les règles que quand ils gagnent, menaçant de s'exiler quand ça ne fait plus leur affaire. Nous ferons un débat ouvert à tous. Avouons que nos débats sont parfois excessifs. C'est notre habitude. Nous l'avons vu au printemps 2012. Et ça finira par des élections, ou par un autre référendum. Comme dans toute démocratie.


(à suivre)

mercredi 22 août 2012

André Laurendeau et «La mort par le bilinguisme»

Alors que la campagne électorale bat son plein et que le projet d'anglicisation de la 6e année des écoles françaises est complètement oublié, tant par les politiciens que par la quasi-totalité des médias, je vous propose cette page extraite de la biographie d'André Laurendeau (celui de la Commission BB du gouvernement fédéral) par le politicologue Denis Monière, publiée en 1983, que je lisais hier soir en attendant le débat Charest-Lergault. Cet épisode se déroule aux alentours de 1940 :

« Déjà, les enquêtes de (Laurendeau) en Alsace et en Belgique l'avaient convaincu des effets néfastes du bilinguisme de masse dont les principales conséquences étaient la détérioration de la langue maternelle, l'assimilation progressive et la folklorisation de la culture. Il reviendra souvent sur ce thème dans la revue L'action nationale (dont il était rédacteur en chef). Il publie entre autres à la fin de 1940 un texte virulent intitulé La mort par le bilinguisme où il interpelle les fossoyeurs du peuple :

"Quand donc un cynique aura-t-il la logique de sa lâcheté?

"Qui aura le courage de déclarer publiquement : nos ancêtres ont eu tort en 1763 d'opter pour le français. Tort de rester eux-mêmes. Nos ancêtres ont eu tort de se battre pendant 150 ans pour demeurer fidèles à eux-mêmes. Ils nous ont lancé dans une lutte épuisante. Changeons tout cela. Décidons une fois pour toutes de nous angliciser. Que l'école donne le coup de barre. Et que l'on fasse vite. L'acharnement que nous avons mis à nous défendre, mettons-le à nous détruire. Tournons nos armes contre nous et disparaissons du coup que nous nous serons donné."

Ce texte, où perce la rage et le dépit, est écrit en réplique à plusieurs porte-parole du Québec qui, à l'automne 1940, avaient lancé une vaste offensive en faveur du bilinguisme intégral. Cette campagne d'opinion fut initiée par des hommes d'affaires soutenus par Jean-Charles Harvey, directeur du Jour, et par le premier ministre (libéral) Adélard Godbout. Leur objectif était de rendre les écoles primaires bilingues. On invoquait, comme justification, que l'ignorance de l'anglais était, depuis dix ans, la principale cause du chômage (au Québec). Laurendeau admet que la connaissance de la langue anglaise  est utile pour réussir sur le plan professionnel. Mais il s'insurge de ceux qui font de cette nécessité ne loi absolue, une religion.

"Savent-ils ce qu'ils disent? Il n'a jamais existé, il n'existe pas de peuple intégralement bilingue. Une élite l'est, doit l'être. Pas une masse... La propagande qui vise à faire de nous tous des parfaits bilingues, vise à faire de nous des (gens) de langue anglaise." »

Le projet du gouvernement Charest de bilinguiser les 6e années n'est pas aussi ambitieux que celui de son prédécesseur Godbout, il y a plus de 70 ans, mais la philosophie et les objectifs qui le sous-tendent ont des similitudes. Sauf qu'aujourd'hui, il ne semble pas y avoir de personnalité de la stature d'André Laurendeau pour donner la réplique aux fossoyeurs du français. En 2012, à cet égard, « trop de Québécois suivent comme des moutons un berger qui ne voit pas le précipice » (voir http://bit.ly/MfmZDT ).

Pierre Allard


Pour une courte bio d'André Laurendeau, voir http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/laurendeau-andre-4025/biographie.html .

mardi 21 août 2012

Pauline Marois devrait-elle apprendre l'anglais?

Dans la page d'opinions du quotidien LeDroit, ce matin, l'ancien ministre libéral et député de Gatineau à l'Assemblée nationale, Michel Gratton, posait la question du relatif unilinguisme du chef du Parti Québécois, Pauline Marois.

Il écrivait notamment : « Ne croyez-vous pas que dans notre contexte nord-américain, ceux qui, comme vous, souhaitent de devenir premier ministre au Québec devraient au moins avoir une base de connaissances de la langue anglaise? Cela aurait en plus l'avantage de témoigner d'un minimum de respect pour les milliers d'électeurs québécois dont la langue maternelle est l'anglais. » Et d'ajouter M. Gratton : « Pourquoi n'avez-vous pas imité l'exemple des premiers ministres du Canada - comme Stephen Harper - qui eux, se sont donné la peine d'apprendre le français? »

Je tiens à répondre aux trois composantes de son interrogation, parce qu'elles sont au coeur du débat identitaire actuel du Québec.

1. D'abord, un PM québécois, dans un contexte nord-américain (il aurait pu tout aussi bien écrire « mondial »), devrait-il avoir une connaissance fonctionnelle de l'anglais? Sans doute est-ce souhaitable, mais ce n'est certes pas essentiel. Face au rouleau compresseur de l'anglais en Amérique du Nord, il faut plus que jamais affirmer la vitalité du français comme langue nationale et internationale.

Je ne m'offusque pas que le premier ministre d'une autre province soit anglophone unilingue, même si je crois qu'il (ou elle) aurait avantage à connaître plus d'une langue dans un pays bilingue, et le français en particulier. Dans ces autres provinces (sauf pour le N.-B.), l'anglais est la seule langue officielle. Au Québec, foyer de la nation francophone du pays, la seule langue officielle, c'est le français et à ce titre, la seule compétence essentielle, c'est une excellente connaissance du français.

J'en ai marre d'entendre des politiciens francophones, Québécois et hors-Québec, qui font constamment l'effort de parler un anglais presque sans accent pendant qu'ils peinent à s'exprimer dans un français correct, nous infligeant un langage bourré de fautes et d'anglicismes. Trop d'anglophones ont l'impression que nous connaissons tous l'anglais et que nos exigences linguistiques ne sont que des caprices. Il est temps que nous les mettions en face d'une société francophone, où la majorité est unilingue (quoi de plus normal). Alors s'il leur arrive un premier ministre unilingue francophone du Québec, tant mieux.

Cela ne modifie en rien ma conviction personnelle que l'apprentissage d'une seconde langue, voire d'une troisième, est souhaitable pour tous ceux qui en ont besoin ou qui le veulent. Mais il y a une différence entre bilinguisme individuel et bilinguisme collectif. Le premier est un enrichissement, le second, c'est l'assimilation.

2. Secundo, apprendre l'anglais est-il un témoignage de respect envers la minorité anglophone du Québec? Pas du tout. Les Québécois francophones, unilingues ou bilingues, ont toujours témoigné le plus grand respect pour les droits et privilèges des Anglo-Québécois. Ils ont été la minorité la plus choyée du pays et quand on les compare aux francophones hors-Québec, persécutés pendant plus d'un siècle d'un océan à l'autre, on a un portrait instructif du deux poids, deux mesures de cette fédération.

Il faut noter en passant que 40% des Québécois francophones sont déjà bilingues, le plus fort pourcentage de bilingues de toutes les provinces du Canada. On a fait notre part. Pendant ce temps, jusqu'à récemment (disons les années 1970), les Anglos du Québec se sont souvent comportés comme des Rhodésiens (pour reprendre l'expression de René Lévesque) à notre endroit. Et il est encore possible - la réalité le démontre - de rester unilingue anglais au Québec en 2012. Le respect, c'est nous qui n'y avons pas toujours droit...

3. Pourquoi ne pas suivre l'exemple de M. Harper? Je n'aime pas les politiques de M. Harper, mais je serai le premier à le féliciter d'avoir appris le français et d'avoir démontré à d'autres que quand on veut, on peut. Mais M. Harper est le PM d'un pays qui se dit officiellement bilingue. Il est normal que le chef du gouvernement parle les deux langues, quoique cela soit un phénomène très récent chez les PM anglophones. Avant Joe Clark, le français des Pearson, Diefenbaker et de leurs prédécesseurs était plus que rudimentaire.

Si Pauline Marois voulait diriger le Canada, elle devrait nécessairement se donner une compétence accrue en anglais. Mais le Québec est un État français. Ce n'est pas un État bilingue. Et si Mme Marois est élue, Stephen Harper pourra se réjouir. Il n'aura pas appris le français pour rien. Il aura enfin un interlocuteur qui trouvera utile ses nouvelles compétences linguistiques.


Alors, Mme Marois, si vous désirez améliorer votre compétence en anglais, allez-y. Tous s'en réjouiront. Mais personne, et surtout pas un ancien député de l'Assemblée nationale, ne devrait laisser entendre que vous donnez un mauvais exemple ou que vous manquez de respect parce que vous ne connaissez pas suffisamment la langue anglaise. À cet égard, collectivement, nous n'avons vraiment rien à nous reprocher.


Pierre Allard


jeudi 9 août 2012

La question identitaire et les élections de 2012

 Il y a quelques jours, en Gaspésie, Pauline Marois a ressorti la question identitaire en affirmant que, sur le plan linguistique entre autres, la réélection d'un gouvernement libéral constituait une menace pour l'identité québécoise. Ses commentaires ont attisé des braises hostiles chez les adversaires du Parti québécois, tant au Québec qu'ailleurs au Canada, mais il me semble que de façon générale, la question ait soulevé assez peu d'intérêt. C'est bien dommage.

Il est vrai que dans cette campagne, il y a des urgences sur la table, en éducation, en santé, en fiscalité, en économie, en environnement, et que les sondages démontrent une certains indifférence de l'électorat envers les enjeux de la souveraineté et de la protection de la langue française. Mais c'est une illusion, Le débat identitaire est plus vieux que la Confédération et s'il est vrai qu'il couve la plupart du temps, un peu comme un volcan fumant, il reprend toute sa vigueur quand des crises surviennent et conservera son potentiel de mobilisation tant que la question ne sera pas réglée à la satisfaction générale.

Et la question n'est pas réglée. Au contraire, la réalité prouve qu'elle s'aggrave. Les études de l'Office québécois de la langue française démontrent qu'un nombre croissant de commerces viole depuis des années les dispositions d'affichage de la Loi 101, et que le service en français dans les commerces de Montréal recule. Le gouvernement québécois a entrepris de bilinguiser les sixièmes années de toutes les écoles françaises, une initiative qui provoquerait une levée de boucliers chez les francophones hors-Québec qui ont connu les affres des classes bilingues. Recensement après recensement, la situation du français se fragilise dans l'ensemble du pays et même dans certaines régions du Québec. Les statistiques du recensement 2011, qui sortiront à l'automne, risquent d'être catastrophiques.

Sur le plan constitutionnel (mot honni s'il en fut...), le blocage est complet depuis l'imposition du rapatriement et de la Charte canadienne sans l'accord du Québec, en 1982. Un oui au référendum de Charlottetown en 1992 ou au référendum québécois de 1995 aurait pu obliger l'engrenage constitutionnel à redémarrer mais ce ne fut pas le cas. Le poids du Québec dans la Confédération s'amenuise et l'élection de mai 2011 a démontré qu'on peut gouverner majoritairement à Ottawa sans le soutien des Québécois. Et nous avons à Ottawa, jusqu'à 2015, un gouvernement indifférent, voire ouvertement hostile, aux priorités qui touchent à la fibre identitaire du Québec et des francophones.

Ces enjeux peuvent sembler moins urgents que l'accessibilité des soins de santé et le règlement du conflit qui paralyse une partie de nos universités et collèges, moins urgents que la création d'emploi, le contrôle des déficits gouvernementaux et la facture d'impôts et taxes. Mais ils ne sont pas moins importants. La question identitaire ne parle pas de ce que nous avons, mais de ce que nous sommes, et de ce que nous allons devenir.

Le Québec est formé d'individus, de citoyens, de groupes, de régions, de classes, avec des intérêts variés, mais c'est aussi une nation. Une nation qui n'a aucun statut constitutionnel, même si son existence est officiellement reconnue par la Chambre des communes du Canada. À cet égard, une élection québécoise est une élection nationale. C'est un moment privilégié pour nous intéresser au devenir national et, donc, identitaire. Mme Marois a haussé le niveau du débat en ramenant cette question à l'avant-plan, quels que soient ses motifs. Ceux qui refusent d'inclure le débat identitaire dans leurs priorités de campagne se comportent comme des petits politiciens provinciaux...

Pierre Allard

mercredi 25 juillet 2012

L'avenir des minorités francophones

J'ai lu hier avec beaucoup d'intérêt un article du professeur François Charbonneau, de l'Université d'Ottawa, intitulé L'avenir des minorités francophones du Canada après la reconnaissance. L'article vient d'être publié dans la Revue internationale d'études canadiennes. Il aborde la question de l'avenir des minorités d'un angle plutôt inédit (du moins pour moi). Les minorités ayant obtenu - par des luttes politiques et judiciaires - les principaux droits linguistiques qu'elles réclamaient, ayant donc été « reconnues » par l'État fédéral et les provinces, l'effort de lutte qu'elles soutiennent depuis plus d'une centaine d'années s'essouffle faute de causes. Je n'ai jamais vu auparavant d'analyse sur les effets de la reconnaissance des droits linguistiques et, à ce titre, je trouve l'oeuvre fort originale. Pour qui s'intéresse au sort des francophones hors Québec, c'est une lecture qui s'impose.

J'aurais cependant certaines réserves quant aux termes employés et à certaines interprétations de l'histoire des collectivités canadiennes-françaises (j'exclus ici les Acadiens) vivant dans les provinces à majorité anglaise à l'ouest du Québec, et notamment les Franco-Ontariens, ceux que je connais le mieux, ayant milité longtemps autrefois dans des organisations de revendication, y compris l'ancienne ACFO. M. Charbonneau emploie le mot « communauté » en parlant des Franco-Ontariens et des autres minorités. Au sens où je le comprends, communauté se dit d'un groupe de personnes qui vivent ensemble ou qui partagent les mêmes idées et les mêmes objectifs. Ce mot dégage une certaine intimité, évoque une parenté qui dépasse le simple fait de vivre sur le même territoire.

Quand j'étais jeune, dans mon petit coin francophone d'Ottawa (St-François d'Assise), il existait réellement une communauté. Les gens se connaissaient, allaient à la même église, aux mêmes écoles, parlaient avec le même accent, et ils étaient solidaires. C'était sans doute la même chose dans la Basse-Ville francophone d'Ottawa, à Eastview (Vanier) et dans les nombreux villages de l'Est ontarien où tout se déroulait en français. Mais ces communautés se connaissaient peu entre elles. Sur le plan de la reconnaissance, du moins celui de la reconnaissance des droits abordés par M. Charbonneau, l'identité n'était pas communautaire, elle était nationale : ou bien canadienne (ce qui signifiait francophone pour les anciens, les autres étant les Anglais) ou bien canadienne-française. C'est cette identité nationale que partageaient les francophones de l'Est, du Nord et du Sud ontarien, ainsi que les Franco-Manitobains, Fransaskois, Franco-Albertans et Franco-Colombiens. À cet égard, je crois donc qu'il serait justifié de parler de « collectivités » francophones, plutôt que de communautés.

Quand M. Charbonneau note l'essoufflement des luttes linguistiques et laisse entendre que la fin de ces luttes marque peut-être « la fin des communautés elles-mêmes », je comprends ce à quoi il fait allusion. Les vieux sentiments communautaires se sont en effet effrités, mais je ne crois pas qu'il y ait de lien avec la fin des luttes. En Ontario français, les communautés ont disparu ou sont en voie de disparaître, à plusieurs endroits, pour bien d'autres facteurs qui s'accumulent depuis une soixantaine d'années : arrivée de la télé dans les années 1950, éclatement des quartiers urbains francophones dans les années 60 et 70, influence de la musique américaine et britannique, croissance des mariages exogames, immigration, prolifération des technologies de masse avec l'ordinateur personnel puis avec l'Internet, etc. Aujourd'hui, pour retrouver des communautés authentiques, il faut aller dans des villages ou dans des petites villes comme Hearst ou Hawkesbury. Mais la collectivité (groupe d'individus sur un même territoire, ayant des intérêts communs) demeure.

Quant à l'identité nationale des francophones hors Québec (sauf les Acadiens qui forment à eux seuls une nation), et notamment des Franco-Ontariens, les années 1960 ont marqué un tournant fondamental avec la prise de conscience que l'identité nationale québécoise en reformulation ne les incluait pas (peut-être s'est-on rendu compte qu'elle ne les avait jamais vraiment inclus...). Les décennies qui ont suivi m'ont semblé être marquées par un repli sur soi en matière d'identité, suivi d'un effritement identitaire fatal chez une proportion appréciable de la population francophone. Cette évolution a été documentée par un sondage Léger et Léger, commandé au début des années 1990 par l'ACFO Ottawa-Carleton, où l'on constatait que les 60 ans et plus s'identifiaient majoritairement comme Canadiens français, que l'identité franco-ontarienne perçait davantage chez les adultes d'âge moyen et que chez les plus jeunes, la plus forte proportion se disait « bilingue ». Une double identité où, dans le contexte ontarien, la composante francophone souffrait le plus.

Les combats menés avec grand succès par certains individus devant les tribunaux depuis les années 1980 avec l'aide de la Charte, et la lutte très collective pour l'hôpital Montfort à partir de 1997, se sont déroulés sans avoir d'effet majeur sur l'évolution socioculturelle et identitaire des francophones des différentes régions de l'Ontario. Les victoires sont arrivées trop tard. Elles auraient eu de plus importantes répercussions dans les années 1940 et 1950. Les tribunaux ont accordé des droits à une population où, à bien des endroits, l'assimilation avait déjà fait son oeuvre. Le lien qui semble exister entre l'essoufflement des luttes et l'effritement communautaire est, selon moi, plus apparent que réel. Je crois que le phénomène que je perçois en Ontario vaut probablement pour les provinces plus à l'ouest.

L'étude du professeur Charbonneau ouvre un chapitre intéressant dans l'analyse de l'évolution des minorités francophones hors Québec. Pour qui s'intéresse à la question, elle se lit comme un roman et fournit d'essentiels points de repère. J'ai toujours cru que la seule façon de sauver les meubles, hors Québec, était de regarder la réalité en face, sans détours, sans lunettes roses. Voilà un document sur lequel on peut réellement bâtir.

Pierre Allard



Lien vers l'article : http://www.erudit.org/revue/ijcs/2012/v/n45-46/1009900ar.pdf

mardi 24 juillet 2012

Gatineau: recul du français dans l'indifférence générale?

Samedi dernier, je poussais mon panier d'épicerie au IGA local. La musique de fond s'interrompt et une voix annonce que des baguettes chaudes sont disponibles au comptoir de boulangerie. Puis, la même voix répète l'annonce... en anglais! La mémoire nous joue parfois de vilains tours, mais j'avais nettement l'impression que ce bilinguisme était nouveau. J'avais d'ailleurs remarqué depuis un certain temps les traductions anglaises un peu partout, dans les allées du magasin.

Ça m'a rappelé le jour de la Fête nationale, alors que tout était fermé et que j'avais dû aller faire une épicerie d'urgence à Ottawa, où le 24 juin ne signifie absolument rien pour la majorité. Business as usual. J'ai choisi de me rendre au Metro de la rue Rideau, dans un des quartiers les plus francophones de la capitale. Quelle ne fut pas ma surprise d'y voir un magasin à toutes fins utiles unilingue anglais, tant par son affichage que par son personnel. Ç'a m'a frappé parce que dans les allées, tous les clients que j'ai croisés parlaient français entre eux.

Dans mon quartier de Gatineau, la proportion de francophones doit friser les 85 à 90%. Dans les quartiers d'Ottawa où la proportion d'anglophones est aussi élevée, il ne faut même pas songer - sauf exception - à s'adresser en français aux employés d'un supermarché. Il faut absolument connaître l'anglais. Mais voilà que chez nous, en pleine Loi 101, la petite minorité d'anglophones est servie à souhait. Aucun incitatif pour eux d'apprendre notre langue et de, tant soit peu, s'intégrer...

En y pensant bien, j'avais remarqué qu'à mon dépanneur, la radio étant branchée sur une station de langue anglaise d'Ottawa, alors qu'il existe une variété de stations de Gatineau et d'Ottawa en français. Même phénomène il y a quelques semaines, quand j'ai accompagné mon épouse à une clinique médicale dans le secteur du Plateau, du côté de l'ancienne ville de Hull. Dans un quartier très majoritairement francophone du Québec, on y entendait une musique, des publicités et des bulletins de nouvelles en anglais. C'était insultant, mais personne - y compris moi - n'a protesté.

Dans notre région, qui fait partie d'une agglomération urbaine interprovinciale de 1 200 000 habitants, les francophones représentent plus de 30% de la population et demeurent majoritairement dans la ville de Gatineau (plus de 250 000 personnes) où ils forment 80% de la population. Les anciens quartiers francophones d'Ottawa ont disparu et il ne reste que Gatineau pour présenter un visage français ici. Or, j'ai l'impression que ce visage français s'érode rapidement.

Ça reste à confirmer mais j'ai l'intention d'approfondir mes interrogations. J'a passé les 30 premières années de ma vie à Ottawa et j'ai, comme ancien militant franco-ontarien, participé au combat pour les droits du français. Quand je me suis marié, j'ai traversé la rivière pour que mes enfants n'aient pas à lutter quotidiennement pour utiliser leur langue maternelle. Or, voilà qu'en 2012, je risque d'avoir à entreprendre ici des combats que j'espérais passés.

Je serais tenté de dire que le français recule ici dans l'indifférence générale. J'espère me tromper, mais...

mardi 19 juin 2012

À l'approche de la Fête nationale, quelques textes historiques...


C'était en octobre-novembre 1831.

« Il y a ici tous les éléments d'un grand peuple. Les Français d'Amérique sont aux Français de France ce que les Américains sont aux Anglais. Ils ont conservé la plus grande partie des traits originaux du caractère national, et l'ont mêlé avec plus de simplicité et de moralité. Ils se sont débarrassés comme eux d'une foule de préjugés et de faux points de départ qui font et feront peut-être toujours les misères de l'Europe. En un mot, ils ont tout ce qu'il faudrait pour créer un grand souvenir de la France dans le Nouveau monde. Mais parviendront-ils jamais à reconquérir complètement leur nationalité? C'est ce qui est probable sans malheureusement être assuré. »

.......

« Je viens de voir dans le Canada un million de Français braves, intelligents, faits pour former un jour une grande nation française en Amérique, qui vivent en quelque sorte en étrangers dans leur pays. Le peuple conquérant tient le haut du commerce, les emplois, la richesse, le pouvoir. Il forme les hautes classes et domine la société entière. Le peuple conquis, partout où il n'a pas l'immense supériorité numérique, perd peu à peu ses moeurs, sa langue, son caractère national. »

Alexis de Tocqueville
auteur de « De la démocratie en Amérique »
qui a visité le Bas-Canada en 1831.
extraits de « Tocqueville au Bas-Canada »
Éditions du Jour, 1973.

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Réponse de Louis-Joseph Papineau à Lord Durham après l'insurrection de 1837-1838.

« Ce n'est plus à moi à me porter l'accusateur du gouvernement anglais, comme il a été de mon devoir de le faire pendant trente ans de ma vie publique. Ce gouvernement s'est lui-même confessé coupable dans les cent vingt pages in-folio que vient de publier Lord Durham. Corruption systématique, péculats honteux, antipathies contre les peuples, exemples révoltants d'irresponsabilité dans les agents du pouvoir, accaparement du domaine public, rien ne manque à ce tableau des misères du Canada, tableau tellement hideux que son pendant ne pourra être fourni que par l'histoire d'une autre possession anglaise, l'Irlande.

« Et pourtant, l'auteur a uniformément adouci ses formules accusatrices contre l'autorité dont il est l'organe, et à laquelle il veut conserver son sceptre de plomb sur les colonies par de si pitoyables moyens, qu'il s'est perdu de réputation comme homme d'état.

« Voulant prouver que sa race favorite, la race saxonne, est seule digne du commandement, lord Durham l'a mensongèrement peinte en beau, et il a assombri par les plus noires couleurs le faux portrait qu'il a tracé des Canadiens français. Mais malgré cette avilissante partialité, je renvoie avec confiance les lecteurs équitables à cet étrange rapport, bien convaincu qu'ils en tireront cette conclusion, que les Canadiens n'ont aucune justice à espérer de l'Angleterre; que pour eux, la soumission serait une flétrissure et un arrêt de mort, l'indépendance, au contraire, un principe de résurrection et de vie.

« Ce serait plus encore, ce serait une réhabilitation du nom français terriblement compromis en Amérique par la honte du traité de Paris de 1763, par la proscription en masse de plus de vingt mille Acadiens chassés de leurs foyers, enfin, par le sort de six cent mille Canadiens gouvernés depuis quatre-vingts ans avec une injustice incessante, aujourd'hui décimés, demain condamnés à l'infériorité politique, en haine de leur origine française.

« Vrai quand il accuse le pouvoir, faux quand il accuse le peuple, le rapport de Lord Durham servira aussi à prouver que l'indépendance du Canada est un événement voulu par l'intérêt de l'ancienne comme de la nouvelle France, et par l'intérêt de l'humanité tout entière. »


Extrait de l'« Histoire de l'insurrection au Canada » (1839), par Louis-Joseph Papineau
Éditions Leméac, 1968.

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C'était en 1839.

Testament politique de Chevalier de Lorimier

« Je meurs sans remords. Je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d’aucun des crimes qui déshonorent l’humanité et qui ne sont que trop communs dans l’effervescence de passions déchaînées.

« Depuis 17 à 18 ans, j’ai pris une part active dans presque tous les mouvements populaires, et toujours avec conviction et sincérité. Mes efforts ont été pour l’indépendance de mes compatriotes; nous avons été malheureux jusqu’à ce jour. La mort a déjà décimé plusieurs de mes collaborateurs. Beaucoup gémissent dans les fers, un plus grand nombre sur la terre d’exil avec leurs propriétés détruites, leurs familles abandonnées sans ressources aux rigueurs d’un hiver canadien.

« Malgré tant d’infortune, mon cœur entretient encore son courage et des espérances pour l’avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent.

« Voilà ce qui me remplit de joie lorsque tout est désolation et douleur autour de moi. Les plaies de mon pays se cicatriseront après les malheurs de l’anarchie et d’une révolution sanglante. Le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent; tout concourt à ce but, les exécutions même, le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadiens.
......

« Quant à vous, mes compatriotes, puisse mon exécution et celle de mes compagnons d’échafaud vous être utiles. Puissent-elles vous démontrer ce que vous devez attendre du gouvernement anglais!... Je n’ai plus que quelques heures à vivre, mais j’ai voulu partager ce temps précieux entre mes devoirs religieux et ceux dus à mes compatriotes : pour eux je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants et de mon épouse sans autre appui, et pour eux je meurs en m’écriant: Vive la Liberté, Vive l’indépendance! »


Chevalier de Lorimier
14 février 1839, à 11 heures du soir
Extrait du livre « Les patriotes 1830-1839 »
Les Éditions Libération, 1971.

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C'était en 1899


« Pour les Canadiens français, la vraie patrie c’est toujours la province de Québec. Si nous sommes attachés aux groupes français des autres provinces, c’est par les vieux liens du sang, de la langue et des traditions; non point par le lien politique créé en 1867. Nous nous intéressons à nos frères de l’Est et de l’Ouest parce qu’ils sont nos frères; non parce qu’ils sont nos concitoyens. »


Éditorial du journal La Vérité (région de Québec), de Jean-Paul Tardivel, le 8 juillet 1899, commentant la tiédeur des célébrations entourant le Dominion Day (1er juillet) marquant le 32e anniversaire de la Confédération de 1867.

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C'était en 1912.

La langue, gardienne de la foi, des traditions, de la nationalité

« La langue française a gardé la foi, elle a gardé les traditions du Canada français. Est-il besoin d'ajouter qu'elle a gardé également notre nationalité? Eh! qu'est-ce donc que la nationalité, si ce n'est pas les traditions nationales, si ce n'est pas la langue nationale elle-même? Tous ces éléments constitutifs, nous les possédons. Nous les possédons depuis trois siècles. Nous les possédons encore, un siècle et demi après la rupture du lien politique qui nous unissait à la vieille mère patrie de qui nous les tenons. Ils ont encore survécu au cataclysme où notre ancien régime s'est effondré. Ils ont survécu à la domination de la France sur les vastes territoires conquis jadis à son drapeau par nos explorateurs, nos soldats, nos pionniers et nos apôtres. Ils ont résisté à la persécution comme à la séduction. Loin de décroître, ils se sont développés, ils se sont fortifiés, ils manifestent incessamment sous nos yeux leur énergie puissante.

« On a quelquefois discuté, dans nos assemblées parlementaires, de la question suivante : le Canada est-il une nation? Messieurs, ce n'est pas ici le lieu ni le moment d'aborder ce problème, qui peut avoir plusieurs solutions différentes, suivant le point de vue auquel on se place. Ce Congrès n'est pas constitué en autorité pour trancher un semblable débat. Mais s'il ne nous appartient pas de décider que le Canada est une nation, au sens politique et diplomatique du mot*, parlant pour nous, et nous limitant à la constatation d'un fait historique et social, nous avons bien le droit de proclamer que les Canadiens français sont une nationalité. Oui, sur cette terre d'Amérique, où toutes les races humaines semblent s'être donné rendez-vous, nous occupons une place à part. Nos origines, disons-le avec une légitime fierté, sont d'une illustration sans rivale. Nous avons un passé, nous avons des souvenirs, nous avons une histoire, nous avons une physionomie, nous avons un nom, et tout cela constitue une personnalité nationale, qui, plus que jamais, a fixé l'intérêt intense de l'Amérique du Nord.

« Cette personnalité, quelle en est, avant tout, la marque distinctive? N'est-ce pas la langue? Oui, la langue, la chère et noble langue française est le signe national dont nous sommes marqués. »


Thomas Chapais (1858-1946), historien, journaliste et ancien ministre dans les gouvernements conservateurs de Taillon et Flynn à Québec.
Extrait de sa présentation devant le
Premier Congrès de la langue française au Canada, en 1912.
Imprimerie de l'Action Sociale Limitée, Québec, 1913.

* Le Canada était toujours une colonie britannique en 1912.

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C'était entre 1913 et 1927.

Note de Pierre Allard : J'ai été Franco-Ontarien pour les 29 premières années de ma vie, et je me souviens encore de mon grand-père paternel, Joseph Allard (né en 1895, échevin à Ottawa au début des années 1950), qui disait quand j'étais enfant : Il y a deux sortes de monde au Canada, les Canadiens et les Anglais. Ce texte parle de son époque, et est tiré du livre « Entre deux livraisons », publié pour les 50 ans du quotidien Le Droit, d'Ottawa.

« Au Canada, deux races s'affrontent parce qu'elles ont été unies d'un lien forcé, à la fois brusque et bizarre. Lors de la conquête, l'une des deux s'est soumise en conservant tous ses droits, l'autre a vaincu sans vaincre en acceptant que le perdant demeure libre et vive sur le même pied que le vainqueur. Le traité de 1763 fut moins une conquête qu'un mariage de raison.

« Mais on ne marie pas impunément deux êtres qui s'ignorent, qui ne se sont jamais recherchés ni désirés, qui dans leur coeur se rejettent comme deux étrangers, qui n'éprouvent l'un pour l'autre aucun attrait ni aucune estime, qui n'ont rien de commun : ni langue, ni religion, ni éducation, ni goûts, ni opinions, ni modes de vie. Un tel ménage est nécessairement voué aux mésententes domestiques; car tout devient problème de foyer : la soupe, le café, les rideaux, les tapis, le chien et le programme de télévision. À des journées d'incompréhension se succèdent des soirs de chicane et des nuits d'enfer. Les conjoints les plus délicats et les plus vertueux du monde ne parviendront qu'après quinze ans ou vingt ans à s'entendre, à s'estimer et enfin à s'aimer pour de bon; mais cette évolution, qui dans la vie conjugale ne dure que vingt ans, exigera bien davantage dans le cas de deux races qui s'opposent.

« Ce sera l'oeuvre de siècles. Or, au Canada, les siècles ne sont pas révolus et les deux groupes ethniques, après quelque cent cinquante ans de vie commune, en sont encore au stage des amertumes, des heurts et des continuels agacements. En somme, chacun accuse son conjoint de vouloir être roi dans sa maison. L'Anglais ne parvient pas à comprendre pourquoi ces mots puissants et irrésistibles de British Empire et de Union Jack n'enflamment point un peuple aussi fier et intelligent que le nôtre. Le Canadien français ne parvient pas à s'expliquer pourquoi dans la tête d'un Anglais, si sensée, si pratique, le simple mot Canada ou Canadien ne constitue pas un idéal par lui-même. Que vaut un God Save the King exotique, à côté de l'Ô Canada, poème de notre cru et âme de notre coeur?

« L'un voudrait que les meubles de la maison soient entièrement tapissés en bon jersey d'Angleterre, l'autre veut les couvrir en étoffe du pays. Et la querelle bat son plein de l'Atlantique au Pacifique entre l'élément majoritaire, toujours porté à jouer un rôle de mari brutal, et l'élément minoritaire, toujours tenté de prendre trop au sérieux son rôle de femme contrariée et d'épouse battue, parce qu'elle est devenue défiante, soupçonneuse et obsédée de mauvais rêves. »

Laurent Tremblay, « Entre deux livraisons », chapitre 1913-1927.
Éditions Le Droit, 1963.


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C'était en 1952.

« La grande presse d'information en général ne contribue pas à enrichir notre vie culturelle française. Tout au contraire. Par ses nouvelles mal traduites de l'anglais et remplies d'anglicismes, elle contribue à déformer chaque jour notre langue déjà appauvrie et incorrecte. Par ses nouvelles à sensation et souvent tendancieuses et par ses pages sportives, où l'on déifie les étoiles du hockey et de la balle au camp, elle détourne l'attention de nos gens des problèmes culturels et les attachent à toutes les futilités de la vie.

« Si l'on ajoute à cela la vogue que connaissent chez nous les comics et toute cette masse de revues folichonnes ou franchement immorales qui encombrent nos kiosques à journaux et nos magasins de tabacs et que lisent une bonne proportion des nôtres, on peut déclarer sans exagération que le matérialisme américain entre en toute liberté dans un grand nombre de nos foyers et sape lentement à leur base les vieux principes de foi chrétienne et les traditions françaises qui ont fait jusqu'ici la force de notre peuple. C'est à se demander si, d'ici 50 ans, une forte proportion de notre peuple ne sera pas déchristianisée et défrancisée.

« Quant à la radio, qui joue un rôle de plus en plus important dans notre mentalité, elle nous cause un tort presque aussi considérable. De nombreux et beaux programmes nous consolent à peine de la masse des programmes idiots et bêtes qui abâtardissent lentement l'esprit de notre peuple, surtout de nos jeunes. Que sera-ce, grands dieux! quand nous aurons la télévision? »


Henri Lallier, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec
Extrait de « La vie française dans le Québec », pour le Troisième Congrès de la langue française au Canada, Québec, 18-26 juin 1952.
Les Éditions Ferland, Québec, 1953.

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C'était en 1961.

Il n'y a plus de pacte entre deux nations.

« Encore une fois, un peuple ne vit pas de sempiternelles réclamations mais de Dignité.

« Encore une fois, un peuple qui veut vivre doit faire beaucoup plus que ne pas mourir.

« Cette vie intense que vous voulez pour le Canada français, vous le cherchez dans le pacte entre Deux Nations?

« Vous vous contez des histoires. Il n'y a plus de pacte entre deux nations. Il y avait un vainqueur et un vaincu. Il y avait quatre provinces qui sont maintenant dix dont l'une était, comme par hasard, française. C'est vrai qu'elle n'est pas une province comme les autres: le Québec est l'État national des Canadiens français. Mais la Confédération l'a diminué au rang de province comme les autres.

« Cette vie intense que vous cherchez pour le Canada français, vous le cherchez dans la correction d'injustices?

« Vous êtes injuste. Il n'y a pas d'injustices dans cette Confédération qui n'en est pas une. Il n'y a qu'une majorité anglophone, toujours la même, qui en vertu de la Conquête ou de la Démocratie est maîtresse incontestée d'un gouvernement; et une minorité française, toujours la même, qui en vertu de la même Conquête ou de la même Démocratie mène une vie de tutelle.

« Encore une fois, la démocratie et la nature humaine exigeront toujours que le peuple canadien-français se soumette, de gré ou de force, aux désirs de la majorité.

« Si la nation canadienne-française n'est pas satisfaite de cette confédération qui n'en est pas une, c'est à elle d'en sortir. »

Marcel Chaput, extrait du livre « Pourquoi je suis séparatiste »,
Éditions du Jour, 1961.
M. Chaput était alors fonctionnaire fédéral à Ottawa, résidant de Hull et sur le point d'être élu président du RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale).

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C'était en 1964.

L'afficheur hurle (extrait)

à ceux qui t'accuseront d'emboucher les trompettes
patriotiques tu répondras qu'un pays de mauvais
aloi est ton mal et ta mort
est-ce ma faute à moi si je souffre d'une terre à naître
d'une terre occupée
d'un mal qui est le bien des autres
d'une mort qui nourrit la vie des autres
oui je sais les vraies blessures ont la noble démesure
d'un vin malheureux elles sont belles elles émeuvent
et nos blessures sont grises muettes elles sonnent faux
est-ce ma faute à moi si nous mourons de vivre à demi
si notre malheur est la demi-vérité de notre confort
nous n'aurons même pas l'épitaphe des décapités des
morts de faim des massacrés nous n'aurons été qu'une
page blanche de l'histoire
même chanter notre malheur est faux d'où lui tirer
un nom une musique
qui entendra nos pas étouffés dans l'ornière américaine
où nous précède et déjà nous efface la mort terrible
et bariolée des peaux-rouges
en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais
né une histoire à dormir debout un conte qui finit
par le début
il était une fois... et nous n'aurons su dire que le
balbutiement gêné d'un malheureux qui ne sait
nommer son mal
et qui s'en va comme un mauvais plaisant honteux
de sa souffrance comme d'un mensonge


Paul Chamberland, poète québécois
Extrait de « L'afficheur hurle »
Éditions Parti Pris
Collection Paroles 2, 1964 (réédition 1969)


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C'était en 1965

Au Canada, « la règle du jeu constitutionnel a été faussée. Tant sur le plan scolaire que sur le plan des droits politiques, les valeurs chères aux Canadiens français ont été un peu partout escamotées, de sorte qu'ils vinrent à se croire chez eux uniquement dans la province de Québec.

« Et pis encore peut-être, là où la constitution était muette, la majorité anglophone profita de son nombre et de sa richesse pour imposer une règle du jeu social où la minorité francophone était constamment humiliée. Dans le fonctionnarisme fédéral, par exemple, et dans les forces armées, le Canadien français partait avec un handicap énorme, quand il n'était pas tout bonnement écrasé au départ. Il en alla de même dans la finance, les affaires, et à tous les niveaux de l'industrie. C'est ainsi que dans la province de Québec elle-même, depuis le rang de contremaître jusqu'à celui de président de banque, la langue anglaise devint la langue de commandement. »

........

Faute d'un « combat égal », « il se développera chez nous une mentalité d'état de siège, et nous nous replierons sur le Québec où nous pourrons le mieux soutenir un tel siège. Autrement dit, les Canadiens français risquent d'être amenés par le «nationalisme» canadien-anglais à faire évoluer le Québec vers la position d'État national et - tôt ou tard - indépendant. »

Pierre Elliott Trudeau
en 1965.

Extrait du livre « Le fédéralisme et la société canadienne-française »
Éditions HMH, 1967.

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C'était en 1966.

Mon pays, Québec ou le Canada


« Comme tous les nationalistes du Canada français, je voudrais écrire ce soir, mon pays c'est le Québec, mais précisément, le pays du Québec n'existe pas encore. Je ne le créerai ni avec des mots, ou des rêves, ni avec de la colère, de la haine, de la précipitation ou du chauvinisme. Je ne l'inventerai pas pour refuser de vivre au rythme anglo-américain, pour justifier ma faim de liberté, ou pour me venger parce que le gouvernement d'Ottawa refuse de me donner ce que je lui demande. Le pays du Québec sera si la nation le veut. »
.....
« Je ne savais pas au moment de mon départ de Dorval, en cette nuit de février 1966, combien me transformeraient mes rencontres avec certaines personnalités des Canadas anglais et français. [...] J'ai honnêtement cherché un dénominateur commun entre Canadiens de langue française et anglais, et je ne l'ai pas trouvé.

En conséquence, je reviens à la Terre-Québec plus québécoise que canadienne, parce que j'ai appris durement, douloureusement et définitivement, que pour demeurer fidèle à la ligne profonde de mon passé, de mon présent et de tout ce qui compose mon être de langue et de culture française, je dois vivre au Québec, dans un Québec qui un jour deviendra peut-être, mon pays. »

Solange Chaput-Rolland (1919-2001)
auteure, ancienne députée libérale à Québec et sénatrice conservatrice à Ottawa.
Extrait de la conclusion de « Mon pays, Québec ou le Canada »
Le Cercle du livre de France, 1966.
Mme Chaput-Rolland avait visité le Canada d'un océan à l'autre entre février et juillet 1966, et la publication du livre avait été commanditée par la Commission du centenaire du Canada.



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C'était en 1967.

« Nous savons que les anglophones sont majoritaires dans neuf des dix provinces canadiennes; les francophones, eux, sont majoritaires au Québec : voilà la situation dont il faut tirer profit. En effet, la concentration de plus de quatre millions de francophones dans une même province est le seul facteur qui donne, au départ, quelque réalité au concept d'association dans l'égalité. Le Québec est donc un milieu où les aspirations et les besoins de quatre francophones sur cinq, au Canada, peuvent être satisfaits : du seul fait de la concentration, la vie en français s'y réalise spontanément et est plus facile à organiser.

« C'est pourquoi, à notre avis, le rôle des Québécois dans la vie française au Canada doit être reconnu bien plus qu'il ne l'est dans la pratique, aujourd'hui : nous songeons en particulier au monde du travail, dans le secteur public fédéral et dans le secteur privé.

« Mais la situation a aussi un aspect politique : le Québec est la seule province où les francophones sont en majorité et les anglophones, en minorité. Cette fois, le poids du nombre joue en faveur des francophones et c'est pour eux un puissant levier. Ils peuvent d'abord exercer chez eux une influence prépondérante; il leur est en outre possible de se faire entendre par le reste du pays, notamment au Parlement fédéral, et ainsi de participer avec vigueur à la vie du Canada.

« Cela, bien entendu, ne va pas sans risque. Le problème peut donc se formuler ainsi : comment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d'aujourd'hui, sans restreindre l'élan québécois, mais aussi sans risquer l'éclatement du pays. »

Extrait du Livre I, « Les langues officielles » du
Rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme
(Commission Laurendeau-Dunton).
Gouvernement du Canada, 8 octobre 1967.

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C'était en 1967

« Revenons à l'essentiel. De la coquille morte du nationalisme de naguère, les Canadiens français sont-ils capables de libérer leurs plus vieilles solidarités et d'en nourrir enfin un projet collectif qui puisse apporter sa petite contribution à l'édification de l'humanité? Alors seulement, nous aurons des raisons de perpétuer l'homme canadien-français.

« Pour l'instant, et je l'avoue sans honte, j'en suis réduit comme tout le monde aux sentiments les plus élémentaires. Quand j'observe les piétinements et les contradictions de nos pouvoirs politiques, quand je m'enlise dans le marais de nos querelles domestiques, quand je vois passer l'heure des options décisives dans tel ou tel domaine, je confesse mon pessimisme.

« Comme bien d'autres de ma génération, mon choix est fait, car s'annonce l'âge où on ne revient plus en arrière et où on s'obstine à des fidélités jalouses. Je continuerai de vivre, d'aimer, de rêver, d'écrire au Canada français. Je ne sais trop pourquoi. Pour ne pas trahir quelque idéal obscur qui vient de mes ancêtres illettrés et qui, même s'il ne devait jamais avoir de clair visage, ramène au sens le plus désespéré de l'honneur. »

Fernand Dumont (1927-1997), sociologue, professeur, poète, philosophe, théologien québécois.
Né un 24 juin, il a participé à la création de la Loi 101.
Extrait d'un article publié dans Le Devoir à l'occasion du centenaire de la Confédération, reproduit dans « La vigile du Québec », Hurbubise HMH, 1971.

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C'était en 1973.

Un René Lévesque prophétique...

« À cause des menaces aussi bien que des promesses qui se profilent à l'horizon, il le faut pourtant (se défaire de notre mentalité de colonisés), et avant trop d'années. Les menaces : elles sont démographiques, culturelles et sociales.

« Ainsi, alentour de 1980, la dernière grande vague de natalité d'après-guerre aura atteint l'âge adulte et la société québécoise, pendant un nombre d'années dont on ne voit pas encore la fin, plafonnera numériquement. Dans un pays fédéral dont la politique d'immigration tend naturellement à renforcer la majorité anglophone, elle aurait alors toutes les chances de décliner et de commencer à subir cette assimilation par la noyade, vieux rêve du conquérant que seule notre ancestrale « revanche des berceaux » empêcha jadis de se concrétiser.

« Culturellement, il va de soi que ce déclin démographique saperait bientôt la vitalité débordante, mais encore si jeune et foncièrement complexée, du nouveau Québec français.

« Quant à l'animal social très particulier qu'est l'homme d'ici, l'occasion qui passe pour lui de se forger un contexte à la fois original et fécond, qui reflète nettement son identité et lui serve de chantier pour son apport propre à l'ascension laborieuse de l'humanité -- cette occasion risque d'être chauve terriblement vite! Les cheveux qu'elle a, s'ils ne sont pas saisis sans trop de délai, risque de tomber pour ne plus jamais repousser. Car notre version à nous de la crise universelle des structures sociales, elle s'inscrit sur un arrière-plan de fragilité toute spéciale. La société québécoise ressemble un peu au homard en saison de mue, sa vieille carapace émiettée est, jusqu'à la repousse, extrêmement vulnérable. Notre carapace, faite des valeurs de la « survivance » (cléricalisme étouffant mais encadreur, « langue gardienne de la foi », agriculturisme), achève de voler en éclats, même les plaques les plus coriaces s'écaillant peu à peu dans les régions rurales à mesure que s'effectue la relève des générations.

« Charriée par tous les courants torrentueux de notre époque, la société québécoise a donc le besoin pressant d'un nouvel encadrement, de ce minimum vital de « consensus », faisceau toujours mystérieux des liens et des modèles qu'on accepte, sans quoi elle serait, plus que toute autre peut-être, en danger de désintégration irrémédiable.

« Or, ce consensus nouveau, ce cadre vital, on n'en voit nulle part la perspective solide si ce n'est dans l'indépendance. »


René Lévesque, extrait de l'introduction au volume « Québec - Canada », de la série « l'humanité en marche »
Les Éditions Fides, 1973.

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C'était en 1997.

Un épisode dans la lutte pour sauver l'Hôpital Montfort, à Ottawa.

Durant l'hiver, Michel (Gratton)* me dit : «On va aller au Parlement même, chez Jean Chrétien, faire une conférence de presse. On va aller dire au Fédéral qu'il a un rôle important à jouer pour la défense des minorités. On fera savoir au premier ministre Chrétien que si nous ne pouvons pas garder un seul hôpital francophone universitaire en Ontario et le seul à l'ouest du Québec, nous n'avons pas notre place au Canada et les souverainistes auront eu raison.»

J'hésite. Je veux y penser sérieusement. Cela aura des répercussions au Canada anglais comme au Québec. « Allons-y. Montfort, c'est un problème d'envergure nationale. Montfort aura des répercussions sur tout le Canada français et sur la minorité anglophone du Québec.» Enfin, Montfort aura des répercussions sur l'avenir du Canada. [...]

Puis, me voilà partie. Le discours, je le prononce bien (au Parlement), mais je n'ai pas le temps d'anticiper les questions-réponses avec Michel. Un journaliste anglophone me demande : «S'il y a un référendum au Québec, voulez-vous dire que vous allez travailler avec les souverainistes et contre le Canada?» J'ai vu, plus que jamais, que mes mots auraient un effet grave au Canada tout entier. [...]

Je réponds à ce journaliste : « Nous sommes un million de francophones au Canada à l'extérieur du Québec. Lors des autres référendums, nous avons été les meilleurs ambassadeurs que le Canada pouvait avoir. Nous (les Franco-Ontariens) avons tous des enfants, des parents, des amis au Québec. Nous leur disions ce que signifiait un «oui» pour nous. Comment voulez-vous que je leur tienne le même discours quand on laisse fermer notre seul hôpital? Cela n'aurait pas grand sens, non? Pour répondre à votre question, «non»! Mais nous demeurerons silencieux.» Ils ne sont pas revenus sur le sujet.


Gisèle Lalonde, ancienne maire de Vanier (maintenant un quartier d'Ottawa) et présidente du mouvement SOS Montfort, de 1997 à 2002.
Extrait de son livre « Jusqu'au bout! »
Éditions Le Nordir, 2003.


* Michel Gratton, auteur, journaliste, chroniqueur, ancien attaché de presse du premier ministre Brian Mulroney, décédé en 2011.

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C'était en 2005

La reconnaissance du caractère national du Québec

« La population du Québec, particulièrement depuis la Révolution tranquille, a démontré clairement une volonté de partager un « vivre ensemble », une volonté de bâtir un projet de société solidaire. Or, la construction de l'État moderne et d'un projet de société pour les Québécoises et Québécois s'est faite principalement autour de l'État québécois. Nous saluons le fait que les gens du Québec se soient donnés des institutions permettant de se développer autrement, tant aux points de vue linguistique, social, culturel et économique. Dans ce contexte, le rôle de l'État fédéral était plus souvent qu'autrement vu comme étant secondaire ou périphérique. Cette vision contraste évidemment avec celle portée par une majorité des gens des autres provinces, qui voient le gouvernement fédéral comme étant leur gouvernement « national », avec un rôle secondaire aux provinces.

« Bref, la construction d'une identité et d'institutions nationales s'est faite de manière différenciée que l'on soit au Québec ou ailleurs au Canada. Voilà un des noeuds du beau dilemme canadien. Voici ce que l'asymétrie vise à résoudre : il faut faire coexister ces deux visions.

« Nous reconnaissons que les Québécoises et Québécois ont un sentiment d'appartenance au Canada différent de celui de la majorité canadienne. Ce sentiment particulier d'appartenance et d'identité n'est cependant pas incompatible avec un fédéralisme flexible et coopératif. Lorsque bien compris et reconnu, le nationalisme québécois peut être une force, et non une menace, pour le Canada. »


Extrait de la « Déclaration de Sherbrooke »
du Nouveau parti démocratique du Canada (NPD), Section Québec
Déclaration adoptée en 2005.

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